IRISATION
la lumière réfléchie par les nuages, et on aura à l’instant même une image claire ,^nette , bien circonscrite, au lieu du réseau coloré qu’on a vu tout-à-l’heure. On comprend dans la micrographie sous le nom de lumière des nuages, soit la lumière renvoyée en effet par les nuages, soit celle de l’atmosphère , venant de l’endroit qu’on appelle communément le ciel. Des nuages légers , blancs , transparents, sont quelquefois préférables au ciel pur ; ce sont pour ainsi dire des diaphragmes suspendus en dehors, qui temperent et modifient la lumière du soleil, et que tous les observateurs savent bien apprécier. Nous n’avons guère besoin d’ajouter qu’un ciel couvert de gros nuages , comme par un temps de pluie par exemple , offre des circonstances tout-à-fait opposées à celles qui produisent l’irisation ; mais ■ils rendent aussi toute observation impossible; et c’est dans ce cas qu’on a recours à la lampe.
Mais la lampe produira le même effet de l’irisation , soit que sa lumière arrive directement sur l’objet , soit qu’elle ne se trouve pas suffisamment modifiée. On voit alors pareillement, comme par le soleil , l’image de l’objet se transformer en un réseau de fibres tortueus; s, enlacées, qui rend impossible la connaissance de la structure intime du tissu observé. On peut encore obvier à cet inconvénient en inclinant un peu de côté le miroir, de sorte qu’une partie seulement des rayons de la lampe tombe sur l’objet , et en adaptant d’une manière convenable le diaphragme, ou en diminuant la flamme ellemême de la Iampe (Nous prions le lecteur, à cette occasion , de se rappeler ce que nous ayons dit sur l’irisation de la poussière des papillons, pag. 90 et suiv.)
Le phénomène que nous venons de signaler , a lieu d’autant p^s facilement, que le tissu est composé d’uu plus grand nombre de fibres rapprochées les unes des autres , par exemple les os; si elles se trouvent séparées , on ne voit point naître un réseau, mais chaque fibre est entourée d’une irisation qui prive de toute valeur l’observation. Si. l’on observe un liquide rempli de globules , et si ce liquide se trouve exposé à une lumière trop vive, un phénomène pareil à l’irisation a lieu, dans le cas ou les particules nageant dans le liquide sont
180 traite ftlATlQDE nü MICROSCOPE,
rapprochées les unes des autres. Si au contraire les globules sont éloignés, chacun devient le centre d’une radiation , et chaque molécule nageant dansle fluide est entourée de couleurs plus ou moins vives. On peut facilement observer ce phénomène sur les particules de charbon, par exemple, ou de fer (1). Nous trouvons un pareil phénomène déjà signalé par Gorn (2) qui a découvert les globules du pus et du mucus , et qui dit en les décrivant : Interna singulorum centra lucidum quid circumquaquer adians perhibent. Or, assurément, cette propriété n’est nullement propre aux globules cités, et ne peut les caractériser; elle doit être attribuée tout simplement à l’irisation produite par l’usage des rayons-directs du soleil. Si l’étatactuel de la micrographie permet de relever ces erreurs, et dé les expliquer, on pourrait, même sans avoir recours aux nouvelles observations, trouver chez les anciens auteurs, signalée en termes bien clairs , la cause qui a donné lieu à une foule d'illusions qu’on aurait pu éviter par la connaissance des lois optiques.
Les premiers microscopes offraient tous , par le défaut de leur construction, l’objet très peu éclairé, de sorte que les observateurs étaient contraints d’avoir recours à une lumière très vive. Nous trouvons à ce sujet dans Borellus (3) les paroles suivantes : Hac aulem prœfatiuncula lectorem admonitum velim ut objecta ad candelam,vel solem, aut ad ejus radium conspiciat.
