‹ Traité théorique et pratique de l'agriculture [microforme]Chapitre 42 sur 139 · PRINCIPES D’ASSOLEMENT · texte numérisé non relu

PRINCIPES D’ASSOLEMENT

Les culivateurs trouveront que la culture successive de différens vé. gétaux est une pratique très avantageuse, Sir H. Davy dit.—‘ C’est un grand avantage dans le sysème convertible de culture, que tout l’engrais soit employé, et que teli:s parties qui ne sont pas propre à une récolte, reste comme aliment d’une autre. Donc, si le naveau est le premier dans l’ordre de la succession, la récolte engraissée avec du fumier vert, trouve immédiatement assez de matières solubles pour sa nourriture ; et la chaleur produite par la fermentation, aide la germination de la semence et.les progrès de la plante. Si, après les naveaux, on sème de l’orge avec de la graine de foin, la terre, ayant été peu épuisée par la récolte des naveaux, offre au grain la partie soluble de l'engrais qui se décompose, L’herbe et letrefle qui restent, ne retirent qu’une petite portion de leur matière organisée du sol, et consument probablement le plâtre qui se trouve dans l’engrais, qui serait inutile aux autres récoltes. Lorsque le sol est épuisé, de l’engrais vert y est encore sppliqué.

Les pois ét les fèves s:mlent dans toutes les occasions bien propres à préparer le sol pour recevoir le blé ; et dans certains terrains riches on les cultive alternativement pendant des années entières. Les pois et les

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Le pouvoir des végétaux d'épuiser le sol se fait particulièrement remarquer dans certains champignons. On dit que les champignons ne lèvent jamais une deuxième année à la même place.

Dernièrement il parait avoir été établi d’une manière satisfaisante, que les racines de toutes les plantes, qui imbibent leur nou.:iture ont aussi des fonctions excrétoires, et que dans le sol dans lequel des plantes croissent, leurs racines déposent certaines matières excrémentielles, pernicieuses aux plantes dont elles sont séparées, et qui, par conséquent ne peuvent pas être absorbées une auure fois avant d’avoir été décomposées de nouveau. On a cité ces matières excrementielles comme une raison de ce que le sol est tant détérioré pour avoir produit pendant long-tems une même espèce de plantes ; et delà la nécessité de la succession des cultures.

Yvert et Charles Piclet (cours complet d’agriculture ; articles assclemens et succession de culhure ; jou traité des assolemens, Paris 8°) ont établi le principe d’assolement de la manière suivante :

Le premier principe ou le fondamental c’est : chaque plante épuise le sol.

2°, Toutes les plantes n’épuisent pas le sol au même dégré.

30, Les plantes de différentes espèces n’épuisent pas le sol de la même manière.

49, Toutes les plantes ne rendent pas au sol ni la même quantité ni la même qualité d’engrais.

De ces principes fondamentaux sont déduites les conséquences suivantes :

1°, Quelque bien préparé que soit un sol il ne peut pas longtemps et successivement nourrir les mêmes végétaux sans s’épuiser.

29, Chaque récolte amaigrit le sol plus ou moins, en raison que la plante qui est cultivée le rétablit plus ou moins.

3°, Des plantes à racines perpendiculaires et celles à racines horizontales doivent alternativement se succéder,

49, Des plantes d’une même espèce ne devraient pas trop souvent se succéder,

59, Deux plantes favorisant chacune la croissance des mauvaises herbes ne doivent pas se succéder.

6°, Des plantes qui épuisent éminemment le sol,telles que les céréales et les plantes huileuses ne doivent pas être semées dans une terre qui n’est pas en pleine force.

7°. En proportion qu’on trouve que le sol s'épuise par des récoltes successives, on doit cultiver des plantes qui l’épuisent moins.

L'influence de l'assolement en détruisant des insectes a été prouvée par Olivier, membre de l'institut de France, qui a décrit tous les insectes fepulæ muscæ, qui vivent sur la couronne ou collier des racines des céréales, et il a démontré qu’ils se multiplient indéfiniment, si le même sol présente la même récolte pendant plusieurs années successives, ou même des récoltes analogues. Mais s’il intervient une récolte de végétaux sur lesquels ces insectes ne peuvent pas vivre, p.e. des fèves ou des naveaux après du blé ou de l’avoine, toute la race de ces insectes périt sur ce champ au défaut d’une nourriture convenable à leurs larves.—(Mém. de la Société Royale d'Agriculture de Paris.)

DES ENGRAIS, DE LA FERMENTATION, &c.

Toute espèce de matière propre à promouvoir la végétation des plantes, peut être considérée comme engrais. Le traité chimique sur le sol et les engrais par Sir FH. Davy,est un ouvrage de grand mérite. Il a expliqué de quelle manière la plante se procure sa nourriture de substances animales et végétales.

