‹ Traité pratique des maladies mentales (volume 2)Chapitre 112 sur 141 · IMPULSIONS IRRÉSISTIBLES · texte numérisé non relu

IMPULSIONS IRRÉSISTIBLES

pagnés d'hallucinations ol d'illusions (J); sur ce chiffre, 6 femmes , jeunes ou vieilles , se croyaient entourées d'hommes qui voulaient cohabiter avec elles et les provoquaient. Une do ces malades était persuadée qu'elle était suivie en tous lieux par un avocat qui ne lui avait jamais parlé. Il l'avait fait divorcer et voulait se marier avec elle. Quelques hallucinées accusaient des ardeurs extrêmes dans les parties sexuelles, et faisaient de leurs rêves les peintures les plus voluptueuses.

A côté de ces formes délirantes, on observe assez souvent chez les hystériques des troubles psychiques isolés, des hallucinations, des' impulsions irrésistibles.

Ainsi l'on voit persister, après des accès de folie, des hallucinations ^W(/e■.s, .compatibles avec l'état de raison, et qui peuvent exister pendant un temps assez long sans amener aucun acte insensé. Une jeune hystérique que j'ai soignée, convalescente d'un accès maniaque intense, conserva pendant plus de deux mois après la cessation du déhre, une hallucination de la vue qui avait pris naissance au milieu même du paroxysme : elle voyait incessamment devant elle- la figure de la mort, et cette apparition, dont elle reconnaissait parfaitement la nature, la jetait dans un trouble et un malaise moral insurmontables.

Les impulsions irrésistibles des hystériques sont loin d'avoir le caractère violent et dangereux des impulsions des épileptiques. Elles consistent plutôt en une tendance anxieuse et instinctive à commettre des. actes extravagants ou ridicules. Itard (2) cite le fait d'une dame qui, au miheu d'une conversation qui l'intéresse vivement, tout à coup, sans pouvoir s'en empêcher, interrompt ce qu'elle dit ou ce qu'elle écoute, par des cris. bizarres et par des mots encore plus extraordinaires, qui font un contraste déplorable avec

(1) Brierre de Boismont, 7)es hallucinations, p. 218.

(2) Lésions des mouvements volontaires {Archives de médecine, 1825).

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son aspect et ses riiaiiières distinguées. Ces mots sont pour la pluj)aii (les jiHcuienls grossiers, des épilhèles obscènes, et, ce qui n'est |)as inoins embarrassant pour elle (pie poulies auditeurs, l'expression toute crue des jugements ou des opinions j)eu lavorables (|u'elle se lait de (juelrpies-unes des personnes de la soci(''t(!\ M. Hriquet rapporte le lait d'une demoiselle byslérique fort pieuse, ballucint^e, entendant des voix dans les diverses parties de son corps, et qui assez Ircîquemuient et toujours involontairement, puisqu'elle en est elle-même scandalisée, laisse échapper des injures contre la Divinité (1). Dans ces observations et dans les observations analogues, il y a plus qu'un simple spasme musculaire, quoiqu'on aient dit quelques auteurs.

Ou voit encore des hystériques qui, sans être compléleuient aliénées, sentent un besoin irrésistible de parler, de faire de grands éclats de voix, de tout bouleverser autour d'elles, de briser les objets qui leur tombent sous la main, et cela tout en conqirenant combien une pareille conduite est absurde et déplorable : elles sentent en elles quelque chose qui les pousse malgré leur volonté, et dont il faut savoir tenir compte, sinon comme excuse, du moins comme atténuation, dans l'appréciation médico-légale de leurs actions.

Quant à la démence, elle peut survenir comme suite éloignée des troubles intellectuels développés chez les hystériques, mais jamais elle n'est la conséquence directe de l'hystérie et de ses accès convulsifs; jamais non p*lus la paralysie générale n'a été observée comme terminaison ultime de cette névrose convulsivc. Sans doute des accès convulsifs répétés amènent à la longue quelques alléralions dans l'intelligence, la mémoire est moins sûre et moins fidèle, il y a moins d'aptiludc au travail et de liberté dans l'esprit, mais de là à la démence, il y a loin encore ; sous ce ra|)port une

(1) Brifiiiel, Trailc de l'hystcric, p. 321.

