L. Le Fort
Clerc
Millet
Labartlic ,
DU CHANCRE SIMPLE
Ainsi les chancres exlra-génitaux sont aux chancres génitaux comme 1 est à 60.
Chez la femme , c’est à la fourchette, ce lieu des frottements et des déchirures, ce point qui, de par la position des parties, est misfatalementen conlact avec les liquides nocifs à leur sortie du vagin, que se localise le plus fréquemment l’ulcération; vient ensuite la marge de l’anus, fait qui ne doit en rien nous étonner, si l’on se rappelle que les femmes qui offrent particulièrement des exemples de chancre simple appartiennent aux plus infimes catégories de la prostitution. Nous ferons remarquer la rareté des chancres du vagin, dont M. Debauge n’a vu que 7 exemples. C’est qu’en effet cet organe est très-efficacement protégé par sa position d’abord, mais surtout par la résistance qu’offre son épithélium. Le plus souvent les chancres de la partie supérieure du vagin coïncident avec une ulcération utérine de même nature. M. Debauge n’a noté qu’un seul cas de chancre utérin sur 206 ; cette proportion ne nous semble pas donner une juste idée de la réalité; au reste, il n’est pas impossible que, peu remarquée à l’époque où fut publié ce travail, cette variété d’ulcération, dont le diagnostic nécessite plus que tout autre une étude approfondie, ait passé fréquemment inaperçue. C’est le col qui en est le siège habituel, par suite d’inoculation directe ; mais il n’est nullement prouvé que le corps n’en puisse être atteint. Dans sa remarquable thèse inaugurale, le docteur P. Aubert1, chirurgien de l’Antiquaille, a présenté avec talent les raisons qui militent en faveur du chancre intra-utérin. Pour nous, cette hypothèse ne nous semble guère moins rationnelle que celle du chancre intra-ur'éthral profond. Mais, si nous en admettons le principe, nous sommes bien forcé de reconnaître que la clinique ne nous en a pas jusqu’à présent offert des exemples confirmatifs suffisamment nombreux 2.
1 P. Aubert, Du chancre utra-utérïn. Thèse de Montpellier, 1868.
5 Nous ne connaissons qu’un fait bien constaté de chancre intra-utérin. Il est dû a M. Combat. Les circonstances qui l’accompagnent, contagion, inoculation positive, en rendent l’existence et la nature incontestables :
« Vers la fin de 1840, la nommée J. B..., âgée de vingt-deux ans, fut visitée par le professeur Lallemand, et cela par tous les moyens d’investigation connus. Rien ne décela chez elle aucun symptôme syphilitique. Cependant cette visite avait été faite sur l’invitation d’un officier qui se plaignait d’avoir été infecté par cette femme. Plusieurs plaintes analogues ayant été portées, cctlc personne fut dirigée sur le dépôt de police, et, en présence d’un grand nombre d’élèves, M. Delmas la soumit à un examen très-exact.... Le col parut sain; mais, en le pressant avec le spéculum, il en sortit un liquide muco-purulcnt avec lequel on pratiqua quatre inoculations sur la cuisse droite de la malade, inoculations qui revêtirent la forme de quatre chancres bien caractérisés.» ( Jauni . de la soc. de méd. pratique de Montpellier, 1845.)
ÉTIOLOGIE.
Chez l’homme, la rainure balano-préputiale, est le siège d’élection des chancres génitaux. La face interne du prépuce, son bord libre et le frein, dont le revêtement muqueux tendu et tiraillé est si exposé aux érosions, doivent être considérés ensuite comme particulièrement vulnérables. La fréquence des chancres du frein doitêlre rapprochée de celle des chancres delà fourchette chez la femme; ces deux faits s’expliquent Lun par l’autre, si l’on songe aux rapports qu’affectent entre elles ces deux régions pendant le coït normal. Nous noterons enfin la face cutanée du prépuce, le fourreau de la verge, le gland et le méat. Les chancres du méat ne sont pas rares. Quant à ceux qui siégeraient dans l’intérieur de l’urèthre, la lumière n’est pas complètement faite à leur égard. Si la plus grande partie des auteurs admettent le chançrç de la fosse naviculaire , il n’en est pas de même pour Y intra-uréthral profond (chancre endo-urélhral de Sperino). Clerc *, Langlebert Rollet, Fournier ne l’ont jamais observé. Toute son histoire repose donc sur les observations et les autopsies, fort probantes d’ailleurs, de Ricord.
