‹ Traité pratique des maladies du système nerveux (volume 2)Chapitre 98 sur 123 · LOCALISATIONS NERVEUSES DE LA SYPHILIS · texte numérisé non relu

LOCALISATIONS NERVEUSES DE LA SYPHILIS

Nous décrirons d'abord avec soin les manifestations nerveuses de la période tertiaire, sur lesquelles de nombreux travaux ont été accumulés, et nous dirons ensuite un mot sur les accidents nerveux de la période secondaire et la syphilis infantile - .

1° Encéphale^. — Étiologie. — La fréquence de la syphilis dans les maladies du système nerveux est considérable, d'après Fournier. Dans

' Gros (t\,'LKHC'Eiws,kxS'K.; Des affections nerveuses syphilitiques, Paris, 1861;

Lancereaux ; Traité historique et pratique de la syphilis, 1" édition, 1878 ; — Archives générales de Médecine, avril-mai 1891; - Leçons de Clinique médicale, 1892 ;

Heubner ; Handb. de Ziemssen ;

Hanot; Revue générale, in Revue des Sciences médicales, IX, 2; Chauvet; Thèse d'agrégation, Paris, 1880;

RuMPF ; Arch. f. Psyclu und Nerven., i885, pag. t^io; — Traité, Wiesbaden, 1887; Ziemssen; Mûnch. med. Woch , 1888;

Fournier; Accidents nerveux de la sypihilis, in Gazette médicale de Paris, 17 décembre 1888 ;

Oppenheim; Berl. kl. Woch., 1889, n"» 48 et 49 {Revue des Sciences médicales, XXXV, pag. 584) ; GowERS ; Letsomian lectures, 1889 (Semaine médicale, 9 janvier 1889) ; Mauriac; Syphilis tertiaire, 1890 ; Gharcot ; Œuvres complètes, passim.; OEbeke; Allg. Zeits. f. Psych., XL VIII, 1-2, 1891 ; Gajhiewicz ; Si/7)A/Z;s du Système ner'veux, Traité, 1892;

DiNKLER ; Maladies post-syphilitiques du Système nerveux central et périphérique. Congrès de Baden-Baden, juin 1898.

^ La syphilis peut agir sur )cs centres nerveux par l'intermédiaire d'une série de processus anatomiques. dont les principaux sont les suivants : la gomme, la sclérose, la méningite, l'artérite, l'anévrisme ; enfin elle peut les troubler fonctionnellement et engendrer des névroses.

Fournier; La Syphilis cérébrale. Traité, 1879; — Bulletin médical, 1887;

Gaudichier; Syphilis cérébrcde précoce. Thèse de Paris, 1886 (4i 4 observations); — et Congrès des Sociétés savantes, i^i^o{Semaine médicale, ti ']\i\n 1890, pag. 202);

Gharcot ; Clinique des maladies du Système nerveux, tom. I, 1891;

BiTOT ; Archives cliniques de Bordeaux, février 1898, n° 2, pag 69 ;

Darier; art. Syphilis cérébrale, in Manuel de Médecine de Debove et Achard, 1S94.

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un hôpital exclusivement consacré à l'épilepsie cl aux paralysies, Althaus compte 5 pour loo d'afïeclions nerveuses syphilitiques pour la totalité des admissions. Les paralysies syphilitiques représentent 20 pour 100 des paralysies admises dans l'hôpital. Les troubles d'intelligence ou de mémoire syphilitiques comptent 60 pour 100. — D'autre part, Fournier*, sur 3, 420 cas de syphilis tertiaire, a constaté 63i fois une atteinte de l'encéphale.

En général, la syphilis est aidée dans sa localisation sur le système nerveux par une disposition personnelle spéciale qui détermine cette manifestation de la maladie plutôt qu'une autre, comme la disposition héréditaire aux maladies nerveuses. Ainsi, Lallemand a vu un cas de syphilis cérébrale chez un sujet migraineux dans sa jeunesse; Zambaco, chez un individu dont le père était mort apoplectique, et qui lui-môme était sujet aux congestions cérébrales; Heubner, chez un autre qui avait eu une paralysie infantile-.

Les traumatismes ont une action analogue. Lallemand a vu une syphilis cérébrale se développer après un coup sur la tête; Wilks et Wagner ont observé des faits du même ordre.

Nous citerons encore les influences psychiques, le travail intellectuel exagéré, les fatigues, les frayeurs, les excès (alcoolisme). J. Frank a observé une femme syphilitique qui devint épileptique après une chute dans l'eau; elle avait au crâne une exostose et guérit par le traitement antisyphilitique

La syphilis peut cependant aussi frapper le cerveau sans que le sujet présente de prédispusition connue. L'âge ne paraît avoir aucune influence; le sexe masculin est le plus souvent atteint; Gaudichier, dans sa thèse, compte 887 hommes pour 89 femmes. Les professions les plus menacées sont celles qui prédisposent au surmenage cérébral.

L'âge de la syphilis n'est pas indifférent : les manifestations peuvent être précoces, se présenter au début de la période tertiaire, ou même dans la période secondaire '; mais c'est une exception. Les accidents

' Fourniee; Congrès international de Dermatologie et de Syphiligraphie,

^ Voy. aussi Tarnowsky ; Arch. f. Demi. undSyph., 1891. XXIII, 3, pag. 385.

^ Voy., sur le rôle du surmenage nerveux (intellectuel, moral et physique) et de l'hérédité nerveuse, la récente communication de Fourniee au Congrès de Dermatologie et de Syphiligraphie, 10 décembre 1891.

* Nous citerons plus loin des faits de cet ordre pour la moelle ; pour le cerveau, LiANDiER a communiqué à la Société clinique (12 mars i883: anal, in Encéphale, i883, III, pag. 7G3) un cas d'hémiplégie d'origine syphilitique et coïncidant avec des plaques muqueuses.

Voy. aussi : Churton; Soc. med.-chii-urg . de Leeds (anal, in Semaine médicale, i885, n-e, pag. 49);

Gaudichier ; Thèse citée ;

MoREL Lavallée ; Des formes graves de la syphilis, in Gazette des Hôpitaux, i3 octobre 1S88.

Darier (in Thèse de Baudouin, Paris, 1889) a fait l'autopsie d'un sujet mort

93/i MANIFESTATIONS NERVEUSES DES MALADIES GÉNÉRALES.

éclatent en général de la Iroisiènic à la dixième année après la contamination (surtout la troisième ou quatrième année chez l'homme, la septième ou huitième année chez la femme, d'après Gaudichier). Quelquefois ils sont beaucoup plus tardifs, jusqu'à trente ans après le chancre .

Fournier s'est demandé si toutes les syphilis disposent également aux manifestations cérébrales, et conclut: i. Toute syphilis, bénigne, moyenne ou grave originairement, peut être suivie d'accidents cérébraux; 2. La bénignité originelle d'une syphilis (traitée ou non) n'est en rien une garantie contre l'éventualité d'accidents cérébraux ultérieurs' ; 3. Môme, d'après les fails réunis aujourd'hui, ce sont les syphilis originairement bénignes ou moyennes qui, proportionijellement, fournissent le plus fort contingent aux accidents de cet ordre (peut-être parce que ce sont elles qui passent le plus facilement inaperçues). Broadbent arrive aussi à conclure que les sujets le plus exposés aux accidents du système nerveux sont ceux chez qui les symptômes secondaires ont été transitoires et légers^.

Anatomie pathologique ''^. — La syphilis produit dans le cerveau des lésions analogues à celles des autres viscères. C'est toujours de la méningite ou de l'encéphalite, aboutissant à la gomme ou à la sclérose.

1. La gomme '' se présente sous deux formes, qui se trouvent fréquemment réunies sur le même sujet : a, masse blanc rougeàtre, ou gris rougeàtre, ou grise, humide, ayant la consistance de la gélatine ferme, demi-transparente sur des coupes minces, passant graduellement au tissu sain ambiant; b, substance blanche plus ferme, souvent de dureté cartilagineuse, sèche, présentant à la coupe une matière homogène caséiforme, en tumeurs circonscrites plus ou moins grandes.

a. La masse gris roug(>àtre est constituée par des cellules rondes et

de syphilis cérébrale huit mois après l'apparition du chancre initiai; il a trouvé de la méningite et de l'artérite cérébrale. — Mauriac {Archives de Médecine, juin 1889) a observé des troubles cérébraux intenses au sixième mois de la syphilis.— De Francesco {Gaz. degli Osped., i8(j3 ; Revue Neurologique, 3o octobre 1898, n» 20, pag. 571) a vu survenir une céphalée intense, des attaques convulsivcs et des phénomènes paralytiques avec aphasie, quatre mois après l'infection.

' «Une syphilis qui commence bien n'en est pas moins exposée à mal finir» (Fournier).

^ Les principaux facteurs de gravité de la syphilis sont, d'après Fournier : l'alcoolisme, la scrofulo-tuberculose, l'àgc avancé du sujet, le paludisme, le surmenage et la misère, l'absence ou rinsuflîsance de traitement au début. — GÉMY (d'Alger) y ajoute la qualité de la graine », qui se transmettrait avec la virulence acquise, d'où le conseil (un peu théorique) donné par cet auteur : « Si vous devez contracter la syphilis, prenez-la à une source largement, longuement et profondément mercurialisée » (in Revue de Morel Lavallée).

^ Voy. Obermeier; Deut. Zeits f. Nerven., 1892, 1 à 3.

^ Voy., sur l'anatomic pathologique des gommes syphilitiques: Marfan et Toupet ; Annales de Dermatologie cl de Syp/iiligraphie, aoùt-septcmbre 1890.

SYPHILIS. 935

des noyaux avec quelques cellules éloilées ou rusilormes disséminées ; elles sont dans les mailles du tissu originaire, dont les éléments normaux forment la substance intci-c>'llulair.', avec quelques capillaires souvent Irès larges. La tumeur est plii^ ou moins molle ou dure, suivant la laxité plus ou moins ,i;rande du lissu dans lequel elle s'est développée (espace sous-arachno;dien ou dure-mère). Ces cellules embryonnaires sont probablement tles éléments sanguins migrateurs; les éléments fusiforines, plus avancés, viendraient du tissu conjonclif voisin. La richesse sanguine, comme la consistance de la tumeur, dépend de la région où elle se développe. A la péi'iphérie de la tumeur, on retrouve tous les termes de transition dans l'infiltration cellulaire jusqu'au tissu sain.

h. Les masses plus fermes sont formées, au cenlre, solide restes des éléments noraïaux comprimés, soit de cellules de néoCormation agglomérées el atrophiées. 11 y a une masse de cellules granuleuses dans les mnilles du lissu originaire, autour de laquelle on trouve, soit une ea|)sule de lissu conjonclif scléreux, soit du tissu gris rosé de la première forme. La substance granuleuse est formée des détritus des cellules rondes, de quelques amas pigmeutaires et de granules graisseux. C'est la caséifiealion, l'alrophie, la dégénérescence granuleuse des cellules, avec une prolifération conjonctive active tout autour.

