CHAPITRE il
Le pied-bot en général. — Nouvelles dénominations. — Slréphopodie. — Slréphocatopodie. — Stréphendopodie. — Stréphexo'podie. — Stréphypopodie. — Stréphanopodie.
On désigne généralement sous le nom de piedbot certaines difformités, fort distinctes d'ailleurs, de la partie inférieure des membres abdominaux . L'individu atteint de pied-bot ne peut , quand il est debout , appuyer sur le sol que l'extrémité phalangienne, le bord externe, ouïe bord interne de son pied. Quelquefois, pour lui, c'est le dos du pied qui fait l'office de la plante , ou bien le talon seul sert de base à la station. Toutefois, ces diverses torsions du pied cessent d'être considérées comme pied-bot , quand elles ne sont que l'appendice d'une autre difformité plus ancienne, telle que la déviation des genoux en dedans , ou la courbure des jambes , soit en dedans , soit en dehors.
Les auteurs ont admis trois variétés de pied bol : equinus , varus et ualgus.
La première , pes cquinus , pied équin , pied de cheval ,
mm. v.
s'entend lorsque le sujet affecté ne marche ou ne se tient debout qu'en se portant sur les orteils ou les articulations métatarso-phalangiennes , son pied étant dans une extension forcée. La seconde, varns , pied en dedans,
quand le malade prend son point d'appui sur le bord externe ou une partie de la plante du pied, ou même sur sa face dorsale.
La troisième enfin , valgus , pied en dehors ,
si le pied ne peut être posé que sur toutou partie de son bord interne , et sur la moitié correspondante de sa plante.
Ces trois dénominations , equinas , varus , valgus, ont certainement le mérite de la brièveté ; mais elles sont loin d'être exactes. Ainsi, par exemple , il faut que le pied-bot dit pied équin , soit porté à son plus haut degré de développement pour donner à la chaussure de la personne qui en est affligée , la figure d'un pied de cheval ; et nous pouvons affirmer que sur trente pieds équins, on en trouverait à peine un qui justifiai son appellation. L'expression de varus n'est guère plus satisfaisante ; elle n'a rien de positif; les anciens ailleurs l'appliquaient non-seulement
à la déviation du pied en dedans, mais encore à celle des genoux , et même à la courbure des jambes dans ce sens. Il en faut dire autant du vàlgus, que nous voyons employé par les auteurs pour désigner aussi bien les courbures générales de la jambe en dehors que les déviations particulières du pied.
Nous pensons conséquemment qu'il vaudrait mieux rejeter ces dénominations obscures , exagérées , propres tout au plus à jeter de l'incertitude et du vague dans l'esprit du lecteur , si l'on pouvait leur en substituer de meilleures. Si la clarté est le premier mérite d'un écrivain, c'est surtout quand il s'agit de faits scientifiques.
Dernièrement un chirurgien de Lyon, M. Bonnet, imbu des idées théoriques de M. Guérin , a proposé de désigner les pieds-bots sous les deux noms suivants : pop lité interne et poplilé externe. Cette dénomination a pour base la croyance que tous les pieds-bots dépendent constamment d'une lésion des nerfs popli té interne etpoplité externe, lésion qui détermine la rétraction des muscles auxquels se distribuent ces nerfs. Nous examinerons la valeur de cette dénomination au chapitre des causes.
Ainsi, pour être bien intelligible, nous con= fondrons toutes les variétés du pied-bot dans un seul terme , déviation ; et spécialement nous appellerons le pied-bot équin déviation du pied en bas , le pied-bot varus déviation du pied en de-
dans , le pied-bot valgus déviation du pied en dehors.
A ces trois variétés, reconnues par la plupart des auteurs , nous en ajouterons deux autres qui nous semblent tout à fait distinctes.
L'une , que nous nommerons déviation du pied en dessus ,
s'observe lorsque tout l'avant-pied étant rejeté sous l'axe de la jambe, les orteils et une partie du métatarse tournent sous le talon et le dépassent, de telle façon que la face dorsale du cuboïde et les cunéiformes servent de point d'appui au sujet dans la station ou la progression. Cette va-
riété du pied-bot a été regardée , par quelques
auteurs modernes, comme une exagération du pied équin , comme son plus haut degré de développement. La seconde , que nous appellerons déviation du pied en haut, existe si la face dorsale du pied se trouve appliquée contre la parlie antérieure , interne ou externe de la jambe, le talon étant dirigé en bas. Cette difformité est désignée par quelques modernes sous le nom de talus.
Cependant , comme ces diverses désignations, déviation du pied en dedans, en dehors, en dessus , en haut , en bas, parfaitement claires et positives du reste , sentent un peu la périphrase , et pourraient d'ailleurs, à certaines personnes, ne point paraître assez savantes , nous avons imaginé de les remplacer au besoin par les dérivés qui suivent : stréphopodie pour pied-bot ou déviation du pied en général (1) ; stréphendopodie ,
(1) De axpecpw , tourner, lordre, et de iroSç , tto^o?, pied.
