‹ Traité théorique et clinique de percussion et d’auscultation, avec un appendice sur l'inspection, la palpation et la mensuration de la poitrineChapitre 7 sur 151 · PREMIÈRE DIVISION · texte numérisé non relu

PREMIÈRE DIVISION

Définition et but. — La percussion, considérée comme procédé d'investigation médicale, est un moyen de produire artificiellement sur le corps humain des résonnances accidentelles qui peuvent servir au médecin comme éléments de diagnostic, de pronostic et même comme données utiles aux applications thérapeutiques. La percussion remplit ce but complexe en faisant constater la compacité variable, solide, liquide ou gazeuse des corps sous-jacents au niveau de la partie percutée. D'après ces données, le praticien détermine la situation physiologique ou pathologique des organes, leurs limites, leurs déplacements et les lésions matérielles qu'ils présentent.

Historique. — On peut remonter jusqu'au temps d'Hippocrate pour trouver des indications sommaires de l'emploi accidentel de la percussion dans quelques maladies, mais ce n'en est pas moins à Avenbrugger que revient l'honneur de la découverte de la percussion méthodique de la poi-

trîne, comme celui de la découverte de l'auscultation revient «à Laennec (1).

La percussion, depuis son apparition dans la science, il y a plus d'un siècle, a été l'objet d'importants travaux. Nous allons rappeler sommairement les principaux, nous réservant de revenir, dans le courant de cet ouvrage, sur les particularités intéressantes qu'ils contiennent, et sur celles qui ont été exposées dans les travaux de moindre importance.

L'Inventum novum d'Avenbrugger, qui fonda la percussion comme moyen de diagnostic, fut publié vers la fin du dernier siècle à Vienne, en Autriche (2), après sept années d'observations faites par l'auteur au milieu de contrariétés et de labeurs opinmtres (ititer lœdia et labores). On y trouve la méthode que l'on a généralement suivie depuis pour l'étude des autres modes d'exploration physique. Il nous parait d'autant plus nécessaire de le rappeler, que l'on trouve dans son livre une foule de faits réédités après lui comme nouveaux, et que l'on a eu le tort, sans doute inconsciemment, de ne pas lui attribuer (3).

En signalant ce mode d'exploration comme devant prendre place après l'examen du pouls et de la respiration, Avenbrugger se plaint, comme la plupart des inventeurs, des

(1) La plus complète bibliographie des auteurs anciens qui ont parlé de ces applications éparscs de la percussion se trouve clans le Compendium de médecine pratique de Monneret et Fleury, t. VI, p. 363.

(2) Avcnbrugger, Inventum novum ex percussione thoracis humani ut signo abstruses interni peetoris morbos detegendi. — L'auteur a daté sa préface du 31 décembre 1760; son ouvrage a donc été publié en 1761, et non en 1763 comme l'a dit Corvisart.

(3) On avait trop laissé dans l'oubli l'ouvrage d'Avenbrugger et les commentaires de Corvisart, lorsque, dans mes Etudes sur les bruits de percussion thoracique, en 1855, j'appelai l'attention sur certains détails importants de cet ouvrage. C'est ce qu'a fait également M. Ernest Besmer, dans son. important article Matité du Dictionnaire encyclopédique des sciences médicales.

obstacles qui lui ont été suscités par les envieux et les calomniateurs (Préface).

Le plan de son ouvrage est fort simple. L'auteur s'occupe d'abord du son naturel produit sur le thorax de l'homme bien portant par la percussion directe ou immédiate, la seule dont il traite. Il étudie le son obtenu dans les différentes régions de la poitrine, en recommandant avec raison l'étude préalable de ce son naturel sur un grand nombre de sujets.

Il décrit ensuite la manière de percuter, en faisant des recommandations fort judicieuses sur les précautions à prendre, et il indique les positions diverses que doit présenter l'individu percuté quand on explore les différentes régions de la poitrine.

Il dénomme son contre nature (sonus prœlernaturalis) l'ensemble des sonorités anomales de percussion indiquant qu'il y a maladie. Il explique le son contre nature par la diminution du volume ordinaire de l'air contenu dans la cavité thoracique ; et enfin il termine en passant en revue les différentes affections dans lesquelles la percussion peut éclairer le diagnostic et le pronostic.

Il nous sera facile de démontrer que le texte de l'auteur n'a pas toujours été bien compris par ses traducteurs en ce qui regarde les qualités du son obtenu.