Les deux sièges de prédilection pour les gommes sont ; la dure-mère et l'espace sous arachnoïdien. Dans la dure-mère, on ne rencontre pas la forme molle, mais la tumeur sèche, qui se trouve souvent entre les feuillets, dans les replis de la dure-mère. L'os avoisinant (frontal, pariétal, ethmoïde) peut être rongé ; c'est une sorte de carie sèche. Dans l'espace sous arachnoïdien, les lésions s'étendent beaucoup plus; la plupart des syphilomes cérébraux naissent là, à la surface, et se propagent ensuite vers le centre. A la convexité, la dure-mère est intéressée et toutes les méninges adhèrent au cerveau, toute la lésion formant une masse unique : c'est l'ankylose méningée ou cérébro-méningée de Fournier. A la base [localisation la plus habituelle) ', la dure-mère peut rester intacte, la lésion s'infillrant facilement dans les dépressions et les sillons de la région. Dans les deux cas, au lieu de tumeurs circonscrites, on peut avoir une inliltration dilïuse : méningite gomraeuse.

Dans des cas rares seulement, la tumeur syphilitique prend la forme de nodules miliaires ; Engelstedt et Lancereaux en ont décrit des exemples.

Les tumeurs développées dans l'intérieur même du cerveau, sans relations avec les méninges, sont de grandes raretés. Ainsi, sur 45 cas,

' Oppenheim ; Berl. kl. Woch., 1889, n"' 48 et 49 ;

Chaucot; Leçon publiée jtai' Souques, in Clinique des Maladies du Système nerveux, i8yi, Loin. I, puy. S^a.

on n'en trouve que 3 : un de Lalleniand, un de Zambaco et. un de Lancereaux '.

Quelquefois la tumeur a pris naissance au niveau du quatrième ventricule (toujours la pic môre).

Fournier professe la même opinion que Heubner sur la fréquence de l'origine périphérique de ces gommes; il ajoute que, quand on les observe dans les parties centrales, c'est presque toujours dans les portions grises des ganglions centraux. Hanot en a vu avec Charcot une développée entre les deux noyaux du corps strié. Le système vasculaire, dont nous allons étudier les lésions, donnerait peut être l'explication de ces origines spéciales (Hanot).

2. Les vaisseaux peuvent participer à ces altérations et même être le siège particulier, indépendant, de ces lésions, que nous décrirons d'après Hanot -.

Wilks, en i863, et l'École anglaise ont fortement attiré l'attention sur cette question toute contemporaine des gommes vasculaires, et l'École allemande, avec Heubner, a complété l'étude histologique de cette artérile sypliililique, dont nous avons déjà dit quelques mots à la page 126, du tom. L

La sylvienne, le tronc basilaire, les vertébrales et les cérébrales postérieures sont les plus fréquemment atteintes, et symétriquement ; le vaisseau n'est habituellement frappé que dans la première partie de son trajet

La lésion se localise dans la partie non vasculaire de la paroi artérielle, immédiatement sous l'endothélium, au-dessus de la membrane fenêtrée. Ce sont d'abord quelques noyaux disséminés dans la substance amorphe trouble, puis de longs éléments fusiformes provenant de l'endothélium vasculaire. La prolifération est active et sépare l'endothélium de la membrane fenêtrée. Quelquefois une petite tumeur fait saillie dans la

' Récemment Klippel cl Pactet (Société anatomique, janvier 1898) ont observé une infiltration gommcuse massive dans tout le lobe moyen de l'hémisphère cérébral gauche.

^ Voy. Thibierge ; Les lésions artérHelles de la syphilis. Revue générale, in Gazette des Hôpitaux, 26 janvier 1889; JOFFROY ; Archives de médecine expérimentale, 1891 ;

DiEULAFOY ; De l'artérite cérébrale syphilitique. Leçon publiée par Charrier, in Gazette hebdomadaire, 3 décembre 1892, pag. 579 ;

Stanziale ; An?!, di Neurol., 1898 {Revue Neurologique, 3o septembre 1898, n" 18, pag. 5o8) ;

Brousse; Médecine moderne, 1898, n" 66; — ol Nouveau Montpellier médical, 1 juillet 1898, pag. 608.

Voy., en outre, le chapitre Artérite syphilitique, in Manuel de Médecine de Uebove et ACHARD, 1898, tom. II, pag. 38i.

L'artérite syphilitique des artères rétiniennes a été récemment signalée (Voy. OSTWALT ; Thèse de Paris, 1891).

SYPHILIS

liiiiiière du vaisseau, sur un point, rarement sur toute la circonférence, et un thrombus finit par se l'ormer

Le néoplasme peut s'organiser et même se vasculariser ; c'est une sorte de véritable membrane sous l'épithélium, formée de cellules géantes à la partie interne, d'éléments connectifs à la partie moyenne et à la partie externe. D'autres fois, il y a rétraction inodulaire, avec atrophie des cellules et olditéralion totale du vaisseau.

Ce processus diffère de l'atliérome par la rapidité de son évolution (il dure des mois au lieu de durer des années) et par l'organisation en néoplasme, que ne présente jamais l'athérome. Cornil - a toutefois démontré que l'artérite syphilitique peut aboutir à l'athérome.

En France, Lancereaux a publié des observations analogues sur ces lésions ^. Dans un fait de Charcot et Pitres, cité dans la thèse de Rabot, il y aurait eu aussi périartérite syphilitique: nodosités conjonctives paraissant avoir leur point de départ dans la tunique externe.

Baumgarten, Lancereaux, font jouer le principal rôle à cette périartérite, que Rumpf et Stanziale rattachent à l'altération initiale des vasa vasorum.

Du reste, ce n'est peut-être pas là la seule lésion vasculaire que la syphilis puisse produire ; on a observé la dégénérescence graisseuse, les anévrismes '', etc. ; mais ce sont là des faits moins fréquents.

3. Nous avons ensuite la sclérose cérébrale, l'inflammation non gommeuse^ ; nous venons déjà de trouver ce processus dans les vaisseaux.

Il s'agit ici de l'encéphalite hyperplastique scléreuse, que nous avons décrite plus haut, d'après Hayem. En général mal limitée, diffuse, elle est presque toujours partielle, circonscrite par exemple à une circonvolution. Elle peut être aussi répandue par plaques sur diverses portions du cerveau et môme de la moelle, comme dans une observation de Charcot et Gombault.

Assez fréquente dans la dure-mère, elle y constitue la pachyméningite membraneuse ou hyperplastique, dans une partie restreinte de la dure-mère, qui peut prendre une épaisseur sextuple. Quelquefois, sous forme de nodules gommeux, caséeux, jaunâtres, parsemés, elle constitue la «pachyméningite scléro-gommeuse» de Fournier. L'arachnoïdite hyperplastique a été également observée.

1 Voy. le cas récenl de Joffroy et Létiennk, in Arc/uoes de Médecine expérimentale, mai 1891, n" .S.

^ GORNIL ; Journal des connaissances médicales, 1SS6. Rabot ; Thèse de Paris, 1S73 ; — et Congrès pour ravancemenl des Sciences,

* Lancereaux ; lac. cit.; Verdie; Thèse de Paris, i884;

Spillmann ; Annales de Dermatologie et de Syp/iiligra2}hie, noYemhre 1886.

* Voy. Lancereaux; L'encép/ialite syphilitique, in Archives générales de Médecine, avril-mai 1891.

Grasset, 4« édit., tom. II. 60

9H MANIFESTATIONS NERVEUSES DES MA.L \DIES P-ÉNllKALES.

4. Le ramollissement se présente chez les syphilitiques consécutivement aux lésions artérielles décrites, comme après l'alhérome'; il ne présente rien de spécifique.

5. Les auteurs rapportent aussi des cas dans lesquels on a trouvé des lésions de méningo-encéphalite diffuse, comme dans la paralysie générale, mais toujours sous la dépendance de la syphilis {pseudoparalysie générale syphilitique). Le rôle de la méningite serait ici plus prépondérant que dans la paralysie générale, d'après Fournier ; mais, en somme, c'est le même processus^.

Que conclure de tout cela? En résumé, il n'y a pas de lésion spécifique.

Nous repoussons la division de Heubner en lésions gommeuses syphilitiques spécifiques et lésions inflammatoires. Tout est inflammation, prolifération, infiltration, diapédèse, retour à l'état embryonnaire; il n'y a rien d'hislologiquement spécifique. C'est toujours de l'inflammation, qui peut, suivant les cas, aboutir à la dégénérescence granuleuse ou à la sclérose, atteindre les vaisseaux et entraîner le ramolli.-sement, frapper les méninges et le cerveau ; elle varie dans sa marche, ses modes et son agencement, mais histologiquement c'est toujours de l'infiammation.

C'est la confirmation du principe général que nous avons souvent rappelé : les lésions, pas plus que les symptômes pris isolément, à un instant donné de leur évolution, ne spécifient une maladie. Leur succession, leur arrangement seuls caractérisent et distinguent les divers états morbides.

Symptômes . — Par la diffusion extrême des lésions et par les sièges très variés qu'elles peuvent occuper, on doit prévoir les nombreux types cliniques que la symptomatologie présentera. Fournier les ramène à six : formes céplialalgique, congestive, convulsive ou épileptique, aphasique, mentale, paralytique.

1. La céphalalgie ^ est un symptôme si fréquent dans la syphilis cérébrale que, pour Heubner, ce serait même là un prodrome commun à toutes les formes ultérieures de la maladie. Elle s'allie d'habitude à l'insomnie.

On l'observe sous trois types qui peuvent du reste s'associer : a. douleur gravative, avec pesanteur, alourdissement; b. douleur constrictive produisant la sensation d'une forte pression (étau) ; c. douleur de martellement. — Elle est circonscrite et fixée à un point de

' Voy. la pag. laS du tom. I.

Nous avons déjà parlé (tom. I), cl reparlerons plus loin, des pseudo paralysies générales, et du rôle que joue la syphilis dans l'étiologie de la paralysie générale et du tabès.

^ Voy., sur la céphalée syphilitique : Lionnet ; Thèse de Lyon, 1892.

SYPHILIS

la tôle (lumcurs), ou générale cl diffuse dans diverses régions crâniennes (Cronlale ou fronlo pariéLale surloul).

Elle présente des caracLcres particuliers sur lesquels insiste Fournier : intensité, exacerbation pendant la nuit, persistance et longue durée. Ouelquel'ois atroce, elle peut entraîner le délire, même furieux. La céphalée secondaire serait exclusivement nocturne et la céphalée tertiaire continue. Elle peut durer jusqu'à dix ans, avec des crises dépassant six mois.