16 LE PIED-BOT Ki\ GÉISÉHAL.
pour déviatiou du pied en dedans (1) ; stréphexopodie, pour déviation du pied en dehors (2); stréphypopodie , pour déviation du pied en dessous (5) ; stréphanopodie , pour déviation du pied en haut (4) ; enfin slréphocatopodie , pour déviation du pied en bas (5).
En modifiant légèrement la finale de chacun de ces mots , nous pourrons nommer l'individu atteint de pied -bot , stréphopode , et abréger les longues formules , sujets atteints de pieds-bots en dedans , en dehors , en dessous , en haut , en bas, en disant tout simplement, les stréphendopodes , les stréphexopodes , les stréphypopodes , les stréphanopodes , les slréphocatopodes , comme les naturalistes disent les myriapodes , les gastéropodes , etc.
Cependant, dans le cours de cet ouvrage, nous emploierons indifféremment les anciennes dénominations et celles que nous proposons , sans toutefois attacher à ces dernières une bien grande importance.
La stréphopodie (pied-bot , déviation , torsion du pied) est native ou consécutive ; elle peut exister au moment de la naissance du sujet , ou n'apparaître chez lui que pendant l'enfance,
(1) Des mois précédents et de ë'vàcv, en dedans.
(2) Idem , et de ë£<ù , en dehors.
(3) Idem , et de ùwô , en dessous.
(4) Idem , et de àvo> , en haut.
(5) Idem, et de »arw , en bas.
l'adolescence et même plus tard. Dans le premier cas on la nomme congénitale ou native , dans le second accidentelle ou consécutive ; à cet égard, s'il nous était permis de prendre notre expérience personnelle pour base , et de généraliser, d'ériger en principes, pour ainsi dire , les nombreuses observations que vingt années de pratique publique et privée nous ont mis à même de recueillir , nous ne balancerions pas à affirmer que les cas de stréphopodie les plus fréquents sont les déviations natives et même consécutives en bas et en dedans, affectant simultanément le même pied , composant un pied demi-équin et demi-varus , qu'on pourrait appeler équin-varus. Les déviations du pied en dehors , stréphexopodies , sont très-rares , et celles en dessous et en haut , stréphypopodies , stréphanopodies, encore plus rares.
Nous ajouterons , sans prétendre le moins du monde imposer ceci comme une règle , la remarque importante qui suit : dans les cas de stréphopodie congénitale , l'observation générale nous a toujours montré un tiers seulement des déviations du pied en dedans , stréphendopodie , très-développé déjà au moment de la naissance de l'enfant , tandis que les deux autres tiers s'offraient d'abord sous la forme d'une déviation en bas et en dedans, forme qui n'est , comme nous le dirons au chapitre des causes , que l'exagération de la position naturelle des pieds des en-
fants nouveau-nés ; ce qui fait que les parents des jeunes infirmes s'inquiètent peu d'une difformité à peine appparente. Mais lorsque l'enfant commence à se tenir debout et à vouloir marcher , la torsion de son pied devient plus manifeste , le poids de son corps en précipite le développement, et bientôt on la voit se transformer en une véritable déviation en dedans. Si l'enfant a le bonheur alors de ne point appartenir à une famille trop malaisée , si ses parents, et c'est le petit nombre , hélas ! peuvent pour lui plus que sa nourriture , s'il est soumis promptement enfin à un traitement bien conçu , bien di* rigé , son pied ne vînt-il pas à être complètement redressé , du moins la difformité change une seconde fois de nature, le pied est ramené sous l'axe de la jambe, sauf à rester dévié en bas, dans le cas où la trop grande brièveté des muscles du mollet ne permettrait pas son rétablissement normal.
On observe rarement , au moment de la naissance , des cas simples de déviation du pied en bas, stréphocatopodie. Nous en avons trouvé vingt-sept. Chez huit de ces enfants, la difformité occupait les deux pieds à la fois; leurs quatre membres présentaient une raideur insolite. Sept de ces enfants avaient éprouvé des arrêts de développement : l'un n'avait pas de rotules , etc. La même contraction musculaire affligeait la plupart des autres , mais seulement du
côté du corps que terminait le pied malade. Quant aux déviations accidentelles ou consécutives du pied , la plus commune, au contraire, est celle dont nous venons de parler. Nous affirmerions volontiers qu'elle embrasse les neufdixièmes des pieds-bots consécutifs. Nous serions même autorisé à la considérer comme la racine de presque toutes les déviations du pied , puisqu'il est de fait, et nous venons de le dire, que les deux tiers des stréphopodes de naissance présentent leur difformité à l'état de déviation mixte en bas et en dedans. Quoique, tout récemment encore, des praticiens très-éclairés et très-recommandables aient prétendu que la statistique ne prouve rien en médecine, notre logique ne peut consentir à considérer autrement que comme une preuve la répétition infinie du même fait. C'est donc en toute sûreté de conscience et parce que nous regardons réellement la stréphocatopodie (pied équin) comme primitive dans l'immense majorité des cas, que nous commence* rons par elle la description des pieds-bots.
DE LA STREPHOCATOPODIE.