‹ Traité théorique et pratique de l'agricultureChapitre 2 sur 84 · PRÉFACE · texte numérisé non relu

PRÉFACE

UNE Providence hicnfaisante a fourni pm Can.ada des sources inépuisables de richesse, en lui donnant un soi trt^s-fertile et un climât qui n'est point du tout défavorable à l'Agriculture. Ces avantages, réunis à d'autres avantages naturels, dûment améliorés, peuvent fournir des richesses et toute jouissance raisonnable à sa population actuelle, et h une population bien plus nombreuse. La majorité des habitans du Canada, dans la proportion de plus de vingt pour un, tire sa subsistance de la vie agricole, et c'est elle seule qui doit subvenir à Tapprovisicfnnement direct de tous leurs plus grands besoins ; l'importance de l'x\gricultare doit donc être évidente pour quiconque est capable de former une opinion correcte sur ces matières, et, malgré le mépris et l'indifférence que les riches et les personnes instruites témoignent pour elle, le commerce et les autres états n'ont.d/oit h, la considération qu'en tant qu'ils avancent la prospérité de ragp,<>i^lture, et ils n'ont d'autre importance publique que leur concours pojir' ot;tte fin, dans ce pays ou partout ailleurs.

L'importance reconnue de l'Agriculture, et le grand intérêt qu'on éprouve en conséquence à ce sujet, .dans les lies Britanniques, et dans d'autres pays de l'Europe, ont fiil accumuler une masse variée et volumineuse de renseignemens qui seraienî très-utiles pour celui qui voudrait pratiquer lui-même cet art avec succès, ou savoir lorsqu'il a été bien pratiqué pour lui par d'autres. Comj4i>r.<;r autant qu'il a été praticable la partie de ces renseignemens que l'auteur considère comme la plus utile et nécessaire à l'étude de l'Agriculteur Canadien, est l'objet de ce Traité qui est maintenant soumis avec beaucoup de déférence à la considération de tous ceux qui se livrent à cet art. Les sources où l'auteur a puisé ses choix sont les auteurs modernes Anglais et Français, d'une réputation et d'un mérite décidés, avec les observations qu'il a faites et l'expérience qu'il a acquise dans ses premières années pendant qu'il occupait des fermes considérables en Irlande, oii il se livrait principalement à l'engrais du bétail, et pendant une période de près de dix-sept ans qu'il a passés en Canada comme cultivateur. Pendant plusieurs années de cette dernière période il a eu l'honneur d'être Secrétaire de la Société d'Agriculture du DivStrict et du Comté de Montréal.

Pas plus ambitieux du titre d'auteur que d'en retirer des avantngcs personnels, l'écrivain a choisi parmi une masse considérable de matériaux les articles qu'il a cru devoir être généralement d'une plus grande utilité aux agriculteurs Canadiens. Tout en soumettant la pratique et la direction de l'agriculture dans les autres pays, il aura le soin de ne recommander aux cultivateurs de ce pays que les innovations que Texpérience qu'il a acquise dans son pays natal et dans le Canada l'autorisera îi recommander. Il désire ardemment induire tous ceux qui re donneront la peine de lire cet ouvrage à refléchir .sur les sujets .soîîrVis k Icwi

considî^ration, et les voir coopérer de bon cœur à adopter et promouvoir toute amélioration raisonnable et nécessaire, et augmenter ainsi la richesse et les ressources de leur pays natal et adoptif.

Convaincu que les produits de l'agriculture sont les seules richesses que le peuple de ce pays puisse regarder comme les siennes propres, et dont on ne pourra jamais le priver, il a souvent été étonné que des hommes qui ont reçu une éducation libérale paraissent en général s'occuper si peu de son amélioration ou de sa prospérité ; dans la réalité elle est traitée comme un sujet entièrement étranger à la vie commune par presque tous ceux qui ne s'y livrent point ; peut-être ne peuvent-ils se résoudre à croire que l'agriculture seule peut fournir les moyens de faire prospérer en Canada les arts mécaniques et le commerce.

Si l'auteur a le bonheur d'intéresser ses compatriotes — les habitans du Canada de toute dénomination — dans l'améhoration de l'Agriculture, et dans l'encouragement de toutes les manufactures que ses produits peuvent alimenter directement et d'une manière profitable, il ne regrettera point le tems qu'il aura consacré à cet ouvrage.

L'auteur a donné une liste des livres qu'il a consultés pour cet ouvrage, et dont il n'a pas cru nécessaire de donner les titres dans le texte. Il a au«si donné une table des poids et mesures dont se servent les agriculteurs des Iles Britanniques, et de quelques uns des poids et mesures de France et du Canada.

