XXXIV. TEINTURE DE NOIX DE GALLE
Cette teinture est un réactif excellent, pour découvrir
la présence du fer. Elle occasione, dans toutes les dis- %
solutions acides de ce métal, un précipité violet, ou noir. Si c’est l’acide carbonique qui dissout le fer, ainsi que cela a souvent lieu dans des eaux minérales , la dissolution, après avoir été concentrée par l’ébullition , ne produit plus, avec la teinture, de couleur violette ou noire; mais, si c’est, par un autre acide quelconque, que le fer est tenu en dissolution, la teinture continue de précipiter cette dissolution en noir , après qu’on l’a fait bouillir. Lorsque le fer est en quantité excessivement petite , comme c’est en général le cas dans les eaux ferrées, la teinture de noix de galle ne produit pas un précipité, qui se manifeste d’une manière sensible; mais elle occasione seulement une teinte pourpre légère. Il est un moyen très-commode et très-facile, d’appliquer ce réactif, dans les cas, où la quantité de fer est très-petite. Ce moyen consiste à suspendre, par un cordon de soie, une tranche de noix de galle, dans l’eau soumise à l’examen. Pour que, par la présence du fer, il se forme , avec la teinture de noix de galle, un précipité pourpre ou noir, il faut que le métal soit à l’état
d’oxide rouge; si son oxidation est à un degré moindre , l'effet ne sera pas instantané ; mais il n’aura lieu qu’après que le mélange aura été laissé pendant quelque temps exposé au contact de l’air. Cependant , la couleur noire peut aussi être rendue apparente , même dans les dissolutions du fer où ce métal n’est pas à l’état d’oxide rouge, par des circonstances, qui ne sont pas susceptibles de changer l’état d’oxidatîon, telles, que celles où la dissolution est étendue d’eau , ou , pav l’addition d’un peu d’alcali; et , par conséquent, ce qui s’oppose à ce que la couleur noire se manifeste dans la dissolution, qui contient le fer au minimum d’oxidalion, c’est, que l’oxide, dans cet état, est retenu en combinaison avec l’acide, par une attraction plus forte, que lorsque l’oxidation est plus parfaite.
L’action de la teinture de noix de galle, comme réactif, est influencée par la présence d’autres corps. Celle, par exemple, des alcalis et des carbonates terreux, produit, avec le fer, une couleur violet’e. Cette couleur est rendue sombre, ou devient d’un pourpre foncé , par des sels alcalins neutres. La présence de sulfate de chaux donne, d’abord, au précipité, une couleur blanchâtre, qui passe ensuite au noir ; et celle du carbonate de chaux produit le même efl'et. La couleur, d’un pourpre foncé, est l’indication d’autres sels alcalins ; le rouge purpurin dénote l’acide hydro-sulfurique. M. Phillips a fait voir, que le carbonate de chaux influe considérabiement sur la produciion de couleur, par l’action de la teinture de noix de galle, sur les sels de fer. La présence de ce carbonate rehausse la couleur, lorsque le fer est à un faible degré d’oxidalion; tandis , (ju’il l’affaiblit tellement , lors-
qu« le métal est oxidé aa maxiimmi, que, s’il existe en quantité très-petite , .la teinture peut n’être pas même capable d’en indiquer la présence. C’est ainsi , que M. Phillips est parvenu à rendre raison d’un fait jusqu’alors inexplicable, et, qui avait donné lieu à une diversité d’opinions, relativement aux eaux chaudes de Bath. Ce fait consiste, ea ce que ces eaux, prises immédiatement au sortir de la source, et encore chaudes, indiquent , avec la teinture de noix de galle, la présence d’une petite quantité de fer; tandis, qu’ayant été refroidies par leur exposition à l’air, de manière que le fer soit devenu plus oxidé, elles paraissent, par l’action du même réactif, ne pas contenir du tout de fer, quoiqu’il ne se soit point déposé de ce métal pendant le refroidissement.
La teinture de noix de galle produit, avec les dissolutions d’osmium, une couleur d’un bleu vif. Elle occasione un précipité jaune avec la dissolution de tellure, un précipité orangé avec les dissolutions de mercure, un précipité blanc avec l’argent, brun avec l’iirane; mais, la couleur des précipités de ces métaux, est, au total, excessivement variable, suivant la combinaison, ou l’éiat dans lequel le métal existe, et son degré d’oxidation.
EXPÉRIENCE CXYÏIÏ.
Si, après avoir imprégné de l’eau distillée de gaz acide carbonique, et l’avoir alors agitée, pendant quelques minutes, avec un peu de limaille de fer, on laisse reposer le mélange pendant vingt-quatre heures; et, qu’après avoir décanté, ou filtré, on verse, dans cette eau ferrée, quelques gouUes de teinture de noix de galle :
elle prendra une couleur violette, et il se déposera un précipité noir, composé d’acide gallique, de tannin, et V d’oxide de fer.