ET MISE EN ŒUVRE L'ESTHÉTIQUE DU SCULPTEUR
e tous les arts, c'est assurément la sculpture qui semble le plus à la portée des amateurs, à cause de ses procédés faciles d'exécution, j'entends l'exécution en terre, car que de personnes s'imaginent encore que l'artiste attaque tout d'abord le marbre pour le faire vivre et respirer! Mais, si l'exécution matérielle de la sculpture est simple, elle s'appuie sur une science élevée, l'anatomie des formes, et une connaissance approfondie de l'art du dessin.
Il faut donc, avant tout, que l'amateur dessine : d'après la bosse, puis d'après nature , s'il ne veut produire des ouvrages sans intérêt ou même d'une incorrection inadmissible. En effet,
i. La sculpture est l'art de représenter en relief les formes d'un objet quelconque ; elle prend le nom de statuaire lorsqu'elle s'applique à la reproduction de la figure humaine.
de même que s'il dessinait avec le crayon , le sculpteur modèle avec la terre glaise une série de contours infinis qui changent de forme et d'aspect à mesure qu'il tourne autour de sa figure. Il faut donc que, pour s'habituer à voir la pureté de cette série de lignes qu'il exécute entre l'espace et la masse de terre sur laquelle il travaille, il faut, dis-je, que le sculpteur sache tracer sur le papier cette seule ligne qu'on nomme le contour.
Nous verrons aussi qu'indépendamment de ces lignes extérieures^ la sculpture, comme la peinture, comporte les effets, c'est-à-dire l'opposition des masses d'ombre et de lumière., et se perfectionne par les demi-teintes.
De ce qui précède , il ressort clairement que l'amateur, avant de songer à modeler en terre, devra consacrer au moins une année à l'étude du dessin et de l'anatomie raisonnée des formes : anatomie de l'homme, s'il veut se livrer à la statuaire; géométrie analytique et représentative des objets inanimés, s'il donne la préférence à la sculpture et à l'art ornemental.
L'importance des études du dessin étant établie, examinons les procédés de mise en œuvre du sculpteur1.
Comme pour le peintre, le premier jet de l'esprit ou de la
i. Pour l'intelligence de ce qui va suivre, donnons ici la définition précise des deux grandes divisions de la sculpture : la ronde bosse et le bas-relief.
La ronde bosse est un ouvrage à plein relief autour duquel le spectateur peut tourner ; elle comprend la statue proprement dite, et le groupe, composition de deux ou plusieurs figures en plein relief formant un ensemble.
Le bas-relief est une sculpture appliquée sur un fond, représentant soit une figure isolée, soit un groupe de figures. On divise les bas-reliefs en trois catégories : i° le haut relief dans lequel une ou plusieurs figures se détachent en saillie complète sur le fond ; 2° le demi-relief où la moitié seulement des épaisseurs d'une ou de plusieurs figures est en saillie ; 30 le bas-relief proprement dit ou bas-relief méplat dans lequel la saillie du sujet est très peu sensible et seulement relative par rapport à la nature.
conception du sculpteur, sa première idée est traduite sur le papier par un croquis, qu'il modèle immédiatement en une esquisse en terre ou en cire : la terre glaise ou la cire molle sont donc les premières matières à l'usage du sculpteur, et son travail se nomme le modelage. Pour modeler en terre, l'artiste, s'il s'agit d'un bas-relief, pose sur un chevalet une planche verticale entourée d'un cadre de bois formant saillie; sur cette planche, il enfonce çà et là de petits clous à tête destinés à retenir la terre glaise, puis il applique une couche mince de terre glaise, préparant ainsi ce que l'on nomme un fond. C'est sur ce fond que le sculpteur modèlera ensuite sa ou ses figures avec plus ou moins de saillie ou d'épaisseur, suivant qu'il devra, dans son travail, se rapprocher du bas-relief méplat ou du haut-relief. Il prend alors la terre glaise soigneusement malaxée, afin d'enlever tout corps étranger que l'on rencontre souvent dans l'argile, pyrite de fer ou de cuivre, etc., et les dispose auprès de lui en colombins1; cette préparation faite, il attaque son sujet par les grandes masses, le mouvement, l'aspect général, et ne passe au modelage du détail que lorsqu'il a acquis la certitude que ses proportions sont bien exactes. Pour modeler ainsi, le sculpteur doit entretenir la terre constamment humide, soit en la recouvrant, chaque fois qu'il interrompt son travail, de linges mouillés, soit en vaporisant de l'eau à la surface. En effet, tant que la terre est partout fraîche, on peut lui faire subir toutes les modifications : une fois qu'elle a commencé à sécher, elle durcit, et une transformation de mouvement devient sinon impossible, du moins difficile, et entraîne à des risques de désordre considérables.
i. On nomme ainsi des pains de terre glaise tournés en boudins et roulés entre les mains de l'artiste d'une longueur d'environ 10 à 15 centimètres.
S'agit-il d'une ronde bosse, soit une statue, soit un buste, l'artiste place d'abord sur une selle un plateau en bois dans lequel il enfonce ou visse une armature, barre de fer coudée destinée à soutenir la masse de terre à peu près au milieu, afin qu'elle ne puisse s'affaisser sur elle-même, ni s'effondrer sur les côtés. Puis, après avoir fait sur le plateau un fond ou socle en terre glaise, en partant du coude de l'armature, il monte son oeuvre, indiquant et massant le torse, les jambes et la masse qui sera la tête, enfin les bras et les draperies s'il y a lieu. Disons de suite que le sculpteur, dans les figures drapées, exécute presque toujours le nu en entier avant de modeler les draperies
Comme pour le bas-relief, le sculpteur s'assure de ses proportions, enlevant de la terre là où il a pu donner trop d'épaisseur, l'étirant là où les formes seraient trop courtes, en un mot la maniant à l'infini tant qu'elle est fraîche, jusqu'à parfait ensemble des proportions.
Pour ces opérations, l'artiste ne fait pour ainsi dire usage que de ses doigts et principalement du pouce. Plus tard seulement
11 utilisera Yébauchoir pour revenir encore au pouce avec le modelé à la boulette , et revenir encore à Tébauchoir qui n'est , en réalité, qu'une sorte de petit pouce destiné à l'exécution des finesses, et à pénétrer là où le pouce naturel ne saurait atteindre.
Telles sont les deux grandes divisions de la sculpture, le basrelief et la ronde bosse, auxquelles il convient de rapporter toutes les autres : le médaillon au bas-relief; le groupe, la statue équestre, le buste à la ronde bosse; car les procédés d'exécution employés par l'artiste sont identiques, et c'est ainsi qu'il exécute le modèle.
Mais ce modèle, exécuté en terre argileuse ou en cire, si l'œuvre est de petite dimension, ne saurait, sans se déformer
en séchant, acquérir la solidité désirable; aussi, dès que l'œuvre est terminée, l'artiste procède-t-il au moulage en plâtre, opération qu'il est nécessaire de connaître dès le début, pour se rendre bien compte des opérations de la mise en œuvre du statuaire.