‹ Traité théorique et practique des opérations de banqueChapitre 53 sur 168 · SPÉCULATIONS SUR LES FONDS, ETC · texte numérisé non relu

SPÉCULATIONS SUR LES FONDS, ETC

moyen nouveau pour eux d^augmenter leur fortune en peu de temps.

Les spéculateurs de Bourse peuvent se diviser en deujf classes que l'on distingue dans la pratique à ce signe certain, que les uns vont chez Tagent de change donner leurs ordres, tandis que l'agent de change va prendre à domicile les ordres des autres. Entre les deux classes se trouvent ceux chez lesquels vont seulement les commis de Fagent de change. Nous venons de dire quels étaient les spéculateurs de la première espèce.

Dans cet étrange marché où la plupart des vendeurs et des acheteurs ne savent pas avec qui ils opèrent, les petits spéculateurs et les nouveaux venus ne connaissent que leur agent de change chez lequel sont déposés le plus souvent leurs fonds et leurs titres et autour duquel ils s'agitent^ achetant ou vendant sur une parole, sur une conjecture, au hasard, sans aucune donnée certaine s\xr le résultat de leurs opérations. L'habitué de Bourse n'a sur le spéculateur d'occasion qu'un avantage, c'est d'être quelquefois informé un peu plus vite et de savoir mieux s'y prendre pour se retourner et annuler une fausse opération : il connaît mieux la manœuvre des marchés à terme.

Mais pour peu que l'on réfléchisse à Tensemble des règles qui constituent en quelque sorte le code des marchés à terme, on s'aperçoit bien vite que ceux qui joignent à la possession de capitaux importants l'habitude des spéculations de Bourse, jouissent d'avantages tels, qu'ils sont en réalité les maîtres du marché dans les temps ordinaires. Ils peuvent à volonté exiger livraison effective, ou forcer livraison dans les marchés à terme, c'est-àdire agir énergiquement dans le sens de la hausse ou de la baisse, et eux seuls le peuvent.

Ite ont encore à leur disposition un moyen plus efficace et plus direct. En effet, il y a bien trois cours de rente : 1<> au comptant; a** à terme; 3° à prime; mais les cours qui règlent la liquidation des marchés fermes et à prime ne peuvent jamais s'écarter beaucoup du comptant vers lequel ils sont ramenés sans cesse par les reports et par les escomptes qui ne leur permettent ni de s'abaisser beaucoup au-dessous, ni de s'élever beaucoup au-dessus du cours au comptant.

Or le cours au comptant s'établit, dans les temps ordinaires, 2« ÉomoN. 9

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sur uii petit nombre de ventes effectuées par des jiarticuliers étrangers à la spéculation, d'après leurs besoins. Le spéculateur qui dispose de grands capitaux peut toujours^ en même teipps qu'il fait des marchés à terme^ dominer le marché aii comptant DU les affaires réelles s*élèyent au cinquantième à peine de la somme des marchés à terme et dont le cours règle tous les autres. Un tel spéculateur opère-t-il à la hausse : lorsque approche Iç moment de la liquidation, il lui suffit de demander^ pendant quelques jours^ de faire acheter au comptant une somme considérable des rentes ou des actions sur lesquelles il a opéré ; la hausse est inévitable sur les trois cours. Spécule-t-il à la bais^ : à l'approche de la liquidation^ il offre sur le marché au comptant de fortes parties de rente, et une baisse opportune lui donne )a facilité de liquider ses opérations à terme avec avantage. Par ce moyen, il compense et bien au-delà^ sur les marchés à terme^ qui roulent sur des chif&es énormes de valeurs fictives, les pertes qu*il peut subir sur les marchés au comptant. Qu*importe unç perte de 1 p. % sur 10 à celui qui se procure, par ce moyen, un gain de J p. ^/oSur 50?

Si plusieurs capitalistes de premier ordre opéraient en mèni9 temps en sens opposé, il s'établirait entre eux une lutte dans laquelle la victoire resterait à celui que le mouvement naturel des affaires sérieuses, du marché au comptant viendrait à favoriser. Mais ce serait un jeu plein de périls auquel les possesseurs de grands capitaux n'ont garde de se livrer. A quoi bon courir des risques, lorsqu'on peut opérer à coup sûr. En vérité, on ne peut assez admirer Tardeur des spéculateurs vulgaires qui achètent et vendent dans l'obscurité la plus profonde, au hasard, sans connaître la valeur de ce qu'ils font.

Il est vrai qu'ils s'attachent à calculer la portée financière des événements, à supputer les résultats probables d'une nouvelle vraie ou fausse sur le cours des fonds. Ils ont les yeux fixés sur les causes naturelles de hausse ou de baisse, et ce sont des causes artificielles qui régissent les cours dans les temps ordinaires. — « J'ai gagné ! mes calculs étaient justes; je suis un habile poli-^ tique! » — Point. Vous avez opéré dans le même sens que MM. X, Y, Z, et vous n'en saviez rien. — Les révolutions seules déroutent quelquefois les combinaisons que l'on pourrait appeler

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de force m^eure; encore u'oot-elles pas toujours ce résultai. Si de semblables combinaisons se produisaient souvent, elles auraient bien vite déoouragé la spéculation par la ruine suecesttve et prompte des spéculateurs. Aussi ne sont elles pas trèsfréquentes; la spéculation sur les rentes ou actions n'est qu'une disUaciion pour lès détenteurs de grands capitaux, et ils préfèrent opérer sur les émissions d'actions industrielles.

