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DES MITRES

De tout temps la question de sortie de la fumée a exercé l’esprit in-, ventif des constructeurs, qui toujours ont pris la question à l’envers. J’ai dit ailleurs que la fumée était un serpent qu’il fallait étouffer à sa naissance et non pas à sa sortie ; c’est le contraire qu’ont essayé les inventeurs depuis l’éolypile de Vitruve jusqu’à nos jours.

La mitre la plus ancienne que nous connaissions est celle des Chinois (fig. 164), qui rappelle un peu leur coiffure mobile sur un axe et fermant toujours l’orifice de la cheminée du côté du vent.

Son principe a été réinventé ou réappliqué par Alberti Léon, en

Fig. 164. Fig. 165.

1485 (fig. loi), puis modifié et représenté à l’Académie des sciences en 1725 par La Chaumette (fig. 165), et enfin reproduit par Hébrard

Fig. 166. Fig. 167.

(fig. 166) en 1756. La disposition (fig. 167) indique la forme actuelle qui s’applique avec succès aux gaines de ventilation.

Déjà, en 1557, Cardan avait employé (fig. 103) le principe de la division de la fumée que nous verrons appliquer de nos jours sous formes de lanternes diverses et de trisyphons brevetés sous divers noms. De son côté, Philibert Delorme, en 1561, donna à ce principe une forme architecturale. En 1621, Jean Bernard rapporte, dans son livre, qu’il mit en haut de sa cheminée un moulinet en forme d'hélice tournant dans les deux sens pour sucer la fumée. De nos jours, cette invention a reparu sous le nom de ventilateur Venant, mais elle ne sert plus qu’à mettre en bas de la cheminée des cuisines pour employer le courant de fumée à faire tourner un tourne-broche. C’était à Gauger qu’était réservé l’honneur d’indiquer, dès 1713, la forme rationnelle du mitron moderne (fîg. 125). Il faudrait des volumes pour décrire les différentes dispositions réinventées et brevetées par tous les constructeurs depuis un siècle, et toutes fondées sur le même principe. L’une des plus répandues, je veux dire celle dont la forme a servi de base à un grand nombre de brevets modernes, est celle que Delyle de Saint- Martin a proposée à l’Académie des sciences en 1788 (fig. 168), et dont il démontrait l’efficacité en faisant agir un soufflet sur des calottes superposées entourant un tuyau. Nous verrons cet appareil rebreveté souvent depuis et consistant surtout à faire sortir la fumée par entraînement, en utilisant la force du vent lui-même.

Les formes suivantes indiquent quelques-uns des appareils usités

Fig. 168.

de nos jours. La figure 169 est un ventilateur mobile disposé par M. Bourdon, pour aérer ses ateliers. La figure 170 est celui du docteur Fromentel, de Gray, fondé sur le même principe. Les figures 171

et 172 sont des gueules de loup de diverses formes agissant par en-

Fig. 170. Fig. 171. Fig. 172.

traînement. Dans la figure 173, on voit en germe l’idée de l’emploi de l’air comprimé dans un tuyau de petit diamètre, idée appliquée depuis en grand par M. Piarron de Mondésir, comme nous le verrons plus loin. Les ligures 174 et 175 sont les aspirateurs Nouailher etFlament.

Fig. 173.

Fig. 174.

Fig. 175.

Ces appareils agissent naturellement et sans frais aucun ; mais pour être utiles, il faut qu’ils- soient placés sur un point élevé, et ils ne fonctionnent que si les vents ont une certaine puissance. Malheureusement, c’est pendant les chaleurs qu’il n’y a pas de vent et que le besoin de ventilation se fait plus vivement sentir. La figure 176 représente les mitres du palais de l’Elysée à Paris ; ils sont très-efficaces. La figure 177 est la combinaison de la gueule de loup avec les chapeaux superposés. Rappelons ici les figures 87 à 91 que nous avons signalées précédemment pour l’issue de la fumée des cuisines, du douzième au seizième siècle. A cette époque, Jean Bernard rapporte qu en 1619, « les Pères capucins de Dijon eurent quelques maçons qui firent leurs cheminées toutes pertuisées au-dessus et percées à jour comme les carrés d’un colombier et l’ouverture du dessus en forme

de toit, dont tout le monde fut ébahi comme de choses nouvelles. » Chacun voulut réformer ses cheminées « à la capucine », et ce nom est resté dans le commerce de la marbrerie pour certaines cheminées spéciales.

Parmi les appareils brevetés sous divers noms en divers pays depuis longtemps, citons le ventilateur à hélice et à mouvement rotatif, figure 178, connu ,à Londres sous le nom de Chadwick, à New-York

sous le nom de Griffith, à Paris sous celui de Venant, de Serron, etc. Cet appareil obéit à deux forces : à celle de l’air intérieur dont le poids et la température peut différer de celui de l’air extérieur, et en deuxième lieu, à la force du vent, quand il y en a. Bien des personnes s’imaginent que l’hélice fixée à l’intérieur du tuyau active la sortie de fumée: c’est une erreur. Elle est plutôt un obstacle, mais elle devient un aspirateur véritable dès que le vent souffle et fournit une force gratuite faisant en petit ce que font les gros appareils à hélice dans les grandes usines. De là, la nécessité de mettre l’appareil sur un point très-exposé au vent et d’en huiler le mécanisme qui s'engorge facilement par la suie. On fera bien de le couvrir d’un chapeau contre la pluie et de ne l’employer que pour l’air vicié.

En Angleterre, on se sert avec succès du mitron (fîg. 179) et des rétrécissements (iig. 180) empêchant la communication des tuyaux. Enfin, les figures i 8 1 et 182 sont les sorties sur le toit de tuyaux doubles qui ne sont pas encore assez employés de nos jours et qui servent à la fois à l’issue de la fumée et à celle de l’air vicié. Pour les hôpitaux, les ateliers, les casernes, etc., la figure 183 indique une des

formes récemment employées en Angleterre pour réunir tous les tuyaux de fumée ou de ventilation d’une école. Parmi les exemples les plus heureux qu’on puisse citer pour déguiser des cheminées,

Fig. 179.

Fig. ISO.

mentionnons à Paris le palmier qui surmonte les bains Vigier sur la Seine, et à Londres, les riches tourelles métalliques; qui donnent

Fig. 183.

Fig. 181.

Fig. 182.

issue à la fumée sur les chambres du Parlement. On voit que les motifs de décoration peuvent varier à l’infini et débarrasser enfin nos habitants des superfétations qui ne servent qu’à être, à chaque bourrasque, une source de bénéfices pour nos fumistes.

On voit, qu’en somme, les mitres ont toutes le môme objet : soustraire la fumée à l’action du vent par un obstacle quelconque, ou mieux faire servir la force du vent à entraîner l’air brûlé.

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