« Un mal de tète intense, dit Fournier, violent, à exacerbation nocturne, à durée longue, chronique, et à retours i'réquenls, est un symptôme qui atteste presque inlailliblement la vérole, qui doit toujours, pour le moins, en éveiller le soupeon. »

2 D àns \a ïorme congestiue \ on observe d'abord des phénomènes congestil's passagers: des vertiges, puis des troubles des sens (obnubilations passagères, bourdonniMiients, etc.) ; des troubles subits el passagers de la motilité [ictus apoplectique, ballottement, titubation) ; des troubles également fugaces d(; l'intelligence (absences).

Ces phénomènes aboutissent ensuite à une soile d'état congestif habituel, presque permanent, caractérisé par les mêmes phénomènes exagérés d'intensité et de fré({uence. On observe alors une lourdeur de tête ordinaire, des vertiges fréquents, intenses, se répétant plus ou moins souvent, et pendant lesquels le malade peut tomber. A cela se joindront : des troubles sensoriels, des troubles moteurs (torpeur, faiblesse musculaire), de la faiblesse intellectuelle, des troubles de sensibilité (fourmillements), des vomissements (en fusée), des troubles génito-urinaires (miction difficile, impuissance).

Ces accidents peuvent être suivis d'accès congestil's (engourdissement subit des membres, attaques partielles et peu durables de parésiej ou bien même de paralysies définitives.

C'est dans cette forme de Fournier que rentre la méningite syphilitique subaiguë de Taylor.

3. La forme conuulsive ou épileptique se produit quand les lésions sont périphériques (ce qui est fréquent) et rentre dans la symplomatologie des lésions corticales. C'est Vépilepsie syphilitique, qui, comme l'épilepsie ordinaire, se manifeste par le haut mal et le petit mal. L'intérêt principal ici est de donner les caractères spéciaux dilïérentiels de cette épilepsie sypliilitique, d'après les travaux de Fournier et de Charcot -.

' Chauvet est tenté d'attribuer cette forme dite congcstive plutôt à une anémie cérébrale qu'à une congestion. — Fourniek lui-même reconnaît, du reste, que cette forme est attaquable au point de vue anatomiquc et pathogénique. Il ne faut donc considérer ces diverses formes que comme des types cliniques. Voy. encore, sur Vépilepsie syphilitique :

PÉRiER ; Thèse de Paris, i88i, n" 70 ;

Barbier ; Thèse de Paris, i885 ;

D'après Fournier : a. l'allaque d'épilepsie syphilitique, quelque forme qu'elle afl'ecte, ne se distingue par aucun signe propre, pathognomonique, de l'attaque d'épilepsie vulgaire ; il y a de simples nuances, comme l'absence plus fréquente du cri et la fréquence plus grande des paralysies ; mais ces sigues n'ont rien d'absolu ni de suffisant; — b. il n'y a aucune particularité spéciale, non plus, comme mode d'apparition et d'évolution de l'attaque; — c. il y a quelques caractères différentiels dans l'épilepsie syphilitique envisagée dans son ensemble : Ainsi, a dans l'épilepsie syphilitique, les intervalles des crises sont moins complètement exempts de troubles morbides que dans l'épilepsie commune ; /3. l'épilepsie syphilitique, pour peu qu'elle date d'un certain temps, est fréquemment associée à divers phénomènes cérébraux, notamment à des paralysies ou à la névrite optique d'origine cérébrale; 7. elle se distingue par les conditions dans lesquelles s'est produite la maladie (antécédents de syphilis) ; S. elle peut guérir par le traitement antisyphililique.

En somme, on voit que ce sont là les signes de l'épilepsie avec lésion cérébrale, avec les antécédents et l'efficacité du traitement en plus.

Charcot a insisté sur ce point que l'épilepsie syphilitique est généralement pa/-//e//e ou hémiplégique ; la syphilis, nous l'avons vu (pag. 288 du tom. I), est le principal facteur de l'épilepsie jacksonnienne. Elle débute le plus souvent par un des membres supérieurs ou par un côté de la face, plus rarement par un membre inférieur. Elle est quelquefois précédée par un certain nombre d'accès d'épilepsie vulgaire.

Cette épilepsie correspondrait, d'après Charcot, à la pachyméningite gommeuse circonscrite, avec participation des membranes sous-jacentes. Dans les premières périodes, la substance grise cérébrale ne serait le siège que d'altérations dynamiques transitoires. D'après Hughlings Jackson, ce serait un emmagasinemenl, une accumulation de force ; puis, à certains moments, surviendrait une décharge brusque, une dépense par explosion dans les membres, du côté opposé à la lésion. Un épuisement temporaire survient ensuite, d'où les paralysies momentanées observées souvent dans les parties convulsées. A la longue, par la répétition même de ces actes, les lésions de l'écorce • s'établissent définitives, avec dégénérescences secondaires, d'où une hémiplégie permanente et indélébile. On comprend, dans ces cas, l'importance d'un traitement rapide.

4. h' aphasie peut être un phénomène précoce ou tardif de la syphilis;

BiGOERE ; Thèse de Paris, 1887 ; FÉDOu ; Thèse de Montpellier, 1888 ; Mallet ; Thèse de Paris, 1891 ;

KowALEwSKY ; Arcliioes de Psychiatrie, de Neurologie et de Médecine légale, 1893 {Revue Neurologique, i5 août 1898, 11° 10, pag. 420').

' Voy. une communication de Rosenthal à la Société império-royalc des médecins de Vienne (anal, in Semaine médicale, i885, n° i3, pag. 806) sur la Sypliilis du cerveau et sa localisation.

SYPHILIS. 941

elle peut se présenter seule, isolément ; plus souvent, elle fait partie d'un ensemble et figure dans la syphilis cérébrale au milieu d'autres phénomènes, parmi lesquels et en première ligne la paralysie à droite. Il n'y a, du reste, rien de spécial comme symptômes qui différencie cette aphasie de l'aphasie vulgaire, dont elle peut reproduire les types variés.

Elle est transitoire ou durable. Elle peut être due à un ramollissement de la troisième circonvolution frontale gauche par artérite syphilitique, ou à une méningo-encéphalite gommeuse détruisant plus ou moins la circonvolution sous-jacente à ce même niveau (Fournier) .

Tarnowsky avait déjà bien étudié cette aphasie en 1870, et Mauriac a insisté sur la forme intermittente qu'elle peut présenter. Nous avons observé un remarquable exemple de ce type ; l'histoire complète en a été publiée dans la Thèse du D"' R. Caizergues ; nous y reviendrons à propos de la syphilis héréditaire '.

5. Dans la îorme mentale. Fournier distingue des troubles intellectuels de deux ordres : a. les premiers, les plus fréquents, sont à évolution lente, chronique, et à type dépressif; c'est une sorte d'hébétude intellectuelle progressive, a. L'hébétude peut être simple, avec dépression intellectuelle, changement de caractère, affaiblissement de la mémoire continu et progressif, se faisant quelquefois par saccades, exceptionnellement d'une façon subite, presque instantanée, la mémoire des choses anciennes étant souvent conservée ; j3. ou c'est une hébétude déraisonnante, incohérente (incohérence dans les paroles et dans les actions, délire systématisé, délire mélancolique ou hypochondriaque, tendance au suicide); b. les seconds consistent en manifestations aiguës apparaissant subitement ou acquérant d'emblée une haute intensité : phénomènes d'exaltation ou d'excitation, de manie, de folie véritable (suractivité mentale, suractivité physique correspondante, hallucinations, manie vulgaire).

Certains cas peuvent se présenter absolument comme la folie commune : c'est une chose importante à savoir pour le traitement-.

La paralysie générale se développe chez les syphilitiques, mais tout le monde n'est pas d'accord pour reconnaître entre les deux éléments une relation de cause à effet. Magnan pense que la paralysie générale précoce, de 25 à 35 ans, serait le plus souvent syphilitique. Fournier

' Voy., récemment, sur l'aphasie syphilitique :

Charcot ; Bulletin médical, 1891, et Leçon recueillie par Souques, in Clinique des maladies du Système nerveux, 1891, pag. 385;

Heilbronner; Allg. Zeits f. Psych., 1898 (Revue Neurologique, i5 octobre 1898, n» 19, pag. 585).

^ Chantemesse a publié (France médicale, 1882) un cas intéressant de sj'philis cérébrale, à symptomatologic surtout intellectuelle, qui a été entièrement guéri par le traitement spécifique.

Voy. LIewïh ; Folie syphilitique, in Lancet, i5 octobre 1892;

KowALEWSKi; Troubles mentaux dans la syphilis, in Ally. Zeits. f. Psych., 1898, L, n°" 1 et 2.

a d'abord admis (il est aujourd'hui moins absolu daus sa manière de voir à ce point de vue) que la paralysie générale syphilitique n'est pas la paralysie générale commune, et il a indiqué des différences, dont voici les principales :

«a. Comme troubles inlellectuels, les syphilitiques ont rarement un délire expansif, lypémaniaque ou mégalomaniaque ; ils sont abrutis, slupides, parfois extravagants, mais toujours relativement humbles, modestes, dans leurs conceptions délirantes. — b. Le tremblement est plus rare chez les syphilitiques: il n'est pas aussi intense ni aussi permanent; il n'a pas l'allure si caractéristique de la trémulence qu'on observe aux lèvres et à la langue dans la paralysie générale. — c. Dans la syphilis, les paralysies sont beaucoup plus accentuées que dans la paralysie générale. Dans la syphilis, les troubles intellectuels succèdent fréquemment à une ou plusieurs attaques apoplecliformes ou épileptiformes, tandis que dans la paralysie générale c'est ordinairement l'altération des facultés qui attire d'abord l'attention. Contrairement à ce qui arrive pour la syphilis, l'évolution de la paralysie générale se fait par stades définis et dans des limites de tempsassez restreintes. Dans la paralysie générale, l'état de l'ensemble est excellent ; dans la syphilis, il y a altération de la santé, quelquefois même état cachectique. La guérison, possible dans la syphilis, est impossible dans la paralysie générale. — cl. Les lésions diffèrent également. Dans la paralysie génél'ale, la lésion de la substance grise domine, les lésions de la pie-mère sont subordonnées : dans la syphilis, la lésion des méninges prédomine; la pie-mère est toujours notablement épaissie et souvent dégénérée en membrane fibreuse, coriace, quelquefois aponévrotique. Ce qui domine ici, c'est la méningite hyperplaslique. »

Et Fournier conclut de tout cela : « La paralysie générale syphilitique n'est pas la paralysie générale commune ».

Chauvet a longuement repris toute celte question des rapports de la syphilis avec la paralysie générale et est arrivé aux conclusions suivantes :

«La syphilis seule ne peut pas produire la méningo-périencéphalite diffuse.

