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L'ouvrage que nous publions aujourd'hui renferme à peu près toute l'orthopédie chirurgicale, c'est-à-dire ce qu'il y a de certain dans cette science toute nouvelle. Nous nous sommes bien gardé, dans ce livre, de parler des sections sous-cutanées qu'on a faites sur les tendons des fléchisseurs des doigts } car, bien que cette question ait occupé l'Académie de Médecine pendant trois mois , elle n'a cependant pas été résolue d'une manière définitive. Nous nous réservons de traiter dans la Revue des Spécialités de cette matière pour laquelle nous avons quelques faits qui serviront, si nous ne présumons pas trop de nos forces , à éclairer cette partie de la science. Pour ce qui regarde la section des muscles du
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dos, nous devons dire que cette question nous paraît trop déraisonnable pour lui consacrer une discussion sérieuse dans un livre tout pratique, et renfermant des notions qui reposent sur plus de iooo guérisons de pieds-bots, plus de i5o ankyloses et de 60 torticolis.
Avant d'entrer en matière, nous croyons devoir faire précéder notre travail de quelques considérations que nous avons placées en tête de la première édition de notre Traité du Pied- bot. Depuis quatre ans que ce travail a été publié, les choses n'ont pas tellement changé, que les réflexions que nous faisions sur l'orthopédie ne trouvent encore maintenant leur application.
« Aujourd'hui qu'en fait de science comme en fait de littérature et d'art l'encouragement, les récompenses, l'illustration même vont aux plus agiles et non pas toujours aux plus habiles; puisqu'on croirait le noble champ des hautes études tout simplement métamorphosé en une sorte de stade où il ne s'agit plus que de savoir bien courir : il est peut-être nécessaire (|ue nous disions
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pourquoi notre livre arrive si tard. Cet ouvrage , en effet \ aurait dû précéder toute publication ou communication scientifique analogue, par la raison bien positive quavant notre première opération du pied-bot , laquelle date du mois d'octobre i835, les praticiens français, quels qu'ils fussent, en étaient réduits, pour ce qui concernait cette branche difficile de l'orthopédie, aux mémoires éternellement copiés de Scarpa et de Delpech. Et cependant à peine avionsnous, comme nous pouvons le dire sans orgueil , ouvert une ère toute nouvelle a la thérapeutique du pied-bot par l'heureuse résurrection de la section du tendon d'Achille, que déjà les ouvrages et les journaux de médecine se peuplaient d'articles et de mémoires tendant évidemment à revendiquer pour d'autres que pour nous, sinon le mérite, au moins les effets de la priorité de cette résurrection! Nous ne voulons pas nous plaindre du zèle vraiment admirable déployé à ce sujet par nos concurrents : il a servi à vulgariser un procédé curatif excellent que certainement nous reconnaissons avoir emprunté , quant au fond ,
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à feu Delpech et aux Allemands 5 et d'ailleurs, en pareil cas, plus la vivacité de la dispute est grande, plus le succès d'une innovation ou d'une rénovation quelconque est assuré : le monde sait bien qu'on ne se donne pas tant de mal pour se prendre les mauvaises choses. Nous avons donc laissé les publications aller leur train, et sans nous presser aucunement nous avons attendu qu'une expérience longue à acquérir, mais inattaquable à présent qu'elle est acquise, nous donnât cent raisons pour une d'imposer, pour ainsi dire , aux gens de l'art comme aux gens du monde , la conviction profonde où nous étions sur l'innocence et l'infaillibilité d'un moyen opératoire que nous persistons à appeler nôtre -, quoi qu'on en puisse dire. Nous avons attendu longtemps , nous placé tout spécialement au milieu de toutes les difformités imaginables, nous médecin chargé depuis huit ans des traitements orthopédiques dans les hôpitaux civils de Paris, parce que nous avons pensé qu'un ouvrage sérieux , un livre que nous voulions intituler Traité pratique du P nul -bol devait être riche d'ob-
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servations , riche de faits répétés, avérés, de cures irrévocablement consacrées, bon pour les malades aussi bien que pour les médecins , tout de pratique et nullement de théorie, débarrassé conséquemment de toute hypothèse , clair dans la démonstration , positif dans la décision , lisible surtout et nettoyé de ce luxe technologique qui rend la plupart des ouvrages de science si complètement inabordables aux personnes qui auraient envie de les consulter.
« Nous espérons que le livre que nous avons aujourd'hui l'honneur d'offrir au public ne sera pas trouvé trop éloigné des conditions que nous venons de rappeler.
