II. — Voix SONORE
420. Nous savons (309) (jue lorsque la voix résonne avec force, les lèvres vocales agissent comme des anches membraneuses, et, comme toutes les anches de ce genre, 'produisent une série de secousses aériennes discontinues, nettement séparées, qui font sur Toreille Teffet d'un son formé d'une assez longue série d'harmoniques. Le timbre (309) de ce son fondamental et de sons harmoniques se trouvera modifié par les sons propres des cavités qu'ils parcourent et par les bruits qui s'y produisent. Nous allons examiner successivement ces modifications produites par les sons pharyngés sous forme de voyelles ou de consonnes, par les sons propres des cavités nasales et pharyngo- laryngée, de la trachée et de la cavité thoracique.
Le timbre qui résulte de l'association des timbres du son glottique et d'un ou de plusieurs sons de ces diverses cavités, constitue le timbre de la voix sonore, dans la parole et dans le chant.
". — Son» flolllques et sons pliaryntéft part.
421. Les sons propres de la cavité pharyngo-buccale, lorsqu'ils sont sourds, c'est-à-dire les voyelles (353 et suiv.), répondent, dans un grand nombre de cas, à l'un ou à l'autre des harmotiiqnes du son glottique; dans ce cas, celui-ci se trouvera renforcé, et le timbre de la voyelle sonore sera produit par le son glottique fondamental et par un de ses harmoniques, renforcé par le son propre de la cavité pharyngo-buccale. Ces résonnances renforcent non-seulement tous ceux des harmoniques qui coïncident avec Tun des sons propres de la cavité buccale, mais aussi ceux qui sont assez voisins.
330 PHYSIOLOGIE. — PHARYMl.
D'après Helmhoitz, les voyelles qui convieDoent à une note donnée sont d'abord celles dont la caractéristique (iOT) est un peu plus élevée que la note en question, ensuite cellet dont la caractéristique est Toctave ou la 12* de la même note. Von se produit surtout avec facilité sur les notes r^, mi^^ fa^. Cette affinité pour certaines notes fixes se ooostate surtout aux limites des registres. Une femme qui veut donner une note plus grave que \ut^ tourne involontairement à l'o ou à \ou. Au delà du mi^^ c'est d'abord Ta qoi sort avec le plus de facilité ; en dépassant le 5f\, on tombe dans le domaine de Xi.
i22. Si la caractéristique de la voyelle ne coïncide /n» avec l'un des harmoniques du son glottique^ ces dermenne seront pas renforcés, mais ils ne seront pas étouffés, comme cela arrive dans les instruments de musique. En effet, les parois de la cavité pharyngo-buccale sont trop molles posr que ses sons propres puissent annihiler les barmoniques do son glottique ; mais le timbre se trouve modifié.
Aussi le timbre de la voix diffère-t-il pour une note de la même tonalité, suivant la voyelle chantée.
A23. 11 résulte de ce que nous venons de dire qu'il est inexact de définir la voyelle comme « un son glottique (S57), dont certains harmoniques prédominent par suite de la dii^ position du tuyau vocal » , ou bien d'avancer que • les voyelles dépendent uniquement de la vibration d'un od de deux harmoniques déterminés i)our chacune d'elles, et qu'elles ne diffèrent entre elles que par des harmoniques du aoo qu'elles renforcent. »
Les voyelles sont des sons propres des cavités pharyngées ; ils peuvent être des harmoniques du son glottique, et, dans ce cas, les renforcer, ou bien ils en diffèrent et ne les renforcent pas. De là des modifications de timbre seulemest de la voix. Si, au contraire, la voyelle n'était qu'un binno-
nique du son glottique, elle ne pourrait être émise avec un son glottique d'une tonalité quelconque, c'est ce qui a lieu cependant.
i2i. Lorsque, dans rémission de la voix, la disposition anatomique est analogue à celle qu'exerce la production normale des voyelles a^ e, 2, on dit que le timbre est clair ou la voix blanche ; lorsqu'elle est, au contraire, analogue à celle qui prédomine dans la production des voyelles o et w, on appelle la voix et le timrre somrré. Or, nous savons que ces dispositions peuvent être modifiées à volonté (360) ; on peut par conséquent parler et chanter, avec toute voyelle, eo timbres clair ou sombré, avec cette différence que les trois premières voyelles sont plus favorables au timbre clair, les deux dernières au sombré.