«La syphilis peut produire dans l'encéphale des lésions variées, comme siège, comme étendue (tumeurs, artérite avec ramollissement, etc ), qui dans quelques circonstances pourront se traduire symptomatiquement par une sorte de paralysie générale

' Voy. encore sur la pseudo-paralysie générale syphilitique : RiVAUD ; Thèse de Paris, 1880, n" 178; Negresco ; Thèse de Montpellier, 1882, n° 44 !

Charpentier ; Société médico-psychologique, 3o juillet i883 (anal. in Archives de Neurologie, i883, VI, [{i) ; — cl la discussion consécutive ;

Althaus ; Centralbl. f. Nervenk., i883 (anal, in Archives de Neurologie, i885, IX, 64);

SYPHILIS

G. On observe des y^o/'o/c/s/es de difTérents ordres : hémiplégie', (iiii n'a d'ailleurs rien de pathognomonique, si ce n'est la conservation fréquente de la connaissance et l'invasion souvent progressive ; paralysies partielles des membres et des nerfs crâniens, sur lesquelles nous reviendrons à propos de la syphilis des nerfs.

Du reste, comme le dit Lanccreaux, ce serait une erreur de croire trouver dans tous les cas l'un ou l'autre des groupes symptomatiques en question. De même que l'on observe fréquemment la coexistence des différentes lésions dont il a été parlé, de môme il n'est pas rare de rencontrer simultanément les divers désordres qui viennent d'être énumérés.

2" Moelle. — La question de la syphilis spinale ou médullaire est beaucoup moins étudiée que celle de la syphilis cérébrale ; on trouve beaucoup moins de documents pour la traiter. C'est ce qui a fait le très grand intérêt de la Thèse de Caizergues, qui est le premier travail d'ensemble entrepris sur les localisations de la syphilis sur la moelle-.

MOEEL Lavall.ée et Bélières ; Académie de Médecine, 1889 ;

RÉGIS; Archives cliniques de Bordeaux, imUcl 1892;

Mairet ; Leçons sur l'Aliénation mentale syp/iilitique, 1898.

MOREL Lavallée ; Paralysie générale et syp/iilis, in Revue de Médecine, 1898.

Voy. aussi le cliapitrc de la paralysie génc^rale. dans le tom. L

Aujourd'hui la plupart des auteurs semblent admettre que la syphilis peut donner naissance, tantôt à la paralysie générale vraie, tantôt à une pseudo-paralysie générale répondant à la description de Fournier.

' Beslin (Ê/ice'/îAa/e, 1881, L pag. 257) a observé une hémiplégie complote chez un syphilitique sans lésion à l'autopsie; mais il n'y a pas eu d'e.xanien microscopi(|ue.

Voy. encore, sur V/iémiplégie sypliilitique : Pitres ; Leçons, 1888.

^ R. Caizergues ; Des myélites sypiulitiques. Thèse de Montpellier, 1878;

Voy. plus récemment; Julliard ; Thèse de Lyon, 1879;

Savard ; Thèse de Paris, 1881, n» 4^7;

JuRGENS ; Deut. med. Zeit., 7 avril 1887 (France médicale, 5 juillet 1887) ;

Discussion à la Société de médecine interne de Berlin sur les affections syphilitiques de la moelle épinière, in Bei^l. kl. Woch., mai-juin 18S8 (Revue des Sciences médicales, XXXIIl, pag. 188);

ScHMAUS; Deut. Arch. /'. td. Med., 1889, n» 8 {Revue des Sciences médicales, XXXIV, pag. 202) ;

Gilbert et Lion; Syphilis ynédullaire précoce, in Archives générales de Médecine, 1889; — Société médicale des Hôpitaux, 11 juillet i8go ; — De la j)luralité des lésions de la syphilis médullaire, in Société de Biologie, 22 avi il 1898 (Gazette médicale de Paris, 6 mai 1898, pag. 208) ;

McELLER ; Arch. f. Derm.undSyph., 1891, XXIII, 2;

HouLLOCHE ; Anncdes de Dermatologie et de Syphili graphie, octobre 1891 Darier ; art. Syphilis médullaire du Manuel de Médecine de Debove et Achard, 1898 ;

Lamy; De la mé ni n go- myélite srjphilitique, m Nouvelle Iconographie de la Salpêtrière, 1898, — et Thèse de Paris, juillet 1898 ; Kasimir; Thèse de Paris, juillet 1898;

944 MANlPËSTyVTIONS NERVEUSES DES MALADIES GÉNÉRALES.

Nous ferons naturellemenl de nombreux emprunts à ce mémoire, qui contient une bibliographie très complète et est basé sur une centaine d'observations, dont seize personnelles.

Anatomie pathologique. — i. La néoformation syphilitique [gomme) se développe de préférence à la périphérie de la moelle et entraîne la jonction et l'adhérence des trois méninges avec la moelle. Le tissu nouveau peut se^présenter ici en tumeur circonscrite, en infdtration, sous forme de gélatine gris rougeâtre ou de masse sèche caséeuse. Ainsi, Zambaco a vu une production gommeuse annulaire autour de la partie inférieure de la moelle dorsale et de la moelle lombaire, exerçant une pression sur cet organe ; Wilks, une gomme à la moelle lombaire enveloppant les racines postérieures et adhérant à la moelle. Wagner rapporte un cas de gomme centrale .; c'est le seul exemple que connaisse Heubner. Lancereaux en a cité un autre analogue de Mac Dov^^el.

A la forme en foyers petits, multiples et disséminés, appartient un cas de Engelstedt.

2. La sclérose syphilitique est formée de plaques de tissu conjonctif induré, que Heubner regarde comme des cicatrices de néoformalions gommeuses. Virchow décrit une plaque épaisse englobant les méninges et la moelle, à la région cervicale ; Charcot et Gorabault' ont observé un beau cas de myélite diffuse partielle en foyers disséminés sur tout l'axe cérébro-spinal.

L'inflainmation diffuse de la moelle peut encore être produite secondairement à des lésions osseuses de la colonne vertébrale. Ainsi, Minich (de Padouc; et Piorry ont cité des faits d'exoslose. Dupuylren, Montfalcon, Leprestre, etc., ont observé la carie vertébrale syphilitique (Lancereaux) -.

MouREK ; Archives bohèmes de Médecine,, — el Mo)mt. f. praht. Derm., i septembre 1898 {Revue Neurologique, 3o septembre iSgS, 18, pag. 5oi) ;

Gerhabdt; Société de médecine berlinoise, i5 novembre 1898 {Semaine médicale, 11 novembre 1898, pag. 535; — Revue Neurologique, i5 février 189/1, n» 3, I>ag. 89) ;

Goldflam; Wiener Klinil;, 1898 {Revue Neurologique, 3i mars 1898, n" 5, pag. 118) ;

Reiner, Hock, Erkmann; Discussion au Club médical de Vienne, le i4 février 1894 {Semaine médicale, 21 février 1894, pag. 87).

Voy. aussi la très remarquable étude de P. Marie sur la Syphilis delà moelle, in Semaine médicale, 25 janvier 1898, pag. 34.

' Gharcot et GoMBAUi/r ; Arcliives de P/rysiologie, 1878.

Voy. encore sur la myélo-encéphcdopathie syph ilitiqve diffuse: M'"° Hérodinoff; T'ièse de Paris, 1887.

^ Voy. aussi la Tlièse de Levot sur les Lésions syp/iilitiques durac/iis (Pai'is, 1881, n» 219).— D'après Jurgens [Deut. med. Wock., 1888, 11° 25), les ostéo-cbondrites et périoslites syphilitiques seraient fréquentes chez les enfants.

Voy. encore Jasinski : Ai'ch.f. Derm. und Syp/i., 1891, pag, 4o8 ;

Darier; Bulletin de la Société anatomique, 1898, pag. 22.

SYPHILIS

Le simple ramollissement de la moelle a élé également observé sous l'inlluence de la syphilis. Lancereauxen cite un cas de Steenberg. Une s'agit pas d'un ramollissement ischémique, comme celui que l'artérite syphilitique pi'oduit dans le cerveau ; c'est le ramollissement inflammatoire, précédé et accompagné d'hyperémie '.

En un mot, la syphilis peut développer tous les genres de myélite diffuse aboutissant, soit à la sclérose, soit au ramollissement, suivant les cas. Outre les observations déjà citées, Caizergues a encore réuni les faits suivants, tous avec autopsie : Tillol (service de Gosselin) noie une congestion intense, avec diminution de consistance de la moelle ; MoUière-, une hyperémie de la moelle; HomoUe^, une myélite diffuse corticale ; Winge '', une méningo-myélite ; Moxon Meyer, Westphal'', des myélites en foyers disséminés.

En dehors de ces cas, qui sont les plus fréquents, on observe aussi des myélites systématisées ; mais l'existence du groupe est plutôt démontrée par la clinique (comme nous le verrons tout à l'heure) que par l'anatomie pathologique. Nous citerons cependant le fait de Déjerine', qui trouva une atrophie simple avec altération vacuolaire et pigmentaire des cellules motrices des cornes antérieures du renflement lombaire, sans inflammation de la névroglie et avec intégrité de la substance blanche.

Nous parlerons enfin, à la Symptomatologie, de faits dans lesquels, malgré un examen microscopique très précis, on n'a trouvé encore aucune lésion ; tel est le cas de Déjerine et Gœtz'*.

Voilà, si l'on veut rester sur le terrain des faits et des autopsies, ce que l'on pouvait dire, il y a quelques années, de la syphilis médullaire au point de vue de l'anatomie pathologique.

Ces derniers temps, on s'est beaucoup occupé du rôle des lésions vasculaires dans la genèse des accidents médullaires de la syphilis. Dans notre pays, Lancereaux Marinesco'", Déjerine et Sottas ", Lamy

Gilbert et Lion (loc. cit.) ont récemment insisté, après Pierret et Jarisch, sur cette forme, qu'ils ont dénommée méningo-myélite hyperémique et nécrobiotique. Ils distinguent, en outre, trois autres variétés de syptiilis médullaire précoce : la méningo-myélite diffuse embryonnaire, la méningo-myélite diffuse scléreuse, la méningo-myélite gommeuse.

^ MoLLiÈRE ; Annales de Dermatologie, II.

HoMOLLE ; Progrès médical, 1876.

^ Winge ; Dublin med. Presse, IX, pag. CSg, ^ Moxon ; Guy's Hosp. Rep., XVI, pag. 217, 1871.

Westphal; Char. Ann., 1876, pag. 420.

' DÉJERINE ; Archives de Physiologie, 187C. Voy. encore sur ce point, Lamy; loc. cit. * DÉJERINE et Gœtz ; Archives de Physiologie, 1S76. •' Lancereaux; Semaine médicale, 11 avril 1891, pag. 149.

