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L'écriture d'après un texte lu (copie

Ces diverses opérations se trouvent indiquées dans le schéma ci-après (fig. 7), dû à Ballet et simplifiant la schéma classique de Gharcot.

Fig. 7. — Schéma de l'aphasie (Charcot, Ballet).

3° Enfin, de par la marche de l'affection et les symptômes concomitants, on établira la nature du trouble cérébral qui a produit l'aphasie. On se rappellera que, dans la majorité des cas, il s'agit d'un ramollissement dont on recherchera l'origine ; si le ramollissement est hors de cause, on passera en revue les diverses circonstances que nous avons énumérées au chapitre de l'étiologie.

Pronostic. — Un fait important à noter, c'est qu'il est impossible de trouver un élément sérieux de pronostic dans la présence ni même dans l'intensité du symptôme aphasie. Notre malade, Desforges, avait une aphasie aussi complète que possible, et il n'en guérit pas moins très bien.

Le pronostic doit être basé sur la connaissance de la lésion, de la maladie, mais non sur celle de l'aphasie en elle-même.

Tout au plus peut-on dire que certaines formes d'aphasie, la cécité verbale en particulier (Charcot), sont plus rebelles et d'un pronostic plus défavorable que les autres.

Il est un élément, cependant, dont on doit tenir grand compte lorsqu'on est appelé à formuler le pronostic d'une aphasie : il se tire de l'étude minutieuse du mécanisme qui préside, chez chaque sujet pris en particulier, à la formation des images : le trouble résultant d'une altération du centre de réception visuelle sera bien plus grave chez un sujet qui fait constamment appel aux images optiques, chez un visuel en un mot, que si on a affaire à un auditif. Un peintre, par exemple, dont la mémoire visuelle est constamment en éveil, souffrira bien plus de cet état de choses qu'un orateur, dont la mémoire auditive ou la mémoire motrice l'emporte sur les autres.

Au point de vue du langage parlé, on peut dire, avec Ballet1, que, chez le plus grand nombre d'entre nous, ce sont les images auditives qui sont prédominantes2. Dans des cas exceptionnels, cependant, ces images auditives sont reléguées à l'arrière-plan,les représentations visuelles ou motrices acquérant chez quelques personnes, par suite de dispositions héréditaires et peut-être aussi du genre d'éducation, une prédominance marquée.

L'étude de la formule psychique habituelle du sujet a donc de l'importance au point de vue des appréciations pronostiques. «Un équilibre régulier entre les diverses formes de la mémoire verbale est peut-être la garantie la plus certaine contre un trouble profond dans les facultés du langage intérieur. Si l'on jouit d'une mémoire visuelle très développée, exclusive des mémoires auditive et motrice, on pourra tirer un heureux parti de cette faculté; mais, que par accident on vienne à la perdre, on sera dans la situation d'un rentier qui, ayant commis la faute de placer toute sa fortune sur la même maison de banque, sera ruiné le jour où cette maison fera faillite3.»

Chez les sourds-muets, qui font le plus grand usage des images

1 Ballet; Loc.cit., pag. 3i.

2 Tel nous paraît être le cas de Inaudi, le calculateur prodige dont Charcot a récemment analysé l'histoire (Acad. des Se, 1892.— Progr. mèd., i8juin 1892). Ce sujet, tout à fait exceptionnel au point de vue de la mémoire des chiffres, fait appel dans ses calculs, non pas à des images visuelles (il n'a appris à écrire qu'à l'âge de vingt ans, tandis qu'il a calculé dès son jeune âge), mais exclusivement à des images auditives et à des images motrices d'articulation.

Le cas de Inaudi est un fort bel exemple à l'appui de la théorie des mémoires partielles. Par contre, il s'écarte un peu, par le mécanisme intime de ses opérations, du cadre ordinaire des calculateurs prodiges : ceux-ci (Mondeux, Colburn) emploient d'habitude comme base principale de leurs opérations mentales la mémoire visuelle : «Au moment où l'on énonce devant eux les données de problèmes, ils se donnent la vision intérieure des nombres énoncés, et ces nombres, pendant tout le temps nécessaire à l'opération, restent devant leur imagination comme s'ils étaient écrits sur un tableau fictif placé devant leurs yeux» (Charcot).

3 Ballet ; loc. cit., pag. 60,

motrices graphiques, la lésion du centre spécialisé de l'écriture sera la plus redoutable.

L'aphasie est moins grave chez les enfants, dont les divers centres, moins nettement spécialisés que chez l'adulte, permettent des suppléances plus faciles.

Certaines aphasies transitoires, par trouble purement dynamique ou par lésion organique passagère (hystérie, artério-sclérose), ont un pronostic relativement bénin. Nous allons maintenant en dire quelques mots.

