‹ Traité pratique et descriptif des maladies de la peauChapitre 6 sur 82 · PRÉFACE · texte numérisé non relu

PRÉFACE

Pendant longtemps, sans abandonner l'étude des autres maladies, je me suis occupé spécialement des affections cutanées; j'ai été pendant vingt-deux ans médecin de l'hôpital Saint-Louis, dans lequel se trouvent réunies les diverses formes des maladies de la peau, et pendant vingt ans je me suis consacré à l'enseignement de la dermatologie, d'abord comme professeur libre, puis comme professeur complémentaire chargé ofliciellement du cours clinique sur les maladies de la peau. Je crois donc avoir l'expérience nécessaire pour écrire un livre de dermatologie.

Depuis la publication déjà ancienne des ouvrages classiques d'Alibert, de Rayer, de Cazenave et Schédel, de Gibert, de Devergie, la plupart des livres nouveaux que nous possédons sur les maladies de la peau, sont des traductions d'ouvrages étrangers, telles sont les œuvres d'Hebra, de Kaposi, de Neumann, de Duhring. Bazin et moi nous avons bien autorisé nos élèves à reproduire nos leçons, Lailler, Guibout ont fait également imprimer leurs leçons et leurs conférences faites à l'hôpital Saint- Louis, mais ces sortes de publications présentent nécessairement des répétitions et des lacunes; dans ces derniers temps, sous l'influence de Vidal et de Besnier, on a beaucoup étudié les maladies de la peau sous le rapport de Panatomie pathologique, on a cherché à appeler l'attention sur plusieurs affections cutanées rares et mal connues, mais ce sont dos recherches spéciales particulières à certaines maladies; Hillairet avait commencé, avant sa mort, un ouvrage sur les maladies de la peau

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et son élève Gaucher le continue, mais il n'est pas terminé, et je puis dire qu'il y a longtemps qu'il n'a paru dans notre pays un traité complet et didactique de dermatologie, dû à un médecin français.

La dermatologie est cependant une science française : depuis le commencement de ce siècle, les médecins distingués qui se sont succédé à l'hôpital Saint-Louis se sont toujours livrés h l'enseignement et c'est en suivant leurs cours, qu'un grand nombre de médecins de tous les pays ont appris les maladies de la peau. D'autre part il existe, relativement aux affections cutanées, une doctrine française : à l'étranger, principalement à Vienne, sous l'influence de l'école fondée par Hebra, on considère la plupart des éruptions comme des maladies locales et indépendantes de toute cause générale; en France, on a cherché au contraire à les rattacher à des dispositions morbides générales dont elles ne seraient que l'expression ; et celte tendance à subordonner les maladies de la peau à une cause primordiale, dialhésique, innée ou acquise, déjà enseignée par Alibert, s'accentue chez nous de plus en plus, malgré quelques défaillances regrettables. Il y a donc une école dermatologique française qu'on peut opposer à celle de Vienne, et il serait à désirer que les travaux de cette école fussent exposés autrement que par des notes annexées à des traductions. C'est ce que j'ai eu à tâche de faire dans mon livre, et comme j'ai contribué avec Bazin à établir cette école, je me suis cru autorisé à la représenter.

Bazin et moi, nous avons fait concurremment, à l'hôpital Saint-Louis, des cours sur les maladies de la peau et nous avons enseigné la dermatologie à plusieurs générations de médecins. Quoique divisés dans quelques détails, nous avions des idées communes sur la nature de la plupart des maladies de la peau et notre enseignement s'appuyait sur des opinions doctrinales à peu près sem-

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blables. On trouvera dans mon ouvrage l'indication de ces divergences et de cet accord.

C'est peut-être ici le lieu de dire que Bazin, en établissant scientifiquement la classe des maladies parasitaires cutanées, et moi-même en adoptant, en développant et en vulgarisant ses idées sur ce point, nous avons été des précurseurs dans la doctrine du parasitisme en pathologie. C'est en effet par imitation de ce que nous professions, qu'on a étendu peu à peu, et peut-être un peu trop, le cercle des maladies parasitaires ; et les micro-organismes morbigènes admis en si grand nombre aujourd'hui sont bien de la même nature que les poussières champignonneuses que nous reconnaissions dans le favus et dans le sycosis.

C'est en souvenir de cet enseignement fait à l'hôpital Saint-Louis, et pour le continuer d'une autre manière, que j'ai entrepris d'écrire ce livre. J'ai cherché à lui donner un caractère pratique, et j'espère qu'il sera utile, en facilitant l'étude de maladies malheureusement encore incomplètement connues d'un grand nombre de médecins.

A. Hardy.

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