Marinesco; Wien.med. Woch., i8<ji (Reçue des Sciences médicales, XXXIX, pag. 626) ;

" Déjerine et Sottas; Société de Biologie, iS<jS. " Lamy ; loc. cit.

ont bien mis en lumière l'aclion de l'endartérile ou de l'endophlcbile oblitérantes', des gommes vasculaires et même de la dégénérescence hyaline des vaisseaux médullaires.

Symptômes. — Nous retrouvons ici d'abord tous les signes des myélites difl'uses, variant suivant le siège, l'étendue, etc., de la lésion.

D'une manière générale, il y a une première période d'excitation: douleurs de genre et de siège variés (rachialgie), et en môme temps sensations anormales diverses de fourmillement, engourdissement, etc.; raideur jusqu'à la contracture dans quelques groupes musculaires ; crampes douloureuses, etc.'. — Ce stade prodromique , ou mieux méningitique, peut durer des semaines et même des mois, avec des phénomènes de paralysie plus ou moins entremêlés. — Puis survient la paralysie franche, en général progressive, paraplégique ou partielle, suivant le siège de la lésion.

A côté de ce tableau général, nous prévoyons toutes les variétés particulières que l'on peut rencontrer. Ce ne sont pas là de simples vues de l'esprit. Caizergues a pu réunir des observations correspondantes à chacun des groupes que nous avons établis dans la classification des myélites diffuses.

Ainsi, d'abord pour les myélites diffuses aiguës, nous en avons de circonscrites et d'envahissantes. Dans les premières, Rollet et Philipson^ ont vu des myélites lombaires; Caizergues '' et Philipson, des myélites dorso-lombaires; Homolle, une myélile dorsale ; Valdemar', Leubuscher* et Drysdale des myélites cervicales. Si l'on considère leur délimitation dans le sens transversal, Valdemar, Caizergues' et Charcot ont vu des monoparaplégies, et Folef* une hémiparaplégie avec hémianesthésie croisée; Philipson et Homolle, des myélites corticales superficielles ; et Caizergues, William Moore " et II. Mollière, des myélites centrales profondes. — Dans le second groupe des myélites envahissantes ou généralisées, Moxon et Westphal en ont vu en foyers disséminés ; Bayer ", Chevalet" et Déjerine en ont observé à progrès ascendant continu.

Avant de passer aux myélites chroniques, nous dirons un mot, d'après

' SiEMERLiNG; Arch. f. Psych., XXll, i et 2.

2 Gharcot a insisté sur le caractère ves|iéral ou nocturne de ces pliénomènes douloureux (Voy. Londe ; Médecine moderne, i8()3). ^ Rollet et Philipson; The Lancet, 1878, 3o.

* Caizergues ; Obs. I, pag. 89.

Valdemar; Med.-chir. Revieiv, 1&61.

" Leubuscher; Anal, in Gazetie liebdomadaire, 18G1. ' Caizergues; Obs. XI, pag. io3.

* FOLET ; Bulletin de Thérapeutique, 1867.

" William Moore ; Dublin quart. Journal, mai 186G.

Bayer ; Anal, in Union médii ale et Bulletin de Thérapeutique, iSOg. " Chevalet; Bulletin de Théio peutique, 1869.

SYPHILIS

Heubner, d'une forme parLiculière el grave, la paralysie ascendante aiguë k marche rapide el sans lésion appréciable à l'autopsie'. Celle maladie se développe en général à un stade moins avancé de la syphilis, le plus souvent dans la première année de l'infection, en môme temps que les éruptions de la période secondaire. Elle apparaît sans prodromes, sans les phénomènes raéningiliques des autres formes ; tout au plus, le jour du début de la paralysie, y a-t-il des douleurs vagues dans diverses parties du tronc ou des extrémités.

Le début est marqué par la paralysie, notamment la paraplégie ; Kussmaul a vu cependant la paralysie frapper un bras et la jambe du côté opposé ; en môme temps, le malade éprouve des fourmillements et des frémissements dans les membres atteints, sans altérations plus intenses de la sensibilité. Souvent ensuite, on observe certains troubles dans la sécrétion urinaire, incontinence ou anurie ; la paralysie s'étend rapidement de bas en haut et d'un côté à l'autre, cl devient très vite complète ; cependant elle peut rester pendant quelque temps encore à ce haut degré d'extension sans frapper les muscles de la respiration.

Mais la vie est bientôt menacée d'une autre manière : le décubitus se produit, devient profond, entraîne l'infection septique, et tue en 3, 4 ou au plus 6 à 7 semaines. .Jusqu'à présent, dans le petit nombre de cas publiés, la guérison a paru diflicile, sinon impossible.

Cette dernière assertion de Heubner est trop absolue. Caizergues a cité en effet deux cas, l'un de Bayer, l'autre de Chevalet, dans lesquels un traitement énergique par les frictions mercurielles amena la guérison d'une paralysie ascendante aiguë d'origine syphilitique.

Pour les myélites diffuses chroniques, Caizergues a également réuni des observations correspondant à chacun des types de notre classification. Ainsi, dans les myélites circonscrites hémilatérales, Charcot a vu une hémiparaplégie avec hémianeslhésie croisée-; Drysdale el Owen Rees'', des monoparaplégies; Wilks, Wagner el Mac-Dowel, des gommes à siège hémilaléral ; Ilomolle, Zambaco et Buzzard^ des myélites corticales superficielles: Caizergues, Charcot et Richet des myélites centrales profondes (variété antérieure) ; Lacharrière**, une myélite centrale profonde (variété postérieure) ; Albutt et Lacharrière, des myélites centrales profondes (variété latérale).

' A rL'iJoquc où ces lignes onl été écrites, l'altcnLion n'clail point attirée comme aujourd'liui sur l'état des nerfs périjihériques, en sorte que cette affirmation perd une partie de sa valeur. Il est même probable que, dans les cas où le syndrome de la paralysie ascendante ne s'est accompagné d'aucune altération des centres nerveux, il s'agissait d'une polynévrite plus ou moins généralisée.

^ Voy. aussi Hertel ; Charité Annalen, iSgo, Bd, XV. Drysdale; T/ie Lancet, 1878.

" Owen Rebs ; Guy's Hosp. Rep., XVII.

' Zambaco et Buzzard ; The Lancet, 1878.

•5 Lacharrière ; Thèse de Paris, 1861.

' Albutt; New-York Journ., 1870.

Passant aux myélites transverses, Henoch, Drysdale et Valdemar, ont observé des myélites cervicales ; Mauriac, Charcot, Westphal et Waldemar, des myélites dorsales ; Gaizergues et d'autres, des myélites lombaires'.

Parmi les myélites envahissantes, les unes sont continues, ascendantes (Gros, Lancereaux et Landry), les autres descendantes (Hallopeau), d'autres enfin en foyer disséminés (Meyer, Westphal).

Si l'on y ajoute les faits de paralysie générale dont nous avons déjà parlé, les faits de tabès dont nous reparlerons, et les faits de lésions disséminées observés par Charcot et Gorabault, Meyer, Westphal, Lagneau et Lyman, on voit que la série est complète et que la syphilis peut réaliser toutes les formes ordinaires de myélites diffuses '.

Mais ce n'est pas tout. Si les lésions syphilitiques diffuses sont le$ plus fréquentes et le plus communément décrites, il y a aussi cependant des myélites systématisées de même nature.

Ainsi, Fournier^a fortement attiré l'attention surVataxie locomotrice syphilitique ; elle présente les symptômes de l'ataxie vulgaire. Mais cet auteur répond aux objections de ceux qui, à cause de ces analogies ne veulent pas admettre un tabès de nature syphilitique. Ainsi, cette maladie n'a pas de symptômes propres; mais la paraplégie ou la cirrhose syphilitiques n'en ont pas non plus.

Si la lésion n'est pas propre, elle est du moins dans l'ordre des lésions habituelles (sclérose) de la syphilis. La maladie est trop fréquente chez les anciens syphilitiques pour n'être qu'une coïncidence. Ainsi, sur 3o ataxiques, Fournier compte 24 fois une syphilis antérieure ; Féréol en trouve 5 sur 11 ; Siredey 6 sur 10. L'insuccès du traitement antisyphilitique vient de ce qu'on s'y prend trop tard ; mais il réussit souvent, et on cite des observations à l'appui.

' Voy. le récent travail de Erb sur la paralysie spinale syphilitique, in Neurol. Centr., i5 mars 1892. — Cette entité morbide débute insidieusement par de la parésic ou des troubles vésicaux, quelquefois des douleurs ou des paresthésies. Après des mois ou des années, on se trouve en présence d'une parésie spasmodique bilatérale des membres inférieurs, avec exagération des réflexes et trépidation épileptoïde , mais sans contractures fixes. Les troubles sensitifs (douleurs, anesthésies) sont variables et inconstants ; le fonctionnement des sphincters est habituellement défectueux (incontinence ou rétention); la puissance sexuelle est diminuée ; les troubles trophiques sont rares, les réactions électriques normales. — Il s'agirait là d'une myélite transverse dorso-lombaire.

Voy. aussiGiLLES de la Tourette etHuDicLO ; Nouvelle Iconographie, 1893. n" 1.

SiDNEY KuH ; Deut. Zeits. f. Nerven., 1898, pag. SSg {Revue Neurologique, i5 octobre 1898, n° 19, pag. 54o).

- Voy. encore un fait de Greiff, in Arcli. f. Psych. u. Nervenh'r., Xll, 3 (anal, in Ajvhives de Neurologie, i883, VI, pag. io5).

Gerhardt {loc. cit.) a désigné sous le nom de « triplégie » la coexistence d'une monoplégie d'un membre supérieur avec une paraplégie ; cette association serait, d'après lui, presque caractéristique do la méningite cérébro-spinale syphilitique.

' Fournier; Anal, in Revue des Sciences médicales, IX, pag. 228.

SYPPIILIS.

Déjà, en i858, Duchennc avail alliré rallcnlion sur la IVéquencc de la syphilis dans l'alaxie locoraolrice progressive; puis Greppo ' a cilé un cas d'alaxie des membres inférieurs guéri par les anlisyphililiques ; plus tard Moore- publie une observation analogue guérie par l'iodure de potassium ; Dreschfeld parle d'un ataxi(jue atteint de syphilis et guéri presque entièrement par le môme remède. Puis vient le travail de Fournier dont nous avons parlé ; Drysdale ' a encore dans un travail plus récent, confirmé cette étiologie. Comme Fournier, il a vu s'arrêter et guérir sous l'influence de l'iodure de potassium à hautes doses, cette maladie réputée incurable ; dans la discussion qu'a soulevée son étude, Wiltshire et Bloxam ont fortement appuyé son opinion. Ce dernier a été témoin, à Charing-Cros-Hospital, de plusieurs guérisons définitives d'alaxie syphilitique. Albert Reder a publié sous le nom de tabès syphilitica la guérison radicale par le traitement spécifique d'un homme syphilitique depuis quatorze ans, qui ne présentait que des troubles sensilifs et une légère incoordination des membres inférieurs : c'était une forme fruste de la maladie.

