‹ Traité pratique des maladies scrofuleuses et tuberculeusesChapitre 1 sur 98 · INTRODUCTION · texte numérisé non relu

INTRODUCTION

Chargé, en 1838, du service médical de l'hôpital de Lavey, en Suisse , je fus frappé , dès les premiers temps , du grand nombre d'affections scrofuleuses qui y abondaient, et je ne tardai pas a me convaincre que ces maladies, fréquentes partout, n'épargnaient pas plus ce beau pays, si favorisé de la nature, que les autres contrées dans lesquelles j'avais eu l'occasion de les observer précédemment.

Dès lors je regardai comme un devoir d'étudier avec beaucoup d'attention une maladie pour laquelle mes soins ne pouvaient manquer d'être réclamés bien souvent. Aussi est-ce au printemps de 1838, que j'ai commencé à prendre des notes très détaillées sur tous les cas de scrofules qui se sont présentés à mon observation. Frappé de bonne heure également de la présence des engorgements glandulaires chez ces malades et du fait de la terminaison par phthisic pulmonaire dans un certain nombre de ces cas, je dus nécessairement embrasser, dès le principe , dans le cadre des faits à étudier, l'affection tuberculeuse sous toutes ses formes.

Je fus bientôt d'autant plus entraîné à étudier de prête-

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rence ces maladies au lit du malade , que plus je me mettais au courant de la littérature médicale si étendue sur les scrofules et leurs rapports avec les tubercules , plus j'acquérais la conviction que les vues théoriques jouaient, dans ces ouvrages, un bien plus grand rôle que les déductions tirées de l'observation seule. La première erreur grave que je rencontrais partout consiste à envisager les engorgements glandulaires superficiels comme le type des scrofules, tandis qu'en réalité ces affections , la plupart du temps tuberculeuses, ne constituent qu'une complication et non une forme des scrofules. D'autres auteurs parlent d'une phthisie scrofuleuse qu'ils distinguent de la phthisie tuberculeuse. Cependant ils n'apportent ni les preuves anatomiques , ni une symptomatologie différentielle à l'appui de leurs doctrines.

Plus tard on a voulu faire disparaître complètement du cadre nosologique toute la classe des affections scrofuleuses , et on s'est fondé d'un côté sur le fait exact de la nature souvent tuberculeuse de ces tumeurs superficielles des glandes , dites scrofuleuses ; mais d'un autre côté on a invoqué, à l'appui de cette opinion , le fait bien moins exact de l'existence des tubercules du système osseux dans la grande majorité des cas, décrits auparavant comme des exemples d'affections scrofuleuses des os. On était forcé d'identifier également avec les tubercules une partie des arthrites chroniques que Ton observe chez ces malades , tandis que les maladies de la peau , des organes des sens, ainsi que les collections purulentes multiples dans le tissu cellulaire sous-cutané , furent envisagées par ces mêmes auteurs comme de simples inflammations chroniques.

Dans ces derniers temps une troisième opinion a voulu concilier les partisans de la différence et ceux de l'identité entre les scrofules et les tubercules. Les auteurs qui ont écrit dans ce sens ont bien admis la nature tuberculeuse des engorgements ganglionnaires superficiels, si fréquents chez les scrofu-

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leux , mais ils ont également continué à séparer ces tubercules glandulaires externes de la tuberculisation interne, et à les envisager comme une forme des scrofules.

C'était assurément mal servir la cause de l'essentialitc des scrofules.

En présence de ces doctrines divergentes : l'une qui, d'après les anciens praticiens, multiplie à l'infini les scrofules; une autre qui nie, avec les modernes , jusqu'à leur existence ; une troisième, enfin , qui constitue une sorte de doctrine mixte et que défendent aujourd'hui quelques pathologistes ; en face de la crédulité thérapeutique des uns, du scepticisme exagéré des autres, il ne restait qu'une seule voie à suivre pour apprécier à leur juste valeur toutes ces tendances diverses, c'était de s'en tenir exclusivement à l'observation exacte et impartiale, et de ne fonder des doctrines générales que sur des documents recueillis en dehors de toute vue théorique.

Telle a été en effet la tâche que je me suis imposée dès le commencement de mes études sur ces maladies.

C'est ainsi que peu à peu j'ai réuni de nombreux matériaux sur les affections scrofuleuses et tuberculeuses, et j'étais déjà sur le point de les classer et de les préparer pour la publication, lorsque l'Académie nationale de médecine vint, en 1845, remettre au concours pour le prix Portai, la question «de I'ana-

LOGIE ET DE LA DIFFÉRENCE ENTRE LES SCROFULES ET LES TUBER- CULES , » question déjà proposée deux ans auparavant , mais non résolue.

L'Académie m'a fait l'honneur de me décerner ce prix , et je profite de cette occasion pour lui en témoigner publiquement ma vive et bien profonde gratitude. J'ajouterai aussi tout particulièrement un tribut de reconnaissance et de regrets bien sentis à la mémoire de M. Guersant père, rapporteur de la commission, qui, pendant les années où j'ai eu le bonheur d'être en relation avec lui, m'a témoigné une bienveillance aussi constante

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