‹ Traité pratique des maladies mentales (volume 2)Chapitre 96 sur 141 · POIDS DU CERVEAU · texte numérisé non relu

POIDS DU CERVEAU

sont très prononcées chez les idiots d'un degré avancé. Virchow n'hésite pas à les rattacher sans exception à une ossification prématurée et irréguliére des os du crâne. Lorsque toutes les sutures se soudent à la fois avant le développement complet du cerveau, il y a microcéphalie simple, tandis que la réunion prématurée et isolée de la suture pariétale, des sutures latérales inférieures, des sutures de la région inférieure et moyenne, force l'encéphale à se développer vers les points encore souples et extensibles, et donne naissance aux tôles eiT pain de sucre, aux têles rondes, aux têtes obliques, aux têles aplaties latéralement, etc., etc.

Chez les imbéciles ou chez les sujets dont l'idiotie est légère, ces difformités sont beaucoup moins appréciables, et il faut bien se garder, dans tous les cas, de vouloir établir une connexion nécessaire entre le degré de l'intelligence et le volume de la tête. Esquirol a vu des idiots dont le front représentait un angle droit, et dont la tête offrait les plus belles proportions. Sur cinquante têtes d'hommes à intelligence normale que j'ai mesurées, dit M. Parchappe (1), sept offrent des dimensions inférieures à celles de l'imbécile qui a les plus grandes dimensions, treize ont des dimensions très peu supérieures... Parmi les têtes de femmes à intelligence normale que j'ai mesurées, il en est une dont les dimensions expriment un volume plus petit que celui de la plus petite tête d'idiot par moi mesurée. Il en est trois plus petites que la plus volumineuse des têtes d'idiots. L'intelligence peut donc se manifester à son degré normal dans une tête dont le volume est inférieur, égal, ou à peine supérieur au volume des têtes d'idiots.

2° Poids -du cerveau, — La mensuration du crâne ne pouvant toujours donner une idée parfaitement exacte de sa capacité, car l'épaisseur des parois crâniennes est sujette à

(1) Parchappe, loc. cit., p. 31.

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v.irif!!- ljo;iiicttu[» suivant les individus cl suivant les races, on a cherché i>ar des pesées faites avec soin à déterminer avec plus de rigueur le volume du cerveau chez les idiots. A l'étal normal (1) le poids moyen du cerveau cliez l'homme adulte varie de 007 grammes à J262 pour la femme; de 1049 à lùlO pour l'homme, variations qui dépendent de l'âge des imlividus.(au delà de cinciuante ans le cerveau perd de son poids), de leur taille, le poids du cerveau étant, toutes choses égales d'ailleurs, plusconsidérahlc chez les individus grands que chez les individus petits. Or, chez les idiots, d'une manière générale, le poids du cerveau est notablement inférieur à celte moyenne physiologique, et malgré quelques exceptions , cette infériorité peut être posée comme une règle confirmée par de nombreuses observations.

3° Vices de conformation du cerveau. — Outre cette diminution de poids, on rencontre dans les cerveaux d'idiols une loulc d'anomalies dans la forme et dans la structure. L'atrophie de l'organe porte tantôt sur les lobes antérieurs, tantôt sur les lobes postérieurs qui n'ont même plus assez de volume pour recouvrir le cervelet et laissent ce dernier organe à nu ; les circonvolutions sont remarquables par l'absence de j»rofondeur : elles sont petites et serrées, je les ai même vues remplacées par de simples sillons superficiels qm leur donnaient l'aspect des circonvolutions du renard; dans quelques cas elles manquent complètement, et le cerveau est méconnaissable. Sur quelques idiots, la lésion congénitale n'affecte qu'un hémisphère cérébral , un lobule ou quelques circonvolutions isolées qui ont totalement disparu, et sont remplacées par du tissu cellulaire ou par une poche kysleuse distendue par de la sérosité. Ouant ta la substance cérébrale elle-même, on la trouve souvent alors indurée,

(1) Broca, Sur le volume cl la forme du cerveau suivant les individus et suivant les races {Bulletins de la Société d'anlhropo'.ogic, 21 mars et 2 mai 1S61, t. m.

allérée dans sa structure, ou même cartilagineuse dans une étendue plus ou moins grande : il est probable que dans les cas de ce genre, il s'est formé pendant la vie intra-utérine des hémorrhagies ou des ramollissements du cerveau terminés par la cicatrisation.

D'autres fois l'examen de l'organe révèle un arrêt de développement portant tantôt sur son ensemble, tantôt sur quelques-unes de ses parties constituantes. Les couches optiques, les corps striés, un hémisphère entier ont été trouvés remplacés par des moignons informes. Le corps calleux manquait dans un fait cité par Tiedemann : les hémisphères cérébraux n'étaient retenus l'un à l'autre en arrière que par les tubercules quadrijumeaux, la commissure antérieure et la commissure des couches optiques en avant, les ventricules latéraux n'étaient qu'incomplètement recouverts (Calmeil). Dans un autre fait rencontré par M. Parchappe, le vice de conformation consistait en un défaut de développement du mésolobe, de la voûte et des cornes d'Ammon : la voûte à trois piliers, la cloison et le corps frangé manquaient complètement.

§ 6. — Diagnoislîc.

A moins de monstruosité très apparente, le diagnostic de l'idiotie ne peut se faire au moment de la naissance, et ce n'est qu'au bout de plusieurs mois qu'il est permis de soupçonner quelque chose d'anormal dans l'intelligence : les enfants sont somnolents, ils prennent le sein avec peine, ne rient jamais et restent insensibles aux caresses de leur nourrice : ils ne suivent pas du regard les objets qu'on leur présente, leur tête est trop grosse ou trop petite, ou bien présente quelques-unes des anomalies de forme que nous avons signalées. A mesure qu'ils avancent en âge, il n'est

(1) Parcliappe, Trailv thcûvique el pratique de la fo'ie. Documents nécrosco- •piques, p. 370.