Dans le cas le plus remarquable, l’autopsie fit reconnaître, outre des chancres sur le gland, une ulcération de la partie spongieuse de l’urèthre, située à un pouce de profondeur, de huit lignes d’étendue, de forme allongée et n’entamant pas toute l’épaisseur de la muqueuse; de plus la partie située en arrière du bulbe, toutes les régions membraneuse et ^prostatique, le col de la vessie, la cavité même de ce viscère, jusque dans l’épaisseur de la prostate, présentaient les traces d’un vaste chancre phagédénique. Nous rapprocherons ce fait de celui qu’a rapporté Vidal dans son traité- (page 212) et dont il a donné une planche remarquable. Il s’agit d’un malade atteint de chancre du méat, qui dut être sondé pour une rétention accidentelle des urines. L’instrument qui s’était chargé de pus à l’entrée de l’urèthre transporta le virus et l’inocula sur la paroi postéro-supérieure de la vessie, un chancre s’ensuivit et détermina une perforation de cet organe, dont l’autopsie seule révé'a la cause.
Chancre céphalique. — S’il est un point bien établi, c’est la constance presque absolue des accidents syphilitiques à la suite des chancres qui siègent à la tète. A Rodet, chirurgien de l’Antiquaille,
1 Ricord, Différence entre la blennorragie et le chancre, le chancre uréthral constituant seul la blennorrhagie virulente (Mémoires de l’Académie de médecine . Paris, 1833, t. II/. — Cullericr cl Lagneàu, Rapport à l'Academie de médecine sur Je mémoire précédent, 15 février 1817 (Canette des hôpitaux, 1847; — et Ricord, Clinique iconographique de l’hôpital des Vénériens. Paris, 1851, p. 4).
Vidal (de Cassis), Traité des maladies vénériennes, 2“ édition, Paris, 1855.
DU CHANCRE SIMPLE
revient le mérite d’avoir le premier signalé ce fait en 1854. Ce fut d’abord un rude coup porté à la dualité. En effet, si, par le fait de son développement sur la face, un chancre donnait fatalement lieu à l’infection, la nature de l’ulcération dépendait non de la graine, mais du terrain, et que servait-il alors d’invoquer la distinction des virus, puisqu’il ne s’agissait que de l’évolution autochtone différente d’un même principe. L’interprétation de ce fait passionna pendant quelque temps les écoles syphiliographiques. Cependant chacun rappela ses souvenirs, les inoculations vinrent en aide au raisonnement. Avec un zèle, que l’amour de la vérité ne suffit pas à justifier, plusieurs praticiens ne craignirent pas de porter le pus virulent sur différentes régions de la face. Tous obtinrent un résultat positif. Peu à peu les exemples se présentèrent plus nombreux. Le chancre simple de la tête recevait ainsi une double conformation et de l’expérimentation et de la pratique. 11 peut exister, il existe, on pourra s’en convaincre par le tableau que nous donnons plus loin (page 326), et dans lequel nous avons réuni tous les cas accidentels ou expérimentaux publiés jusqu’ici. Un seul point reste à élucider, c’est son extrême rareté.
