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NATURE ET CAUSE PROCHAINE DU CRÉTINTSME

qu'on l'a rencontré non-seulement dans certaines localités remarquables par leurs conditions climatériques et la composition géologique du sol , mais même dans les grands centres de population. Le docteur Behrend a décrit le crétinisme des villes, qu'il attribue à l'encombrement de la population dans les quartiers pauvres, à l'atmosphère froide, humide, au défaut d'aération et d'insolation, à l'insulfisance de la nourriture et à la malpropreté.

§ 4. — lîatnre et cause prochaine du crétînîsnie.

Quant à la cause prochaine de la maladie, à sa nature intime, elles ont donné lieu à de nombreuses hypothèses, qui s'expliquent sans peine par les obscurités qui régnent encore sur plus d'un point important de cette question.

On ne saurait discuter sérieusement l'opinion des auteurs qui soutiennent que le crétinisme n'est que le plus haut degré de la scrofule, ni celle d'Akermann qui le regarde comme le plus haut degré du rachitisme. Le rachitisme, la scrofule, le crétinisme sont des états parfaitement distincts et n'ayant entre eux que des connexions fort éloignées.

Malacarne assigne pour cause principale au crétinisme la structure défectueuse du crâne, du cerveau, du cervelet, causée à son tour par la pression qu'exerce la glande thyroïde, dont le gonflement empêche le sang de circuler librement du cou à la tête. Reprenant cette opinion et l'appuyant de son autorité, Ferrus (1) définit le crétinisme une hydrocéphaUe œdémateuse diffuse, et le regarde comme constitué par deux ordres de phénomènes essentiels : 1° un état constitutionnel de l'économie entière, un tempérament propre, une cachexie lymphatique et crétineuse ; 2° une compression cérébrale modérée mais permanente, due à une hydrocéphalie œdémateuse diffuse : il appela l'attention sur l'obtusion des facultés, sur l'engourdissement général de l'économie,

(1) Bulletin de V Académie de médecine, 1 851 , t. XVI, p. 200 et suiv.

le volume insolite el, la vacillation continuelle de la tête, indices d'une compression cérébrale, et enfin sur le résultat de plusieurs autopsies dans lesquelles on a trouvé les ventricules latéraux distendus par de la sérosité, et cette sérosité entourant en grande abondance toute la masse cérébrale.

Le docteur Fabre (1) n'a fait que développer cette théorie en donnant encore plus de valeur au goitre envisagé comme cause et point de départ du crétinisme : pour lui, une tumeur comprimant les vaisseaux artériels et veineux du cou ainsi que la trachée-artère, rend la respiration difficile et incomplète, congestionne le cerveau, nuit à sa nutrition, favorise le développement des épanchemonls séreux et devient ainsi le point de départ du trouble de ses fonctions.

On objecte avec raison à cette théorie qu'on voit des individus portant des goitres très volumineux ne présenter aucun indice de crétinisme, que le degré du crétinisme n'est pas toujours en raison directe du volume de cette tumeur, enfin, suivant la remarque de M. Cerise, que le goitre est beaucoup moins fréquent et moins volumineux chez les crétins parvenus au dernier degré que chez ceux qui le sont à un degré moins avancé. Cette dernière objection a été confirmée par M. Baillarger, qui a fourni en outre une explication satisfaisante de la rareté du goitre chez les vrais crétins. Le développement du goitre, dit-il, est lié à l'évolution des organes génitaux ; il apparaît pour la première fois ou augmente beaucoup à l'époque de la puberté : les femmes n'en sont souvent atteintes que pendant leur première grossesse ou à l'époque de l'accouchement. Aussi l'on comprend pourquoi les crétins en qui gît un arrêt de développement des organes génitaux sont exempts, en général, de cette infirmité ; pourquoi au contraire les idiots et les imbéciles des vallées offrent bien plus souvent une hypertrophie du corps

(1 ) Fabre, Traité du goitre et du créiinime, p. 21 7.

thyroïde : cettô différence résulte de l'absence de puberté chez les premiers, et de l'établissement plus ou moins complet et énergique des fonctions génitales chez les seconds. ')

Bien que le goitre doive être considéré comme une des premières et principales manifestations de la cachexie créti' neuse, il n'est donc pas la cause du crétinisme, puisque les crétins ne sont pas toujours goitreux et que les goitreux ne sont pas toujours entachés de crétinisme.