Des substances animales et végétales déposées dans le sol sont consommées, comme nous le savons par expérience, pendant le procès de la végétation ; et elles ne peuvent nourrir les plantes qu’en leur donnant des matières solides propres à être dissoutes par l'eau. Donc le grand objet dans l'application de l'engrais devrait être de procurer aux racines des plantes autant de matière soluble que possible ; et cela d’une manière lente et graduelle de sorte qu'elle puisse entièrement être consommée en formant le sap et les parties organisées. Les engrais provenant d'animaux contiennent en général un excès de matières fibreuses et insolubles, qui doivent être soumises à un changement chimique avant de pouvoir servir de nourriture aux plantes. Plus il y a de gluten, d’albumine ou de matières solubles dans l’eau, dans les substances végétales exposées à la fermentation, plus le procès, toutes les autres circonstances étant égales, sera rapide. Les maiières animales sont plus sujettes à la décomposition que les matières végétales, et durant l’action de leur fermentation il s’y forme l’acide carbonique et l’ammoniac. Lorsque les engrais consistent particulièrement en matières solubles à

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Les qualités et la nature des engrais dont on se sert ordinairer1ent devraient être connues de tout fermier. De différens engrais contiennent de différentes proportions des élémens nécessaires à la fermentation, et exigent un traitement différent afin de pouvoir produire dans la culture tout leur effet. Toutes les plantes vertes contiennent des matières saccharines ou mucilagineuses, avec des fibres boiseuses et elles fermentent aisément. Comme engrais on ne peut donc pas s'en servir trop-tôt après leur mort. De-là l'avantage d’enterrer avec la bèche ou la charrue des champs couverts de végétaux soit naturels au so], soit semés à propos ; on ne devrait paurtant pas trop les enterrer, autrement la fermentation sera empèêchée par la compression et par l’exclusion de l'air. On devrait les enterrer, s’il est possible, lorsqu'ils sont en fleur, ou lorsque la fleur est prête à paraître; parceque c’est à cette époque que ces végétaux contiennent la plus grande quantité de matière soluble, et que leurs feuilles préparent avec la plus grande activité des matières nutritives. Les récoltes vertes, les herbes aquatiques, la vase des fossés, n’exigent aucune préparation pour pouvoir servir d'engrais ; il en est de même d’aucune matière végétale fraîche, La décomposition procède lentement sous le sol, et les matières solubles sont graduellement dissoutes. Lorsqu'on relève d’anciens pacages et qu’on les rend arables, le sol n’a pas seulement été enrichi par la mort et le dépérissement lent des plantes qui y ont laissé des matières solubles, mais les feuilles et les racines des herbes qui y vivent dans letemps, et occupent une si grande surface, produisent des matières saccharines, mucilagineuses et extractives, qui deviennent la nourriture immédiate des récoltes et offrent par leur décomposition graduelle, un renfort pour des années à venir.

La paille sèche de blé, d'avoine, d’orge, de fèves et de pois, de foin gâté ou aucune autre matière végétale sèche est, en tout cas, un engrais utile. En général on fait fermenter ces objets avant deles employer. Sir H. Davy dit : “il n’y a pas de doute que la paille de différens végétaux, enterrée immédiatement, offre de la nourriture aux plantes : maisil y a une objection à se servir de la paille de cette manière, vu la difficulté d’enterrer une paille longue et parcequ’elle gâte l'économie rurale. Lorsqu’on fait fermenter la paille, elle devient un engrais plus aisé à manier ; mais alors aussi il y a une grande perte de matière nutritive. On obtient peut-être plus d'engrais pour une seule récolte, mais la terre en est moins améliorée qu’elle ne le serait, si toutes les matières végétales pouvaient être plus finement divisées et mieux mêlées avec le sol. C'est l’usage de mettre la paille, qu’on ne peut pas autrement employer, sur le tas de fumier, pour s’y décomposer et fermenter ; mais il vaudrait la peine d’un essai pour savoir, sion ne

pourrait pas s'en servir plus économiquement en la coupant en parties très-minces moyennent une machine convenable, et en la tenant sèche jusqu’au moment qu’on la mettrait dans la terre. Dans ce cas elle se décomposerait plus lentement, elle produirait moins d’effet au commenccment, mais ses effets dureraient plus long-temps. ”

Je suis décidément d'opinion que de la paille sèche enterrée judicieusement, donnera plus de nourriture aux plantes dans un tel sol, pendant une période de trois ans, qu'une égale quantité de paille appliquée après la fermentation.

Des matières tourbeuses, mêlées avec le fumier de cour feront un excellent engrais après une fermentation convenable. Les cendres de bois, corne, des cheveux ou crins, des guénilles de laine, dez plumes, le rebut des différentes manufactures de peaux et de cuir, feront tous de l’engrais.