Montréal, Janvier, 1835. ; , ■ .

IHTUODUCTÏOIV.

L'Agriculture, dans un élai perfeciionné^ est la culture et la direction judicieuses de la surface territoriale, par le travail manuel et l'aide des animaux, pour la production d'objets et matériaux employés pour la nourriture et le service de l'homme, et pour divers objets importans dans les arts, dans les manufactures, et dans la vie civilisée.

Chez les nations anciennes les plus éclairées, l'Agriculture parait avoir joui de la plus haute estime, particulièrement chez les Romains. Caton l'ancien ne crut pas au-dessous de lui de composer un Traité d'Agriculture où il parle de l'importance de cette dernière dans les termes les plus favorables. Varron, qui passait pour être le plus savant des Romains, employa sa plume sqr îf même sujet. Ciceron donnait à l'Agriculture les plus grands éloges, et semblait la regarder comme la seule occupation convenable à un ho^ii^Jie libre, Columella professait d'être de la même opinion. ViRGirs .qyi était si raffiné, le favori d'une cour splendide, ne regarda pas comme îiu-dessous de lui d'employer ses talons sur le sujet de l'Agriculture ; et.pout-on la recommander plus fortement aux habitans du Canada qu'en leur rappelant que partout où l'Agriculture a été encouragée d'une manière particulière elle a toujours été considérée comme favorable à une forme de gouvernement libre et libérale ; en elfet l'Agriculture ne peut prospérer que sous un gouvernement libéral. ;. :

Pour un pats tel que le Canada, possédant des terres fertiles d'une étendue presque sanS bornes, l'Agriculture est d'une importance majeure, et, pratiquée d'après le sysU^ne le plus amélioré, elle fournirait abondamment à tous les besoins d'une population industrieuse, bien plus nombreuse que la population actuelle, et procurerait les douceurs et les jouissances de la vie en aussi grande abondance à une population plus dense qu'à une population moins nombreuse. L'Agriculture, dans chaque paijs^ et plus particulièrement dans celui-ci, doit être la mère des manufactures et du commerce, et le meilleur moyen de promouvoir la civilisation et la population^ — (témoin l'état actuel des nations sauvages dans toutes les parties du monde qui n'ont point d'agriculture.) C'est ce qui la rend le plus universel et le plus utile des arts ; et dans tous les pays les individus les plus puissans tirent leur richesse et leur importance de leurs propriétés foncières, cultivées par le laboureur.

Les découvertes faites récemment dans la chimie, l'art vétérinaire et la physiologie végétale ont conduit aux plus importantes améliorations dans la culture des plantes, et pour perfectionner les races des animaux et la manière de les élever ; ce qui fait que l'agriculture n'est plus seulement un travail, mais une science ; et, comme le remarque Marshall, " elle est un sujet qui, considéré dans toutes ses branches, et dans toute leur étendue, est non seulement le plus important et le plus difficile dans l'économie rurale, mais dans le cercle des arts et des sciences humaines."

Pour promouvoir V amélioralion de V agriculture on a établi dans presque tous les pays de l'Europe, et, je crois, dans chaque comté de la Bretagne, des sociétés qui, pour stimuler les efforts des cultivateurs et de ceux qui élèvent des animaux, offrent des prix et autres récompenses honoraires. On a aussi publié de nombreux ouvrages relativement aux améliorations à faire dans l'agriculture, et ils ont eu une grande circulation, offrant à chaque cultivateur des sources d'instruction sur tout ce qui se trouve lié à son état — les opérations des terrains et des fumiers — l'influence de Peau— l'atmosphère, et les fonctions des plantes et des animaux, clairement expliquées — les instrumens aratoires les plus perfectionnés soumis à son jugement, et qu'il peut toujours se procurer à un prix raisonnable. Ces avantages doivent nécessairement avoir eu une influence très avantageuse sur l'agriculture do la Bretagne — que lea cultivateurs locataires y gagnassent ou non.