Or cette explication, il n’est pas difficile de la trouver. Si l’on recherche en effet par comparaison quelles sont les causes les plus communes des chancres infectants céphaliques , on constate qu’un très -grand nombre, je dirai même le plus grand nombre, sont dus à la contagion d’accidents syphilitiques développés sur la face survenus pendant la période de généralisation. Le chancre simple étant une affection exclusivement locale et n’étant pas suivi par conséquent d’accidents céphaliques, voilà donc supprimées d’un coup, en ce qui le concerne, deux causes qui agissent puissamment pour la propagation du chancre infectant : et ces accidents faciaux, et les chancres qui auraient pu naître de leur contact.
Ce motif ne saurait pourtant suffire. Une certaine quantité de chancres infectants reconnaissent pour origine les rapports anormaux de la bouche avec les organes génitaux, pourquoi de pa- , reilles manœuvres ne serviraient-elles pas à la propagation du chancre mou? La raison en est simple. La symptomatologie nous apprend que si le chancre syphilitique parcourt parfois ses périodes sans être aperçu ni même soupçonné soit par la personne qui en est atteinte soit par autrui, il n’en est pas de même du chancre simple. Ce dernier s’occompagne toujours, sinon d’une ulcération à grands fracas, du moins d’une solution de continuité visible, f
ÉTIOLOGIE.
tangible, suppurant abondamment, excitant une certaine souffrance, et surtout inspirant assez de répulsion pour interdire ces rapports ab ore.
A ces raisons, quelques auteurs en ajoutent une troisième tirée d’une prétendue) immunité de la région; la face serait un terrain peu propre à la germination du chancre simple, où l’ulcération s’étiole fatalementet disparaît d’elle-même en quelques jours. Nous reconnaissons volontiers que le fait est en parfait accord avec ce que nous savons des variations que présente la réceptivité, suivant les régions. Au temps où il traitait la syphilis par la syphilisation, Boeck a constaté en effet que, sur les joues, la poitrine et le ventre, on obtient les plus petits ulcères, soit en profondeur soit en étendue. Us sont plus grands sur les bras, plus grands encore sur les cuisses. Si on inocule en même temps et avec la même matière sur les cuisses et sur l’une des parties susdites du corps, l’inoculation réussit dans le plus grand nombre des générations sur les cuisses, et la matière y garde le plus longtemps son intensité ; en sorte que lorsqu’elle ne produit plus d’effets en certains points, on peut encore produire quelques générations d’ulcères en inoculant celle des cuisses. Plus récemment M. Le Fort a mis très-clairement ces différences en lumière, en insistant sur l’innocuité du chancre simple de la partie supérieure de l’abdomen L Sans accorder, dans la question qui nous occupe, une trop grande valeur aux faits que nous venons de signaler, nous ne saurions donc refuser d’admettre l’influence, bien obscure encore, mais incontestable de la localisation.
1 « La plupart des syphiliographes ont pratiqué l'inoculation à la cuisse ou à la partie inférieure de l’abdomen. Au début de mes recherches j’ai suivi leur exemple, mais il arrive quelquefois, trop souvent même, que le chancre s’agrandit et se creuse, que la peau se décolle sur la périphérie de l’ulcération, et l'on a alors affaire à une sorte de chancre phagédénique difficile à guérir.
» Plusieurs fois cet accident m’était arrivé, je cherchai un autre siège pour les piqûres, et je fis les inoculations à l’abdomen. Je crus remarquer que les chancres sous-ombilicaux me donnaient parfois les mômes résultats fâcheux que ceux de la cuisse, tandis que ceux inoculés au-dessus de l’ombilic n’étaient pas suivis des memes accidents. Je fis donc les inoculations un peu au-dessus et à droite de l’ombilic, et laissai le chancre d’inoculation suivre quelques jours son évolution normale. Or, et c’est là le point qu’il importe de signaler, je remarquai que le chancre avait peu de tendance à s’agrandir et à se creuser, qu’il en avait si peu même que dans les six derniers mois de séjour à l’hôpital je m’abstins de toute cautérisation et je laissai le chancre suivre sa marche naturelle. L’étendue de l’ulcération ne dépassa presque jamais la dimension d’une pièce de 50 centimes, et après huit à quinze jours ces chancres se guérissaient d’eux-mêmes sans aucun traitement local. » (Le Fort, Recherches sur quelques points de l' histoire clinique des maladies vénériennes. (Gaz. heddomadaire, 11 juin 1869.)