Enfin Caizergues auquel nous empruntons tous ces documents, a publié trois observations nouvelles d'alaxie locomotrice syphilitique. Dans l'une, le début se fil par des sym|)lômes médullaires moteurs ; dans une autre, par des troubles médullaires douloureux; et dans la troisième, par des troubles céphaliques et oculaires.

Chauvel a nié l'existence du labes syphilitique : - Nous affirmons donc, dit-il (pag. 55), que la syphilis ne donnera jamais lieu au développement d'une sclérose primitive des zones radiculaires postérieures».

Nous ne pouvons nous ranger à cette manière de voir. L'argument unique est celui-ci : il n'est pas dans les allures de la syphilis de se cantonner anatomiquement dans un système. Qu'est-ce que nous en savons pour la moelle? Là est la question.

De ce que la syphilis produit des lésions diffuses dans le cerveau, cela ne prouve nullement qu'elle ne puisse pas développer des lésions systématiques de la moelle.

Nous avons fait l'autopsie d'un de nos malades dont Caizergues avait rapporté l'observation dans sa Thèse : l'éliologie syphilitique était manifeste; le tableau de l'alaxie locomotrice complet aux membres inférieurs; il y avait en plus des signes de paralysie générale (délire ambitieux) . A l'autopsie, nous avons trouvé: au cerveau des lésions diffuses de méningo-encéphalite, et à la moelle des lésions systématisées très remarquables, qui, au-dessous du renflement brachial, occupaient tout

' Greppo ; Gazette médicale de Lyon, août iSog. ' Moore ; Dubiin quart. Journ., 1866.

Ureschfeld ; The Practit., 1870.

Urysdale ; Med. Soc. of Londoii, avril 1878. ^ Albert Reder ; Vierteljahrsclir., 1874, 29.

GalIzergues; Obs. IV, V et VI, pag. 72.

l'espace compris enlre les cornes postérieures, et au-dessus du renflement étaient limitées aux cordons de Goll '.

Nous croyons donc qu'ici les démonstrations de la clinique doivent l'emporter sur les appréciations de l'anatomie pathologique, et nous maintenons nos premières conclusions.

Un grand nombre de travaux ont paru, depuis notre dernière édition sur l'origine syphilitique du tabès. Nous avons déjà cité les livres de Fournier et la statistique réunie par Raymond dans son article du Dictionnaire encyclopédique Enfin nous avons signalé au chapitre du tabès (pag. 5oi du tom. I) les travaux les plus récents sur cette question et les arguments qui ont été récemment fournis pour et contre l'hypothèse des tabès syphilitiques-.

Les cordons postérieurs peuvent aussi être atteints secondairement. Broadbent avait noté la fréquence de cette lésion ; Homolle et Charcot les ont vus nettement altérés à la suite d'une myélite dilluse-'.

Les cordons de Goll peuvent être atteints dans les mêmes circonstances. Homolle en ofl're un exemple curieux et unique au point de vue anatomique. Il n'y avait eu cliniquement ni ataxie ni tendance au recul. ^ Moore a vu un cas d'ataxie avec tendance au recul, dans lequel on peut supposer une lésion des cordons de Goll, par analogie avec le fait de Pierret dont nous avons parlé ailleurs.

Enfin, on observe des ataxies, formes spinales de la paralysie générale ; Caizergues en cite un exemple*.

Les cellules motrices des cornes anlérieures peuvent aussi être atteintes primitivement ou secondairement dans la syphilis. Déjerine a publié un cas remarquable de lésion primitive avec autopsie très soi-

' Voy. la communication faite par Estorc sur ce cas, au Congrès de Reims, août 1880.

^ Voy. tout récemment, sur le tabès syphilitique :

Adleb ; Deut. med. Woch., 1898, n" 26, pag. 6o5 (syphilis héréditaire) ;

Sachs ; Assoc. Amer, de Neurol., 1898 (Semaine médicale, iC août 1898, pag. 400);

ISAAC ; Société de Dermatologie de Berlin, 1898 (Revue Neurologique, i5 sept. 1898, n° 17, pag. 484);

Mœbius ; Centr. f. Nerven., septembre 1898, pag. 401. — Cet auteur, entièrement inféodé aujourd'liui à l'idée de la spécificité du tabès, exige de ses contradicteurs, pour modifier son opinion, la révélation d'une « vierge tabétique ».

EwALD (Berl. kl. Woch., 20 mars 1898, n» 12, pag. 278) a trouvé récemment, dans un cas qui avait entièrement revêtu la symptomatologie du tabès (signes de Romberg et Westphal, troubles pupillaires, artliropatliies), une arachnitis spinale chronique, fibreuse et gommeuse, avec myélite interstitielle chronique diffuse, liée à de l'endartérite et de la phlébite.

< Caizergues; Obs. VII, pag. 81.

Voy. encore, sur les retot(o/!S du tabès et de la paralysie généi'ale (tubes cérébrospinal),les pag. 498 et 867 du tom. I, et, tout récemment : Raymond ; Bulletin médical, 18 avril 1892, pag. 749; Fourniee; Bulletin médical, 11 juin 1898, pag. 54i ;

LÉvi ; Livorno, 1898 (Revue Neurologique, i5 juillet 1898, n° i3, pag. 355) ; Stojanowitch ; Thèse de Paris, 1898, n" 240.

SYPHILIS

gnée ; Rodet, Niepcc, Caizergues en ont observé des cas suivis de guérison par le IraiLemenl anlisypIiiliLique ou non encore terminés. Lancereaux et Caizergues - ont vu des exemples de lésions secondaires de cette même région, succédant à une myélite diffuse; Ramskill Foville et Siredey '' ont constaté des atrophies compliquant des lésions cérébrales, etc.

Enfin, les lésions des noyaux bulbaires, que tout rapproche des précédentes, ont été observées, par Mauriac notamment (paralysie labioglosso-laryngée). Cela nous conduirait aux altérations syphilitiques du mésocéphale, dont Phiiipson a rapporté un exemple remarquable^.

Restent enfin les cordons antéro-latéraux. Caizergues n'a pas trouvé d'exemple authentique de lésion primitive (tabès dorsal spasmodique ou sclérose latérale amyotrophiquc); on cite seulement quelques faits de tremblement avec contracture iSchutzenberger, Aparicio, Weis ,dontla nature n'est pas suffisamment démontrée. Mais les exemples de ces lésions secondaires sont assez nombreux, soit à la suite de lésions cérébrales (Lancereaux, Hanot, Broadbent, Lacharrière, Westphal, Caizergues), soit après des myélites diffuses (Portai, Knorre, Zambaco, Cirillo, Allain, Homolle), ou systématisées (Grepj)O, Caizergues'^, etc.;.

Il n'est pas besoin d'insister davantage pour montrer que toutes les formes de myélites, dllfuses ou systématisées, peuvent être produites par la syphilis, constituer une manifestation de cette diatlièse. Il faut se rappeler seulement que chacun des types décrits est rarement seul ; ils s'associent le plus souvent de diverses manières. Ainsi, la division même si utile des myélites en diffuses et systématisées s'applique à des lésions beaucoup plus qu'à des maladies. On observe très souvent des lésions systématisées, très rarement des maladies systématisées

3° Les NERFS peuvent aussi être atteints par la syphilis, et cela de diverses manières. Quelquefois une exostose, une gomme de voisinage, entraînent une compression qui produit l'excitation et puis la dépression du nerf ; ou bien il y a névrite avec dégénérescence plus ou moins

'• Caizergues ; Obs. II, pag. (ii.

Voy. tout réccmmenl Raymond; Société médicale des Hôpitaux, 3 février iSgS; PousSARD ; Ainyotrop/iie spinale primitive chez les syp/iilitiques. Tlicsc de Paris, liSyS.

Lancereaux ul Caizergues ; Obs. 111, pag. 05. ^ Ramskill ; Annales de sypliiligrapkie, 1. ' Foville et Siredey; Gazette hebdomadaire, mars iSSg.

Philipson ; Tlie Lancet, juin 1878.

Voy. aussi Hoppe; Berl. kl. Wocli., 6 mars 1898, pag. 233 {Reoue Neurologique, 3i mars 1898, 11° 5, pag. 112).

SoTTAS [Société de Biologie, 25 novembre 1898) a récemment observé, dans 4 cas de myélite transverse syphilitique, une dégénérescence asce ndante , rétrograde et centripète, à développement probablement tardif, du faisceau pyramidal. Voy Gazette hebdomadaire, 1878, n° 8, pag. iiG.

étendue du nerf; ou encore la néoformalion gommeuse se propage au nerf, ou même elle se développe direclemenl et primilivement dans le cordon nerveux.

Les nerfs crànienssoni le plus souvent atteints, et, parmi eux, les nerfs moteurs oculaires sont le plus fréquemment lésés (oculo-moteur commun^, moteur oculaire externe, pathétique). Souvent partielles {parcellaires: Fournier), les paralysies n'affectent pas tout le domaine de distribution du nerf; elles sont même quelquefois incomplèles, au pointde passer inaperçues. Cependant la diplopiene feraitjamais défaut.

En même temps, plusieurs paralysies coexistent sur un œil ou surles deux yeux. Ainsi, on observe la paralysie de la troisième et de la sixième paire du même côté, ou la paralysie de la troisième paire à droite et à gauche, ou encore la paralysie de la troisième paire à gauche et de la sixième à droite. D'après Fournier, ces paralysies oculaires auraient une grande valeur diagnostique, et75 foissiir loo témoigneraient d'une origine syphilitique, Il faut cependant se méfier, comme Charcotle fait remarquer, du début d'une ataxie locomotrice possible. Fournier ajoute que plusieurs paralysies oculaires associées signifient plus sûrement syphilis qu'une paralysie oculaire isolée. — Ces paralysies sont habituellement curables.

La paralysie faciale est moins fréquente et, en tout cas a une moindre valeur diagnostique.

Le trijumeau peut aussi être atteint, quoique plus rarement ; ce sont des névralgies et souvent de l'anesthésie dans une moitié de la face ou du front, ou dans des points plus circonscrits. Quelquefois tout le nerf peut être frappé; on a aussi observé, soit des convulsions, soit des paralysies dans les muscles masticateurs.

Les troubles de la vue apparaissent dans les formes initiales de la syphilis. Un de leurs caractères, d'après Fournier, c'est qu'ils portent habituellement sur les deux yeux ; ils sont progressifs. Il y a trois degrés comme intensité : affaiblissement léger de la vision, amblyopie vraie, cécité presque complète^. Ces troubles, quelquefois isolés, sont plus

' La syphilis peut èlrc considérée (à tilrc de maladie inrecUcusej coimnu un générateur de polynévrite généralisée ou partielle. — Voy. le chapitre consacré aux polynévrites en général.