Lies chevaux, les vaches, ou d’autres quadrupèdes qui meurent par accident ou par maladie, après qu’on leur a ôté la peau, sont souvent laissés exposés à l'air, jusqu’à ce que les oiseaux et les animaux de proie les aient détruits, et qu’ils soient décomposés ; et dans ce cas, la plus grande partie de leur matière organisée est perdue à la terre où ils gisent, et une grande portion sert à remplir l’atmosphère de gaz dangereux. ÆEn couvrant des animaux morts avec cinq ou six fois leur volume de terre mêlée avec une partie de chaux, s'il est possible, et les laissant dans cet état pendant quelques mois, leur décomposition pénétrerait le sol de matières solubles de sorte à en faire un excellent engrais ; eten y mêlant un peu de chaux vive lors de ce procédé, les exhalaisons désagréables seraient en grande partie détruites, et on pourrait s’en servir dans la culture comme d’autres engrais.

Le poisson forme un fort engrais, sion l’enterre frais, et en petite quantité. L’huile de baleine ou toute autre substance huileuse, mêlée avec de l'argile, du sable ou une terre ordinaire fait un bon engrais, qui conserve ses forces fertilisantes pendant plusieurs annécs,

En Angleterre, en Ecosse et sur le continent de l’Europe on emploie beaucoup les os, Plus il sont divisés, plus leurs effets sont grands. On les fait moudre et s’en sert en poudre. Pour se servir de cet engrais avec avantage la terre doit être sèche. On l'emploie ordinairement dans Ja culture des naveaux.

L’urine des animaux, mêlée avec des matières solides augmente beaucoup l'engrais. On prétend qu’elle contient les élémens essentiels des végétaux en état de solution.

Les vidanges des privés sont un engrais très fort, comme tout le monde le sait, et dans quelque état qu’on s’en serve, soit avant ou après la fermentation, il procure abondance de nourriture aux plantes. On peut détruire son odeur désagréable en le mêlant avec de la chaux vive. Les Chinois, qui possèdent de plus grandes connaissances pratiques de l’usage et de l’application des engrais qu'aucun autre peuple connu, mêlent les vidanges de leurs commodités avec un tiers de leur poids de marle, en font des gâteaux et les sèchent en les exposant au soleil. On dit que ces gâteaux n'ont pas une odeur désagréable, et sont un objet com

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Le fumier des chevaux, bêtes à cornes, moutons, a été soumis à un examen chimique par Thaër et autres, selon lesquels il contient des matières solubles à l’eau ; et donne en état de fermentation à peu près le même produit que les substances végétales. Il ne parait donc pas y avoir de raison pour le faire fermenter autrement que dans le sol, de même que les autres fumiers purs ; ou sion veut qu'il fermente, on ne devrait le laisser atteindre qu’un petit dégré de fermentation.

La fange des rues et des routes, les balayures des maisons peuvent être considérées comme des compostes (engrais artificils) et peuvent servir sans fermentation.

La suie est un puissant engrais, dont on peut se servir lorsqu’elle est sèche en la jetant dans la terre avec la semence ; elle ne requiert aucune préparation.

En Hollande, en Flandre, dans les Pays-Bas, en France et en Suisse l’'engrais liquide des étables et écuries est soigneusement ramassé, dans des réservoirs, dans lesquels on le laisse fermenter, Le plancher sur lequel sont tenus les animaux est de planches avec une inclinaison de quatre pouces de la tête aux parties postérieures dont les excrémens tombent dans une goutière derrière, ainsi que cela se fait dans les étables anglaises. La profondeur de cette goutière est de quinze pouces, la largeur de dix. Elle devrait être faite de manière à recevoir aisément l’eau d’un réservoir voisin ; elle communique avec cinq fosses par des trous qu’on ouvre pour y faire passer la glaire et que l'on ferme selon les circonstances. Ces fosses ou réservoirs sont couverts de planches un peu plus basses que celles sur lesquelles se trouvent ies animaux. Cette couverture est nécessaire à la fermentation facile. Les fosses ou réservoirs sont faits en maçonne, bien cimentée et leur fond devrait être d’argile bien battue pour empêcher l’infiltration. Il devrait v en avoir 9, afin que le liquide ne soit pas troublé pendant la fermentation, qui dure plusieurs semaines. Leur dimension doit être calculée d’après le nombre d’animaux que contient l’étable, de sorte que chacun se remplit dans une semaine. Mais pleine ou non, doit être fermée à la fin de la semaine, pour pouvoir adopter un système régulier de les vider, ce qui se fait au moyen de pompes portatives. Le soir le bouvier ou garçon d’écurie verse une quantité convenable d’eau dans la goutière, et en y retournant ie matin, il mêle soigneusement avec l’eau l’excrément qui y est tombé, en éclaircissant les parties les plus compactes, de manière à former un liquide égal et courant. La qualité de l’engrais dépend de la manière parfaite de ce procédé. Le liquide ne doit être ni trop épais, pour que la fermentation ne soit pas difficile, ni trop léger, afin de ne pas contenir trop peu de matière nutritive. Dès que le mélange est fait on lui permet de descendre dans la fosse et la goutière de nouveau est pourvue d’eau. Toutes les fois que le gardien entre dans l’étable pendant le jour, il jette tout excrément qui se trouve sous les animaux

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