CHAPITRE I
i. ÉCLAIRAGE PAR TRANSPARENCE ET PAR RÉFLEXION.
L’observateur étant commodément assis devant le microscope, l’objet étant convenablement préparé et mis au foyer de lentilles objectives, il reste encore une condition à remplir, dont le succès de l’observation dépend. Je veux parler de l’éclairage de l’objet.
Les miroirs, les diaphragmes et les rayons illuminants composent l’éclairage. Nous avons déjà eu plusieurs fois occasion de parler de chacune de ces' parties, et nous y reviendrons encore à l’occasion des illusions qui peuvent naître d’un faux éclairage (voir chap. 6, § 2 et 3), mais nous voulons ici donner encore quelques détails à ce sujet, qui n’ont pas trouvé leur place convenable dans les autres paragraphes.
L éclairage se fait ou par transparence ou par réflexion. Dans le premier cas, la lumière passe à travers l’objet ; dans le second, elle est refléchie de sa surface supérieure, qui est soumise a 1 examen. Si la lumière doit passer à travers le coips, elle est refléchie par des miroirs plans ou concaves, ou pai des prismes rectangulaires*, si l’on observe le tissu par réflexion, elle y est concentrée par des lentilles, de petits miloirs concaves de Liebcrkühn, ou meme elle éclaircit l’objet sans aucune conccnlialion.
Les miroirs plans sont, en général, préférables aux miroirs concaves ; ces derniers donnent deux foyers de la lumière réfléchie, ce qui produit des phénomènes de diffraction. On trouve dans plusieurs microscopes , des miroirs ayant d’un côté un verre concave , de l’autre un verre plfin. Leur étendue peut être bien circonscrite, et on n’a nullement besoin de ces grands miroirs que l’on trouvait il y a quelques années joints aux microscopes. On les fait en verre, les miroirs métalliques n’offrant pas assei. de clarté. La position du miroir doit être telle que son foyer tombe sur l’objet.
On applique, pour concentrer la lumière réfléchie des miroirs, une lentille concentratrice, mobile ou fixe, située audessous du porte-objet. Le miroir, qui est mobile d’avant en arrrière, et de droite à gauche, doit être remué, jusqu’au moment où un jour convenable se trouve réparti sur l’objet. En commençant son observation, on perd souvent beaucoup de temps, en cherchant à renvoyer le foyer de la lumière réfléchie sur les lentilles; on y parvient pourtant très facilement si, au lieu de fixer immédiatement l’objet, on regarde d’abord quel endroit de la surface inférieure de la platine est le mieux éclairé ; cette place est précisément le foyer de la lumière réfléchie du miroir, et en regardant ce foyer lumineux et en remuant le miroir, on parviendra facilement à ramener le foyer sur les lentilles objectives, et à répandre un jour convenable sur l’objet.
On appliquait il y a quelques années de fortes lentilles devant les miroirs, afin d’y concentrer la lumière ; on adaptait même (Selligue) à un pied particulier, un grand prisme, et on le plaçait devant le miroir, pour obtenir de cette manière une lumière plus vive; mais on s’est convaincu de leur inutilité, ou plutôt ce sont les perfectionnements que les microscopes ont subis, qui permettent de se passer de pareils moyens.
Les objets observés par réflexion peuvent être opaques ou transparents. Dans ce dernier cas , on les place sur un tond noir, par exemple sur du papier noirci. Il est absolument nécessaire, dans ce genre d’éclairage, que le foyer des lentilles soit assez long pour permettre à la lumière d’arriver à la sur-
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face de l’objet, et d’être réfléchie ensuite sur les lentilles objectives.
On fait arriver la lumière sur les corps que l’on veut examiner par réflexion, soit sans l’intermédiaire d’un instrument quelconque, soit à l’aide de lentilles ou de miroii’s métalliques. Les lentilles (fig. 19) sont placées sur une tige que l’on fixe sur le porte-objet, et qui elle-même est composée de plusieurs brandies, de telle sorte qu’on puisse lui donner la position convenable pour concentrer la lumière sur l’objet. Il faut prendre la précaution de ne point concentrer les rayons directs du soleil , parce que il pourrait en résulter une chaleur trop forte, qui dessécherait ou brûlerait même l’objet ; il en résulterait en outre les inconvénients de l’irisation ( chap. 6, § 3 ), dont nous parlerons plus tard.
Les miroirs métalliques de Lieherkiihn (voir pag. 24) éclaircissent l’objet de haut en bas ; le foyer des lentilles doit être bien court pour permettre qu’une quantité suffisante de lumière puisse arriver du porte-objet sur le miroir concave, et éclairer par sa réflexion suffisamment l’objet.
Nous avons encore parlé , dans la description des microscopes anglais, d’une autre méthode d’éclairer les objets opaques. Elle consiste à recueillir la lumière sur un miroir concave en verre , qui la renvoie sur un miroir métallique concave, qui est placé derrière l’objet, et qui l’éclaire de cette manière.
On fait maintenant en général peu d’usage de l’éclairage par réflexion et on tâche autant que possible de se procurer les substances en tranches assez minces pour permettre l’éclairage par transparence, qui seul permet d’adopter des grossissements plus forts, et un examen plus approfondi de la structure intime des tissus.
La lumière employée peut être celle du jour, de la lampe ou d’une bougie.
La lumière la plus convenable est celle des nuages blancs, ou celle qui est réfléchie par des objets externes, tels que des murs, des maisons, etc., qui se trouvent en face de l’instrument ; nous exposeions dans le paragraphe concernant l’iri-
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sation (chap. 6, § 3) les inconvénients et illusions qui résultent de l’emploi des rayons directs du soleil.
On se sert de lampes qui donnent une lumière continue et éclatante, et qui sont pourvues d’abat-jour; celui-ci se trouvera à la hauteur du porte-objet, pour garantir l’œil de l’observateur contre les rayons de la lampe. Celte lumière convient mieux pour certaines observations; c’est ainsi que M. Valentin conseille d’employer l’éclairage par une lampe pour observer le mouvement vibratile.
La flamme d’une bougie peut de même servir , pourvu qu’elle soit à l’abri de toutes les causes externes qui pourraient la faire vaciller ; rien de plus désagréable que cette lumière disparaissant à chaque instant, effet des vacillations de la flamme.
On doit faire attention , dans l’emploi de la lumière artificielle, aux effets qui résultent de la chaleur produite par la flamme de la lampe ou de la bougie. Il est donc d’abord nécessaire de ne point trop approcher la flamme du miroir ; mais l’intensité de la lumière diminue aussi avec l’éloignement du foyer illuminant; d’un autre côté, il sera nécessaire dans ce cas d’iiumecter souvent l’objet avec une nouvelle quantité d’eau, de garantir la substance contre le dessèchement, et l’on fera bien, s’il est possible, de changer l’objet lui-même, pour être sûr de ne point avoir soumis à l’examen des altérations produites par la chaleur.
Les diaphragmes (fig. 24) serviront à la modification convenable de la lumière. On a de cette manière le moyen de faire parvenir sur l’objet un faisceau plus ou moins grand de rayons. Si l’on commence l’observation, on fera bien de faire parvenir un des petits trous du diaphragme au-dessous du porte-objet; il n’arrive alors qu’une petite quantité de lumière sur l’objet, et cette circonstance facilitera beaucoup la recberebe soit des parties de la substance, soit des petits objets, etc. Il est vrai que la lumière rétrécie de cette manière, produit les phénomènes de diffraction autour des bords de l’objet; mais on ne l’emploiera pas non plus poiu l’observation même, et l’on fera de suite parvenir un faisceau plus fort