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DES SALLES D’ASSEMBLÉE

Bien que le chauffage et la ventilation de ces salles de grande réunion sortent des limites de cet ouvrage destiné aux habitations privées, il ne sera pas sons intérêt, néanmoins, d’en dire quelques mots pour confirmer et éclairer nos études sur nos modestes demeures.

Les premières expériences, faites sur une grande échelle, eurent

lieu d’abord en Angleterre où nous avons vu, en parcourant l’histoire de la ventilation, les divers moyens proposés depuis Christopher Wren jusqu’à nos jours pour les chambres du Parlement. On avait, là comme ailleurs, à résoudre un problème que j’appellerai insoluble d’une manière complète, et à partir de 1835, on mit à contribution tout ce que la Grande-Bretagne renferme d’illustrations scientifiques pour appliquer leurs conseils dans les salles de Westminster. Tous ces plans se trouvent décrits dans de volumineux rapports officiels, publiés de 1835 à 1852. On peut dire qu'il n’est pas d’expérience qu’on n’ait faites, pas de systèmes qu’on n’ait essayés, pas de savants qu’on n'ait consultés et cela avec des dépenses énormes pour obtenir des résultats qui donnent satisfaction à tout le monde, chose impossible à obtenir dans des assemblées dont les besoins, les tempéraments et les préjugés varient à l’infini.

Nous ne referons pas l’histoire de tous les essais tentés depuis longtemps. Bornons-nous à expliquer l’état de choses actuel et à rappeler, qu’à Londres, les deux chambres du Parlement, placées le long de la Tamise, sont réunies dans un même bâtiment par une vaste salle centrale sous laquelle on a placé les appareils de chauffage, qui sont d’immenses chaudières à vapeur. On a préféré la vapeur à l’eau chaude parce que son action est plus prompte et qu’elle permet plus rapidement de varier la température d’un lieu donné. Le nombre des membres présents dans les séances varie beaucoup : il faut donc pouvoir varier aussi la ventilation et, dans ce but, un télégraphe met en communication le speaker avec l’ingénieur chargé de modifier et de régler la température suivant les besoins. Comme nous le verrons tout à l’heure, le mode d’éclairage diffère dans les deux Chambres, mais le chauffage est unique et les mêmes chaudières servent pour les deux ailes du bâtiment. Chacune de ces ailes, renfermant, l’une, la Chambre des lords, l’autre, la Chambre des communes, est chauffée par une disposition qu’indique la figure 329. L’air, provenant des terrasses qui longent la Tamise, entre par des persiennes A, dont on peut régler l’ouverture dans une première chambre B. Là, suivant les besoins et les saisons, l’air traverse des jets d’eau froide pulvérisée par un tube C, d’où elle sort avec force contre un obstacle placé à l’avant. Si au contraire, on veut augmenter l’humidité de l’air sans le refroidir, au moyen du tuyau de vapeur D, on laisse tomber du tuyau E placé au-dessus des jets divisés, qui se vaporisent et se

règlent suivant les besoins. Dans la chambre voisine F, se trouvent les appareils de chauffage proprement dits. Ce sont les « Steam-

Fig. 330.

batteries * de M. Gurney, formées de lames de métal de 0m,30 de diamètre environ, disposées comme on le voit dans la Figure 330,

autour d’un tuyau de vapeur et à la distance d’un centimètre les unes des autres. Leur nombre, c’est-à-dire, les surfaces de transmission, sont calculées suivant le volume d’air à chauffer. De là, l’air passe à travers une paroi G, formée d'une toile pelucheuse, à mailles de 0m,002, environ, qui a pour but de tamiser les poussières de l’atmosphère. Arrivé dans la vaste chambre H, l’air monte par des conduits circulaires I et se distribue dans les diverses parties de la salle où il débouche sous les planchers par des grilles à jour couvertes de tapis et de nattes. Au bas du tuyau 1, se trouvent des jupes J, en toile, qui, lorsque le courant est trop vif, s’élèvent et ferment temporairement les passages d’air. De plus, pour modifier au besoin la température, suivant que la salle est vide ou subitement remplie, quand une question grave rappelle tous les membres à leur siège, on a placé en 11 une série de batteries de renfort K, que l'on couvre ou l’on remplit de vapeur à volonté suivant les ordres du speaker, qui transmet télégraphiquement ses ordres à l’inspecteur. C’est pour ce motif et atin d’avoir des moyens d’action rapide qu’on a préféré l’em-

ploi de la vapeur à celui de l'eau chaude pour les appareils de chauffage.