Mais bientôt les bons micrographes se sont aperçu des fautes produites par un éclairage pareil , et Leeuwenhoëk avertit ses lecteurs des inconvénients d’un pareil mode d’observation : « Ante omnia vero cavendum est, ne aliqua observatio instiluatur uhi objecta solis radiis exposita sunt : eo enim in casu singulo^ rum animalculorum circumferentiæ tôt fere ac tam varias exhi-
(1) Savi, sopra nn illusione ottica frequentUsima nell ogserrazioni micros- «opice, Pisa, 1822.
(2) Gorn. De pituita. Thés, inaug., Lipsiae, 1718.
(3) P. Borellus Observationum microscopicarum Cenluria, Hag. Com. 1686. Praef.
DF.SSKCniiMEKT, 181
Icrenl colores quam in Iride ohseri>are solemus. » Mais ces paroles furent bientôt oubliées, et les successeurs du père de la micrographie, loin de profiter de ses conseils , s’empressèrent de voir dans les réseaux de l’irisation une structure intime du tissu. C’est ainsi que Monro voyait partout les dernières terminaisons de nerfs; il croyait en apercevoir dans les cheveux , dans les os , dans les muscles ; c’est ainsi que Mascagni croyait tout pénétré de vaisseaux lymphatiques. Or, ces nerfs, ces vaisseaux lymphatiques , rie sont autre chose qu un phénomène d’optique ; faut-il s’en prendre au microscope , ou ne doit-on pas plutôt faire des reproches aux observateurs , qui se sont hâtés de publier leui'S observations , sans s’être préalablement convaincus de la vraisemblance du fait, sans avoir connu les lois de l’optique, et l’usage du microscope ?
§ IV. Dessèchement.
Il est quelques observateurs qui ont cru avancer la connaissance de la structure des substances en les faisant dessécher ; cette méthode a donné lieu à plusieurs erreurs que nous allons signaler dans ce paragraphe. On doit bien faire attention à ce fait, qu’il y a une grande différence entre l’état naturel sec, et l’état de dessèchement; ainsi, par exemple , une particule d’os qui est sèche paraîtra plus transparente que dans le cas où on l’aurait trempée dans l’eau, et examinée au moment de son dessèchement; car dès l’instant que l’eau se retire par l’évaporation, l’air y entre, il pénètre entre le verre et la particule qui se trouve dessus; il y fçnne différentes taches noires (p. 79), et détruit l’iihage clairé et nette de l’objet.
Si le dessèchement est plus complet, la particule restera toujours collée en plusieurs points contre le verre; dans d’autres parties, les bulles d’air se trouveront emprisonnées entre la substance et le verre, et en quelques parties enfin la substance poyrra toiit simplement avoir été desséchée, sans adhérer au verre. Il n’est pas de rigueur que tous ces états différents se trouvent toujours réunis dans la même substance desséchée ; mais 1 un ou 1 autre isolement oflre déjà assez d’inconvénients
TRAITB PRiTiyUg BU MICROSCOPE.
pour empêcher une bonne observation. Ainsi, les parties adhérenies au verve s’y trouveront collées par une inatièro granuleuse, qui empêchera le libre passage des rayons à travers la substance. Cette matière doit son origine aux molécules qui se trouvent en partie dans la substance organique elle-même, que l’eau peut dissoudre, et qui, par l’évaporation du véhicule, sont nouvellement réduites- à leur état sec; mais elles se trouvent maintenant en dehors de la substance, et dans un état d’irrégularité, sans aucun ordre d’arrangement, à peu près comme nous voyous des cristaux dissous ne former, après une évaporation turbulente de leur vésicule , qu’un dépôt pulvérulent plus ou moins compacte; d’un autre côté, cette granulation peut aussi provenir des molécules organiques ou salines, suspendues ou dissoutes dans l’eau même dont on a fait usage, et se précipitant par le dessèchement Ces molécules n’empêchent nullement l’observation pendant le temps qu’elles se trouvent dissoutes ; mais on conçoit que, par la précipitation, elles ôtent la transparence aux substances, et nous l’avons déjà dit, la transparence est une des conditions les plus importantes pour la possibilité d’une bonne observation.
