Traiter le fond neurusthéniijue
3" Poursuivi'e les localisations prédominaiiles.
1° Pour remplir la première indication, il faudra commencer (et ce n'est pas toujours œuvre facile) par démêler avec tact et persévérance la cause du mal, les conditions qui le favorisent et l'entretiennent. Il faudra étudier le milieu familial, en pénétrer les desiderata, scruter l'hérédité, tenir le plus grand compte des demi-aveux, dessous-entendus échappés dans un moment de désespérance et pouvant melti'c sur la voie d'un traitement causal ; sans cela toute intervention directement opposée à la maladie demeurera lettre morte.
C'est dans ce traitement patliogénique. dans cette soustraction du malade aux [)réoccupalions (|ui l'obsèdent, que le rôle du médecin sera particulièrement délicat ; bien souvent il devra faire dans les familles œuvre extra-médicale, combattre un système d'éducation défectueux, modifier une situation tendue, affranchir le patient d'une habitude vicieuse, faire participei' à la cure un entourage quelquefois méfiant ou mal disposé. Il faut, en un mot, dérober le malade par tous les moyens
' Voy. Lemoine ; Aïi/iaZes médico-psyc/iologiques, scpLeiiibre i888; Hirt; Wien. med. P7\, 1889, n»36; ZiEMSSEN ; Union médicale, 21 mars 1889; l^ÉTUiNA. ; Prag. med. W'och., 11 suplombrc 1889; IIOLST ; 3' édition, Slultgard, 1891.
m MALADIES DES NERFS ET NPÎVROSES.
possibles aux influences pernicieuses (surmenage, préoccupations, excès) qui ont pu venir en aide à la prédisposition.
C'est par les mêmes procédés qu'on fera la prophylaxie de la névrose chez tout sujet dont les tendances personnelles ou héréditaires feraient un candidat à la neurasthénie.
•a" Le fond neurasthénique est tout d abord justiciable d'une hygiène sévère et d'un trailcmenl moral.
Il importe avant tout que le médecin prenne autorité sur son malade et lui persuade qu'il n'est atteint d'aucune lésion organique, que rien ne s'oppose dès lors à une guérison radicale. Pareille persuasion n'est point difficile à obtenir, car le neurasthénique ne demande qu'à être rassuré ; mais il faut encore tenter de la maintenir. Une attitude ferme et bienveillante en même temps, l'audition patiente et apitoyée de... quelques-uns des troubles si variés sur la description desquels l'imagination du neurasthénique n'est jamais en défaut, un examen minutieux de tous les organes, aideront à capter la confiance du sujet, à acquérir son adhésion et sa collaboration au traitement. — Une fois en possession du malade, et pour combattre l'asthénie psychique, il faudra lui imposer une direction, lui tracer une voie dans laquelle on maintiendra avec fermeté sa volonté chancelante, mesurer et accroître progressivement sa part de responsabilité, en un mot le forcer peu à peu à s'occuper et à vouloir.
Un même traitement hygiénique ne saurait convenir à toutes les formes : aux neurasthéniques cérébraux on conseillera l'exercice, la marche, sans redouter même un certain degré de fatigue physique; aux asthéniques médullaires, le repos au contraire conviendra davantage. Dans tous les cas, la distraction, les voyages, l'habitat à la campagne, un séjour d'hiver dans un climat tempéré, remplissent d'utiles indications.
U hydrothérapie' constitue la médication par excellence delanévrose. Administrée sous forme excitante (douches, bains de mer) dans les formes exclusivement dépressives, sous forme calmante (lotions, frictions, drap mouillé, immersions froides, bains prolongés) chez les neurasthéniques excitables, elle donnera les meilleurs ré.sultats, à condition de persévérer longtemps dans son emploi. On y joindra, l'été, un séjour à l'une des stations thermales suivantes : Néris, Luxeuil, Royat, Saint- Sauveur'-', Lamalou, Ragatz, Evian, Bigorre, ou dans un établissement spécial d'hydrothérapie : Champel, Brioude, Divonne, Lafoux, Saint- Didier.
h' électricité a été utilisée dans ses divers modes d'application. On a successivement préconisé la franklinisation (Vigouroux), le tabouret
' Voy. BoTTEY ; Revue d'hygiène thérapeutique, février 1892.
2 Noire distingué confrère I3 docteur Sabail, de Saint-Sauveur, nous a communiqué un curieux travail de Olauzuee (d'Angoulôme), paru en 1867 et par conséquent antérieur aux premiers travaux de Beard, sur le traitement de « l'épuisement physiologique, physique et moral » par les eaux de Saint-Sauveur.
