‹ Traité pratique des maladies mentales (volume 2)Chapitre 46 sur 141 · DIAGNOSTIC DE LA FOLIE · texte numérisé non relu

DIAGNOSTIC DE LA FOLIE

Le diagnostic de la folie repose : 1" sur l'examen direct du malade, '2° sur ses antécédents.

Cne connaissance approfondie des symptômes de la IVdie est sans doute la meilleure condition pour arriver promptement à un diagnostic sûr; mais si l'on veut éviter de se perdre au milieu de questions oiseuses et embarrassées, il faut y joindre encore une certaine méthode dans le mode d'interroger et d'examiner. Cette méthode ite peut suppléer au tact médical, fruit de l'habitude et de l'expérience, mais elle sert de fd conducteur et empêche de s'égarer tro|> loin.

Les malades autres que les aliénés vont d'eux-mêmes trouver le médecin; ils indiquent le point douloureux, ils énumèrent leurs souffrances; ils racontent le début de la maladie, sa marche, sa durée et toutes les circonstances qui l'ont accompagnée. Ici rien de semblable, puisqu'un des premiers caractères de la folie est de s'ignorer elle-même, et que l'aliéné proteste constamment contre la désignation de malade qui lui est attribuée : il faut donc l'examiner sans sa participation et souvent même malgré lui.

Mis en présence d'un aliéné, le médecin doit, avant tout interrogatoire, prendre une idée exacte de l'état extérieur de son malade ; le geste, l'attitude, le regard, l'expression des traits, l'état des vêtements, rieti ne doit lui échapper, car chaque indice extérieur a sa valeur. Ce premier coup d'œi! suffît déjà pour constater si le sujet est déprimé ou

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oxcilé, s'il est au contraire dans un étal normal d'activité. Une fois cet examen terminé, on procède à l'interrogatoire. On demande au malade son nom, son âge, son lieu de naissance, s'il est marié, s'il a des enfanté. On s'informe de sa profession, des gains qu'il peut réaliser, de sa manière de vivre. Est-il bon ouvrier? quels sont ses projets pour l'avenir? Les premières réponses permettent de constater l'état de la parole, le degré d'intelligence du sujet, l'intégrité ou l'afTaihlissement de la mémoire, et il est rare qu'elles ne mettent pas sur la voie d'un trouble intellectuel, d'une idée délirante. L'exploration sera plus complète et plus approfondie dans le sens oii l'on aura saisi quelque fâcheux indice. Si la mémoire semble atteinte, on demandera des dates, on fera faire des calculs relativement aux époques, aux distances ; si des idées de persécution semblent se trahir, on suivra cette direction ; on recherchera les hallucinations en examinant tous les sens. Il importe ensuite d'interroger le malade sur la nature du lieu où il se trouve, sur les causes qui l'ont fait séquestrer et lui ont fait quitter son domicile, sa famille, ses occupations. La manière dont il apprécie sa situation jette le plus grand jour sur son état mental et révèle quelquefois des idées délirantes jusque-là cachées. Quand l'aliéné se tient sur la défensive, on essaye de gagner sa confiance en semblant accepter ses idées, en se montrant prêt à prendre sa défense dès qu'on sera éclairé sur les détails de sa position. Si ce moyen échoue, on peut chercher à l'irriter, mettre en doute sa véracité, l'accuser d'être venu à l'hospice par paresse; la colère lui fera quelquefois trahir involontairement sa pensée. Enfin, s'il refuse obstinément de répondre ou si ses réponses laissent du doute dans l'esprit, il est bon de suspendre provisoirement tout diagnostic et de ne revenir au malade qu'après l'avoir fait observer plusieurs jours : des surveillants intelligents et expérimentés, vivant au milieu des aliénés, rendent sous ce rapport au médecin

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les plus grands services; avec de l'Iiahilude, ils arrivent à saisir des nuances, à constater des faits qui ne se produisent que d'une uianièn; passaj^ère dans le cours de la juu!'n(';e, et leurs renseij^nements, quelquefois mcnie leurs appréciations, ne sont jamais à dédaigner.

L'examen des fonctions organiques, du pouls, de la langue, du sommeil, des digestions, des fonctions respii'atoires, se fera suivant la méthode ordinaire, en se souvenant que chez les aliénés les réactions sont moins vives, et que la constatation des maladies organiques exige une attention plus soutenue; un mouvement fébrile qui ne s'expHque j)as par l'intensité du délire, est le premier symptôme qui doit donner l'éveil et faire soupçonner l'existence d'une complication.

Le complément indispensable de l'examen d'un aliéné, complément sans lequel il est souvent impossible d'établir un diagnostic, consiste dans la recherche exacte des antécédents et des symptômes qu'il a offerts avant d'être présenté au médecin. Existe-t-il des aliénés dans la famille? quelles sont les causes probables de la maladie? quels sont les premiers symptômes qui ont fait soupçonner un trouble intellectuel? quelles sont les extravagances qui ont motivé la séquestration? Le malade a-t-il commis des actes de violence? a-t-il eu des idées de suicide ? Le médecin doit d'ailleurs se tenir en garde contre les appréciations qui lui sont soumises, surtout lorsqu'il s'agit de parents consanguins du malade, qui souvent, portant en eux des traces encore peu accentuées, mais non douteuses, de l'intluence héréditaire, jugent de la manière la plus fausse et la plus singuhère les faits qu'ils ont été à même d'observer. M. Moreau a insisté avec raison sur cette particularité (1). Il y a plus que de l'erreur, dit-il, dans leur manière de voir, mais bien une véritable adhésion aux idées délirantes du malade, adhésion qu'ils ne s'avouent

(1) Psychologie viorbide, p. 181.

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pas ;i eiix-mèmc?, dont ils n'ont pas conscience, puisqu'ils condamnent, ces mêmes idées, mais qui ressort évidemment de l'opiniâtreté avec la([uelle ils nous contredisent lorsque nous leur disons avec franchise et sans détour ce que nous en pensons. C'est là un élément d'erreur que l'on reconnaît bien vite, mais qui n'est pas une des moindres difiîcultés que le médecin a plus tard à surmonter dans la direction de ses malades, lorsqu'il s'agit de faire prévaloir une opinion prudente et raisonnée.

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