Les bulles d’air emprisonnées entre l’objet et le verre sont pourvues de bords très larges noirs; elles varient beaucoup de grandeur et de forme (fig. 110) 5 quelquefois elles sont très petites, enÇèrement noires, et dans ce cas, un observateur peu exercé pourrait même les confondre avec des particules qui appartiennent à la structure intime de la substance. Nous savons, par exemple, qu’on trouve de petits corpuscules dans le tissus des os ; eh bien ; qu’on fasse dessécher une lamelle d’os, si des bulles d’air s’y trouvent, elles peuvent j àrfaitement ressembler aux corpuscules osseux. Mais on se convaincra facilement de la nature de ces globules, en retrempant la substance dans l’eau et l’agitant; cette manœuvre fera disparaître les bulles d’air adhérentes.
Les parties dé l’objet qui ne se trouvent point collées contre le verre peuvent avoir perdu pareillement leur transparence par le dessèchement, comme les parties adhérentes par les mêmes causes.
DESSÉCUEMENT.
Il y a des substances qui peidcnl tout à fait leur forme par le dessèchement. Les globules du sang, par exemple, se plissent, deviennent framboises, et changent presque entièrement leur forme originaire ; le même phénomène a lieu souvent pour lesgiobul.es du mucus et du pus; un faisceau primitif de la fibre musculaire desséchée ne fait plus voir ses stries trfinsversales ; les éléments des nerfs sont profondément altérés par les contractions 'et rugosités qui se forment à leiir surface; les poils, les plumes, ‘les écailles, les os, etc., au contraire, épi’ouvent moins de changement. Cette alteration sera d’autant plus grande que le corps possédera plus d’humidité dans son état naturel, ou qu’il se trouvera plus ou moins pénétré d’un véhicule liquide. Selon le degré de l’altération provoquée, une nouvelle humectation pourra plus ou moins rétablir ,1’état naturel; ainsi les poils, les plumes, etc., paraîtront de suite transparents ; mais les globules du sang, remis dans leur véhicule naturel, le séruni, garderont les profondes altérations provoquées par l’é^poration.
Ces changements seront encore plus marqués si on vient à appliquer une chaleur plus ou moins forte pour pro\'^)quer une dessiccation artificielle. Mais ‘quelle que soit aussi la eause du dessèchement, on rencontrera, dans les liquides exposés à cet état, deux phénomènes qui ne doivent jamais être perdus de vue par les observateurs. Le premier , c’est la précipitation de sels, soit dans un état amorphe pulvérulent, ou sous forme de globules, ou le plus souvent sous forme de cristaux très réguliers. M. Raspail (1) a fait connaître la nature chimique de plusieurs de ces cristallisa tietns, et dans le paragraphe concernant l’urine , nous avons mentionné les observations de MM. Rayer, Vi’gla, Donné et les nôtres à ce sujet. On peut employer avec succès l’évaporation artificielle d’un liquide, d’une sécrétion, par exemple , pour connaître les sels cpii s’y trouvent; il faut, dans ce cas, mettre une goutte du liquide
(1) Nouveau système de chiraio organique ; Paris, 1838, t. III, p. 597, pl. 8,lfleti7.
entre deux verres, et.l’exposer à l’action lente d’une chaleur faible. On prendra garde que la goutte ne commence à bouillir, car, dans ce cas , une foule de bulles d’air y pénètrent et détruisent la cristallisation ; ou fera aussi attention à ne point brûler les molécules organiques qui s’y trouvent , car elles bruniraient alors et perdraient. leur transparence.