En résumé, sans contester d'une manière absolue la valeur des faits sur lesquels s'appuient toutes ces théories, le crétinisme peut être envisagé comme une cachexie spéciale, exerçant son influence sur toute l'économie, mais principalement sur le système nerveux central dont elle arrête le développement.

§ 5. — Traitement.

Le traitement du crétinisme est prophylactique et curatif.

Ce que nous avons dit des causes du crétinisme, indique suffisamment les améhorations réclamées par une saine hygiène en faveur des populations ravagées par cette endémie. Les maisons seront bâties à mi-côte, bien exposées au soleil, et dégagées d'une végétation trop touffue. Elles seront élevées au-dessus du sol, spacieuses et pourvues de larges ouvertures; on étabhra des citernes d'eau pluviale, toujours préférable à l'eau calcaire des sources ou à l'eau peu aérée qui provient de la fonte des neiges, et on ajoutera aux aliments une certaine quantité d'un sel ioduré.

La création de nombreuses voies de communication, en développant l'industrie et la richesse publique, en augm.entant le bien-être des masses, en faisant sortir chaque village, chaque bourgade d'un isolement funeste, est encore le moyen le plus sûr d'améliorer la nourriture, les vêtements, l'habitation et'tout ce qui répond aux premiers besoins de la vie. G'ost ainsi que lo crétinisme a beaucoup diminué et même

a cornplélement disparu dans certaines localités de la Tarentaise et de la Maurienne, depuis que des routes ont été établies dans le pays. La Robertsau, aux portes de Strasbourg, qui jadis était infectée de crétins, les a vus disparaître grâce aux travaux d'assainissement et aux améliorations hygiéniques qui ont été réalisés.

A côté de ces moyens hygiéniques généraux, des mesures sérieuses devraient être prises pour défendre ces unions mal assorties dont les produits, en raison môme de l'état des parents, semblent fatalement voués à la dégénérescence. A ce point de vue les crétins complets et souvent même les demi-crétins sont peu redoutables en raison du peu de développement de leurs organes génitaux et de la stérilité qui les frappe; mais le mariage devrait être interdit aux crétineux et aux demi-crétins qui sont capables de reproduire l'espèce, et dont la triste fécondité infecte toute une population ; sans aucun doute on ne pourrait accuser le législateur de violer la liberté individuelle s'il prenait à cet égard une vigoureuse initiative. Quant aux goitreux et aux sujets qui offrent à peine les premières nuances de la cachexie, il faut qu'ils choisissent une compagne saine et robuste dans une localité non infectée, en évitant avec le plus grand soin la consanguinéité.

Le traitement curatif n'est pas autre que celui de l'idiotie, et doit s'adresser à la fois et au corps et à l'intelligence. Dès 18/i/i, le docteur Guggenbùhl, mû par une généreuse idée philanthropique, a fondé pour le traitement des crétins un établissement spécial , la maison de l'Abendberg, placé dans l'Oberland, à 3000 pieds au-dessus du niveau de la mer, bien exposé au soleil, pourvu d'eaux potables excellentes; là on donne aux crétins des préparations iodées, une nourriture tonique, une bonne direction et un ensemble de conditions hygiéniques tout à fait favorables : l'expérience a prouvé que les crétineux et même les demi-crétins s'y amé-

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lieraient sensiblement sous le rapport de la santé physique, que les scrofules et le rachitisme y guérissaient, que l'intel- Hgence elle-même se développait sous l'influence d'une bonne éducation pédagogique, mais que ce développement était toujours restreint dans des limites assez étroites. Il en est des crétins comme des idiots et des imbéciles : on peut fortifier leur corps, leur donner des habitudes d'ordre et de propreté, les dresser aux usages du monde, leur inculquer quelques notions élémentaires, mais on ne peut créer chez eux l'inteHigence et l'initiative, et si les résultats obtenus sont sensibles chez les crétineux, ils sont nuls chez les individus atteints plus profondément.

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