LOCALISATIONS NERVEUSES DE LA GOUTTE
1. Cerve.w. — « Toutes les formes du rhumatisme cérébral, dit Charcot, se retrouvent dans la goutte. — Ainsi, la céphalée rhumatismale, indiquée par van Swicten et plus récemment étudiée par M. Gubler, a son pendant dans les céphalalgies goutteuses, depuis longtemps connues, et qui, dans ces derniers temps, ont été soigneusement décrites par Lynch, Garrod et Trousseau. — Le délire aigu, ou forme méningiti que du rhumatisme cérébral, se retrouve, d'après Scudamore, chez les goutteux. — L'apoplexie rhumatismale, ou forme a])oplcctique du rhumatisme cérébral, indiquée par StoU et fort bien étudiée par M. Vigla, s;: retrouve sous forme de stupeur dans la goutte, d'après Lynch et Trousseau. — Les convulsions qui se manifestent dans le cours du rhumatisme encéphalique peuvent aussi se retrouver dans la goutte; seulement dans le rhumatisme elles aiïectenl surtout la forme choréique ; dans la goutte, ce sont plutôt des convulsions épileptiformes, ainsi que l'ont observé van Swieten, Tood et Garrod. — • On sait enfin qu'il existe une folie rhumatismale étudiée par Burrows , Griesinger, Mesnet. Il en serait de môme pour la goutte, d'après Garrod ; mais dans cette maladie la folie est rare, du moins en France.
» Remarquons ici, pour signaler une différence, que l'aphasie, qui n'existe pas dans le rhumatisme (si nous faisons abstraction des aiïections du cœur et des embolies consécutives), se rencontre au contraire dans la goutte. Il faut ajouter que les troubles encéphaliques ont, en générai, moins de gravité dans la goutte que dans le rhumatisme ; que leur alternance avec les phénomènes articulaires est plus marquée ; que
' Voy. Durand ; Thèse de Paris, 1880, n" 62 ;
G. GuiNON ; Les agents prooocateurs de L'hystérie Thèse de Paris, 1S89. ^ Jaccoud et Labadie-Lagrave ; art. Goutte, iii Nouveau Dictionnaire de Médecine et de Chirurgie pratiques.
Rendu ; art. Goutte, in Dictionnaire encyclopédique, 1884 ;
Le Gendru ; art. Goutte, in Traité de Médecine de Ciiarcot et iiouchard, i8iji.
la rétrocession est plus évidente ; enfin que, s'il existe assez souvent une goutte larvée, il en est bien rarement ainsi dans le rhumatisme ». Tout est dans ce passage de Gharcot.
Ajoutons qu'il peut y avoir un certain degré de confusion, due à la présence possible d'accidentsurémiques n'étant que médiatement sous la dépendance de la goutte, et ressortissant plus directement à la néphrite goutteuse, qui se rencontre assez souvent'.
Toujours dans l'encéphale et à l'état chronique, la goutte détermine quelquefois le ramollissement ou l'hémorrhagic, à la suite des lésions artérielles qu'elle entraîne souvent. De plus, les enveloppes pourraient, d'après Garrod, être le siège de méningite chronique accompagnée de dépôts d'urate de soude, comme c'est la règle dans les lésions goutteuses. Watson, Gairdner, Dufour, ont constaté des faits de cet ordre^
2. Moelle. — Jaccoud cite trois faits très nets de lésion médullaire goutteuse. Graves a vu deux goutteux mourir paraplégiques, avec ramollissement considérable de l'axe spinal. Critchett et Curling rapportent un fait d'hémato-myélie chez un goutteux.
La goutte peut encore produire des myélites systématisées, comme l'ataxie locomotrice et l'atrophie musculaire progressive. Mais les faits démonstratifs ne sont pas encore suffisamment réunis.
Ollivier a communiqué à l'Académie de Médecine (i4 mai 1878) une observation de laquelle il résulte «que dans la goutte il peut se faire, du côté du canal rachidien, des manifestations caractérisées par une infiltration uratique de la face externe de la dure-mère spinale, et rentrant par conséquent dans le cadre de la vraie goutte viscérale. Ces manifestations spinales avaient été plutôt soupçonnées que décrites, et dans aucune observation on ne trouve la preuve de leur nature goutteuse ; on n'avait point, en effet, constaté jusqu'ici leur caractéristique essentielle, c'est-à-dire le dépôt de granulations d'urate de soude. »
3. Nerfs. — Graves, Garrod, ont bien décrit les névralgies goutteuses, admises aujourd'hui par tout le monde. Les plus fréquentes sont la sciatique d'abord, la trifaciale ensuite. — On a également signalé quelques casde neyrz7e périphérique d'origine goutteuse; Schroder van der Kolk a trouvé, dans un cas, le névrilème infiltré d'urate de soude.
4. Névroses. — La goutte est une des diathèses dont l'influence pathogénique sur les névroses paraît le mieux mise hors de doute. Rappelons les travaux de Trousseau, Guéneau de Mussy, Charcot, etc.
La migraine est une manifestation fréquente de la goutte ; elle peut
' Voy., sur les accidents urémiqucs dans la goutte, une intéressante leçon de HuCHARD, in Semaine médicale, 27 octobre 1886.
^ Voy. encore la Thèse de Beillard (Paris, 1882, n" 209) sur les Manifestations cérébrales de la goutte.
s'observer en môme temps que les douleurs articulaires, ou bien elle cède quand une autre manifestation apparaît, ou encore elle est la seule expression de la prédisposition héréditaire chez des sujets nés de parents franchement goutteux.
Nous avons dit que toute une École voulait toujours voirdans Vangine de poitrine un symptôme de la goutte. C'est une exagération, mais qui prouve la fréquence môme du rapport.
L'asthme est un des étals pathologiques dont on a saisi le plus souvent la corrélation avec la goutte (Jaccoudl ; il peut précéder les manifestations articulaires, alterner avec elles ou se développer à mesure qu'elles s'amoindrissent, se montrer comme état exclusif ou prédominant chez des sujets à qui des antécédents héréditaires et leur constitution propre semblaient promettre la goutte.
Uépilepsie peut dépendre de la diathèse goutteuse. Van Swieten cite un cas dans lequel les attaques épileptiques cessèrent aussitôt après l'apparition de la goutte régulière. Garrod parle de plusieurs exemples du même genre, et Lynch donne deux observations qui paraissent démonstratives à Jaccoud.
Sdeler, Klein et Musgrave rapportent des exemples {ïhysl-éi'ie dans hîsquels la névrose disparaissait devant un accès de goutte articulaire.
Sloll, Barthez et Guilbert ont vu de même une cliorée goutteuse ; Sauvages, Weickardt et Ackermann, un tétanos goutteux (?)
Tout en se rappelant que toutes les maladies que contracte un goutteux ne sont pas pour cela de nature goutteuse, il nous semble cependant impossible cliniquement de dire, avec Jaccoud et Labadie-Lagrave, qu'il faut n'accepter qu'avec la plus grande réserve la prétendue nature goutteuse de certaines névroses.