DÉGÉNÉBATION
625. Les tissus peuvent dégénérer, non-seulement dans leur texture, mais aussi dans leur composition chimique, par l'existence de corps protéiques développés à l'intérieur des éléments anatomiques ou arrivés là par infiltration. Ces métamorphoses sont isolées, ou plusieurs combinées ensemble.
526. Par V infiltration albumineuse^ les cellules épithéliâtes des muqueuses et des glandules, de même que d'autres tisaus, se remplissent de granulations excessivement fines, solubles dans l'acide acétique et dans la potasse. Les tissus s'obscurcissent, deviennent opaques, s'épaississent et deviennent plus mous.
11 y a désassociation des cellules, qui finissent par se désagréger ou qui subissent la dégénérescence graisseuse (527).
527. La dégénérescence graisseuse est due au développement de gouttelettes de graisse, d'a')ord moléculaires et isolées, puis confluentes, aux dépens d( s éléments normaux. Les cartilages subissent, suivant mes recherches [Anat. microsc.)^ cette métamorphose en s'ossifiant. On la constate également dans les cartilages du larynx et de la trachée, noB-seulement à l'état physiologique, mais aussi à la suite d'inflammation chronique, probablement comme métamorphose préalable à Tossification pathologique ; il en est de même pour les cellules épithéliales des muqueuses et pour
celles des glandes dans les catarrhes aigus et chroniques. > En général, on la constate toutes les fois que la nutrition
est insuffisante, dans tous les produits inflammatoires et dans tous les tissus ; elle précède presque constamment la destruction des éléments du pus, des néoplasmes transitoires, du cancer, etc.
Dans la cellule, on voit apparaître, autour et à l'intérieur du noyau, des granulations graisseuses moléculaires, dont le
nombre augmente au point de remplir la cellule tout entière, qui s'agrandit et s'arrondit {corpuscules inflammatoires de
Gluge, corps granuleux) ^ pour se ramollir ensuite et pour constituer, en se désagrégeant, le détritus graisseux. On y voit des cristaux d'acides gras et de cholestérine.
Les tissus qui ont subi la dégénérescence graisseuse sont grisâtres ou jaunâtres, dans toute leur étendue ou partiellement ; les liquides acquièrent l'aspect du colostrum ou du beurre. On a constaté la dégénérescence graisseuse des muscles laryngés dans l'intoxication par le phosphore ou par le plomb, dans l'atrophie musculaire progressive, et sur des chiens, après la section des récurrents. Il est facile de distinguer la dégénérescence graisseuse d'avec l'hypertrophie du tissu adipeux, et le plus souvent aussi d'avec V infiltration graisseuse^ dans laquelle la graisse forme de grandes gouttelettes.
528. La métamorphose pigmentaire consiste dans la production de granulations rouges, jaunes, bruHes ou noires par la transformation de la matière colorante du sang extravasé, dissoute, qui s'est infiltrée dans les cellules. On distingue rhématoïdine diffuse, granuleuse ou cristalline, et la mélanine; leur identité avec la matière colorante de la bile est actuellement mise en doute. La matière colorante est diffuse dans le tissu, plus tard elle y forme des granulations et même des cristaux. On constate cette métamorphose dans les muqueuses scarifiées, rarement dans les cellules, et plus souvent dans le tissu sous-muqueux. Elle diffère de la pigmentation accidentelle^ due à la pénétration de particules de charbon dans les cellules des crachats, lorsqu'on a respiré l'air chargé de ces particules.
Un autre mode de métamorphose pigmentaire consiste dans l'élaboration pathologique du pigment, dans la meianose et chez les mineurs.
On a supposé que chez ces derniers la coloration en noir des crachats était due à la poussière de charbon aspirée. Mais la quantité du pigment noir, rendu dans les crachats très-abondants pendant des semaines et des mois entiers* est beaucoup plus considérable que la quantité de charbon qui pourrait se loger dans les poumons. Il y a donc ici élaboration pathologique du pigment noir.