2 Voy. Fournier; Bulletin médical, 1887 ;

Uhthoff ; Soc. opiitalm. d'Heidelberg, 1892 (Semaine médicale, 17 août 1892, pag. 329).

3 Oppenheim (fier?. /?/. Wocli., 1887, n° 36) al'aitressortirla valeur del7;emia?io/isïe bitemporale pour le diagnostic de la méningite syphilitique de la base au niveau du chiasma optique.

Voy. aussi Vialet ; Les Centres cérébraux de la vision et l'appareil nerveux visuel intracérébral . Traité, 1S93 ; — Semaine médicale, 28 octobre 1893.

Ce remarquable travail eût mérité d'être analysé avec soin au chapitre des lésions corticales ou dans le paragraphe IV du chap. V (tom. I, Art. IV) où nous nous sommes occupés de l'amblyopie croisée et de l'hémianopsie. Ces passages de notre

SYPHILIS

souvent associés à d'autres phénomènes tels que céphalée, accès épileptifonnes, vomissements. Ils dépendent d'une névrite optique ; c'est la névrite optique d'origine centrale qui accompagne les tumeurs cérébrales et les méningites delà base. Du reste, celte névrite optique peut aussi exister sanslroubles physiologiques notables (Jackson, Galezowski, Abadie) . Il faut donc toujours examinera l'ophlalmoscope les yeux des syphilitiques '.

Il peut y avoir des paralysies partielles des membres. Broadbent a signalé des paralysies n'atteignant que quelques doigts de la main. Incomplètes, elles peuvent se réduire à un simple engourdissement ; passagères, elles peuvent ne durer que quelques heures ; mais ce sont là le plus souvent des accidents très graves, comme avant-coureurs de phénomènes bien autrement sérieux-.

3° NÉVROSES. — Enfin, la syphilis peut se localiser sur le système nerveux sans y produire de lésion appréciable. Nous avons déjà cité les faits de paralysie ascendante aiguë sans altération connue de la moelle. Pour le cerveau, il en est de même ; Hcubner a réuni ii cas assez récents sans lésion anatomique appréciable. De même encore pour les nerfs-'.

Diverses névroses sont également produites par la syphilis '. Nous avons parlé de Vépilepsie syphililitiuc.

Vhystérie, la c/^oree^ la neiiradhénie (Fournier), etc., peuvent être aussi de même nature.

Nous avons vu récemment un docteur en médecine de 35 à 4o ans qui présentait une paralysie agitante limitée de nature syphilitique. Dans sa famille, plusieurs membres avaient été atteints de tremblement sénile. Lui-même, fort et vigoureux, avait eu quinze ans aupa-

Traité étaient déjà imprimés quand a paru le travail de Vialet, dont nous ne pouvons que recommander la lecture à ceux qu'intéresse cette question de localisation sensorielle.

1 Voy. OsTWALT ; Berl. kl. Woch , n° 45, i888;

HiRSBERG ; Société de Médecine berlinoise {Semaine médicale, 24 octobre 1888) ; Alexander; La syphilis de l'œil, Wiesbaden, 1888 ;

Abadie; Congrès de Dermatologie et de Syjihiligraphie, 1891 (Semaine médicale, 8 avril 1884, pag. i45) ; Badal ; Journal de Médecine de Bordeaux, 2g mars 1891 ; BOÉ ; Bulletin médical, 1 octobre 1892 ;

Uhthofp, Mendel, Bruns ; Congrès des naturalistes et médecins allemands 1893 (Revue Neurologique, 3o novembre 1893, n" 2:',, pag. 64i)-

2 Fournier a signalé, il y a longtemps, l'analgésie du dos de la main chez les femmes sypliilitiqucs. - Schmitt (Uevue médicale de l'Est, octobre 1888) ne l'a que rarement observée.

3 Voy. Diffre; Névralgies syphilitiques. Thèse de Montpellier, 1884. n" 12; Dubois ; Sciatique syphilitique. Tiièse de Paris, 1884 ;

"Vairo ; Id.f in Progresso medico, 10 mars 1892.

'• Voy. Fournier ; Gasette des Hôpitaux, 23 août 1888.

= Franceschi; London med . Rec, i5 janvier 1887.

Grasset, 4" édit., tom. II. 61

95'i MANIFESTATIONS NERVEUSES DES MALADIES GÉNÉRALES.

l'avanl un chancre qui fui suivi de diverses manifeslalions syphilitiques (taches sur la peau, plaques muqueuses, exostose au tibia, etc.). Ces symptômes durèrent cinq ans. Puis, pendant sept ans, il y eut un calme relatif, marqué uniquement par des douleurs rhumatoïdes revenues à diver.ses reprises. Enhn, il y a trois ans, le tremblement actuel débuta; il est devenu beaucoup plus fort depuis quinze mois ; il est limité au bras gauche et présente tous les caractères de la paralysie agitante.

Toutes les manifestations étudiées jusqu'ici sont relativement tardives; elles appartiennent à ce que l'on appelle la période tertiaire; elles n'arrivent guère que deux ans après le chancre. Nous devons dire un mot maintenant de quelques manifestations dites sECONOAmEs ' .

D'abord on observe des névralgies] ce ne sont pas des douleurs vagues, mais de vraies névralgies, surtout du front à la tête. Sans caractères spécifiques, ordinairement fugaces, elles apparaissent au début ou dans le cours des syphilides exanthématiques. Des paralysies (paralysie faciale, hémiplégie, paralysies oculaires! peuvent également naître en môme temps que les premiers symptômes secondaires. Et Lancereaux cite un petit nombre d'observations de lésions secondaires des centres nerveux, se traduisant par des symptômes peu diflerentsd^ ceux des phlegmasies subaiguës des centres Enfin les troubles vasomoteurs et sécrétoires (refroidissement partiel ou sensation de froid, frissons ou sueurs nocturnes, bouffées de chaleur) ne sont pas exceptionnels.

Voici ce que Gaizergues écrit des myélites de cette période : « L'histoire des lésions nerveuses à la période secondaire manque de faits et de dates, disait Hutchinson. Aujourd'hui, grâce aux travaux et aux observations de Broadbent, Wiiks, Iloraolle et Philipson, cette étude, que Vidal et Lancereaux avaient commencée, se perfectionne et se complète. Broadbent (1874) assimile ces myélites aux complications viscérales de la variole à sa période d'éruption générale. Ce sont, dit-il, des manifestations d'intoxication aiguë, et il fait ressortir à ce

' Les principaux troubles nerveux de la période secondaire sont, d'après FouRNiER {Gazette médicale de Paris, 17 décembre 1888): la céphalée, des troubles du sommeil, l'asthénie nerveuse, des névralgies, des troubles de sensibilité, des névroses générales (hystérie) ou localisées (viscérales). Il insiste sur Vasthéaie, plus fréquente chez la femme et qui peut être définie: une débilité musculaire accompagnée de courbature.

SCHMiDT {Revue médicale de l'Est, octobre 1888) a attiré l'attention sur les anesthésies cl analgésies précoces de la syphilis.

Enlin Zabourine {Annales de Dermatologie, juillet i8y3, pag. 8/|0) a récemment établi que les réflexes tendineux sont d'abord exagérés, puis diminués ou abolis, au cours de la syphilis secondaire.

Voy. aussi V Ètiologie de la Syp/nlis cérébrale.

SY'PHILIS

sujet l'analogie remarquable qui existe entre la syphilis et les flèvres éruptives.

«Ces myélites affectent en général la forme diffuse. Elles se propagent en effet par la névroglie, dont les éléments sont à l'état embryonnaire. Superficielles, souvent elles constituent des méningo-myclites, comme dans le cas de Homolle.

«Leur début est assez brusque , parfois sans autres symptômes qu'une céphalée intense et un état général fébrile subaigu. Leurs tendances sont envahissantes : tel est le cas de Chevalet et le nôtre. Leurs symptômes sont plutôt bruyants que dangereux ; leur marche est rapide vers le bien comme vers le mal : telle est l'observation de paralysie ascendante de Déjerine. Elles sont facilement vaincues par une thérapeutique rationnelle, encouragée ici par les données de Tanatomie, qui trop souvent ailleurs conduit au scepticisme le plus complet'. »

Gaizcrgues complète cette description par le récit d'une observation personnelle^

On trouve enfin des altérations de la syphilis HÉRÉoiTAmE sur les centres nerveux. Robin a vu, dans un cas de cet ordre, une sclérose cérébrale, et Potain une sclérose de la moelle.

Hénoch a observé en i86i deux cas de paralysie syphilitique chez des nouveau-nés : i. Un enfant de 2 mois, atteint d'éruptions syphilitiques, de coryza et d'adénites, présente une paralysie des deux membres supérieurs prédominant sur les lléchisseurs ; il guérit par le traitement spécifique ; 2. Un autre enfant, atteint de roséole, de coryza, de rhagades, est paralysé des extrémités supérieures ; tous les muscles sont notablement atrophies; il guérit par le mercure'. Ces lésions ner-

' Nous reproduisons ici encore nos restrictions sur le rôle possible de la néorite dans les cas de cet ordre ; la sypliilis secondaire peut être considérée comme une maladie infectieuse en période aiguë, et ce sont bien les meilleures conditions pour le développement des polynévrites (Voy. Bonnet ; Thèse de Lyon, iSyS).

2 Voy., plus récemment :

DÉJERINE ; Myélite aiguë centrale survenant clœz les syplnlitiques à une éjmque rapprochée du début de l'affection, in Revue de Médecine, i8S4, n» 1, pag. Go; Bretbau ; Myélites sypkilitiques précoces. Thèse de Paris, juillet i88y; MoiNET ; Id., Thèse de Lyon, 1890-91 ; Surmont ; Bulletin médical du Nord, 1892, pag Sô/i.

^ Voy. aussi sur ce point: Parrot ; Leçons sur la syp/tilis héréditaire, in Progrés médical, 1878, 25.

FOURNIER ; La syphilis héréditaire tardioe, 1886; — L'Hérédité syphilitique . Traité, i8gi ;

MA.RFAN ; Annales de Dermatologie et de Sypjhiligraphie, septembre 1887 ;

SiEMERLiNG; Centr. f. Nerven., i5 janvier 1888, — et Arch. f. Psych. und Neroen., 1889, XX, pag. 102 {Revue des Sciences médicales, XXXV, pag. 218);

HuuÉLO ; Lésions viscérales delà syphilis héréditaire. Thèse de Paris, février i8yo ;

D'Astros; Association française pour l'avancement des Sciences, 1891 (Semaine médicale, 3o septembre 1891) ;

veuses , ajoute Caizergues, sont encore soigneusement étudiées en Angleterre, où Hulchinson et Jackson admettenL l'existence des dépôts syphilitiques dans la moelle. Barlow a noté l'atrophie des cylindcraxis, remplacés par une génération nouvelle de cellules rondes.... Dans un cas de Dowse, des gommes furent trouvées dans la région motrice corticale, ce qui expliquait l'aphasie et la paralysie limitée du bras droit signalées durant la vie. Le Bulletin de Thérapeiilique cite le cas d'un enfant de lo ans devenu paraplégique, avec conservation de la sensibilité de la vessie et du rectum, guéri en dix jours par l'iodure de potassium.

