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DES GLACIÈRES

Complétons l'emploi de l'eau sous toutes ses formes pour les usages domestiques, en décrivant une petite glacière dite américaine.

Le problème qu'on a à résoudre dans la construction d'une glacière est des plus simples : étant donnée une masse solide, à 0°, il faut l'isoler le plus promptement possible de l'atmosphère, il faut éviter le contact du sol, qui est à 10 ou 12°, et surtout l'humidité de ce sol; enfin il faut adopter la forme ronde qui offre le moins de surface à la conductibilité.

A la campagne, la glace, en été, offre sans doute de grandes ressources culinaires, mais, pour moi, c'est le moindre de ses avantages. En thérapeutique, elle est très-souvent un moyen de traitement des plus énergiques, elle sert à rafraîchir l'atmosphère des pièces habi-

tées, etc., etc. Il n'est donc pas un propriétaire éclairé qui ne doive

remplir sa glacière en hiver, aussi bien que son fruitier à l'automne.

Aux États-Unis, le moindre fermier a sa glacière (fig. 49). Si le sol

Fig. 49.

est humide, on l'élève sur un double fond avec de doubles murs, de doubles portes et de doubles toits, en mettant à profit le peu de conductibilité de l'air et des substances végétales. Les doubles murs, élevés à m ,30 ou ra ,40 de distance, sont séparés par une couche bien foulée de tan, de charbon pilé, de roseaux ou de sciure de bois. Tout l'intérieur est tapissé de planches garnies de paillassons et chaque couche de glace au fur et à mesure qu'on l'étend est arrosée d'eau qu'on laisse se congeler la nuit et qui ne forme du tout qu'un seul bloc, isolé de tous côtés par trois ou quatre couches de corps non conducteurs.

Si l'on a affaire à un sol ordinaire, on creuse un trou rond de trois

à quatre mètres en largeur et hauteur , en rejetant la terre tout autour. Au fond du trou on étend un lit de fascines ou de cailloux de m ,30 à 0",40 d'épaisseur pour le drainage. Au-dessus, un rang de madriers, et tout autour une double cloison faite en planches et séparée par un intervalle de m ,30 à m ,40, rempli de sciure de bois, de foin, de paille hachée, ou de tan, le tout recouvert d'un double toit fait comme la cloison. Sur ce toit on rejette les terres du trou et on y plante quelques arbustes. L'accès a lieu par un escalier placé au nord, et une double porte avec couloir; on n'entre dans ce couloir que le matin et le soir, chacun ayant chez soi son « refrigerator. » On n'ouvre la deuxième porte qu'après avoir fermé la première. La glace, bien serrée en hiver, est garnie de sciure de bois bien foulée dans les interstices; elle est recouverte d'une épaisse couche de paille et elle se garde facilement ainsi tout l'été.

Quand on voudra un peu plus de luxe et une construction qui ait plus de solidité et de durée que le bois, il vaudra mieux bâtir la glacière en briques ou en moellons avec enduit imperméable en ciment sur lequel on clouera des planches brutes, et sur ces planches des paillassons épais retenus Flg# ^ par des lattes ; au bas, une grille pour l'é-

coulement de la glace fondue allant se perdre, soit dans le sol, s'il est perméable, soit au loin par un tuyau séparé, mais sans accès à l'air

extérieur au moyen d'un coude (flg. 50).

J'ai dit que le « refrigerator » (flg. 51) était le complément obligé d'une glacière; en effet, chaque ménage doit avoir le sien.

Il est composé de deux boîtes A et B séparées l'une de l'autre par un intervalle de n, ,08 à m ,l0 rempli de charbon pilé; l'ouverture doit se faire par le haut, parce que l'air froid du fond est plus lourd que l'air ambiant, et qu'il ne tend pas à se déplacer dans la boîte comme il le ferait si l'ouverture était latérale. Les joints du wiiivcrcl" Hont't'garnis de flanelle pour être plus parfaits; l'intérieur du l/i hollo «Ht doublé de zinc avec tablettes mobiles, et un robinet |i|*f.<! uu bu» laisse écouler la glace fondue.

DES MARMITES NORWEGIENNES.

Nous venons de voir l'application de la mauvaise conductibilité des corps à la conservation de la glace. Le même principe s'applique à la conservation de la chaleur pour cuire les aliments. Déjà, en 1745, Pigage, architecte du roi de Pologne, avait présenté à l'Académie des sciences une marmite économique destinée à cuire les aliments par combustion lente, comme l'indiquent les figures 52 et 53. Dans un

Fig. 53.

vase contenant le pot-au-feu classique, se trouvait un tube conique rempli de charbon de bois et surmonté d'un bouchon plus ou moins ouvert, suivant qu'on voulait activer ou ralentir la combustion. La cuisson s'opérait lentement et économiquement. Un progrès sur cet appareil fut l'introduction de la marmite dite norwégienne (fig. 5<*), qui se compose d'une boîte isolante en bois renfermant une cavité garnie à l'intérieur de sciure de bois ou de déchets de laine. Dans cette cavité se place une marmite bien close, et pardessus un tampon fortement rembourré sur lequel vient s'appliquer un couvercle ajusté avec soin.

Voilà tout l'appareil :

comment fonctionne-t-il ?

Une fois que le pot-au-feu, bœuf, sel, eau et légumes, est arrivé à l'ébullition, on entretient le feu et Ton écume pendant 25 à 30 mi-

Fig. 54.

mîtes, puis on ferme et Ton place la marmite dans la boîte. La. chaleur s'y entretient de longues heures, et la cuisson se continue sans surveillance et sans dépense, en conservant aux aliments leur parfum et leur saveur, puisqu'il n'y a point d'évaporation. La cuisson, pour être lente, n'en est que meilleure; elle peut avoir lieu à une température bien inférieure à 100 degrés, et comme le refroidissement est très-lent, grâce aux substances isolantes qui entourent la marmite, on conserve ainsi des aliments, bouillon, viande ou légumes, pendant de longues heures sans avoir à s'en occuper. On comprend facilement que dans une foule de professions, ouvriers des champs, voyageurs, cantonniers, mineurs, etc., la marmite norwégienne peut rendre de grands services.

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