Marche. — C'est ici le lieu de signaler certaines aphasies à marche bizarre sur lesquelles Mauriac a attiré l'attention : les aphasies intermittentes que l'on rencontre dans la syphilis.

Au quinzième mois d'une syphilis qui n'avait pas cessé jusque-là de se manifester bruyamment, apparaissent une céphalalgie et une insomnie tenaces, coïncidant avec une nouvelle éruption de plaques muqueuses. Au vingt et unième mois, début de l'encéphalopathie. Ce sont des crises intermittentes d'aphasie et d'hémiplégie droite, qui durent quelques minutes seulement et se reproduisent plusieurs fois par jour, sans perte de connaissance ni convulsions. Au vingt-deuxième mois, les crises s'aggravent, se rapprochent ; le malade devient tout à fait aphasique. Nouvelle amélioration. Huit jours après, nouvelle attaque, et cette fois lésion définitive.

Mauriac, qui a observé plusieurs cas semblables, attribue ces phénomènes à une hyperplasie syphilitique gommeuse des méninges au niveau de la troisième circonvolution frontale gauche, comprimant, puis envahissant cette région, y développant ainsi, d'abord de la congestion (période d'intermittence), puis du ramollissement.

Il est pratiquement important de connaître ces faits, à cause des indications thérapeutiques qu'ils présentent. On obtient les plus beaux résultats avec l'iodure de potassium à haute dose pendant la période d'intermittence. Plus tard au contraire, quand la lésion fixe et continue est établie, l'insuccès est la règle1 .

Il faudrait toutefois se garder d'attribuer, en vertu d'une généralisation trop absolue, toutes les aphasies intermittentes à l'évolution d'une syphilis. On observe quelquefois une aphasie passagère dans les premières périodes de lartério-sclérose, à la phase où les artérioles ont tendance à la contracture, et elle réalise un des modes de la « claudication intermittente du cerveau». Nous avons eu l'occasion de publier, il y a deux ans, un fait de ce genre 2. Peut-être même la syphilis agit-

1 Mauriac ; Aphasie et hémiplégie droite syphilitique et à forme intermittente (Gaz. hebd., 1876, nos 5 et suiv.) — Leçons sur l'aphasie syphilitique et les

localisations de la syphilose corticale du cerveau (Gaz. hebd., 1877; n°6). Le

Dr R. Caizergues a publié un nouvel exemple de ce genre d'aphasie (Montpellier méd., XLI, 292.)

2 Clinique médicale, pag. 565.

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elle, non point par ses produits spécifiques, mais par l'intermédiaire de l'artério-sclérose, dont elle est un des générateurs les plus manifestes. Nous n'avons rien à dire de général sur la marche de l'aphasie en dehors de ces faits. L'aphasie n'a pas de marche propre, spéciale. C'est la marche de la lésion (le plus souvent un ramollissement) qui la tient sous sa dépendance.

Le Traitement doit être aussi, avant tout, celui de la lésion et de la maladie ; par suite, nous n'avons pas à nous en occuper ici.

Le seul point important à faire remarquer, c'est qu'un aphasique peut réapprendre à parler, et cela non seulement quand la lésion guérit, mais même quand la lésion persiste et malgré cette persistance. Dans ce cas-là, il y a suppléance, et probablement suppléance par la région similaire du côté opposé.

Les hémiplégiques peuvent apprendre à écrire de la main gauche, c'est-à-dire qu'ils peuvent apprendre à faire avec leur cerveau droit ce qu'ils faisaient auparavant avec le cerveau gauche. De même les aphasiques condamnés à ne plus parler avec le cerveau gauche, comme ils en avaient l'habitude, peuvent apprendre à parler avec le cerveau droit. Ils deviennent, par nécessité et par éducation, des gauchers de la parole.

Pour obtenir ce résultat, les efforts personnels du sujet, les efforts de l'entourage, une bonne direction, etc., sont indispensables. On trouve dans l'observation de Lordat un exemple remarquable de ce genre de guérison.

. Dans le cas de cécité verbale on peut aussi réapprendre à lire aux malades en commençant par l'étude des lettres (Schmidt, Piorry, Guaglino, Charcot, Bernard). Dans d'autres faits, on a employé les méthodes proposées pour l'éducation des sourds-muets.

Enfin, on pourra quelquefois obtenir de bons résultats d'une méthode rigoureuse de rééducation, imposée au sujet et dans laquelle on cherchera à utiliser exclusivement les centres cérébraux restés indemnes. On obligera par exemple un malade privé de son centre visuel à faire incessamment appel aux images auditives ou motrices.

Dans l'aphasie amnésique, on aura recours à des exercices de mnémotechnie destinés à graver de nouveau dans l'esprit le souvenir des mots qui ont disparu.

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