CHAPITRE i'UEMlEH
Itétuiilioii de la lolie, synonymie. — Éléments symiitomaliques. - Classification. — Transformation des diverses formes de maladies mentales.
^ f '•-. — Définition <Io la folie. Synonymie.
Dcfiiiition. — La folie a été définie par Esquirol : une afleclion cérébrale, ordinairement chronique, sans fièvre, caractérisée par des désordres de la sensibilité, de l'intelligence et de la volonté (1).
Malgré ses imperfections, cette définition est encore la plus simple et la pins exacte de toutes celles qui ont été données; il importe toutefois, pour la compléter, d'ajouter que dans la folie le malade n'a pas conscience de son état (2) : il méconnaît son délire, ou s'il ne le méconnaît pas, sa volonté est impuissante pour le maîtriser : dans les deux cas, l'individu ne s'appartient plus, il est dominé par un état pathologique i[ui entrave sa liberté morale et le rend irresponsable de ses actes, en un mot, il est aliéné.
Synonymie. — A côté du terme général /o//e, on emploie souvent les moisf/ta/adies mentales, phrénopathies (Guislain) qui ont exactement la même valeur. Ouant au terme aliénation mentale^ il comporte avec lui une signification plus
(1) Esquirol, Des maladies mentales, t. I", p. 5.
(2) Lelut, liecherches des analogies de la folie el de la raison, à la suite de son ouvrage Du démon de Sociale, 1856, p. 345.
KI.KMKNTS SVMI'TOMATIQUES DE LA FOLIE. /lô
étendue et un peu ilifîérente. Et en effet certains (^tats, comme l'ivresse, une passion violente, un accès de somnambulisme, peuvent amener avec eux une aliénation mentale de durée variable. Il en est de même de l'idiotie, de l'épilepsie, de la chorée, de l'hystérie, qui à un degré différent enlèvent au malade, d'une manière passagère ou permanente, la libre conscience de ses actes; et cependant tous ces états sont bien différents de la folie. D'un autre côté, destroui)les intellectuels fort graves, des hallucinations par exemple, peuvent exister chez un individu qui apprécie ce phénomène à sa juste valeur, conserve la libre direction de ses actes, et ne peut pas être considéré comme aliéné. Le Code emploie le mot do démencp. comme synonvme de folie, d'aliénation mentale. Cette désignalion est impropre, car la démence n'est qu'une forme particulière de folie, caractérisée principalement par l'affaiblissement intellectuel.
§ s. — Klénients symptonialiques de la folie.
Afin d'aborder avec quelque clarté l'étude de la folie, nous procéderons par voie d'analyse, et nous indiquerons tout d'abord les élén.ents symptomatiques qui se combinent et s'associent entre eux pour donner naissance aux formes si diverses de la maladie. Dans la lièvre typhoïde, dans la variole, dans les affections qui sont du ressort de la pathologie interne, ces éléments symptomatiques sont d'unordn; purement matériel et faciles à saisir et à apprécier : la diarrhée, la fièvre, le gargouillement iléo-cœcal, les taches rosées lenticulaires, la pustule ombiliquée, voilà les phénomènes qui attirent l'attention du médecin et se groupent dans un ordre déterminé pour donner à la maladie sa physionomie spéciale. Dans la folie, à côté des phénomènes somatiques, il faut savoir envisager ceux qui sont d'un ordre purem.cnt intellectuel : moins faciles à saisir en ce sens qu'ils sont d'un
jg ÉLÉMENTS SÏMPTOMMIQIIBS
onl,v ,,lu. al,s..ail, ils peuvcnl neaumoins èlrc isolés avec . „.U...é ,>aHai.e. „our ,>eu qu'on cherche aulant ,,ue possiblo à leur applique,- la méthode médicale, dégagée de toute nréLenliou psycliologKiue.