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plus peiniis île ctMisorver le iiiuiii(lr(,' doiito sur leur élut; ils ne joueni ni ne rient jamais, n'apprennent ni à marcher ni à parler, el ne prof^resscnl qu'avec une lenteur extrême, pour s'arrêter à lui j)oint qu'ils ne franchissent plus. Nous n'avons pas à revenir ici sur le diagnostic de l'idiotie et de la démence, disons seulement (pi'unc l'ois l'idiotie constatée, il inqiorte de soumettre le sujet à une analyse psychologique aussi complète que possible, alin d'avoir une idée exacte de son degré d'intelligence.

M. Voisin (1), dans les tableaux qu'il a dressés pour servir de guide dans cette recherche intéressante, passe successivement en revue les penchants, les sentiments moraux, l'état des sens extérieurs, des mouvements, des facultés de percci)tion el des facultés réflectives, et fait voir avec raison que les réponses de l'enfant, en donnant la mesure de son état intellectuel, serviront de point d'appui pour en faciliter et en régulariser le développement.

S 9. — Traitement.

On ne peut espérer de donner aux idiots l'inteUigence qu'ils n'ont jamais eue ; cependant des efforts doivent être tentés sinon pour guérir, du moins pour améliorer leurs conditions physiques et intellectuelles.

Dés 182Zi, M. Belhomme (2) insistait sur ce point, et reconnaissant parmi les idiots des nuances infinies, il en déduisit la nécessité de diversifier individuellement les procédés éducateurs. En 18:^0, M. Voisin, admettant à son tour l'indépendance des facultés morales el intellectuelles, fit voir que la perte des unes n'entraînait pas forcément la destruction des autres, et démontra qu'il fallait s'appuyer sur les facultés existantes, les développer, et choisir dans le monde extérieur

(1) Analyse psychologique de l'enlcndemcnl humain chez les enfants arriérés, incomplets et hors ligne, IS'iS, \t. 413.

(2) Relliomnie, Thèse inaugurale, juillet 1824.

les leviers capables d'agir sur elles. Ces généreux efforts ont abouti à des résultats pratiques sérieux et à des règles de traitement mises en usage dans la plupart des asiles.

Le traitement des idiots comporte deux ordres d'agents tliérapeutiques, agents physiques, agents moraux et intellectuels.

Les agents physiques comprennent tous les moyens destinés à relever et à fortifier des constitutions le plus souvent empreintes de scrofules et de lymphatisme : une bonne nourriture, une habitation vaste où pénètrent l'air et la lumière, des vêtements simples, peu compliqués dans leur forme : les bains, les lotions froides, l'hydrothérapie, le massage, raniment les fonctions cutanées, et donnent aux muscles la vigueur qui leur manque. On .combattra les évacuations involontaires en fortifiant la constitution et en habituant les sujets à des excrétions périodiques. La gymnastique, vantée avec tant de raison, ne devra pas consister en des mouvements violents, en des tours de force et d'agilité, mais en exercices destinés à régulariser l'action musculaire, à lui donner de la précision et de la fixité. Ainsi que l'a démontré M. Séguin (1), chez les idiots qui ne peuvent rester en place, et ils sont nombreux, le point de départ de toute gymnastique est l'immobilité prolongée, passage nécessaire d'une action désordonnée à une action convenue entre le système musculaire et l'intellect. Une fois ce point obtenu, on peut, avec quelques chances de succès, procéder à une gymnastique plus complexe qui perfectionne les sens, fait naître quelques idées, et exige de la part du professeur un esprit ingénieux et fertile en ressources, et une patience inaltérable. C'est là ce qu'on peut appeler l'éducalion morale^

On développe la vue en fixant le regard, en l'attirant et le dirigeant à l'aide d'un objet lumineux. Le toucher et la

(1) E. Séguin, Traitement moral, hygiène et éducation des idiots, 1846, p. 359.

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scnsibililé muscnlairo soront exercés à l'aide d'ol)jots légers ou pesants, rugueux ou lisses, humides ou secs, que l'enfant finira par reconnaître. L'ouïe, le goût et l'odorat seront perfeclionnos à l'aide de moyens analogues. Les mouvements gagneront eux-mêmes à la précision plus grande des sens, et l'idiot pourra maiclier avec solidité, courir, brouetter, tirer, monter, descendre, mettre ses bas et ses souliers, se laver, se peigner, se boutonner, manier une plume, un verre, une (ourchetle et manger seul. En même temps, il arrivera à distinguer les sons, les couleurs, la valeur de l'argent, la dimension et la configuration des objets.

Chez les idiots qui ne parlent pas ou qui parlent à peine, l'éducation de la parole ne nécessite pas moins de temps et de soins. Après avoir exercé suffisamment les lèvres et la langue à l'aide d'une gymnastique appropriée, on cherche à provoquer des sons en les répétant avec insistance et mettant enjeu, chez les enfants, l'instinct d'imitation : contrairement à l'opinion reçue, M. Séguin admet que les consonnes sont prononcées plus facilement que les voyelles, et il commence par l'articulation des syllabes. Le dessin, l'écriture, la lecture, le calcul seront enseignés à l'aide de lettres et de chiffres mobiles, et d'une méthode graduée dont l'exposé ne peut trouver sa place que dans les livres spéciaux.

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