La sortie de l’air vicié a lieu dans les interstices des panneaux des plafonds situés sous les combles ; il est activé par l’appel d’un vaste foyer situé à la base d’une cheminée. Pour régler cet appel et pour mettre les sorties de fumée à l’abri des vents, on n’a pu employer les moyens ordinaires qui auraient nui à l’effet décoratif de l’édifice. On a renfermé les tuyaux de fumée dans des tourelles métalliques imitant le style architectural des bâtiments, et à l’intérieur, on a disposé une hélice A (fig. 331), qui se meut par deux jets de vapeur B renfermés dans une cavité où le mécanisme à l’abri de la fumée peut se régler par un robinet.

Il nous reste à dire quelques mots de l’éclairage, qui joue un grand rôle, puisque les séances se prolongent souvent fort tard dans la nuit. La Chambre des lords est éclairée par des « sun-burners » ou lustres à jets directs, sans globe, qui projettent une lumière trèsvive, mais fatigante pour la vue. La Chambre des communes est éclairée par des panneaux lumineux garnis de verres de couleur dans le genre de nos nouveaux théâtres. Ces panneaux tamisent la lumière de deux cercles de becs de gaz munis de réflecteurs et les produits de la combustion, au lieu d’avoir accès dans la salle, servent au contraire à en extraire l’air vicié.

A Paris, ce n’est qu’en 1868 qu’on a songé sérieusement à faire un travail complet pour le Corps législatif. Jusqu’à ce moment, l’exiguïté des dispositions prises rappelaient ce qu’on observe toujours dans les anciens appareils, c’est à-dire, arrivée d’air trop chaud par en bas, avec une vitesse trop grande, par des ouvertures trop étroites, évacuation incomplète de l’air vicié, courants d’air insupportables près des portes, etc. Tous ces inconvénients se retrouvent dans les théâtres, où, comme dans la Chambre des députés, les capacités à chauffer se composent à la fois de la salle proprement dite et des corridorscouloirs, ou salons qui y conduisent. Pour obtenir des résultats satisfaisants, il est indispensable de se rappeler que ces deux capacités concentriques tantôt unies, tantôt séparées doivent être également

chauffées et ventilées, pour éviter les courants des portes; c’est pourquoi, dans les dispositions nouvelles du Corps législatif, on comprit dans le système général de chauffage et de ventilation, non-seulement la salle, mais les corridors et les vastes dépendances qui y sont contiguës. On fit tout le contraire de ce qui avait été fait jusqu’à présent dans les chambres du Parlement à Londres, où l’air neuf a toujours été admis par en bas et l’air vicié évacué par le plafond. Comme au Conservatoire des arts et métiers et comme l’avait proposé le Dr Reid en 1844, pour la Chambre des communes, on a appliqué la ventilation renversée et par appel seul, c’est-à-dire, que l’arrivée de l’air neuf a lieu- par les corniches et la sortie de l’air vicié par des ouvertures pratiquées dans le sol sous les banquettes et à divers points de la salle. L'appel a lieu par une cheminée centrale de 20 mètres de haut où passent les conduits de fumée des calorifères. Au besoin, une grille spéciale de renfort maintient la température de la cheminée d’évacuation à 20 ou 25° de différence avec la température extérieure, pour assurer le fonctionnement de l’appel. L’intérieur de la salle des séances doit être maintenu à 18 ou 20° et le renouvellement de l’air a lieu une fois par heure dans la proportion de 20 à 25 000 mètres cubes. Ce qui distingue surtout la nouvelle installation de l’ancienne, c’est l’adoption des calorifères en briques creuses ou à transmission céramique (fig. 215 à 217), dont les bons effets s’étaient déjà fait sentir dans des hôpitaux et dans d’autres grands établissements.