électrique, les bains électriques. Dans les cas de manifestations localisées, on s'est bien trouvé du souflle électrique, de l'étincelle, des frictions électriques. Beard et Rokwell ont conseillé la faradisation et la galvanisation générale contre certains symptômes, la céphalée en particulier' .
Weir Mitchell - a proposé, pour les formes graves, une méthode rigoureuse de traitement, que Levillain résume de la manière suivante: « Elle consiste dans l'association de plusieurs moyens : i" isolement ; 2° repos (décubitus dorsal, complète inaction musculaire, silence) ; 3" massage ; l\ électrisation localisée (celle-ci n'est pas indispensable) ; 5" suralimentation : d'abord diète lactée, puis aliments de plus en plus abondants et surtout gras (huile de foie de morue, vin de Champagne et eau-dc-vie à petites doses, cale, extrait de maltl; G" médicaments internes : aloès, fer, etc.»
La nécessité de X isolement '^ dans les formes un peu intenses de la névrose est aujourd'hui universellement admise. Nous avons vu quelle est, sur la marche de l'affection, l'influence désastreuse habituelle du milieu familial ; il importe de rompre le charme, de soustraire le malade à ce milieu nocif où la névrose se cultive et se communique, et même d'interrompre passagèrement toute relation avec ce milieu. Ce mode de traitement, cruel en apparence et souvent inacceplé, donne toujours, quand on l'applique, une amélioration plus ou moins durable, sinon la guérison. Nous verrons dans un instant quels sont les moyens pratiques de le réaliser.
Le trailenient médicamenleux de la neurasthénie comprend surtout des agents toniques : fer (Gharcot utilise la teinture de mars tartarisée, à la dose de dix gouttes matin et soir), quinquina, kola, coca, huile de foie de morue, — ■ et des calmants du système nerveux : bromure de sodium, valérianate d'ammoniaque '', etc.
Trois grandes méthodes, émanant de conceptions théoriques parallèles et utilisant toutes trois la voie hypodermique, ont été proposées ces derniers temps et se partagent la faveur des praticiens : ce sont les injections du suc tesliculaire (séquardisme), les injections de substance cérébrale, et les injections de sérum artificiel.
Brown Sequard a été le grand promoteur de cette méthode générale
' ROBiNSON (T/te Journ. of ment, dis., janvier i8g3, n" i, pag. 33) applique surtout l'éleclrisalion au.\ formes cérébrales, caractérisées par la céphalée, la tendance constante aux préoccupations, et une dépression intellectuelle très marquée ; il conseille l'électricité statique et, en cas d'insuccès, la galvanisation à courants fréquemment interrompus, opérée à l'aide de larges électrodes appliquées à la région lombo-spinale.
• Weik Mitchell ; loc. cit.
Voy. BuRKHAiiï ; Vollzmann's Samml., S octobre i8S4, — et Bei-l. kl. VVoc/i., 1887, XXIV, pag. 45.
* De Fleuuy ; Association française pour l'avancement des Sciences, in Semaine médicale, 12 août i8y3, pag. 387.
Ghasset, 4» édit., tom. II. 27
des injections de substances organiques dans le traitement des maladies nerveuses ; il est parti de cette idée «qu'on peut trouver dans les tissus d'animaux une sorte d'essence de virilité, une leucomaïne tonique, susceptible de produire, à doses extrêmement faibles, autant d'elTet utile que peuvent en produire de mauvais les ptomaïnes morbides et toxiques». Nous avons déjà trouvé des applications de cette théorie, en particulier aux chapitres de l'ataxie et de la maladie de Basedow.
Brown Sequard a proposé les injections de suc testiculaire dans le traitement de la neurasthénie, Constantin Paul les injections de substance grise ; enfin Grocq (de Bruxelles) et plusieurs autres auteurs ont utilisé les propriétés toniques des injections de phosphate de soude '.
Cette question estsi grosse d'intérêt théorique et pratique, et, d'autre part, la solution en est encore, à l'heure actuelle, si discutée, que nous nous bornons à signaler ces diverses méthodes sans y consacrer des développements qui nous entraîneraient beaucoup trop loin.
3. On ne néglige pas, enfin, le traitement des symptômes prédominants, traitement banal et qui n'a rien de particulier à la neurasthénie.
Contre l'insomnie, on administre le chloral, le sulfonal, l'extrait d>; cannabis, le bromidia ; Charcot a trouvé dans ce symptôme une application de sa méthode vibratoire ^.