§ 9* *^ Émiaion dis acHonê induiiriêUês.

' Les actions industrielles anciennes, classées^ dont le produit est eonnu^ ne donnent guère lieu à des opérations à livrer, à moins que des causes spéciales et accidentelles, telles qu'un accroissement de concession, une fusion, etc., ne les signalent à l'attention des spéculateurs. Il en est autrement des actions en émission. Dès que celles-ci sont émises par un banquier accrédité, quelle que soit leur valeur intrinsèque, elles sont assurées d'une hausse, à moins que les capitaux mobiliers ne soient ou ne deviennent raree* Pourquoi? Uniquement parce que les spéculateurs de profession ont confiance dans le banquier qui émet les actions^ et qu'ils ont l'habitude de le suivre. Cette hausse est si bien prévue qu'elle a donné lieu à une mendicité d'un genre nouveau, qui s'est répandue au-delà de ce que Ton pourrait imaginer.

Une Compagnie est fondée au capital de 40, 50, 100 millions, divisés en actions de 500 fr. ou de 1,000 fr., par exemple, pour la confection et Vexploitaf ion d'un chemin de fer. Aux termes de l'acte de société^ les actionnaires doivent verser le montant de leurs actions en quatre ou cinq termes successifs. Toutes ces actions sont prises immédiatement, au pair, par un ou plusieurs grands capitalistes qui versent le premier terme, soit un cinquième. Au«ifit6t ces capitalistes sont assaillis de demandes : des gens du mi^dâe} des femmes, des diplomates^ des danseuses, des ma«> gistrats, des militaires viennent solliciter bien humblement, qui 20, qui 30, qui 100, qui 500 actions au pair. Est-ce pour faire un placement sérieux 1 0nt-ils besoin de placer des fonds ? Ont-ils même les fonds nécessaires pour acquérir la propriété intégrale des actions qu'ils sollicitent? Nullement; mais ils savent que ces

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actiong se coteront en hausse à la Bourse dès le premier jour, que les spéculateurs se les arracheront à 50^ 100^ -500 fr. de prime, selon l'état du marché; qu'ils achèteront^ par exemple, 150, 200^ 600 fr. une action de 500 fr. sur lesquels 100 fr. seulement ont été versés^ qui a coûté, par conséquent^ 100 fr. au pair. On se propose de vendre^ de réaliser la prime avant Féchéance du second terme qui amène un nouveau versement d'un cinquième. Celui qui sollicite au pair 100 actions de 500 fr. sait fort hien que^ moyennant 10^000 fr.^ il obtient un titre qu'il peut vendre à l'instant 15,000, 20,000 fr. C'est une aumône de 5,000, de 10,000 fr. qu'il demande au capitaliste ou fondateur^, et lorsque celui-ci raccorde, il doit avoir ses raisons.

En effet il intéresse à son affaire et engage dans sa spéculation un grand nombre de personnes placées de manière à lui être utiles, soit auprès de Topinion, soit auprès du gouvernement, dans les assemblées délibérantes. Le cercle des spéculateurs s'é* tend, et il est difScile que les capitaux disponibles ne soient pas entraînés dans le mouvement qui se produit : bientôt ces capitaux viennent en effet, pour spéculer parfois, mais pour rester engagés au besoin. Tel capitaliste de département retirera les fonds qu'il avait en dépôt chez son banquier, exigera le remboursement d'un prêt hypothécaire, pour venir acheter des actions de chemins de fer. Cependant la compagnie s'organise^ elle fonctionne, emploie les 100 fr. par action versés dans ses caisses, et réclame un second versement. A ce moment, d'ordinaire, l'émission est accomplie, les spéculateurs, les gens du monde surtout, détiennent encore beaucoup de titres, et les capitalistes qui cherchent un placement durable en ont quelque peu. Ceux-ci versent le second terme; parmi les spéculateurs, les uns ont recours aux expédients et le versent aussi. Le capitaliste de département que nous avons toutrà rheure pris pour exemple, réalise à outrance les créances liquides qu'il peut avoir sur le commerçant ou l'industriel de sa localité; au besoin même, de préteur qu'il était, il devient emprunteur et engage ses immeubles. Un certain nombre de spécu*

* Cela est si irrai que dans ces derniers temps une maison expérimentée a pris le parti de garder les titres et d'envoyer des bons de caisse pour le mon** tant de la difTérence aux personnes qu'elle jugeait hors d'état d'acquitter et de garder au t)€Soin les actions.

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lateurs qui ue pei^vent faire le second vereement^ vendent leurs titres à tout prix^ ou on les vend pour eux. Il ^e produit naturellement alors un mouvement de baisse dont les habiles savent profiter^ puis la hausse reprend son cours. Les mêmes oscillations se produisent à chaque versement^ jusqu'à la libération entière de Faction qui finit par rester aux mains d'un capitaliste sérieux. A mesure que cette action preod une valeur certaine, la spéculation s'en éloigne, la quitte pour une autre^ et l'action se classé; son prix se règle sur le revenu qu'elle produit. Que de primes gagnées et perdues avant qu'elle soit parvenue à ce point! 11 est arrivé plusieurs fois, notamment en 1837 et 1847, que les actions industrielles, trop abondantes pour l'état du marché^ sont restées en suspens aux mains des banquiers et des spéculateurs^ à défaut de preneurs disposés à payer les primes. On voyait alors les travaux s'arrêter, les engagements envers l'État laissés en souffrance, puis modifiés au profit des compagnies, de manière à relever les cours.

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