Tr'xe,nple de M. baillar.er (1) auquel nous emprunte s cette division, u.ais après lui avoir faitsuhir quelques mod.licalions, nous lerons les distinctions suivantes parm. les ■léments pathologiques de l'ordre intellectuel qu, const.tuent
la folie :
1. Lésions inlellecliielles primitives ; U. Lésions consécutives ; IlL Lésion terminale.
LÉSiONS INTELl-l'-CTUELLES PRIMITIVES.
Les lésions intellectuelles primitives sont •: 1" partielles, 2° générales.
1" Lésions partielles.
Il Y a trois sortes de lésions partielles :les conceptions délirantes, les impulsions irrésistibles, les hallucinations.
a Les fausses conceptions ou conceptions dehrantes qm se définissent d'elles-mêmes, sont innombrables dans la folie et peuvent offrir autant de variétés qu'il existe de modes dans
la pensée humaine.
Tantôt elles sont absurbes et impossibles; tantôt, au contraire elles u'otlrcnt par elles-même. rien d'absolument incompatible avec l'ordre naturel des choses, mais elles sont contraires à l'évidence des faits réels. Un homme se croit tout à coup pape, empereur, riche a millions; un autre craint d'avoir commis un crime, se dit ruine, déshonoré, poursuivi par des ennemis, condamne a echafaud; un iroisième croit son corps transformé en beurre
(1) Baillarger, Essai s«r «.e classifwaiion des différents genres de folie {Ann. méd.-v^ychol.. 1853, p. 545).
et fuit la chaleur de peur de fondre. Voilà tout autant de conceptions délirantes. La nature de ces conceptions, leur nombre, leur enchaînement, leurpoint de départ sont autant de circonstances sur les(|uelles nous aurons à revenir, et qui jouent un rôle de premier ordre dans le diagnostic et le pronostic de la folie.
Ainsi que l'a dit Leuret (1), la fausseté d'une conception ne suffit pas pour en faire une conception délirante, il faut y joindre la fixité de l'idée qui, bien diflérente en cela de l'erreur, ne se modifie pas malgré l'accumulation des preuves les plus péremptoires.
'b. Sous le nom à' impulsions irrésistibles on désigne des mouvements instinctifs, qui, en dehors de toute idée déhrante et souvent malgré l'intervention de la volonté, poussent un individu à commettre un acte répréhensible dont il apprécie toute la portée. On voit des sujets qui éprouvent ainsi une propension instinctive au vol, à l'abus des liqueurs alcooliques, au suicide, à l'homicide. Il est rare de voir les impulsions irrésistibles exister indépendamment de toute lésion in^tellectuelle, souvent elles s'associent à d'autres phénomènes, mais elles n'en constituent pas moins un élément pathologique bien distinct et sans analogie en médecine mentale.
c. Les hallucinations sont des sensations perçues en dehors de toute excitation des organes des sens. Un malade entend des voix, perçoit des odeurs, voit de? objets qui n'existent pas en réalité, voilà des liallucinations. Ce phénomène joue dans l'étude de la foHe un rôle tellement important que nous lui consacrerons plus tard un chapitre étendu.
2" Lésions générales.
Les lésions générales de l'intelligence sont de doux sortes, l'excitation, la dépression. Tous les auteurs, avec
(1) Fragments psychologiques sur la folie, p. Ù2.
h^ KLÏiME.NTs SYMPToMATIglJES.
An''l('0, avec Willis, (Uil iiisislé sur cotlo division dicliolomique fondée sur uno saine observation. Kt en effet, chez certains aliénrs on observe une agitation incessante, une augmentation dans la force musculaire, une suractivité intellectuelle en vertu de laquelle les idées se pressent, s'entrecroisent, se multi|)lient avec une prodigieuse rapidité; d'autres, au contraire, restent inertes, immobiles, silencieux, sans que rien puisse les réveiller de leur torpeur. Les fonctions organiques elles-mêmes, participent à ce trouble général et sont ou exaltées ou languissantes ; aussi rien de plus saisissant que le contraste de ces deux étals de l'économie dont la manie d'une part, la mélancolie de l'autre, offrent le type le plus complet.