Si la couche du liquide examiné, comme du blanc d’oeuf, du sperme, de la vaccine, est plus ou moins épaisse, on y voit naître, par le dessèchement , une foule de fissures qui se pre'sentent sous forme d’arborisation , ainsi qu’on l’observe, par exemple, en grand, dans l’été, sur le sol desséché par les rayons du soleil. Si la fissure est plus large, on peut très bien examiner sa profondeur ainsi que les parois latérales ; quelques observateVtrs ont cru voir pourtant dans ces fissures l’existence de vaisseaux qui auraient persisté au dessèchement, ou se seraient formés après. C’est ainsi qu’on a parlé de vaisseaux dans la vaccine desséchée, et qu’on a cru trouver dans ces fissures un signe distinctif entre la bonne et la mauvaise vaccine; c’est ainsi qu’on a parlé de la formation de vaisseaux dans une goutte de sang Sesséchée, ou dans le caillot (Wedel, Home), dans le blanc d’œûf, dans le sperme (Gleichen), etc. (fig. 109).
§ V. Mouvement moléculaire.
Si des molécules très petites, d’un diamètre de 1/500 à 1/400 de millimètre, ou plus petites encore, sont soumises à l’examen microscopique, et si elles nagent dans un liquide, de telle sorte qu’elles puissent se remuer librement, on les verra toutes douées d’un mouvement qui excite, vu la première fois, l’etonnement de l'observateur.. Que l’on dissolve , par exemple , un peu de gomme-gutte dans l’eau , et on y verra nager une foule de globules jaunes , très petits ; tous ces globules se remuent très vivement; ils paraissent s’attirer et se repousser, comme s’ils étaient doués de forces particulières; c’est un mouvement de va et vient continuel , pour ainsi dire une danse moléculaire des plus animées, qu’on a sous les yeux. Des particules|très petites de fer, de charbon, de sable, en général
MOUVEMENT MOEÉCUI.AIEE.
H toutes espèces de moléculesj offi'ivont le meme spectacle ; si l’on examine des liquides organiques, on y voit souvent nager des globules très petits qui offrent le même phénomène.
Robert Brown a le premier attiré l’attention des naturalistes sur ce sujetjdepuis, plusieurs observateurs ont tente d expliquer ce phénomène de diffe'rentes manières; on peut en trouver la cause dansl’évaporationdu véhicule qui contientces particules; cette évaporation doit naturellementprovoquerun mouvement dans la goutte, et de même le communiquer aux molécules; on pourrait attribuerpareillement le mouvement moléculaire aux secousses continuelles qui sont toujours communiquées à l'instrument par des objets extérieurs , à la goutte même par des courants d’air; aux courants déterminés dans le liquide par le changement de température , etc. ; mais ces dernières causes provoquent un phénomène qui se confond le plus souvent avec le mouvement moléculaire, qui en est pourtant bien distinct. Ce phénomène consiste en ce que toute une quantité de molécules sont emportées dans la même direction par le mouvement du liquide, sans qu’elles changent notablement leur position relative ; à peu près connue on voit des morceaux de bois emportés par le courant de la rivière. Dans le mouvement moléculaire proprement dit , au contraire , ice déplacement général, dans une même direction, n’a pas lieu; mais toutes les molécules changent continüellement leur position relative, et se dirigent vers des côtés différents. Ainsi, pour se faire une idée bien nette de la distinction qui existe entre ces deux ph*énoroènes , qu’on fasse parvenir une goutte de sang par filtration entre deux lames de verre (p. 115), et on verra tous les globules emportés dans la même direction par le courant du liquide; qu'on examine des particules très petites de charbon, et on verra le mouvement moléculaire; que l’on imprime maintenant une secousse faible au porte-objet, et on verra les deux phénomènes conjointej^ient.
Nous avons cite un exempte du mouvement général imprimé aux corpuscules nageant dans le liquide , c’est l’observation d’une gouttelette de sang; mais on comprend que tout ce qui peut provoquer une secousse dans le liquide produira le même
phénomène ; ainsi, par exemple, lorsque des corpuscules ou des petits cristaux de sels sortent avec explosion d’une cellule végétale , ou d’un organe qui se vide, il se produit à l’oiifice un tourbillon qui entraîne tous les corpuscules dans le courant.