L'ouvrage d'Avenbrugger n'eut pas à son apparition, en 1761, le moindre retentissement parmi ses compatriotes. C'est' la France qui le fit connaître. En 1770, il en parut une traduction française faite par Rozière de la Chassagne, à la suite d'un Manuel des pulmoniques; mais le traducteur avouait son indifférence pour ce procédé d'exploration.

Plus de quinze années s'étaient écoulées depuis la publication d'Avenbrugger lorsque Stoll, reçu médecin à Vienne en 1772, publia ses aphorismes, dans lesquels il rappelle, entre autres choses relatives à la péripneumonie, que « la région de la poitrine qui contient la portion enflammée du

poumon, étant frappée, ne donne point ou donne moins de son que l'autre qui lui correspond (1) ».

Corvisart ressentit une vive impression à la lecture du passage de Stoll, comme il nous l'a appris lui-même, en manifestant son étonnement que, depuis Avenbrugger et pendant les années qu'il consacra ensuite lui-même à l'étude de la médecine pratique dans les hôpitaux, il ne lui fût pas arrivé de voir les médecins utiliser la percussion de la poitrine, ni même d'entendre prononcer le nom de son inventeur.

Après s'être convaincu par une longue expérience de l'importante utilité de cette méthode d'investigation, il pensa rendre un grand service à la pratique « en tirant l'ouvrage d' Avenbrugger de l'oubli total et extraordinaire dans lequel il était tombé en France particulièrement ». Sa traduction, avec le texte latin d'Avenbrugger en regard, parut en 1808, près de quarante ans, par conséquent, après la publication de l'inventeur (2). Enrichie de nombreux et importants commentaires, que nous aurons souvent à rappeler, cette traduction, due à un médecin déjà célèbre, implanta définitivement en France l'usage de ce précieux moyen d'exploration. Corvisart confirma par expérience la plupart des faits avancés par Avenbrugger. Malgré quelques erreurs de traduction, on ne saurait admettre, comme on l'a dit, qu'il n'a rien ajouté d'important aux recherches du médecin de Vienne. Nous verrons qu'il a doté la percussion de particularités utiles.

Laennec considéra la percussion commeun mode d'exploration très-secondaire comparativement à l'auscultation. Néan-

(1) Cette publication a pour titre Aphorismes sur la connaissance et lu curalion des fièvres, publiés par Maximilicn Stoll. Traduction Mahon, 1809, p. 45.

{"I) Nouvelle Méthode pour reconnaître les maladies internes de la poitrine par la percussion de celle cavité, par Avenbrugger. Traduit par J.-N. Corvisart, 1808.

b PERCUSSION.

moins il fut loin de la négliger; il perfectionna notablement la connaissance de ses résultats, comme l'avait fait Corvisart, en faisant connaître des signes nouveaux.

Piorry, qui eut Laennec pour maître, est le médecin français qui s'occupa ensuite de la percussion avec le plus d'ardeur. Il a préconisé avec un grand succès la percussion médiate, dont l'étude approfondie a été le but principal de ses investigations. Il publia en 1828 son premier ouvrage (1), traitant de la partie expérimentale de celte méthode de diagnostic; il l'appliqua non-seulement à l'exploration de la poitrine, mais encore à celle de l'abdomen, ce qui fut un progrès considérable.

Cet ouvrage contenait une bonne critique de la percussion directe ou immédiate, et faisait connaître la percussion médiate à l'aide du plessimètre, instrument de l'invention de l'auteur.

En 1831, Piorry publia une seconde édition de cet ouvrage, entièrement refondue. Dans la première, l'auteur, ayant à prouver l'utilité de la percussion médiate, s'était appuyé principalement sur des expériences cadavériques. Cette seconde édition était plus pratique (2). Ces publications et les nombreuses conférences cliniques de l'auteur eurent pour résultat de faire abandonner la percussion immédiate ou directe pour la percussion médiate, qui devint usuelle. Quand au plessimètre, il n'a pas été jugé indispensable comme moyen de médiation, ainsi que le considère Piorry; nous le montrerons plus loin.

Quoi qu'il en soit, l'importance des travaux de cet observateur sur la percussion ne saurait être contestée, qu'on le

(I) De la percussion médiate et des signes obtenus à l'aide de ce nouveau moyen d'exploration dans les maladies des organes thoraciques et abdominaux, 1828, I vol. in-8°.