Le timbre sombré donne au son moins d'éclat, plus de force, du mordant et de la rondeur ; les sons compris entre le mfj et le s?,, en voix de poitrine sombrée, donnent, d'après Garcia, à la phrase, le caractère dramatique porté à l'exagération ; il couvre les sons, les étouffe, lés rend sonores et •rauques. Le timbre clair communique l'éclat et le brillant; exagéré, il rend la voix criarde et glapissante.
On emploie instinctivement ces deux timbres dans le registre inférieur et dans le supérieur ; le timbre sombré convient de préférence aux pensées graves, le timbre clair à la gaieté. La voix mixte exige le timbre sombré.
425. Nous avons dit (359) que par les voyelles «, ef, i, la cavité buccale est raccourcie et élargie, tandis qu'elle est allongée et rétrécie pour les voyelles o et î^; il y a donc des DISPOSITIONS ANATOMiQUEs aualogucs, d'après ce que nous venons de dire (424), pour le timbre clair et le sombré.
Ces dispositions anatomiques sont d'autant plus prononcées, que la tonalité du son glottique est plus voisine de la caractéristique (407) de la voyelle. A mesure que la voix
s'élève, la cavité buccale s'élargit dans le timbre clair, tandis qu'elle s'allonge dans le timbre sombré ; par ce les harmoniques se trouvent renforcés par ces dispositions favorables. Garcia dit, dans sa méthode, que, dans le timbre clair, le larynx s* élève de plus en plus jusqu'à la position de la déglutition, que les piliers se rapprochent, le voile du palais s'abaisse, la langue se soulève sur les côtés et se rapproche du voile; la cavité buccale a la forme d'une voûte. Dans le timbre sombré, au contraire, on voit, avec l'élévation du son, le voile soulevé, la luette remontée, la base de la langue rétractée, le larynx abaissé. Pour d'autres observateurs, le voile s'élève dans les sons aigus donnés en timbre clair. D'autres avancent que, dans le timbre sombré, la tête est fixée dans la verticale, les épaules portées en haut, les muscles du cou contractés, afin d'obtenir l'immobilité de la tète et, par suite, celle du larynx, qui se fixe à hauteur moyenne.
Cette diversité d'opinions prouve que les dispositions décrites sont tout à fait individuelles et nullement exigées par le timbre. Telle ou telle position de la tète, de la langue, et le déplacement consécutif du larynx, etc., est plus ou moins favorable au timbre voulu suivant la conformation de l'artiste, mais ne peut nullement être établie en règle générale ; le seul principe nécessaire se rapporte aux dimensions générales indiquées, pour la cavité buccale.
Les dispositions anatomiques de la cavité buccale influeraient donc uniquement sur le timbre, mais nullement sur la tonalité (412).
Pendant l'émission des sons du registre supérieur, on sent les vibrations dans la voûte palatine; leur siège est variable suivant les individus; quelques-uns les accusent dans la paroi supérieure du pharynx. C'est cette sensation qui ft fait donner aa registre supérieur le nom de voix de iêie {%M).
PHONATION. — GIRACTERKS l)C SON. 333
426. Kœnig obtient une iiiiu^re visil)lt' du timbre des voyelles au moyen de ses flammes MàHOMÉTBiQCEs. La méthode consiste à transmettre le mouvement des ondes sonores à des flammes de gaz qui, parleurs trépidatioiis, footcon-' naître les vibrations. Une capsule métallique, divisée en deux compartiments par une membrane mince de caoutchouc,
- Appareil de Kienij pour obierrer iea vojrellet i l'ai dea (Ismaiei mtnomitriquet.