Les troubles gastro-intestinaux seront justiciables du traitement
' Voy. sur la mclhodc des injections de liquides oi fjaniques en général : tjLOY ; Traité, 1898; Melville ; Traité, i8g3.
Sur les injections de suc testiculaire, ou Séquardisme : Brown Sequard ; Société de Biologie, 1 juin 188;) ;
Brown Sequard et d'Arsonvai, ; Société de Biologie et Archives de Pliysioloyie, i88() à 1898 ; P0EHI. ; Académie des Sciences, n juillet 1892 ;
Voy. aussi nos citations (Depoux, Peter, Dauriac, Dufournier) au chapitre de l'ataxie locomotrice (pag. 587).
Sur les injections de substance grise (5 cent, cubes d'une solution au dixième de substance grise de mouton, stérilisée par l'atidc carbonique) :
C. Paul; Académie de Médecine, 16 février 1892, 25 avril et 6 juin 1898 ;
D'.\rsonval ; Ibid., 28 février 1892 ;
Babes; La Roumanie médicale, 1898, 1, pag. 28;
Éloy ; Revue générale de clinique et de thérapeutique, 3 mai 1898, pag. 277; TOMERCO ; Deut. med. Woch., 28 mars 1898, n» 12, pag. 279. Sur les injections de phosphate de soude (solution à 4 % dans de l'eau de laurier-cerise) :
Francotte ; Annales de la Société médico-chirurgicale de Liège, 1898; — et Revue Neurologique, 80 avril 1898, n° 8, pag. 191 ; HuCHARD ; Société de thérapeutique, 10 mai 1898.
Mentionnons enfin l'opinion récemment exprimée par Massalongo (Ri forma medica, février 1898, et Revue Neurologique, 3i mars 1898, n°' 5-6, pag. 180), qui dénie à ces diverses injections toute efficacité réelle, et conclut purement et simplement à une action suggestive.
2 Charcot; Semaijie médicale, 20 juin 1892, pag. 289, — et Progrés médical, 27 août 1892.
habituel de la dyspepsie dans ses diverses formes. S'il y a dilatation avec hyperchlorhydrie, on administrera les excitants des tuniques et de la sécrétion gastrique (noix vomique, bicarbonate de soude, eau de Vichy chaude) ; en môme temps on combattra les fermentations (lavage de l'estomac) ; on veillera à l'antisepsie du tube digestif (bonzo-naphtol) : on combattra la constipation par l'usage quotidien de laxatifs doux et fréquemment alternés (cascara, podophylle, belladone, laxatifs huileux, graine de lin, poudres alcalines! ; on calmera la douleur (eau chloroformée saturée dédoublée); enfin, on maintiendra l'abdomen, dans les cas de ptôse par le port habituel d'une ceinture hypogastrique, etc. — Dans le cas d'hyperchlorhydrie, on donnera des alcalins à haute dose, etc., etc.
L'angor neurasthénique est surtout justiciable des antispasmodiques et des calmants; il ne conlre-indique en aucune façon l'emploi de l'hydrothérapie.
Dans le traitement des diverses topoalgies (glossodynie, coccygodynie, algie mammaire, etc.), Blocq a conseillé de «provoquer, au niveau de l'endroit où est ressentie la douleur, une sensation pénible et relativement durable, estimant que cette douleur, artificiellement créée, se superposant à la douleur subjective spontanée, s'y substituera et que, grâce à celle mobilisation temporaire, celle-ci finira par disparaître». On pourra utiliser les pointes de feu et vésicatoires, le balai électrique, les pulvérisations de chlorure de méthyle, etc.
Nous ne citerons que pour les condamner les diverses tentatives chirurgicales (ablation de l'utérus ou de ses annexes) réalisées en vue de combattre certaines localisations neurasthéniques. L'intervention chirurgicale ne sera légitime que lorsqu'elle aura en vue une lésion manifeste et dûment palpable, dont la persistance semble jouer un rôle dans l'évolution de la névrose.
Il nous parait utile, en terminant cette élude, de mettre en garde contre une tendance malheureusement trop fréquente chez ceux qui sont appelés à traiter la neurasthénie: l'abus et la complexité des moyens thérapeutiques. La diversité des manifestations névrosiques porte naturellement, en eifet, à multiplier les médications, et cela bien souvent au grand détriment du malade. On doit se constamment prémunir contre un pareil excès et éviter par-dessus tout de joindre le surmenage thérapeutique aux circonstances nocives qui entretiennent la maladie.
ARTICLE II
Maladies des Nerfs moteurs et mixtes — Névroses
motrices.