Tableau des cas de chancre simpi
Numéros.
NOMS dos •
AUTEURS
INDICATIONS
BIBLIOGRAPHIQUES
Dates.
ÉTIOLOGIE
Ricord.
Traité pratique des maladies vénériennes. Paris , 1838, p. 525.
Boys do Doury et
Coslilhos.
Mémoires sur le chancre chez les femmes (Gaz. méd.
de Paris, 1845).
Transport du pus des organes génitaux à l’œ qui était atteint do conjonctive chez une femm
Transport du pus des organes génitaux à l’oreil atteinte d’otorrhée avec ulcérations légères femmes.
Ricord.
Clinique iconographique de l'hôpital des vénériens , pl. XXI. Paris, 1851.
Application do la bouche sur les organes gén taux d’une femme affectée de chancre.
Didav..
Gazette médicale de Lyon,
Inoculations à la lancette faites par M. Roll. sur un vieillard cancéreux exempt de syphili
Diday.
Élude sur le chancre céphalique (lettre à A. Fournier, Paris, 1858).
Jeune fdlc de dix-neuf ans.
Bassere u.
Juillet 1855.
Thèse de Buzcnet, 21 août
Inoculation à la lancette chez l’un, sur une go çure citez l'antre, avec pus recueilli sur h organes génitaux de chacun d’eux.
Chez un jeune homme et une jeune fille inocu lalion du pus recueilli chez le premier (chanci préputial).
Homme et femme; inoculation avec pus pris si les organes génitaux de chacun d’eux.
Hiibbcnet.
Union médicale, 20 niai 1858.
Chez un soldat, inoculation à la lancette avec pu d’une virulence constatée.
PiicIic.
Thèse de Nadau des Islets.
Paris, août 1858.
Inoculation à la lancette sur des sujets nonsyphi litiques.
lïTlOl.OtilK.
rplKilitjin ; expérimentaux ou accidentel *.
HIKÜJC
PII INCI PA 1; X 8 YM PTOM K S
ivres.
Cos faits, brièvement signalés dans un»; statistique, manquent d’uno authenticité
' suffisante,
.ortfn.
agio Interne de l'oeil Irait.
Krosiori qui so transforme on un chancre, loquol s'indure ot guérit au moyen d’uu traitement simple.
■Ullll’.
Chancre caractéristique.
nici vu nu ni venu do i cnniiiii supérieure U cété droit.
Ulcération neu dtenduo qui suivit la marr.lio ordinaire du olianore non induré, guérit sous 1 influencb do cautérisations répétées sans être suivie d'infection constitutionnollo.
1 pOU llll- >lf‘MHIIS dl!
l'apophyse mastnïde.
Il so'développe en doux jours un cltancre qui ofl're tous les caractères du chancre simple.
wro inférieure.
Vaste ulcération de la lèvre inférieure, non indurée ; aucune adénite, l’as d'accidents constitutionnels.
.vr i) i.l' ii.'ii n:
Chancre caractéristique, absolument semblable à ceux auxquels a été emprunté le pus. Itéiiioculalion positive.
Mpunissure droite dos
i livres,
Pustule chancrciise caractéristique non suivie d’accidents constitutionnels.
•co in tertio do la lôvro Clfôrioiiro.
*U8 l'arcade zyj£oiiia-
ique.
Ces le lendemain papule, puis pustule; enfin ulcération à fonds lardacé, sans induration. Adénite phlegmoncusc parotidienne. Chancre ganglionnaire.
igion mentonnière.
Pustule caractéristique, chancre. Pas d’infection constitutionnelle.
Avec engorgement sous-maxillaire.
DU CHANCRE SIMPLE
Numéros.