Zambaco nous parle d'un homme de 26 ans, sans chancre antérieur, dont le père et la mère étaient syphilitiques, dont la sœur était née avec des accidents congénitaux ; à 12 ans, il eut une ulcération rapide du voile du palais. Le médecin de son pays lui disait qu'il avait eu trois fois la rougeole et la variole. Cet homme perd connaissance et tombe sans mouvement et sans cri. Deux mois après, il était paraplégique. Il guérit par le mercure.

Enfin Caizergues, à qui nous avons emprunté les documents précédents, a ajouté une observation personnelle très curieuse d'un homme ' qui, en possession d'une syphilis héréditaire, a commencé à présenter à l'âge de 18 ans une série d'attaques d'aphasie intermittente avec hémiplégie droite, répondant complètement au type décrit par Mauriac.

Nous voyons donc que la syphilis congénitale ou héréditaire peut produire des accidents très variés du côté du système nerveux, et cela à des âges divers de la vie, jusqu'à 18 et 26 ans.

D'Astros, qui a, tout récemment, bien étudié les manifestations de la syphilis cérébrale héréditaire précoce, insiste d'une part sur la forme anatomique des lésions (épendymite avec hydrocéphalie, plutôt que méningite avec formation gommeuse) et, d'autre part, sur les symptômes cliniques qui traduisent cette altération (apparition précoce et développement i-apide d'une hydrocéphalie accompagnée de convulsions, de contractures, de tremblement, de strabisme, etc.).

En somme, ce qui doit frapper dans cette Revue, nécessairement raccourcie, sur la syphilis nerveuse, c'est que cette diathèse peut produire une série de symptômes et de lésions qui n'ont en soi rien de spécifique. Tout ce que nous avons étudié jusqu'ici peut être manifestation de cette maladie, dont la nature à part est cependant incontestée.

Ces exemples suffiraient déjà à établir la thèse que nous soutenons, à savoir : que ce ne sont pas là de véritables maladies, pas plus les

Stœber ; Accidents méningitiquea de la syphilis héréditaire. Thèse de Paris, mars 1891 ;

Blocq; Revue Neurologique, 3o janvier 1894, n» 2, pag. 89.

Il ne faut pas confondre avec la paralysie syphilitique des nouveaux-nés certains décollements épiphysaires dont on a démontré la fréquence chez les jeunes syphilitiques (Voy. Marie ; Leçons sur les maladies de la moelle, 1892, pag, 44i)«

SYPHILIS

myélites que la sclérose cérébrale, pas plus l'ataxie locomolrice que la méningite ; ce ne sont que des manifestations morbides, puisqu'elles peuvent être des symptômes de la syphilis.

Sauf les caractères que nous avons indiqués pour certains accidents particuliers, le Diagnostic se fera principalement par les antécédents du sujet et les autres signes antérieurs ou actuels de syphilis Dans les cas douteux, on peut essayer le traitement spécifique et en faire un moyen de diagnostic -.

Le PRONOSTIC 3 de la syphilis nerveuse est grave, surtout quand l'affection se traduit par des lésions organiques (gommes, sclérose, ramollissement) du côté des centres nerveux. Fournier, sur 90 cas de syphilis cérébrale, a vu 47 fois survenir la mort ou des infirmités difinitives ; 3o fois seulement, la guérison a été complète. Sous l'inlluence d'un traitement approprié on peut voir rétrocéder les symptômes morbides ; Leudet et Dieulal'oy (nous l'avons dit plus haut, pag. i4i du tom. I) ont pu apprécier jour par jour la résolution progressive d'une artérite oblitérante périphérique. — Les gommes, la sclérose, sont donc susceptibles de rétrocession; mais ce qui ne revient pas, ce qui demeure définitif, ce sont les lésions secondaires ou consécutives, par exemple les lésions destructives des centres ou troncs nerveux ischémiés ou trop longtemps comprimés. D'où l'insuccès du traitement dans bien des circonstances ''. D'après Naunyn^, les formes les plus curables sont: l'épilepsie, l'irritation cérébrale (céphalée, vertiges avec accès syncopaux, vomissements et périodes d'agitalion) et certaines lésions des nerfs (névralgies, ophtalmoplégies, paralysie des nerfs de la base du crâne) ; les monoplégies, l'hémiplégie, la paraplégie, seraient bien plus rebelles; quant au tabès et à la paralysie générale, ils seraient incurables.

Au point de vue du Tr.\itement, on est généralement d'accord aujourd'hui pour dire qu'il faut traiter vite et énergiquement la syphilis des centres nerveux, môme soupçonnée, et l'attaquer parle traitement mixte rigoureusement dirigé,

' Voy. aussi sur ce point : Gharcot ; Gasette des Hôpitaux, 1878, i5 ;

Lancereaux ; Leçons sur les Paralysies toxiques et la Syphilis cérébrale, Paris, 1882 ; — Clinique médicale, 1892;

Althaus ; Société de Médecine de Londres (anal, in Semaine médicale, i8S5, n» 19, pag. i63) ;

Mac Callanderson ; Assoc.med. Britann., iHSS (Semai ne médicale,i5 août 1888);

HuDELO ; Hystéro-syp/iilis simulai't la syphilis cérébrale, in Bulletin de la Société française de Dermatologie et de Syphiligraphie, 1892, pag. 871. Voy. Éloy ; Union médicale, i883, n° 16.

' Voy. Morel-Lavallée ; Gazette des Hôpitaux, i3 octoljre 1888.

* Voy. Amidon ; Med. News., i6 janvier 1886 (Revue des Sciences médicales, XXVIII, pag. 243).

^ Naunyn; Berl. kl. Woc/i., i3 aoùl i8i)8 (Jbid., X.X.X.IY , pag. i3i).

958 My\NIFESTAT10NS NERVEUSES DES MALADIES GÉNPiRALES.

Sans insister sur les détails, nous signalerons le procédé queCharcot emploie dans les formes graves. Il pense que l'administration immédiate de doses élevées peut triompher rapidement là où l'action prolongée de doses moyennes est insuffisante; il procède donc par «attaques de vive force» et cherche à brusquer le dénouement. On fait des frictions chaque jour avec 5 ou 6 gram. d'onguent napolitain ; en même temps l'iodure de potassium est administré à la dose de 6 à8 ou lo gram. par vingt-quatre heures, en partie par la bouche, en partie en lavement. Ce traitement est maintenu, autant que possible, dans toute sa vigueur pendant vingt-huit jours environ, suspendu ensuite complètement pendant quelques jours, rétabli de nouveau de la môme façon, et ainsi de suite à trois ou quatre reprises (Hanot) ' .

Les injections hypodermiques de sels solubles (caloiiiel, huile grise) ou solubles (peptonate, salicylate, biiodure, sozoiodolate) de mercure trouvent dans la syphilis cérébrale leur indication la plus justifiée.

Enfin la médication dérivative ^vésicatoires, cautères à la nuque ou sur le crâne), l'emploi des calmants dans les phases d'excitation, des toniques à toutes les périodes, seront également de mise. On aura soin, en outre, de soustraire le sujet à toutes les intluences morales ou intellectuelles susceptibles de développer le surmenage cérébral.

Nous avons, pour notre part ^, l'habitude de prescrire, dans la syphilis cérébrale :

1. Faire tous les jours une application et une friction avec l'onguent napolitain (gros comme une noisette), le malin sous les jarrets, le soir sous les aisselles.

Continuer cela pendant dix jours ; reposer dix jours, puis reprendre. Et ainsi pendant deux mois.

Ou, pendant ces mêmes deux mois, faire tous les huit jours une injection hypodermique profonde, intra-musculaire), d'huile grise:

Mercure pur 20 gram.

Lanoline 5 —

Vaseline liquide 35 —

' Voy. la Tlièse de Baylac (Montpellier, i883, n" 34) sur le Traitement de la syphilis du cerveau.

Naunyn; Pronostic et Thérapeutique de la syphilis nerveuse. Traité, Leipzig, 1888 ;

Mauriac ; Société de Dermatologie et de Syphdigrap/tie, 1890 (Semaine médicale, 19 novembre 1890, pag. 427) ; FouRNiER ; Traitement de la syphilis. Traité, 1898;

Kowalewsky ; i??'(7a))5. zum Arch. f. Derm.und Syph., 1898, licft 1, pag. i55 (Revue Neurologique, i5 mars 1898, n» 3, pag. 86).

^ Voy. Raymond ; Les injections mercurielles dans le traitement de la syp/iilis. Revue générale, in Gazette des Hôpitaux, 9 juillet 1S92 ;

Endlitz ; Thèse de Paris, mars 1898;

Sacaze et Magnol ; Annales de Dermatologie et de Syphiligrap/i ie, aoûtseptembre 1898.

Consultations médicales, 1" édit., 1898.

ûâ 5o cenlim. cubes.

RHUMATISME. 959

Injecter chaque l'ois un lo- de cenlim. cube, soil o,o5 ccnligr. de mercure.

Clilorale de potasse, 4 gram. par jour, en gargarisme et boisson.

2. En même temps, et à la suite, prendre deux cuillerées par jour de

Eau 3oo cenlim. cubes.

lodure de potassium 3o gram.

Augmenter d'une cuillerée tous les cinq jours jusqu'à six par jour, et continuer à celle dernière dose (soil 9 g-rara. par jour) jusqu'à Go jours de traitement ioduré.

3. Après ces deux mois de traitement mixte, tout suspendre pendant un mois et donner simplement trois cuillerées à café par jour de

Teinture de kola

— de coca .

Acide citrique i gram.

Arséniate de soude o*'''',io

4- Puis, le trimestre suivant, reprendre comme le pi'écédent, Et ainsi à quatre re|)rises au moins (Réaliser par la suite le traitement ordinaire de la syphilis tertiaire).

5. Pendant tout le traitement ci-dessus, repos absolu, aucun Iravail, aucun souci, ni aucune préoccupation.

Veiller à ce qu'il y ait une selle tous les jours. — Prendre, déplus, un purgatif tous les huit jours d'abord, tous les <|uinze jours ensuite : une bouteille de Villacabras ou de Rubinat.

Appliquer fréquemment des sinapismes aux jambes ou des vésicaloircs, donner des bains de pied. — Si besoin, appliquer un cautère de chaque côté de la colonne, ou à la nuque. 6. Aller, en été, faire une saison à Aulus.

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