EXPÉRIENCE XXXIX
Pour distinguer le fer de l’acier , en se servant de l’acide nitrique comme réactif, on étend cet acide avec une assez grande proportion d’eau, pour qu’il ne puisse agir que faiblement sur la lame d’un couteau ordinaire. Si, l’on fait tomber une goutte de cet acide ainsi étendu, sur de l’acier; et, si, après l’y avoir laissée pendant quelques minutes , on l’enlève avec de l’eau , elle y laissera une tache noire ; mais , si l’on fait tomber une goutte de ce même acide sur du fer, la tache, au lieu d’être noire , sera d’un gris blanchâtre. La couleur noire de la tache est due à la conversion du carbone de l’acier en charbon , qui devient alors prédominant; tandis, que le fer, étant à peu près dépouillé de carbone, ne peut produire qu’une tache grise.
Cet emploi de l’acide nitrique, comme réactif, ne se borne pas aux articles d’acier manufacturés et finis ; mais son application rend encore l’ouvrier ([ui travaille le fer et l’acier, capable de s’assurer de la qualité, et de ^'uniformité de contexture , des objets qui ne sont pas achevés.
Les remarques suivantes, de M. White, feront sentir
4a DES RÉACTIFS
Tutilité de ce réactif pour les ouvriers en fer et en acier, en général.
« Il arrive fréquemment, dit-il, que des objets ))de grande valeur, qu’on a l’intention de fabriquer en » fer ou en acier, ne sont trouvés défectueux que lors- » qu’on les a déjà travaillés à grands frais. Un morceau »de fer, qui, ainsi que cela arrive souvent, ren- » ferme une veine d’acier, exige au moins trois fois plus ))de travail et de soin pour le façonner au tour, qu’un «morceau de fer homogène. De l’acier, qui abonde en «taches ou veines, ne manifestera ces défauts que dans «l’opération finale, lorsqu’on essaie de lui donner le B dernier poli. D’autres articles d’acier, tels que des vis «délicates de micromètres, des lames des meilleures es- «pèces de ciseaux, des outils de graveur, des instru- «mens de chirurgie, etc. , ou se courbent, ou se défor- «ment à la trempe, à raison de la différence d’expan- » sion, ou bien , iis résistent à l’outil lorsqu’on les travaille «étant trempés, ou enfin, ils présentent, lorsqu’on vient «à les essayer, d’autres défauts sansremède, vices, que «l’essai préalable avec l’acide nitrique étendu aurait «indiqués avant qu’il eût été fait aucune dépense. Dans «ces cas, et dans beaucoup d’autres sans nombre, il «eût été incomparablement plus avantageux d’avoir re- »jeté la matière après l’avoir essayée, que de lui avoir «fait subir à grands frais les procédés de manufacture, «pour en confectionner des articles, qu’on reconnaît être «alors sans valeur. J’ai vu des barreaux d’acier, que le «vendeur me garantissait comme parfaits, et qui, à celle «épreuve par l’acide nitrique, se montraient aussi reni- «plis de veines et d’irrégularités, que le bois le plus gros-
»sier; par le même moyen , je me suis mis aussi en état » de choisir les morceaux les meilleurs et les plus homo- » gènes pour des ouvrages de la plus grande délicatesse; «tandis , que si j’eusse négligé cet essai, j’aurais éprouvé «très-souvent le désagrément de manquer la confection «d’articles manufacturés, dans les dernières opérations, «après beaucoup de frais et de travail. Il suffit, pour «faire l’essai, de rendre claire par la lime; ou le papier ))à l’émeri, la surface du métal, et d’y appliquer ensuite «l’acide nitrique très-étendu; les parties, qui contien- «nent les plus grandes portions de carbure de fer sè «manifesteront immédiatement d’elles-mêmes par leur «couleur noire.» [Repcrtory ofarts^ n® IV, pag. 202. — 1816).