‹ Traité pratique des maladies mentales (volume 2)Chapitre 19 sur 141 · DES NÉVROSES · texte numérisé non relu

DES NÉVROSES

verrons plus loin que les vésanies dont les accès, de durée variable, reparaissent tous les deux jours, tous les huit jours, tous les mois, sont une des formes les plus rebelles de la pathologie mentale.

4° Dans l'immense majorité des affections organiques, les fonctions de la vie animale finissent par s'altérer, les digestions se font mal, la nutrition est incomplète et les forces s'épuisent visiblement. Les névroses , au contraire , lorsqu'elles sont passées à l'état chronique, peuvent coexister avec l'intégrité presque complète des fonctiQns de la vie animale; les épileptiques, les hystériques peuvent dormir, digérer, jouir en un mot d'une santé physique parfaite, sans que leur vie soit menacée par le fait même de l'existence d'une affection nerveuse, et les maniaques, les monomaniaques, les mélancoliques, quand la maladie se trouve dégagée de toute compHcation et a traversé sa période d'acuité, présentent exactement le même phénomène.

5° L'hérédité joue un grand rôle dans la production de toutes les maladies constitutionnelles, mais dans l'étiologie des névroses son influence est tellement marquée, qu'on peut, sans hésiter, en faire un de leurs caractères spéciaux. Disons, dés à présent, que toutes les névroses, quelles qu'elles soient, s'engendrent l'une l'autre ; que l'hystérie, la chorée^ l'épilepsie, la foHe, se retrouvent aux diverses générations et chez les divers membres d'une même famille, et que cette filiation réciproque démontre l'identité de leur nature.

6° Enfin, il faut assigner aux névroses, comme dernier caractère commun, un état spécial dit étatnerveuœ (Sandras), névroputhie protéiforme (Cerise), qui leur sert pour ainsi dire de fond commun, et sur leijuel viennent se greffer, comme sur un tronc vivace, les accidents les plus variables en apparence.. Cet état nerveux que nous n'avons pas à décrire ici en détail est caractérisé par une grande imprcssionnabililé, par une mobilité extrême du système nerveux :

&P CARACTÈRES (.K.NÉRAL'X

les sujets sont laciles à é^^ayei- <>u à assombrir, ils passent faiileniont d'un aballeiiienl exlrrnie à une énerj^ie surprenante, sont en pruie à des palpitations, à des étouiïements passagers, et ont des perversions ou des altérations du yoùt, de l'ouïe, de la vue. On les entend se plaindre incessamment de vertiges, de céphalalgie, de digestions ditficiles, leur sommeil est léjicr ou inlerrom|)n par des rêvasseries. Les aliénés ne sont nullement exempts de cette disposition spéciale, et pour peu (juc les phénomènes du délire perdent un peu de leur intensité, on voit ajjparaitre ciiez eux, surtout chez les nionomaniaques, cet ensemble de symptômes mobiles, variables, qui autorise à les ranger dans la grande catégorie des névropathicjues.

Tels sont les caractères communs que l'on {leut assigner aux névroses et qui permettent de placer légitimement la folie dans le cadre des affections nerveuses.

Quant aux divisions admises dans les névroses (convulsions, paralysies, névralgies etvésanies), elles sont fondées, et avec raison, sur la diversité des éléments fonctionnels qui se trouvent intéressés : les vésanies affectent l'intelligence ; les névralgies atteignent plus particulièrement la sensibilité, tandis qu'au contraire les paralysies musculaires, les affections convulsives, comme l'épilepsie, l'hystérie,- la chorée, s'adressent principalement à la molilité. Mais, à part quelques faits exceptionnels où la maladie se présente dans un état de simplicité parfaite, il est bien rare qu'une des fonctions nerveuses soit lésée d'une manière tout à fait isolée, sans (jue les autres ne subissent en même temps des atteintes plus ou moins profondes. Dans l'épilepsie, les accès se compliquent bien vite de lésions intellectuelleSvprofondes ; l'hystérie présente à la fois des convulsions, des paralysies musculaires et cutanées, et même, dans certains cas, un trouble intellectuel (jui ne saurait être contesté. Enlin,j'ai prouvé

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autre pari (1) que la cliorée n'échappait pas à cette loi commune et s'accompagnait d'un trouble mental offrant des nuances infinies, depuis l'hébétude la plus légère jusqu'à l'hallucination et au délire mauia(|ue complet.