A Versailles, des travaux semblables ont dû être exécutés pour transformer la salle de spectacle en salle d’Assemblée, mais les dispositions prises pour le chauffage et la ventilation ont dù différer de celles qu’on avait appliquées si heureusement à Paris. En effet, on n’avait à sa disposition que le théâtre, dont la construction se prête peu aux séances de jour. Il fallait obtenir à la fois : lumière, chaleur et ventilation. Pour le premir point, on découvrit une partie du plafond qu’on referma par une toiture légère en fer et verre dépoli. Une partie des verres fut rendue mobile pour l’évacuation par le haut de l’air vicié. Inutile de dire que le toit extérieur du théâtre est vitré et donne par conséquent accès à la lumière. Quant au chauffage, on fut mis en présence de la difficulté qu’on rencontre dans les salles de spectacle composées de deux parties concentriques, tantôt réunies par les portes des loges, tantôt séparées après le lever du rideau. A Versailles, on dut pour l’hiver : 1° fermer hermétiquement et cal-

feutrer toutes les ouvertures; 2° chauffer largement tous les corridors et les vestibules ; 3° installer des deux côtés de la salle des calorifères puissants qui, par des arrivées d’air de près <jje 4 mètres superficiels, déversent dans la salle de l’air à une température moyenne modifiée à volonté par des chambres de mélange. Le matin, la température de la salle est moindre que celle des corridors et de l'enveloppe. Lors de ma visite par un froid de — 2° extérieur, le thermomètre, à 10 heures du matin, marquait -f- 11° dans la salle et 15 à 16° dans l’enveloppe, c’est-à-dire, entre l’intérieur du théâtre et les murs extérieurs. La salle s’échauffe graduellement pendant la séance et on ouvre au besoin les vasistas supérieurs. On remarquera que l’air neuf, au moyen d’une chambre de mélange, qui sert de régulateur, n’arrive dans la salle qu’à une température moyenne de 20°. De cette manière, on ne modifie jamais dans ses propriétés essentielles la nature de l’air respirable ; en second lieu, on obtient une égalité suffisante aux divers points de la salle; enfin l’on évite les courants ascendants qu’il est impossible d'empêcher quand l’air rentrant arrive à une température très-élevée, qui le fait monter rapidement dans les parties hautes, vers les bouches d’extraction.

Voilà pour l’hiver. En été, l’aération s’opère naturellement, la position du théâtre y rendant très-facile la circulation de l’air. En effet, il est sur un point élevé et comparativement isolé d’autres bâtiments. L’ouverture des vasistas des nombreuses fenêtres, qui percent les murs extérieurs, rend l’accès de l’air neuf des plus faciles et suffit abondamment à la ventilation.

DES AMPHITHEATRES.

En étudiant la ventilation des écoles, nous avons donné (fig. 316) une disposition convenable pour les petits amphithéâtres. Lorsqu’il s’agira de locaux plus considérables, comme le Conservatoire des arts et métiers de Paris, on ne saurait mieux faire que d’imiter les dispositions établies par le général Morin, qui personnifie en France la science de la ventilation et qui est, de tous nos savants, celui qui a fait le plus pour la rendre populaire par ses conseils et par ses nombreux écrits. Ceux qui dans leur jeunesse ont fréquenté les amphithéâtres pour écouter les Dupin, les Pouillet et les Clément Desormes,

se rappelleront encore l’état de l’atmosphère vicié par six ou sept cents auditeurs chez lesquels la propreté est certainement l’exception. Aujourd’hui, il n’est pas de salon à J’aris où l’air soit plus pur, la température plus régulière : et combien coûte cet inestimable bienfait? D’après les rapports publiés dans les Annales du Conservatoire, il y a plusieurs cours recevant en moyenne, dans les deux amphithéâtres, deux mille personnes : les frais de chauffage et de ventilation ne s’élèvent qu’à 12 ou 15 francs par jour. Ajoutez-y l’intérêt des appareils et les frais accessoires et déduisez-en le chauffage ordinaire, qui aurait lieu dans tous les cas, il restera à peine une dépense de 0 fr. 10 par auditeur et par jour. Les fig. 332 et 333 donnent une idée géné¬

