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DES TUYAUX UNITAIRES

Dans toutes nos habitations, il est d'usage d'élever autant de tuyaux de fumée qu'il y a de foyers. Nous sommes régis, à Paris, par l'ordonnance de police du 1 1 décembre 1852, qui porte : Art. 6. « Chaque foyer de cheminée ou de poêle doit, à moins d'autorisation spéciale, avoir son tuyau particulier dans toute la hauteur du bâtiment. » Les tuyaux en saillie dans les pièces font perdre une place précieuse dans les grandes villes. Si on les met dans les murs, c'est une cause d'affaiblissement sérieux, au point qu'à Paris la police a dû intervenir pour les interdire dans les murs mitoyens. Enfin, outre la dépense considérable qu'ils entraînent, puisqu'il faut les élever jusqu'au point le plus haut des constructions voisines, ils donnent à nos villes d'Europe un aspect des plus tristes quand ils ne déshonorent pas complètement nos monuments, comme à la Monnaie de Paris, par exemple, au Ministère de la Marine, etc.

Est-il possible d'éviter ces méandres de tuyaux en les réduisant à un seul d'une capacité convenable, comme dans les usines, et quelle règle faut-il suivre alors dans la construction? quels inconvénients, quels avantages y a-t-il à adopter ce système ?

Le capitaine Belmas est le premier qui ait donné en 1832, dans le Mémorial de l'Officier du génie, une théorie exacte du tuyau unitaire. Il a parfaitement fait comprendre que, pour en obtenir un bon effet, il fallait : 1° rétrécir le tuyau de branchement et le diriger aussi parallèlement que possible au courant principal en les séparant par un diaphragme, de manière à déboucher dans Taxe de la cheminée et à favoriser le tirage des autres cheminées par entraînement; 2° fermer les trappes des pièces dont les foyers ne sont pas allumés, car il s'établirait un courant ou un appel d'air froid qui diminuerait la température, et par suite la vitesse de la fumée.

Supposons une première disposition, celle qui consiste à placer la cheminée entre deux tuyaux, figures 184 et 185, dont l'un, A, le collecteur, donne issue à la fumée avec dépôt en sous-sol de tous les détritus dans une caisse unique B, lors du ramonage; l'autre tuyau C est destiné à fournir, soit par la cave en bas, soit par une large ventouse percée en haut, mais loin de l'orifice de fumée, lair de rem-

placement à chaque foyer, par les conduits I). Si Ton prend soin de fermer las trappes des foyers non allumés, le tirage s'opérera comme dans les circonstances ordinaires. Il en sera de même aussi quand les foyers sont tous allumés en hiver. Mais, comme il ne faut pas compter sur les soins des locataires, on est exposé par le tuyau unitaire à recevoir la fumée des voisins, pour peu qu'il y ait appel par une cause quelconque :

dans tous les cas, les tuyaux transmettront tous les bruits des autres étages comme des cordons acoustiques. Le même inconvénient se présente dans les prisons où les détenus peuvent communiquer entre eux par les cuvettes de leurs cabinets. Un cas peut se présenter où le tirage général est presque toujours efficace, c'est quand, dans un hôtel particulier, par exemple, une cuisine est établie à l'étage inférieur et assure, comme dans les usines, un appel régulier et puissant. Dans ce cas, il y a un moteur constant et le tirage devient assez régulier.

On emploie quelquefois une deuxième disposition. Le tuyau de fumée est double, les branchements sont alternatifs et on diminue par conséquent la chance de bruit et de fumée. De plus, la communication des pièces entre elles sera moindre si Ton munit chaque foyer d'une prise d'air spéciale. En somme, le tuyau unitaire, s'il est installé dans des proportions convenables et si les branchements y débouchent parallèlement au courant principal, offre, comme on le voit, plusieurs avantages : une réduction dans le prix de la construction, plus de solidité dans les murs, enfin une économie de place, d'en-

Fig. 18b.

tretien et de nettoyage ; mais il ne doit s'employer que dans les maisons

à loyers modestes ou dans des constructions telles que les casernes et les petits hôtels particuliers, où l'on n'a pas à redouter l'action ou la négligence de voisins.

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