En Canada, les cultivateurs sont généralement propriétaires, ou peuvent l'être, en s'établissant sur des terres nouvelles, et tous les avantages provenant de l'agriculture la plus perfectionnée tendront à leur procurer de l'aisance ou h accroître leuî^s^richesses. Ce fait devrait être un aiguillon suffisant pour engager les cVîi'iivateurs Canadiens à introduire toute amélioration raisonnable et expédiôrîte. // faut avoir maintenant plu3 de moyens quHl n^ en fallait il y a' cin(juante ans pour vivre dans faisance en Canada. Les besoins artifi,C'(^.îià du cultivateur sont augmentés ; ( et je suis bien loin de regretter q,u'?ls le soient ) — et ses moyens ont diminué, vu le décroissement de la fértilité du sol de toutes les vieilles fermes cultivées. Cette fertilité a' besoin d'être rétabhe, ce qu'on ne pourra faire qu'en introduisant un meilleur système de culture. Et, quand même un agriculteur serait on état de pourvoir à tous ses besoins actuels et artificiels son ambition èi son devoir devraient l'exciter à se procurer quelque chose de plus. , Un cultivateur qui consomme systématiquement chaque année les p'n>duils de sa terre sans se faire un fonds en produits, en améliorations, utiles, ou en argent, ne contribue en rien à la richesse individuelle ou ns^t/onale. Si nos inclinations et nos efforts pour produire ne font qu'égaler notre disposition à consommer, nous ne pouvons point faire d'épargnes — ni d'accumulation pour établir nos familles— -ni des ca;pitaux — ni des fonds pour entretenir le travail.

L'Accumulation, appliquée judicieusement à P encouragement de la production, est capable de produire du profit. Elle met le cultivateur en état d'employer des manouvriers, et d'augmenter la quantité de ce qu'il produit ; il est donc de son devoir de mettre en œuvre toute l'industrie possible pour se faire un capital à même les épargnes de l'excédant du produit sur la consommation. Mais tandisque l'accumulation de l'industrie, judicieusement employée en consommation productrice, ou en ouvrage qui payera et donnera du profit, est désirable sous tous les rapports, comme étant un moyen d'augmenter la richesse individuelle et nationale, les accumulations, ou capitaux apportés dans le pays employés d'une manière peu judicieuse ou improductrice, sont extrêmement nuisibles dans un pays comme celui-ci — diminuent le capital, et les fonds pour l'emploi du travail productif— et, suivant Adam Smith, " doivent iiéçessairement diminuer la quantité de ce travail, qui ajoute de la valeur

au sujet qui le reçoit, et, en conséquence, le produit annuel de la terre et le travail de tout le pays-la vraie richesse et le revenu de ses habitans." Quoiqu'il puisse y avoir ici des cas d'accumulation ou de capital ainsi employé, c'est un bonheur que ces cas soient peu nombreux — et, ce qui est différent de ce qu'on voit en Europe, il y a en Canada peu d'habitans qui, strictement parlant, consomment sans produire, ou qui consomment sans rien ajouter au produit de la société.

En Angleterre, les accumidations créées jirîncipalcmeiit par son industrie ne pourraient être achetées avec tout l'argent en lingot de l'univers, quand le montant en serait plusieurs fois redoublé. Elles se montrent dans diverses améliorations dans le pays — dans ses cités, villes et villages — dans ses manufactures, dans son commerce et dans sa marine, et plus particulièrement dans ses dépenses judicieuses pour les grands objets publics qui donnent des facilités pour mettre les communications à bon marché et les rendre expéditives, et permettent de faire des accumulations individuelles qu'on ne voit dans aucun autre pays — et il faut vraiment que l'industrie de son peuple soit grande pour qu'elle puisse faire des accumulations aussi énormes malgré le fardeau de taxes onéreuses, payer l'intérêt de la dette nationale qui surpasse presque tous les calculs, et annuellement plusieurs millions pour soutenir une population pauvre sans emploi.

Ici nous avons pour la production d'amples ressources qui fourniraient pour l'accumulation de grandes épargnes à part de la consommation nécessaire. Le meilleur moyen pour faciliter les accumulations nationales ou individuelles est d'éclairer la grande masse du peuple, de lui apprendre " ce qu'il est, ce qu'il peut être, et ce qu'il devrait être, " pour qu'il puisse diriger son travail et son industrie de la manière la plus propre et la plus efficace pour la production. Nous pouvons être assurés que plus l'habileté professionnelle de toute sorte sera basée sur des connaissance réelles, plus l'industrie de toute classe sera productrice.

C'est donc au moyen de l'éducation d'abord, et ensuite au moyen de la diffusion des connaissances utiles et pratiques parmi le peuple, que le pouvoir du travail peut être exercé le plus efficacement, et que nos circonstances naturelles peuvent être le plus compîètem.ent mises à profit ; c'est ce qui mettrait chacun en état d'appliquer les meilleures facultés de l'esprit et du corps pour améliorer sa condition et celle de sa famille.