Nous pensons y avoir réuni , tant sur la nature et les causes des différentes variétés du pied-bot que sur les moyens de guérison propres à chacune de ces variétés, tout ce qu'il est utile aux praticiens et à leurs malades de connaître. Les faits et observations que renferme cet ouvrage seront trouvés remarquables , nous le croyons au moins, plutôt surtout par la qualité que par la quantité , quoique le nombre en soit bien grand. Pour rendre nos descriptions
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du fait pathologique et du fait thérapeutique, ainsi que la comparaison de l'un à l'autre, plus sensibles, plus appréciables, nous les avons accompagnées d'un trèsgrand nombre de figures gravées sur bois et intercalées dans le texte : puis, lorsque la gravure sur bois nous a paru insuffisante comme moyen de représentation de certaines individualités difformes, nous avons eu recours à la gravure sur pierre (i), a la lithographie, etc. Aussi pouvons-nous affirmer qu'il n'est pas une bizarrerie de conformation du pied , si extrême , si unique que la science l'ait constatée ou non, qui ne se trouve décrite et figurée dans notre livre. Les sujets atteints de pieds-bots, les stréphopodes , comme nous les avons appelés, — l'admission de deux variétés nouvelles du pied-bot , une classification tout autre des degrés et des genres nous ayant rendu nécessaires de nouvelles dénominations , — - les stréphopodes donc seront ici , pour ainsi dire, mis chacun en face de sa
(I) Dans celte seconde édition nous avons supprime les planches gravées sur pierre.
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difformité et des moyens plus ou moins simples, plus ou moins originaux que nous employons pour la guérir. Ils verront , en lisant celles de nos observations qui sont le mieux en rapport avec l'espèce , les causes, l'âge de la déviation qui les tourmente, ce qu'ils doivent attendre du traitement et le temps qu'il leur faudra sacrifier à se défaire de leur ennemi. Si nous avons rapporté et décrit un grand nombre d'observations, c'est parce que non-seulement, comme nous venons de le dire, nous désirions offrir aux malades qui nous liront la comparaison de leur infirmité avec une ou plusieurs infirmités semblables , mais que nous voulions leur donner encore, et ville par ville, le nom et l'adresse d'une ou plusieurs personnes guéries par nous, afin qu'ils pussent les voir et s'assurer avant de nous consulter de l'efficacité positive ou négative du traitement que nous employons.
« Nous n'avons pas besoin de dire que les personnes ainsi nommées dans notre livre nous ont , à. cet égard , donné pleine et bienveillante autorisation.
« Nous avons tâché aussi, dans le choix
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de nos observations, de comprendre la même difformité décrite à tous les âges possibles : ainsi nous faisons l'histoire du pied-bot de six mois et celle du pied-bot de cinquante ans. Nous avons tenu surtout à rapporter en grand nombre celles de nos cures qui sont relatives aux pieds -bots développés consécutivement à des convulsions , à des paralysies du membre ou des membres déviés ; la guérison de ces cas , que la plupart des médecins avaient toujours regardés comme incurables à cause de la faiblesse et souvent même de l'atrophie du membre qui en était atteint , constituant , selon nous , le plus éclatant triomphe de la chirurgie orthopédique.
« Forcé de décrire , par comparaison avec le nôtre , les procédés opératoires de nos concurrents , nous avons apporté dans cette description la même impartialité que pour celle des procédés de Delpech et de Stromeyer, nos savants prédécesseurs ; car nous n'avons jamais su ce que la jalousie peut avoir à faire dans un ouvrage de science destiné à la propagation des lumières et à la consolation de l'humanité
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« Enfin si, comme nous le disions plus haut, nous avons cru nécessaire d'augmenter par des appellations nouvelles la synonymie du pied-bot, c'est d'abord que nous reconnaissions deux variétés nouvelles, totalement absentes des ouvrages antérieurs au nôtre , et puis que nous voulions ne pas recourir continuellement à de longues et embarrassantes périphrases. Nous savons bien que quelques personnes , fort empressées à critiquer les mots quand elles ne peuvent point critiquer les choses, se récrieront sur la barbarie de nos néologismes à racine grecque, mais nous sommes certain aussi d'avoir pour nous l'assentiment des bons praticiens qui comprendront , comme nous l'avons comprise, l'utilité de cette substitution nécessaire dans deux cas, raisonnable et logique dans les autres.
« Nous croyons, en un mot, avoir produit une œuvre de conscience et de réflexion. Nous ne proclamons notre livre supérieur à aucun autre, seulement nous le donnons comme le plus complet et le plus démonstratif de tous les écrits actuels qui ont le pied-bot pour objet. »
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L'esprit dans lequel a été conçue la première édition de notre Traité du Pied-bot, nous a guidé dans les deux nouveaux traités que nous avons ajoutés à notre ancien travail. C'est dire que nous nous sommes proposé, avant tout, de faire un livre éminemment pratique, et que nous avons tenu à y consigner des théories qui ne reposassent que sur un grand nombre d'observations bien étudiées et bien définies. Aussi espérons-nous que ce livre , entièrement refondu et augmenté de deux mémoires sur la fausse ankylose et le torticolis , sera accueilli avec la même faveur dont les praticiens l'ont honoré il y a quatre ans, et lui mériteront encore les encouragements si flatteurs qu'il a obtenus de l'Académie royale de Médecine et de l'Académie des Sciences de Paris.
50 juillet 1845.