poile d'un cAté un bec de gaz et un robinet avec un tuyau qui amène le gaz, et de l'autre côté un second tuyau de caoutchouc, muni d'un pavillon, par lequel on fait arriver le son. Lorsque les ondes sonores pénètrent, la luembrane mince de caoutchouc cède aux condensations et aux raréfaclions de l'air; le gaz d'Oclairage, alternativement comprimé et dilaté, donnera des flammes allongées ou raccourcies. Pour rendre sensibles ces variations, on regarde l'image de
la flaiiiiiie sui' un iiiiii)ii' à quatre laces, qu'on lait lourtier à l'aide de deux roues d'angle et d'une manivelle (fig. 101). Voici le tableau donné par Kœnig (fig. 102) pour quelques
voyelles i
\Si \éÊi\ i\^
'iMjiMJjÊLÀâki
Pour appliquei' celle dispusilion à la décomposition du timbre d'un son dans ses noies élémentaires (204, c), on fiie un cenain nombre de résonnateurs snr un support, les uns au-dessus des antres (fig. 10.3). Chaque résonnateur couimuniqiie par un lube de caoutchouc avec une capsule manométriqiie. Les becs de gaz sont placés sur une ligne inclinée, et un uiiroii' tournant parallèle à celle ligne décompose celle
l'HONAUllN. — i;a 11 ALTERES Bl SON. 335
des flammes qui sont mises en vibration par tes résumialeurs. qui résonnent, tandis qu'il fait paraître sous forme lîné&ire
IG. 103. — Appareil lit Kœnig Jeilinf ï dtcompoier d'uue manière vieible ion ilariH sas noies élémenUirN nii mojen de» flammej
celles qui sont eu comuiuiiicalion avec des résoniiateuis sur kequels le son n'agit pas.
;«!> fHYSIOI,OCIE. — l'HARÏSX.
L'image de la Uamnie |)reiid alors pour le son loiidauieinat la forme indiquée dans la série -supérieure (fig. lOA) ; pour
l'octave, on voit deux images, de k série intérieure, toujours correspondre à une seule image dans l'autre série. On peut
- Flaminea nuno métriques du
aussi faire aniver les deux sons à la môme capsule; on obtient alors, pour le rapport du son fondamental et de son octave, une succession de grandes flammes suivies rhacuiie
PUONATION. — GAlUCTKREâ DU SUN. 337
e {dus petite (rig. iO&). Si des deux tuyaiu, l'un donne
iquw dd Ui (iorea.
la tierce de l'autre, ce qui correspond au rapport de 4 à 5, les ûanunes seront groupées par cinq {fîg. 106).
t.— SMf iloiilqncf et MU pharritiéf Impart.
i27. Lorsqu'un son se fait entendre avec une intensité uiiiToriiiu su variable, il se trouve le plus souvent mélangé avec certains bruits dus à des mouvements plus ou moins ïiréguliers de l'air (ld3). Ainsi, qnaiid on fait vibrer avec l'arcliet la corde d'un violon, on entend le frottement de i'arcliL-i, de même qu'on entend des bruissements de l'air, qui Ne brise sur les bords aigus de l'emboucbure, quand on ittHitmi uti son dan^ les instruments à vent. D'habitude on fait abstraction de ces bruits accessoires, lorsqu'on écoute la musique ; il n'en est plus de même pour la voix humaine.
On entend ces bruiis déjà dans l'émission des voyelles, où ils naissent par le frdiement de l'air contre les angles et les saillies; on les entend davantage dans la voix chuchotée que dans la voix sonore, et plus dans la parole que dans le chant, où toute la masse d'air aspirée doit être mise en lUiiSL, — LirjDX. 23
vibrations sonores. Us modifient le timbre, mais ni l'intensité, ni la tonalité ; les vibrations du son musical continuent à rester régulières. Si ces bruits cessent d'être sensibles, il est facile de confondre la voix avec les sons de certains instruments, par exemple avec le son du cor.
Au nombre des bruits dont le mélange accidentel détermine une modification du timbre, nous devons aussi ranger ceux qui se font entendre dans certaines modifications des sons glottiques (277 et suiv.), ou de la voix articulée (393 et suiv.).
A28. Les bruits sont les plus prononcés et volontairement produits lorsqu'on fait entendre des consonnes (362). Leur production n'altère ni la tonalité, ni l'intensité du son glottique, mais bien son timbre, en renforçant ou en étouffant certains harmoniques et en interrompant ses vibrations régulières.
c. — Sons f loid^uet et tons nasaux.
A29. Les cavités nasales ont, comme toutes les autres cavités , leurs sons propres , qui sont mis en évidence , lorsque l'air ne peut pas s'échapper librement par la bouche et résonne exclusivement dans les fosses nasales. Ce mélange du timbre des sons glottiques avec celui des sons nasaux est appelé timbre nasale dont les degrés moindres constituent le timbre nasillard et le timbre résonnant.