Ainsi dans un grand nombre de névroses caractérisées soit par de la douleur, soit par des troubles de la motilité, se retrouve sinon comme élément essentiel, du moins comme phénomène accessoire, une modification pathologique de l'état intellectuel. Poursuivant cette idée hors du cadre des affections nerveuses, on ne tarde pas à reconnaître que la plupart des maladies auxquelles l'homme est exposé développent chez lui des dispositions intellectuelles et affectives qui forment un contraste frappant avec l'état normal, et démontrent une fois de plus toute l'influence que le physique exerce sur le moral. Ce serait sans contredit une étude pleine d'intérêt que de rechercher les tendances morales si diverses qui surgissent chez l'homme à propos des maladies qui peuvent l'atteindre ; contentons-nous d'indiquer ce vaste sujet et de citer des exemples qui appartiennent à la pratique de cbaque jour.

La chlorose, tous le savent, entraîne avec elle du dégoût, de la tristesse, de la mélancolie, de l'inaptitude au travail, de la mobilité dans les goûts et dans le caractère, parfois même des idées excentriques, des appétits bizarres qui disparaissent dès que le sang a repris sa composition normale.

Au début de la phthisie pulmonaire, il n'est pas rare de voir les sujets s'effrayer à juste titre de leur état, concevoir des pressentiments sinistres et prendre leurs dispositions en vue d'une fin prochaine ; puis, à mesure que la maladie l'ait des progrès, que lès tubercules se ramollissent et que tout espoir s'évanouit, les dispositions morales se transforment :

(1) De l'élal mental dans la chorpe, mémoire lu à l'Académie de médecine, avril 1859 {Mémoires de IWcadcmie de mf'decinc, t. XXIV, p. 1 et suiv.).

Ht CARACTÈRES GÉNÉRAUX

\('9. ni.ilailes, fiissenl-ils eu\-m("^mos médecins, oublient peu h peu le danijer, n'altribnenl ([n'iitic ininitiie imfxdiance aux symptômes qu'ils éprouvent, renaissent an calme et à l'espérance et Font lie longs projets d'avenir la veille même de leur mort. Sans être constante, cette situation intellectuelle, que j'ai observée nombre de fois, altil'e singulièrement l'attention.

M. Saucerotfe (1) a noté chez la plupart des individus qui offrent de l'iiyperlrophie du cœur un développement extrême de la sensibilité morale : observés de près, ces malades s'émeuvent à la moindre impression , ils pleurent en vous racontant leurs maux, un regard les trouble, un mot les déconcerte, ils se laissent emporter à la fougue dune première impression ou d'une colère irréfléchie, et à l'approche du médecin leur pouls bat cent fois par minute. M. Saucerotte rapporte en outre plusieurs observations dans lesquelles le dérangement intellectuel, développé sous l'influence d'une affection cardiaque, subissait des exacerbations inévitables toutes les lois que la maladie du cœur venait à s'aggraver. L'ébranlement de la masse encéphalique qui résulte de l'impulsion plus violente du ventricule gaiche, les stases sanguines qui s'opèrent dans les vaisseaux du cerveau par suite de l'imperfection de la circulation, peuvent, sans contredit, être invoqués comme la cause première de ces troubles intellectuels, de même que la stimulation incomplète du cerveau par un sang apj)auvri explique les troubles moraux que nous avons signalés dans la chlorose. Qui n'a été frappé de la stupeur, de l'obtufeion de toutes les facultés intellecluelles qui accompagnent la lièvre typhoïde, et des troubles plus graves encore qui surviennent pendant la convalescence et que nous aurons plus loin à décrire? Qui ne sait enfin que le simple état fébrile amène non-seulement

(1) Annales rnéd.-psycholoij., t, IV, p. 172.

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