DÉMENCE. — FOLIE HYSTÉRIQUE Él'IDÉMIQUE. 569

(lifïerence considérable sépare l'hystérie de l'épilepsie, et la cause en a été cherchée dans les particularités mêmes qui caractérisent les accès convulsifs. Dans l'accès hystérique, a-t-on dit, l'afflux sanguin vers la tête est moins considérable et la circulation cérébrale est moins prafondément modifiée : dans l'accès épileptique les alternatives de pâleur et de rougeur, l'injection livide des traits pendant la période tétanique, indiquent une pléthore locale qui peut favoriser le développement ultérieur des lésions organiques. Cette explication, malgré ce qu'elle a de vraisemblable, est loin de résoudre la question, et l'on se demande encore avec Esquirol comment il se fait que les convulsions hystériques qui sont si intenses, qui persistent pendant plusieurs heures et même pendant plusieurs jours, ne jettent pas dans la démence comme les accès épileptiques et surtout comme les vertiges (1).

Enfin la folie hystérique, lorsqu'elle âe développe dans une grande réunion de sujets, au milieu d'imaginations ardentes, exaltées par le jeûne, le mysticisme, et promptes à s'impressionner, devient facilement éjndémiqiie et offre alors une association étrange et irrégulière de toutes les névroses de l'intelHgence et du mouvement, au milieu de laquelle cependant les phénomènes hystériques tiennent une place importante. Il suffît de parcourir le livre de M. Calmeil (2) pour sefaire une idée de ces épidémies extraordinaires qui ont régné de tout temps, et se sont prolongées jusqu'à l'époque moderne, après avoir sévi au moyen âge avec une intensité peu commune. Les convulsions hystériques, les hallucinations, les idées délirantes relatives à la possession diabolique, l'extase, la catalepsie, se propageaient par imitation d'un sujet

(1) Esquirol, Des maladies menlales, t. K"", {i. 289.

(2) De la folie comidérée sous le point de vue pathologique, philosophique, historique et judiciaire, 1845.

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;'i un autre, et envahissaient îles couvents, des nioiiaslères, des populations cnlièies, qui présentaient aux yeux élonnés des théologiens et des juristes lesspeelacles les plus étranges, auxquels ne manquaient pas les explicatiims surnaturelles. Nous ne saurions, sans sortir des limites de ce travail, donner même une simple indication de ces diverses épidémies. Rappelons seulement la démonopathie avec accidents liyslériformes des moinesses de Camhrai (IZiOJ), l'hystéro- démonopathie des religieuses d'Uvertet, de Brigitte, des lilles de Nazareth, des juives converties à Rome, des orphelins d'Amsterdam (1550-1563) ; l'hystéro-démonopathie des filles de Sainte-Ursule à Aix, qui accusèrent le curé Gauhidi du crime de sorcellerie et le firent condamner au l'eu (101 1). En 16/12, les rehgieuses de Louviers stimulées par le zèle ardent et la piété mystique et contemplative du curé Picard, s'exténuèrent par des jeûnes excessifs et bientôt furent prises de convulsions, de transports de fureur, et de démonopathie. Le curé Picard, mort sur ces entrefaites, fut accusé de magie, de sacrilège, et son corps fut brûlé en place pubUque.

Chez les ursulines de Loudun {i6:i*2), l'épidémie commença par des hallucinations suivies bientôt d'idées de possession et des convulsions les plus étranges : telle religieuse, couchée sur le ventre, les bras tordus sur le dos, les jambes relevées vers l'occiput, défie de la sorte le prêtre qui la poursuit avec le saint-sacrement. Telle autre, courbée en arrière, pliée en double, affecte de marcher la nuque posée sur les talons. Quant à leurs cris, ajoute un témoin oculaire, c'étaient des hurlements de danmés, de loups enragés, de bêtes horribles. 11 n'y avait rien en cela, non plus que dans tout le reste, qui fût humain... Chez toutes, les exorcismes développaient des convulsions hystériques, de la catalepsie et des scènes de somnambulisme. On connaît l'histoire du curé Urbain Grandier qui, accusé par ces aliénées d'avoir

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