rale de la disposition adoptée pour les deux amphithéâtres dont nous parlons et qui sont séparés par une cour où se trouve la cheminée centrale d’évacuation. Le calorifère, avant l'ouverture des cours, agit comme chauffage seulement et envoie de l’air chaud dans les parties basses de la salle eL les pièces contiguës. La ventilation ne fonctionne que pendant les leçons. L’air chaud, changeant alors de destination, monte dans une gaine spéciale vers les combles, où il se mélange à l’air extérieur pour n’entrer par les ornements du plafond qu’à une température moyenne de 1 8°. De là il descend en contre-bas vers les gradins, où il pénètre dans une gaine collective qui le dirige vers le foyer d'ap-

pel entretenu au bas de la cheminée commune d’évacuation. Il est inutile d’ajouter que les ouvertures ordinaires à l'extérieur doivent être soigneusement closes par des tambours chauffés et munis de portes ouvrant du dedans au dehors. Les rentrées d’air chaud ou froid et les gaines d’appel sont réglées et disposées suivant les saisons. C’est, chez nous, la première application en grand aux salles d’assemblées du système de ventilation renversée des mines. Nous l’avons vu employer avec succès dans la Chambre des députés. 11 est inutile de dire qu’en été, les mêmes dispositions sont utilisées pour le renouvellement de l'air, uniquement par l’allumage du foyer d’appel.

DES PBISONS.

De même que les salles d’assemblées, les prisons ne rentrent pas dans le cadre de nos études, mais un examen rapide complétera les principes que nous avons posés pour nos habitations en général.

Après les hôpitaux, les prisons sont les constructions où un encombrement forcé peut amener les maladies les plus graves et où, d'ailleurs, les détenus, quelquefois innocents, sont obligés de passer des mois entiers, des années même, dans des dispositions physiques et morales les plus défavorables. Il est donc de la plus haute importance de ne pas ajouter à leur misère celle d'un air impur comme on en a tant d’exemples.

La première installation importante où fut appliquée la ventilation renversée, imilée depuis au Conservatoire des arts et métiers et à la Chambre des députés, a été faite à Londres, dans la prison cellulaire modèle de Pentonville, et publiée en 1844 par le major Webb. Le plan qu’on se proposait était : 1° de fournir à chaque prisonnier de l’air chaud ou froid en quantité suffisante sans qu’il en sentît le courant; 2° d’effectuer le déplacement d’une quantité égale d’air vicié ; 3° enfin d’éviter tout rapport entre les prisonniers par la transmission du son.

Dans ce but, on mit dans les caves des bouilleurs, d’où partaient des tuyaux d’eau chaude circulant sous les planchers et les corridors du rez-de-chaussée (fig. 334). De là des branchements séparés d’air chaud pour chaque cellule aboutissaient dans une grille placée au

UE LA VENTILATION

plafond pour la mettre hors de la portée des détenus. Au côté opposé se trouvait en contre-bas une bouche d’extraction d’air vicié dirigée par une gaine distincte vers le collecteur placé sur le toit. Là, on utilisait la fumée des foyers et on allumait des feux réglés suivant les besoins pour faire appel à l’air vicié.

En France, vers 18^9, la prison cellulaire de Mazas fut chauffée et ventilée à Paris à peu près par les mêmes principes. Puis, en 1871, des perfectionnements furent apportés par M. d’Hamelincourt, qui ap¬

pliqua une circulation verticale de tuyaux de vapeur au lieu d’eau chaude pour améliorer la température des cellules. Comme à Pentonville, des branchements particuliers furent établis dans les angles opposés à la bouche d’extraction et un ventilateur à hélice fut ajouté dans la cheminée d’évacuation pour commander à l’appel de l’air vicié.

Cette indication générale suffira pour démontrer les principes généraux appliqués à la ventilation des prisons. Les systèmes employés varient à l’infini suivant les constructions et les besoins, mais leur étude détaillée n’est que l’application des principes généraux que

nous avons posés et elle sort du plan plus modeste de notre travail.

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