Quant au mouvement moléculaire , ce phénomène perdra ce qu’il offre d’étonnant au premier moment , si l'on songe que dans la nature externe, presque tous les objets sont dans un mouvement continuel, principalement s’ils se trouvent suspendus dans un liquide élastique ; pour ne citer qu’un exemple , je rappellerai les particules de poussière qu’on voit voltiger dans l’atmosphère éclairée par un rayon isolé du soleil. Mais le phénomène du mouvement moléculaire mérite sous un autre point de vue l'attention de l’observateur; on pourrait en effet facilement confondre ce phénomène avec le mouvement spontané des monades par exemple ; mais on sera bientôt slir de la nature du phénomène en question en faisant chauffer très faiblement la goutte observée ; la chaleur tue les infusoires ; elle augmente au contraire le mouvement moléculaire, si toutefois la chaleur n’est pas trop vive , parce que dans ce cas le liquide s’évaporerait , et les molécules collées contre le verre ne pourraient plus se remuer. La distinction du mouvement moléculaire, du mouvement spontané des infusoires ne souffrira donc aucune difficulté.
Toutefois on observe un mouvement tout particulier aussi sur les corpuscules qui par leurs dimensions soi'tent des limites des particules, dont Robert Brown a d’abord signalé le mouvement moléculaire. Ce sont des corps de dimensions d’un à deux centièmes de millimètre, et qui sont doués d’un mouvement lent et gradué. A cette classe appartiennent par exemple les granules de pollen des plantes , cjuelques espèces de fécule , etc. S’iLest vrai qu’on s’est trop hâté d’attribuer à ces corpuscules le nom d’animalcules , à cause de ce mouvement particulier, assurément il y avait d’un autre côté aussi trop d’empressement à n’y voir qu’un inouvement moléculaire. Ces corpuscules sont trop grands , trop pesants pour que le mouvement moléculaire s’y puisse exercer ; pourquoi n’observet-on pas le même phénomène sur des particules de l’épiderme,
MOUYEMRWT MOLECm-AIRE.
|i de répithélium , sur des particules 'aussi grandes de cristaux i; cassés? Un pliénoulène fort curieux et dernièrement observé s vient à l’appui de notre opinion ;■ on a vu des granules sortant I en chapelet de l’intérieur 'des cliara , se tourner, se mouvoir très vivement sur eux-mêmes , en décrivant ainsi une éspèce de spirale. Or, le mouvement de ces corpuscules , qui sont, d’après M. Raspail, des granules de fécule, comme celui I moins prononcé des granules de pollen de la fécule, est-il spontané ou non ? Assurément ce n’est pas un mouvement provoqué par des causes extérieures; quant à la'questioli de la spontanéité , et des idées de vie animale qui s’y rattachent , nous y donnons très peu d’importance ; les limites si tranchées jadis entre le règne végétal et animal ont disparu de nos jours , et il y a autant d’exagération à voir des animalcules là où il y a mouvement , qu’à nier la liberté , l’indépendance des causes extérieures du mouvement observé. J’espère que le point philosophique de cette question offre peu d’intérêt à nos lecteurs, et qu’ils préféi'eront voir tenter de nouvelles expériences dans le hut d’éclairer un point important de l’histoire naturelle.
M. le professeur Nordmann a bien voulu nous communiquer quelques observations curieuses qui ^concernent le mouvement moléculaire. Si l’on examine, à un certain degré de leur développement, les œufs de taenia, de l’oiseau Olis tarda, on y remarque plusieurs groupes de molécules, qui se trouvent dans le tremblement le plus vif , s’approchant en tournant sur eux-mêmes et s’éloignant les uns des autres avec une célérité remarquable. Or, si on vient à rompre les membranes de ces œufs, le mouvement de ces molécules, au lieu de continuer au dehors dans le liquide épanché , cesse de suite, et la masse entière ne lait voir aucun signe d’un mouvement quelconque. Voici donc un exemple frappant d’un mouvement moléculaire , selon toute apparence indépendant de l’individualité des molécules ; car, quelle pourrait être la cause de l^ir immobilité en dehors des membranes, si le mouvement observé était dû h leur vie individuelle?
