XXXVIII. AMMONIAQUE LIQUIDE
On emploie principalement l’ammoniaque caustique, ou ammoniaque liquide, dans les expériences analytiq Lies, pour découvrir la présence du cuivre et du
CIITMIQÎJES. 12i
nickel, parce qa’étant ajouté en excès aux dissolutions de ces métaux, il les colore en un bleu saphir clair.
Pour reconnaître auquel des deux métaux cette couleur est due, il suffit de saturer en excès la dissoîution ammoniacale avec de l’acide sulfurique ou nitrique, et, d’y plonger alors un morceau , ou barreau, de zinc ; ce métal précipitera le cuivre, si c’est au cuivre que la couleur est due; mais, avec le nickel, il ne produit aucun effet. Il se dépose assez souvent, à la vérité, un précipité de couleur sombre, d’une dissolution de nickel comniU7i; mais ce précipité consiste, pour la plus grande partie, en arsenic et en fer, métaux, qui accompagnent toujours , en grande quantité , le nickel, purifié par le procédé ordinaire; et lorsque tout l’arsenic, qui peut être précipité par ce moyen, s’est déposé , la digestion , avec le zinc , ne produit plus le moindre effet. La dissolution d’oxide de nickel dans l’ammoniaque, est décomposée, suivant M. Phillips, par une addition de soude ou de potasse ; et il présente ce fait, comme offrant un moyen certain de dégager aisément le nickel du cobalt, ce qui, autrement, est trèsdifficile : l’oxide de cobalt, dissous dans l’ammoniaque, est précipité très-lentement et en très-petite quantité par la potasse, tandis que l’oxide de nickel, l’est aussitôt et abondamment. M. Phillips attribue ces décompositions, à ce que les deux alcalis se combinant, l’affinité de l’un ou de l’autre, pour l’oxide métallique, est diminuée.
L’ammoniaque liquide produit, avec le zinc, un précipité blanc , qui est redissous par le mélange en plus grande quantité de ce réactif. L’amîiioniaipie liquide
est d’un usage bien ulile pour l’analyste praticien , en lui fournissant , dans un grand nombre de cas , les moyens de distinguer les composés salins à base de chaux, de ceux à base de magnésie; parce qu’il précipite, en partie , les sels de magnésie , ce qui n’a pas lieu à l’égard des sels de chaux ; au moins , ceux-ci ne sont pas précipités lorsqu’il n’y a que présence de chaux seulement. Ce mode d’essai exige cependant certaines précautions; car, quoique la magnésie ne puisse être précipitée entièrement d’aucune de ses dissolutions par l’ammoniaque, cependant , s’il y a présence d’alumine, la précipitation est complète. C’est ainsi , que M. Chenevix trouva, qu’en ajoutant un excès d’ammoniaque à une dissolution d’hydro-chlorate de magnésie, mêlée avec unegrande proportion d’bydro-chlorate d’alumine, il ne restait autre chose, dans la dissolution, que de l’hydro-chlorate d’ammoniaque : les deux terres furent précipitées en combinaison , et l’afiinité de l’alumine pour la magnésie , avait tellement aidé la décomposition, qu’elle l’avait rendue complète ; cette affinité entre les deux terres, était même suffisante, pour résister à l’action que la potasse est capable d’exercer sur l’alumine. Et, de plus; si, dans l’examen d’un liquide, d’une eau minérale, par exemple, contenant de l’acide carbonique , soit libre , soit combiné avec la magnésie, on emploie l’ammoniaque liquide, il prendra à la magnésie une partie de l’excès de l’acide carbonique, et le carbonate d’ammoniaque précipitera alors le carbonate de chaux ; et, s’il y a présence de sels d’alumine , ils seront affectés de la même manière.
Il est de la plus grande importance de prendre en con-
sidération, en employant l’ammoniaque liquide comme réactif, la propriété remarquable, que celte substance a de former des sels triples avec les terres et oxidiis métalliques, ainsi que cela a lieu, lorsque les sulfates de magnésie , de chaux, et de fer, se rencontrent ensemble. Dans ces cas, par exemple, l’excès d’acide, s’il y en a , doit être d’abord neutralisé par l’ammoniaque ; si, alors, on ajoute du succinate d’ammoniaque, le fer, s’il est à un haut degré d’oxidation, se précipitera, et les terres resteront sans avoir été attaquées.
On peut encore évaporer à siccité la dissolution , et maintenir ensuite , pendant au moins une heure, le résidu, à la chaleur d’un rouge obscur. On opère, par ce moyen , la décomposition du sulfate de fer ; son oxide de fer reste, et le sulfate de chaux sera rendu insoluble, tandis que le sulfate de magnésie n’a éprouvé aucun changement. En faisant alors digérer la masse dans l’eau , le sulfate de magnésie est dissous.
