DES MONTE-PLATS
La mode anglaise de vivre seul chez soi devient tous les jours plus commune et oblige alors d'établir la cuisine et ses dépendances à l'étage inférieur, ordinairement au-dessous de la salle à manger. Les cafés, restaurants ou autres établissements publics ont souvent aussi leurs cuisines en sous-sol, et le service a lieu généralement par un escalier sombre et étroit. Pour y remédier, on emploie un modeste appareil (fig. 67), fondé sur un principe employé déjà depuis longtemps dans l'industrie, pour monter les fardeaux, et surtout dans les mines, pour monter les ouvriers. Cet appareil n'a pas reçu dans nos maisons d'Europe toute l'application qu'on peut en tirer. Aux États- Unis, il existe de la cave au grenier pour y monter les combustibles, le linge, les malles, les personnes même : y a-t-il un meilleur emploi à en faire que de l'appliquer à nos hôtels à voyageurs ou à nos hôpitaux pour y monter les malades? On le nomme à Paris montecharge, en Angleterre « lift, » aux États-Unis « dumb-waiter, » ou < serviteur muet, » parce qu'il ne fait ou ne doit pas faire de bruit, parce qu'il est toujours prêt à servir et ne raisonne jamais. Ici, les trois quarts des appareils coûtent fort cher, sont bâtis en fer avec complications de galets et de manivelles, comme s'il s'agissait de monter des objets lourds et encombrants. C'est une erreur. Pour moi, en économie domestique, simplicité et perfection sont synonymes. L'appareil doit donc être simple, léger, peu coûteux, facile à mouvoir d'en haut ou d'en bas indistinctement. Quel est le mouvement le plus doux parmi nos meubles? C'est un tiroir de commode : faisons glisser ce tiroir en
sens inverse avec quelques points de contact seulement; évitons le fer, les galets, les tringles et les complications. Voici des dispositions que j'ai adoptées :
A (fig. 68 et 69) est l'emplacement pris dans un mur de m ,50;
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Fig. 67.
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B, planches de m ,03 d'épaisseur, vissées au mur et tamponnées pour les dresser à volonté sur la verticale; elles sont taillées en biseau à 45° au point G; voilà pour la cage fixe; nous verrons plus loin celle du contre-poids.
D (fig. 67 et 68) est la caisse mobile avec une tablette. Elle est garnie par derrière de lamelles en bois contre lesquelles portent les objets qu'on pose sur ces tablettes; elle glisse dans les rainures G par des guides en bois E (fig. 70), vissés en dedans haut et bas, et qu'on peut diminuer ou élargir à volonté par quelques feuilles de carton pour régler le frottement et l'écartement ou jeu qui sera de m ,005 de chaque côté ; les rainures C seront frottées avec du savon sec.
F, roue en bois ou en fonte, à gorge, portée sur des coussinets. Il est indispensable de la mettre parfaitement d'aplomb, c'est-à-dire que l'axe des coussinets (fig. 68 et 69) doit former un angle droit avec la caisse D, et la gorge ou le diamètre réel de la roue devra être la distance des points 0, 0'.
Un peu de soin dans ces détails, et l'ouvrier le plus obtus les comprendra, rendra le frottement de la caisse presque insensible ; une corde attachée au piton H placé au bas et à l'usage de l'étage inférieur, modérera au besoin l'ascension, si le contre-poids joue trop fa-
Fig. 69.
Fig. 70.
cilement. Enfin, les ressorts placés sous la caisse D serviront à amortir le choc de cette caisse en tombant, en cas d'incurie ou d'accident quelconque.
La case du contre-poids peut se mettre indistinctement à droite ou à gauche et demande peu de place, comme l'indiquent les fig. 68 et 69. Pour faire ce contre-poids (fig. 71), on pèsera la caisse D. Je suppose que son poids soit 20 kil. ; on y ajoutera 10 kil. ; soit ensemble 30 kil. On fera une petite caisse ouverte par le haut ayant exactement à l'intérieur la largeur I, J (fig. 69). On y coulera 30 kil. de vieux plomb, en ayant soin de fixer à l'intérieur une tige de fer, maintenue
haut et bas au milieu. Cette tige sera taraudée au bas et terminée en haut par un anneau ou crochet. Le plomb une fois fondu et sorti de sa caisse, on y fixera sur les côtés deux tasseaux en bois à rainures, dont l'écartement sera maintenu par deux platines. On n'aura plus qu'à enrouler la corde et mettre le tout en place. Il faudra ménager en bas (fig. 67) une portion mobile N dans les planches B pour y visiter le contre-poids et en savonner les coulisseaux. Unventail mobile fermera l'appareil pour empêcher l'ascension de l'air des cuisines.
Les fig.. 72, 73, 74 indiquent les détails de l'arrêt qui sert à fixer la
Fig. 72.
Fig. 74.
Fig. 73.
caisse haut et bas quand elle est à son point. Pour le décrocher et rendre le service indépendant aux deux étages, on établit deux simples cordons de tirage P, qui soulèvent la gâche et laissent la caisse mobile sous l'action du contre-poids.
Depuis quelques années, les mécaniciens se sont ingéniés à simplifier et à populariser les monte-plats. On les a fait mou voir ^ tantôt sous la pression des eaux de la ville comme les ascenseurs; tantôt avec des manivelles à engrenages plus ou moins compliqués de galets et de glissières. En somme, l'appareil que je propose est le plus
simple, le moins cher et le moins bruyant. Il est inutile d'ajouter que pour un service très-actif de salle à manger, pour un hôtel à voyageurs ou un cercle, il sera toujours bon d'établir un deuxième appareil qui fera contre-poids au premier et montera quand l'autre descend.