Cette observation fut faite par M. le professeur Nord-
'^88 TRAITÉ PRATIQÜK .TMJ MICROSCOPE.
inann (1), à l’occasion d’une autre non moins curieuse. Les leriïées {Achteres percarum) sont pourvues fle deux ovaires en forme d’appendices , qui , à certaines époques , se vident des œufs qu’ils contiennent ; ces œufs pfennent alors tous les développements successifs. Mais quelquefois il en reste quelquesuns dans les ovaires qui, au lieu de se développer, deviennent transparents et donnent naissance à une foule de monades qui se développent dans leur intérieur. Si l’on vient à rompre la membrane de ces œufs, les monades sortant restent dans un mouvement très prononcé, ce qui diffère tout-à-fait du phénomène des molécules, que nous venons de mentionner tout à l’heure.
§ YI. Double image.
Nous comprenons, çous cette dénomination, la double apparition de l’image de l’objet observé ; cette apparition sera surtout frappante si l’objet se trouve dans des conditions qui n’existent pas habituellement , mais qui , par hasard , pourraient se trouver réalisées, et provoquer une source d’illusions. Que l’on adapte au microscope l 'appareil de faible grossissement pour l’examen des insectes qu’on place ensuite un objet sur le miroir lui-même au lieu de le mettre sur le porte-objet, et que l’on place ce miroir, servant de porte-objet, dans le foyer, on verra alors bien distinctement l’objet ; mais il paraîtra en même temps une seconde image beaucoup plus faible à côté de la première image; ses couleurs, ses contours seront moins clairs. A mesure qu’en tâtonnant on cherchera à déplacer le foyer de telle sorte que la Seconde image qui était plus faible apparaisse aussi forte que la première, et à mesure qu’on parviendra à réaliser ce but proposé, la première image perdra de sa clarté , de sa netteté. Quand on sera arrivé à voir distinctement la seconde image originairement faible, la première aura perdu la vivacité de sa lumière. Or, cette observation dchion-
(1\ Micrographische Bcytracgc, Berlin, 1836.
bulles 1) AlB.
tre clairement qu’il y a ici deux images qui ne se trouvent point dans le même foyer, c’esl-a-dire quelles existent dans deux plans différents ; les deux images doivent donc être produites par deux surfaces réfléchissantes.
En effet, chaque miroir possède deux surfaces qui renvoient la lumière , et qui, par conséquent, peuvent réfléchir chacune isolément une image de l’objet qui leur envoie ses rayons. Ordinairement , la seconde image formée à la surface postérieure du miroir, est tellement faible , qu elle échappé aux observateurs; mais dans le cas que nous venons d exposer, les circonstances sont trop favorables pour que l’image provoquée puisse passer inaperçue. L’objet se trouve aussi près que possible de la seconde surface ; tous les rayons qui y peuvent arriver parviennent avec toute leur force , et produisent ainsi une image assez vive.
On ne doit point confondre avec ce phénomène l’effet de la diffraction qui provoque aux bords de l’objet une espèce de phénomène qu’on ne doit jamais attribuer à l’objet luimême. On se convaincra très facilement de l’illusion, en changeant la direction du miroir ; car selon que les rayons tombent 'de droite ou de gauche sur le miroir, la pénombre se trouvera de l’un ou de l’autre côté du miroir.
Une lumière vive et uniforme contribue essentiellement à la pureté de l’image , en affaiblissant la pénombre de telle sorte qu’elle ne peuve'plus troubler l’observation. Enfin, il est très important que le miroir appliqué soit pourvu de parois aussi parallèles que possible; parce q^ue, dans ce cas, les deux images se couvrent parfaitement. On parvient plus facilement à exécuter des miroirs plans, à parois parallèles, que des miroirs concaves ; leur fabrication n’est plus maintenant vin monopole pour les Anglais , nous possédons aussi maintenant à Paris un mécanicien qui les exécute à des prix très modérés.
§ VII. Bulles d’air.
