DES TEMPÉRATURES PÉRICRANIEJJNES OU CÉPHALIQUES
moins long. Elle peut même se prolonger pendant une période assez considérable (Oampadieu, 30 mai-18 juin) ; peut-être se produit-il dans ce dernier cas une méningo-encéphalite dont l'action se fait sentir d'une façon réflexe sur les téguments correspondants par uae élévation thermique; absolument comme dans la pneumonie le bras correspondant au poumon enflammé peut être trouvé plus chaud que l'autre.
«Comme résumé de toutes ces propositions, on peut dire que dans le ramollissement cérébral il existe, d'une manière générale, une certaine tendance à la diminution de la température dite cérébrale au niveau du point ramolli. Cependant cet effet, ordinairement peu accentué, ne paraît pas constant. — Au contraire, au début du ramollissement et pendant une période plus ou moins prolongée, il existerait une tendance à Vélévation du côté lésé, cette dernière étant du reste peu marquée. A certains moments même et à une époque éloignée du début, on peut observer une différence en faveur du côté lésé.
» Ces conclusions sont, comme ou le voit, loin d'être en harmonie parfaite avec celles de Broca et de Maragliano. Les deux dernières n'avaient même pas été signalées jusqu'ici. Nous ne les donnons d'ailleurs que sous toutes réserves, des conclusions catégoriques sur la matière devant, à nos yeux, se baser sur une somme de résultats beaucoup plus grande que celle qu'il nous a été donné de recueillir. »
2. Hémorrhagie cérébrale. — Dès la publication des - résultats de Broca en 1877, les cliniciens espérèrent trouver dans la thermométrie cérébrale un moyen de diagnostiquer l'hémorrhagie et le ramollissement du cerveau. Mais c'est Ed. Maragliano qui a fait connaître les premières recherches sur ce sujet.
Il conclut que, si le ramollissement entraîne constamment un abaissement considérable de la température du côté de la lésion , dans l'hémorrhagie, au contraire, l'abaissement au niveau du lobe lésé , quand il existe, est relativement peu notable. En cas de doute, Maragliano trouve que ces données peuvent être d'un très-grand secours pour le diagnostic différentiel.
En suivant jour par jour et à des dates précises ( ce que n'avait pas fait Maragliano) la température péricrânienne chez dix malades atteints d'hémor. rhagle cérébrale, Biaise est arrivé aux propositions suivantes.
«Les résultats dont l'exposition précède se résument en quelques propositions concernant, les unes les apoplectiques, les autres les malades dont la lésion cérébrale n'a pas entraîné la mort, mais qu'elle a laissés paralysés.
»1. Les tracés thermométriques de la tête recueillis chez les apoplectiques présentent un parallélisme complet avec celui de l'aisselle.
»2. Quand l'hémorrhagie se fait en une seule fois, on y reconnaît les trois périodes établies par Charcot pour la marche de la température rectale, et
qui sont caractérisées : la première, par un abaissement initial; la deuxième, par le retour à la normale suivi d'oscillations autour de cette dernière pendant un temps variable ; la troisième , par une élévation progressive jusqu'à la mort. Cette dernière manque ou se trouve extrêmement réduite sjl la terminaison se fait par guérison.
»3. Lorsque l'hémorrhagie se fait en plusieurs fois, par une série de poussées successives, les courbes cérébrales suivent encore toutes les oscillations de la courbe axillaire; mais on observe une série d'abaissements et d'élévations alternatives tels que , en quelques heures, la température peut varier de 2" et même davantage; enfin survient une dernière ascension, puis la mort.
»4'' Les températures de la tête arrivent la plupart du temps à un chiffre élevé, différant fort peu de celui de l'aisselle. Cependant dans quelques cas l'écart est allé jusqu'à 2°. D'un autre côté, les différentes régions frontales, temporales et occipitales n'ont présenté entre elles que des variations thermiques de quelques dixièmes de degré .
»5° La différence entre les régions symétriques a été à l'avantage du^côté lésé, sauf quelques exceptions rares où la température s'est montrée alternativement plus élevée du côté malade et du côté sain. Ce dernier résultat tient peut-être à ce que la poussée congestive encéphalique a prédominé tantôt à droite tantôt à gauche. La constatation d'une hémorrhagie dans un hémisphère ne prouve pas en effet absolument que c'est là que la congestion a agi avec le plus d'intensité; elle prouve tout simplement que c'est à ce niveau que les vaisseaux ont présenté le moins de résistance.
»Les chiffres représentant cette différence ont presque constamment oscillé entre 0",! à O^S; dans quelques cas seulement, nous avons noté des chiffres de 0°,4, 0°,5 et même de 0°,7.
«G" La température cérébrale suivant, chez les apoplectiques , une marche parallèle à la température axillaire , tout ce qui s'applique à cette dernière, pour le diagnostic différentiel de l'hémorrhagie et du ramollissement, convient également à la première.
»7° Dans le cas où le foyer hémorrhagique est ancien, les chiffres que nous avons recueiUis n'ont donné, comme différence au niveau des régions symétriques, que des quantités peu sensibles, tout à fait insignifiantes.
»8° Jusqu'à plus ample informé, il nous semble impossible de se baser sur les résultats obtenus par la thermométrie cérébrale pour diagnostiquer un ancien foyer d'hémorrhagie d'un ancien foyer de ramoUissemeut.»
3. Autres MALADIES cérébrales. — On connaît deux observations, l'une de Carter Gray, l'autre de Mills ', dans lesquelles la tbermométrie locale a aidé à poser un diagnostic de tumeur cérébrale, confirmé par l'autopsie.
* New-York med. Record, 14 décembre 1878.
DES TEMPÉRATURES PÉRICRANIENiNES OU CÉPHALIQUES. 1077
Dans ces deux faits, mais tout particulièrement dans le premier, il y avait une élévation considérable de température, d'autant plus marquée que l'on se rapprochait davantage de la tumeur.
Biaise cite deux faits dans lesquels on a diagnostiqué une sclérose céré^ brale (?) et qui ne présentent rien de spécial à noter pour la thermométrie péricrânienne.
Enfin M"''' Putman Jacoby ^ a trouvé dans un cas de méningite tuberculeuse une élévation remarquable de la température céphalique.
Des CONCLUSIONS GÉNÉRALES sur la question de la thermométrie dite cérébrale me paraîtraient prématurées.
Tout ce que l'on peut dire, c'est que les propositions de Brocane peuvent pas être généralisées : il y aurait danger clinique à le faire.
Il est possible que les variations de température péricrânienne soient dans une certaine relation avec l'état de la circulation encéphalique; s'il en est ainsi, c'est un phénomène qui se produit par l'intermédiaire du système nerveux, et non par conduction physique directe.
Si cette relation existe, il est probable que l'hyperthermie accompagne et manifeste surtout l'élément fluxlonnaire. Or, l'élément fluxionnaire peut accompagner le ramollissement (au début) aussi bien que l'hémorrhagie ; de là, certains résultats contradictoires.
En tout cas, c'est une question encore à l'étude et pour laquelle il faut accumuler les documents cliniques.
1 Journ. of Nerv. and Ment. dis. Chicago, janvier 1880.