529. V infiltration calcaire consiste dans l'accumulation « de sels calcaires dans les tissus, sous forme de granulations très-fines, diffuses, amorphes, ou en concrétions. L'mfiltration diffuse se rencontre souvent dans les cartilages du larynx, à la suite d'inflammations, d'ulcérations, etc. ; il en est de même pour le cartilage de l'épiglotte. Des concrétions calcaires irréguliëres, à surface bosselée ou disposées en couches coDcentriques, existent lorsque le produit de sécrétion des glandes salivaires, des glandes acineuses du pharynx ou des cryptes folliculaires des amygdales, est retenu à l'intérieur de ces glandes. Leur consistance et leur couleur sont variables.
630. La dégénérescence lardacée {vitreuse j hyaloïde) remplit les tissus avec une substance particulière, homogène, transparente, albumineuse, que Tiode colore en rouge-brun, et que l'addition ultérieure d'acide sulfurique rend violette, rarement blanche. On Ta constatée dans le goitre et, suivant quelques auteurs, aussi dans l'exsudat diphthéri tique.
681. La dégénérescence colloïde s'observe dans le goitre ; le contenu des cellules épithéliales des follicules devient transparent, homogène, de la consistance de la gélatine liquide; lacellule est détruite; le follicule se remplit du liquide coUoîde, s'agrandit, et se réunit souvent, par Tatrophie du stroma interstitiel, au follicule voisin. On constate souvent •cette dégénérescence aussi dans des cellules isolées des muiqueuses.
532. La dégénérescence muqueuse se constate dans les cellules épithéliales des muqueuses à l'état physiologique ; dans les affections catarrhales, cette métamorphose s'opère d'une manière beaucoup plus rapide, avec hyperplasie des cellules (544). La dégénérescence muqueuse de ces cellules peut être plus ou moins complète et déterminer leur rupture. Lorsque la métamorphose est complète et que les cellules sont presque entièrement détruites, le mucus devient vitreux, comme par exemple dans quelques affections pharyngées chroniques (547). D'autres fois le mucus est mélangé de pus, etc. (Voy. Crachats^ Symptomatologie).
Une dégénérescence analogue a été observée dans quelques tumeurs destructives et dans le tissu cellulaire, à la suite d'inflammations ou de néoplasies.
533. Vin/iltration séreuse des cellules est une métamorphose analogue à celle de la dégénérescence colloïde (551) , et n'en diffère que par les qualités du liquide formé aux dépens des cellules. C'est ainsi que se développent les vésicules séreuses à la surface des muqueuses.
534. La dégénérescence diphthéritique des cellules est encore très-mal étudiée. Suivant les uns, ce ne serait qu'une métamorphose analogue à la dégénérescence colloïde ; suivant d'autres, les cellules agrandies pousseraient des ramifications, ou bien il se formerait à leur intérieur des lacunes qui contiennent un corpuscule de pus ou un noyau, tandis que le pourtour crénelé et rameux serait soudé au pourtour de la cellule voisine.
L'épithélium finit par représenter une masse blanc-grisâtre, ferme, qui adhère d'abord aux tissus, dont il est facile ensuite de la détacher, et qui forme des membranes unies ou réticulées, plus ou moins épaisses. Ces membranes croupales sont rejetées ou détruites par la suppuration, Finfdtration caséeuse, grsdsseusCt etc.
536. Lhdégénérescence caséeuse ou tuberculeuse dessècheet rend les cellules plus petites ; le contenu liquide^disparalt ; la cellule devient irrégulièrement anguleuse, déchiquetée ; le noyau disparaît, la cellule se désagrège. Puis "survient le ramollissement, qui peut être accompagné de dégénérescence graisseuse, calcaire ou pigmentaire. Il se forme, de cette manière, des masses grisâtres ou jaunâtres, homogènes, sèches, anémiques, de consistance caséeuse, que Ton rencontre dans le tubercule infiltré, dans le carcinome réticulé, dans les fausses membranes, etc.
636. Dans la métamorphose fibrillaire^ Texsudat desséché devient plus résistant et se transforme en uA tissu fibrillaire, qui ressemble au tissu cellulaire, mais qui en difière par ses fibres peu épaisses, par l'absence de corpuscules, etc. L' exsudât fibreux subit souvent cette métamorphose.