Les bulles d’air peuvent se présenter à l’observateur sous les formes les plus- différentes ; on dit, en général, que ce sont
XaAITK PRAI'IQIIK DU MJCROSCOPE.
des vésicules dont le centre est incoloie , transparent, brillant comme du verre , et le pourtour noirâtre ou verdâtre ; si le pourtour est étroit , la bulle d’air a l’apparence d’une boule de verre autoui. de laquelle se trouverait placé un anneau de teinte foncée. Mais cette forme est loin d’être la seule qu’adoptent les bulles d’air ; non-seulement elles se resserrent et s’allongent, pressées contre les fibres du tissu observé , mais il faut aussi remarquer que les bulles ne se présentent guère sous cette forme que dans le cas où il y a beaucoup de liquide , où l’air pouvait entrer librement, ou quand il s’est développé du tissu qui le contenait emprisonné. Dans ce dernier cas ,• les buUes d’air restent quelquefois adhérentes aux bords du tissu d’où elles sortent ; mais une secousse plus ou moins forte les fera bientôt se détacher , et révélera leur nature. Si la quantité du liquide est moindre , si l’on fait tomber sur la goutte observée le second verre mince , ou si on l’a "glissé de telle sorte sur l’objet , qu'une partie d’air se soit trouvée emprisonnée à la fois , alors l’air présentera des bulles de formes les plus bizarres (fig. 110). On se convaincra facilement de leur nature en changeant la position du verre ; il faut, en général, faire attention de ne pas glisser le verre sur l’objet de manière à ce que l’air s’y enferme ^ il faut toujours que l’objet soit couvert d’une assez grande quantité d’eau dans toute son épaisseur J car si quelques points s’élèvent au-dessus de la gouttelette le verre mince viendra s’appuyer contre eux, et donnera naturellement à l’air la facilité d’entrer de ce côté’ où il ne couvre point l’objet.
Si l’on fait dessécher un objet, des bulles d’air entreront pendant le dessèchement ( § 4 ) ; si elles se trouvent dans un liquide desséché , elles emprisonneront une partie des molécules, globules graisseux, etc., qui irageaient dans le liquide , mais dont on ne peut guère reconnaître la fornre (page 181); lorsque les bulles d’air sont grosses , elles se convertissent par la dessiccation en cellules irrégulières et anguleuses; mais quelquefois , si la dessiccation a lieu lentement , elles conservent leurs formes. La formation de ces vésicules tient souvent à ce qu’il se dégage de petites quantités d’air du corps , qui se dé-
bulles DAIU.
compose sous les yeux de l’observateur; nous en voyons un exemple dans quelques manipulations chimiques. Ces bulles adhèrent, en général, aux lames de verre, mais le changement de la position de ces derniers , ou une secousse faible, peut les détacher; une pression appliquée les divisera en plusieurs globules isolés ; leur forme et leur couleur les distinguent facilement des globules graisseux jaunâtres, qui ont cela de particulier, qu’ils produisent le même effet que s’ils tournaient continuellement sur eux-mêmes. Ce phénomène des globules graisseux tient à une réfraction particulière de la lumière, car le repos des molécules environnantes démontre efficacement leur immobilité. Si les bulles d’air se trouvent dans un liquide coloré , par exemple dans le sang, elles peuvent, dans certaines substances, prendre l’aspect d’un rebord coloré ; quelques observateurs n’ont pas manqué d’attribuer cette couleur à la matière colorante dissoute , et se sont étonnés de ne pas retrouver cette dernière dans le cas où une bulle d’air vient à crever, ce qui est pourtant bien naturel, la couleur tenant à un phénomène d’optique. Ces bulles d’air ont donné lieu à plusieurs erreurs de la part de quelques auteurs , qui ont , par exemple , examiné le tissu avec des bulles d’air enfermées au-dessous du tissu , qui paraît alors différemment coloré (§ 4). D’autres (1) ont confondu ces bulles d’air avec les globules du sang.
(1) C. F. Burdach, Traité de physiologie considérée comme science d’observation; traduit par A.-J.-L. Jourdan, Paris, 1837, t. VI, p. 26.