("2) Il faut confondre avec celle seconde édition de 1831 celle qui parut en 1895; celle-ci n'avait do nouveau que son litre cl son faux lilrc.

HISTORIQUE. 7 considère ou non comme inventeur du procédé médiat en principe. Mais sans porter atteinte à la valeur de ses travaux, il est permis de faire remarquer que, par une étude de plus en plus approfondie de la percussion, il en est arrivé à des résultats tellement subtils, que leur utilité pratique paraît contestable au plus grand nombre. C'est ce que l'on trouve aussi dans son dernier ouvrage résumant toutes ses recherches antérieures sur la percussion (1).

Le professeur Skoda, en publiant, en 1839, son ouvrage sur la percussion et l'auscultation, s'affranchit complètement de tout ce qui avait été fait avant lui, pour envisager la question au point de vue scientifique ou physique, h peu près négligé précédemment (2). Ce traité a eu le mérite de donner une impulsion toute nouvelle aux recherches dont la percussion a été l'objet; de plus il contient des faits nouveaux et importants dont j'aurai à discuter la valeur.

On a dû à un excellent mémoire du docteur Henri Roger te première connaissance en France des idées de Skoda sur la percussion (3). Deux années plus tard, il parut une traduction complète de l'ouvrage du professeur de Vienne par Àran, qui la publia avec des remarques critiques intéresT santés (4).

En outre de ces publications réellement importantes sur la percussion, il y a eu beaucoup d'autres ouvrages ou mémoires dont elle a été l'objet, et sur lesquels il me paraît inutile de m'appesantir, parce que j'aurai à y glaner, chemin faisant, en poursuivant l'étude de la percussion. Je

(1) Piorry, Traité de plessimélrisme et d'organegraphisme, 1866.

(2) J. Skoda, Abhandlung iiber perkussion und aaskultation, 1839.

(3) Recherches sur quelques nouveaux signes fournis par la perçus* «ion, et sur le son tgmpanique dans les épanchemenls liquida de la plèvre. (Archives de médecine, 1852.)

(4) Traité de percussion et d'auscultation, par le professeur Skoda (de Vienne); traduit de l'allemand, avec des notes et des remarque' critiques, par le docteur F. -A. Aran, 1854.

« PEKCl'SSION.

ne saurais cependant omettre de signaler l'ouvrage de Walshe (1) d'une façon particulière, ainsi que les publications de Mailliot reproduisant les idées de son maître Piorry.

Frappé depuis longtemps de la confusion dans laquelle se trouvait l'étude des bruits de percussion, je publiai en 1855 et 1856 deux mémoires dans lesquels je m'efforçai de simplifier, en les groupant, les éléments acoustiques dont il me paraissait utile de tenir compte (2). Ces études, dont la publication ne fut pas poursuivie, se trouvent complétées dans cet ouvrage.

Plus récemment, Paul Niemeyer (de Magdebourg) a fait de la percussion et de l'auscultation l'objet d'un ouvrage historique et critique divisé en trois parties, et dont la première est consacrée à la percussion (3). On y voit que l'auteur a pris une connaissance complète des publications allemandes et étrangères relatives à la percussion; mais il s'applique à faire exclusivement prévaloir les idées allemandes. Un précis de cet ouvrage a été traduit en français (4) et consacré à l'exposition des faits donnés par le traducteur comme acquis à la science, ce qui est un peu hasardé ; car nous aurons à y signaler de nombreuses assertions aventurées. Mais ce que je dois signaler dans les publications de cet auteur, c'est une inconsciente tendance de retour à la classification française, comme il sera facile de

(1) Une excellente traduction annotée de l'ouvrage de Wallcr H. Walshe sur les maladies de la poitrine, a été faite sur la 3° édition, par le professeur Fonssagrives, en 1870.

(2) Éludes sur les bruits de percussion thoracique. (Arch. gèn. de méd., 1855.) — Nouvelles Eludes sur les bruits de percussion thoracique : Du sou tympanique ou tympanisme de la poitrine dans les maladies. (Ibidem, 1856.)

(3) Ilandbuck der theoretischen und clinischen Percussion und Auscultation vom historischen und critischen Standpunkte. I8C8.

(1) Paul Niemeyer, Précis de percussion et d'auscultation, traduit de l'allemand par A. Szerlecki lils, 1874.

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