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UTILISATION DE LA FUMÉE DE NOS CHEMINÉES

En faisant l’histoire du chauffage, nous avons vu que les Romains utilisaient la fumée de leurs foyers en la faisant monter dans les murs (lig. 82). Nous avons vu aussi que dans le nord de l’Europe (fig. 107), et particulièrement dans les poêles russes et suédois (fig. 141 et 142), la fumée faisait de nombreux contours avant de se perdre dans la cheminée. Dans l’industrie, on emploie la fumée depuis longtemps pour chauffer l’eau destinée aux chaudières (fig. 33). Enlin on utilise la chaleur de la cheminée dans de doubles gaines pour la ventilation de lieux habités (fig. 181 à 183), puis pour le chauffage des bains (fig. 34 à 38).

En France, on a commencé par appliquer ce procédé aux calorifères de cave à air chaud dont on a contourné les tuyaux de cent manières. Dans ces derniers temps, on a proposé plusieurs dispositions pour utiliser la fumée dans nos cheminées d’appartement. La principale est celle de la fig. 157, que l’on trouve déjà dans la première édition de Péclet, publiée en 1828. L’air arrivant de l’extérieur se chauffe dans une gaine au contact du tuyau de fumée et va sortir vers le plafond par un orifice garni de lamelles inclinées destinées à diriger l’air chaud vers le plafond. Cet air chauffé a aussi été dirigé dans un conduit placé entre les solives et ayant une issue le plus loin possible du foyer pour assurer un renouvellement plus complet de l’air de la pièce attiré vers le foyer. Ce double tuyau qui est presque toujours inapplicable dans nos habitations modernes superposées, à cause du surcroît d’espace qu’il exige, de la difficulté des réparations, etc., a été adopté pour les casernes anglaises , comme nous avons pu le voir à l’Exposition universelle parmi les installations modèles envoyées par le Gouvernement anglais (fig. 158 et 159). 11 utilise 30 à 35 % de combustible ; le foyer est formé par une grille

garnie de briques réfractaires formant avant-corps complètement isolé du mur et l’introduction de l’air extérieur dans la pièce peut

trc réglée dans le haut par un registre mobile. Cette cheminée, improprement appelée ventilatrice (elles le sont toutes, et malheureusement trop), a été proposée en Angleterre par le capitaine Douglas Galton et beaucoup vantée dans les divers traités sur le chauffage; elle est inapplicable dans nos appartements. En effet, il faut toujours, soit à cause des tassements, soit pour motifs de réparations et de nettoyage, il faut, dis-je, avoir toujours un accès facile à ces doubles enveloppes; et si elles sont encastrées dans les murs, même quand ils ne sont pas ornés de glaces, que de place à prendre pour les 25 à 30 cheminées de chacune de nos maisons ! D’un autre côté, quel aspect auraient dans nos appartements ces doubles tuyaux s’ils étaient cachés par des ouvertures mobiles dilatables par la chaleur ! Le principe est bon pour une caserne, mais pourquoi ne pas mettre tout simplement ces doubles tuyaux en vue à l’intérieur? Le principe de la cheminée Douglas Galton avait été indiqué en France dès 1832 par

le capitaine Belmas , dans son travail inséré dans « le Mémorial de l’Officier du génie. » En voici les dessins originaux (fig. 160 et 161).

Dieu sait combien la même idée a été copiée, modifiée et brevetée depuis!

Après l’appareil du capitaine Belmas, qui n’est que le perfectionnement des cheminées Gauger, il faut mentionner l’appareil Descroizilles. Son foyer est dans une boîte carrée en fonte formant grille. La fumée circule dans une série de tubes contournés par derrière suivant la place dont on dispose, avant d’entrer dans la cheminée. L’inconvénient de cet appareil est qu’il exige un grand tirage, sans quoi les gaz du foyer peuvent s'introduire dans la chambre de chaleur par les joints nombreux des tuyaux. De plus, son ramonage

Fis. 158.

Fig. 159.

et sa remise en place exigent un ouvrier soigneux, ce qui est rare. Aussi est-il peu répandu, malgré ses réelles qualités.

M. Péclet donne le dessin d’un appareil qui est plus simple et qui consiste (fig. 162) dans une caisse en fonte carrée ou ovale formant

foyer, derrière laquelle se trouvent plusieurs tuyaux de tôle disposés en quinconce et qui établissent une communication entre une caisse à air froid A avec la caisse supérieure à air chaud B. La fumée sortant du foyer enveloppe les tuyaux d’air et s’échappe par une ouverture C placée en bas. L’orifice supérieur, muni d'une clef D, sert à établir le tirage quand on allume le feu. L’air chaud, après avoir circulé dans les tubes, sort par la partie supérieure en E. Pour le ramonage, l’appareil entier se tire hors de la niche de la cheminée.

En somme, lorsqu’on examine avec attention la plupart de nos cheminées actuelles, la première pensée qui vient à l’esprit, c’est que, comme appareils de chauffage, elles sont absurdes. Ce ne sont en fait que d’excellents appareils de ventilation, à ce point qu’elles causent souvent des courants d’air dangereux, et que c’est à elles que s’applique le fameux proverbe : « Si le vent souffle sur toi au travers d'une fente, fais ton testament et mets ordre à ta conscience. »

La seconde pensée est celle-ci : Pourquoi ne prend- on pas la cha-

leur là où il y en a le plus, c’est-à-dire en haut du foyer? Pourquoi fait-on entrer la fumée dans le tuyau de la cheminée à 0m,70 du sol

au lieu de l’y introduire seulement à 1 mètre? Pourquoi ne J pas utiliser d’abord tout le calob rique rayonnant, puis au moyen d’une clef en G (fig. 163), lorsque le feu est allumé et l’appel établi , pourquoi comme dans les poêles russes et suédois, ne pas renverser la fumée dans l’un des inutiles jambages latéraux pour la faire passer sous Pâtre, remonter dans l’autre jambage et circuler dans un tambour sous la tablette avant d’entrer dans la cheminée en A ? Pourquoi ne pas mettre toute cette fumée au contact de Pair extérieur venant déboucher en B dans l’appartement. Gela coûterait plus cher que nos cheminées actuelles, mais est-ce que le combustible qu’on y brûle ne coûte rien? Est-ce qu’on en tire tout l’effet utile qu’il peut produire?

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