S’il n’existe, dans le liquide, que des sulfates de fer et de magnésie seulement, le résidu insoluble sera, par conséquent, de l’oxide de fer.
On peut également séparer, l’un de l’autre, les sulfates de chaux et de magnésie , en opérant ainsi qu’il suit : si la quantité de sulfate de magnésie est petite , comparativement à celle du sulfate de chaux, l’animoniaque liquide, ajoutée àla dissolution, sépareraune portion de la magnésie, mais non la totalité ; et le sulfate de chaux ne sera pas attaqué, si Ton a eu la précaution de garder le mélange, pendant quelques heures, dans un flacon bien bouché , afin d’éviter qu’il absorbe l’acide carbonique de l’atmosphère. Mais , comme il y a plus
DES REACTIFS
ordinairement iieu à séparer le sulfate de cliauxM’une plus grande quantité de sulfate de magnésie, on peut tirer un grand avantage du très-peu de solulailité du premier de ces sulfates, lorsque l'autre se dissout aisément.
II faudrait done concentrera un haut degré, par l’évapo ration, le mélange des dissolutions ; et , lorsqu’après , quelques heures de repos, le sulfate de chaux se serait, en plus grande partie, déposé seul, on pourrait le séparer. On évaporerait alors la dissolution à siccité; et, après avoir fortement chauffé le résidu, et l’avoir réduit en poudre, on le mettrait en digestion avec trois ou quatre fois son poids d’eau froide , qui dissoudra en totalité le sulfate de magnésie, sans attaquer le peu de sulfate de chaux, qui aurait pu être resté après la première opération. On peut faire alors bouillir la dissolution avec du souS' carbonate de potasse , pour décomposer le carbonate de magnésie; et ce carbonate après avoir été lavé , séché, et exposé à une forte chaleur rouge, sera la magnésie.
On peut se 'servir aussi de l’ammoniaque liquide , commed'unréactif très-avantageux, pour séparer l’oxide de fer de l’oxide de manganèse. Nous sommes redevables de la connaissance de ce fait à M. Hatchett; et voici sa manière d’opérer : dans Ja dissolution, étendue d’eau, du minéral dans l’acide hydro-chlorique , on verse de l’ammoniaque liquide, jusqu’à ce que le mélange rétablisse légèrement la couleur bleue du papier de tournesol rougi par un acide; en lefdtrant alors, l’oxide de fer se séparera en restant sur le filtre, et l’oxide de manganèse passera à l’étal de dissolution, combiné avec l’acide bydro - chloriquc. Pour l’obtenir de celle
dissolution, il suffit de l’évaporer à siccité, et d’exposer ensuite le résidu à une chaleur rouge, pour en chasser l’hydro-chlorate d’ammoniaque.
EXPÉRIENCE CXXYII.
En ajoutant trois ou quatre gouttes de la dissolution de sulfate de cuivre, à de l’eau distillée, dans un tube éprouvette : il ne se produira aucun changement ; mais, si l’on y verse alors en excès quelques gouttes d’ammoniaque liquide J le mélange deviendra d’une belle couleur bleu de saphir, et il indiquera ainsi la présence du cuivre. On peut varier à volonté, cette expérience, comme il suit.
EXPÉRIENCE CXXVIIL
Ecrivez sur du papier avec une dissolution de sulfate de cuivre : les caractères de l’écriture seront de couleur verte, ou, si la dissolution est étendue, ils ne seront pas visibles. En tenant alors le papier au-dessus de la surface d’ammoniaque liquide, contenue dans un verre, ou dans une soucoupe, l’écriture prendra une belle couleur bleue, qui disparaît de nouveau, en plaçant le papier près du feu, ou, eu le laissant pendant quelque temps exposé à l’air libre.
On peut découvrir ainsi la présence du cuivre dans des articles de comestibles, auxquels on a donné une belle couleur verte, d’après les directions pernicieuses de la plupart des traités de l’art du cuisinier, soit, en faisant bouillir ces articles de comestibles avec un sou, soit, en les laissant séjourner, pendant vingt-quatre heures, dans des casseroles de cuivre ou de laiton. Il
DES ftÊACTirS
suffit, pour cela, de couper menu les articles soupçonnés, et de verser dessus, dans une fiole bouchée, de l’ammoniaque liquide, étendue d’un volume égal d’eau; s’il y a présence de la plus petite quantité de cuivre, l’ammoniaque prendra une couleur bleue.