430. Toute disposition anatomique qui empêche la résonnance dans la cavité buccale et favorise celle de la cavité nasale, produira le timbre nasal. Il se fera donc entendre toutes les fois qu'il y a abaissement du voile du palais, soit congénital, soit pathologique, par exemple dans la paralysie de cet organe, soit inconsciente, par suite de mauvaise habitude. Le redressement de la langue produit des effets analogues, de même que l'accunmlation des mucosités, la
présence de polypes, le gonflement de la muqueuse dans les fosses nasales ou l'occlusion des narines antérieures. Ces causes peuvent agir isolément ou combinées. Dans tous ces cas, le son éprouve un retentissement plus considérable dans les fosses nasales, à des degrés divers, sur tous les sons ou sur quelques-uns seulement.
Larrey a constaté deux fois que, chez des personnes qui portaient un obturateur, la voix parlée était un peu nasillarde, tandis que la voix chantée était naturelle et musicale.
d. — Son» f loid^nes et sont propres da f osier.
431. Lorsque les sons glottiques retentissent avec force dans le gosier, on appelle le timbre guttural. 11 est souvent acquis et, chez les chanteurs, le résultat d'une mauvaise éducation musicale. On dit alors qu'ils chantent de la gorge.
432. La disposition anatomique qui favorise la production de ce timbre, est le rétrécissement trop considérable du pharynx, ce qui détermine une gêne dans le passage de l'air k travers l'isthme du gosier. Cette disposition est congénitale ou la conséquence d'un état pathologique, lorsque, par exemple, les amygdales hypertrophiées, un polype ou un abcès obstruent Tisthme du gosier, ou bien déterminée par un retrait trop prononcé de la langue et une contraction exagérée de l'arrière-gorge, dans les elforts faits pour l'émission des sons élevés.
e. — Sons f loltt^nes et sons Uiomel^nes.
433. Les sons thoraciques modifient par leur tonalité (402) le timbre des sons glottiques de la même manière que la caisse de résonnance du violon modifie le timbre des sons de cordes (211).
340 PBTSIOLOGIE. — PHARYNl.
Ainsi les sons les plus graves du registre inférieur ont une résonnance très -forte, accompagnée des vibrations des parois, surtout pour l't et l'ti, à la base des poumons, en arrière, parce que la tonalité des sons thoraciques renforce les harmoniques du son glottique. Cette résonnance est beaucoup plus faible, si l'on donne des sons plus élevés d'une octave ; mais elle est forte pour les voyelles t et « de cette tonalité, au sommet des poumons, dans les fosses susépineuses, et faible sous les clavicules. Je n'ai trouvé aucune résonnance pour des sons d'une toualité plus haute.
C'est cette résonnance des sons graves dans la cavité thoracique, qui a fait appeler le registre inférieur registre de poitrine.
t. — Boni rlottl«OM CI lOBi ëc là trachée d ém vcidMlc glcttiff.
A3i. On ne sait absolument rien sur le timbre de li trachée et du vestibule glotlique, rien par conséquent sur les modifications qu'ils peuvent imprimer aux sons glottiques. Quelques auteurs affirment que Tépiglotte est relevée ou abaissée, suivant que le timbre est clair ou sombré. Cependant j'ai vu des chanteurs dont l'épiglotte restait abaissée, au point de rendre très-difficile l'inspection de la glotte, donner de très-beaux sons en timbre clair. Le changement qu'éprouve le timbre de ces voix lorsqu'il y a inflammation avec gonflement des muqueuses, soit dans la trachée, soit dans l'épiglotte ou dans les replis sus-épiglottiques, ne permet pas, à cause des complications, de tirer des conclusions sur l'influence exercée à Tétat normal par ces luëoies parties.
phonation. — instrument vocal. / 341
Article 111. — Instrument -vocal.
435. Le pharynx, et les cavités sus-laryngées avec lesquelles il communique, considérés comme instrument physique de production de son, remplissent le rôle d'un tuyau sonore, tandis que la trachée et la cavité thoracique font le double office de soufflerie et de caisse de résonnance. Dans leur ensemble ces cavités fonctionnent par conséquent comme un tuyau sonore : on peut donc les appeler, par rapport à l'organe vocal, tuyau vocal.
Nous en examinerons, comme nous l'avons fait pour le larynx, les trois éléments constituants d'abord, pour donner ensuite la théorie de la voix sonore.
A. 'Éléments constituants.