L'Industrie d'un peuple éclairé, laissée libre, est tout ce qui devrait être nécessaire pour assurer l'aisance et le véritable bonheur d'une société ainsi placée ; mais un peuple sans instruction est incapable d'appliquer son travail et son industrie de la manière la plus judicieuse et la plus efficace pour assurer le bonheur et la prospérité des particuliers ou de la société en général.

Dans ce ]}a7/5, oh les capitaux manquent, combien il serait désirable que nous nous appliquassions à faire des accumulations au moyen de notre propre industrie, et en perfectionnant la direction de l'agriculture ; à produire ce capital, non pour le laisser inaclif, mais pour l'employer encore à faire do nouvelles accumulations. Qu'il serait agréable de voir cet emploi des accumulations de noire industrie, dans des améliorations considérables de nouvelles terres pour l'établissement de nos familles,

dans des champs bien cultivés, fournissant d'abondantes et excellentes récoltes — des nombreux troupeaux d'animaux bien nourris — des habitations commodes pour toutes les classes — l'accroissement des villes, des villages, des arts mécaniques, des manufactures et du commerce — des chemins de fer et autres chemins pour faciliter les communications, et des fondations pour V éducation. Les moyens d'accomplir toutes ces choses sont en notre pouvoir, si nous voulons seulement nous en servir. Nous ne sommes point, et nous ne serons jamais, j'espère, accablés de forts loyers, de dîmes, de taxes et de paupérisme, pour paralyser notre industrie et diminuer ses produits. Les cultivateurs du Canada peuvent devenir les plus indépendans de leur classe dans l'Empire Britannique — s'ils veulent seulement introduire dans leur système d'Agriculture et djans l'application de ses produits les améliorations que leur indiqueront la raison et l'expérience, l'intérêt et la politique.

Oesi PJîgricuUare, et Agriculture seule, qui peut soutenir dans l'aisance et dans une véritable dignité les habitans d'un pays comme celui-ci. Si nos terres sont couvertes de grain et d'animaux —le grain et les animaux pourront toujours acheter les manufactures et les délicatesses des autres pays dont nous aurons besoin.

Je ne crois pas qu'il existe dans le monde une société dont tous les membres pourraient jouir de ce degré d'indépendance et d'aisance comparatives, nécessaires au vrai bonheur, plus certainement que les cultivateurs de ce pays. Une telle société, où les extrêmes des richesses et de la grandeur, et la misère du paupérisme ne sont jamais mis en contraste, sera toujours la plus désirable pour le Canada. Il y a un trait bien louable dans le caractère des cultivateurs Canadiens — c'est qu'ils ne se livrent point à l'ostentation ou à l'extravagance — qualité que tous les agriculteurs qui viennent s'établir parmi eux devraient imiter, en tant que cela serait consistant avec l'aisance et les jouissances raisonnables de la vie. Il est très-possible que de l'argent soit dépensé d'une manière qui ne contribue point à l'aisance ou au véritable bonheur du cultivateur ou de sa famille ; s'il était employé différemment il donnerait des avantages et de la respectabilité à l'un et à l'autre. Le cultivateur qui est économe dans ses dépenses personnelles, pour mieux assurer l'aisance et l'établissement de sa famille, sera toujours utile et respecté dans la société dont il est membre.

Quoique la science de V Agriculture ait éprouvé de grandes amélioraiions pendant les quarante dernières années, et quoiqu'il soit possible de l'améliorer encore, il est cependant probable que le plus haut degré de perfectionnement n'est pas aufe.si éloigné pour la culture que pour les arts et les manufactures où de nouvelles combinaisons de matériaux et de machines ajoutent à l'excellence antérieure de l'article prQduit. Dans les articles qui sont le produit de l'agriculture, la science et l'industrie n'ont pas le môme avantage. Le climat et le sol sont les principaux instrumens au moyen desquels vient toute végétation — l'homme n'a aucun contrôle sur le premier, et sur le second il en a bien moins qu'on ne le suppose généralement. H y a dans chaque sol une certaine puissance productrice appelée en termes technique la portée de laterre,qui forme évidemment la hmitc des améliorations que l'on tente de faire. Le trop grand

emploi du fumier, dans ce pays ou dans tout autre pays où l'irrigation n'est pas en usage, peut même devenir nuisible, lorsqu'on s'en sert à un dégré qui surpasse la mesure demandée par l'état et la force de la terre — les re'coltes de grain n'augmentent point en quantité, et leur qualité ne s'améliore point ; l'épi est mince et court, et le grain d'une qualité inférieure. Cela est surtout vrai pour les sols minces et légers. En fesant de profonds sillons en labourant, et en retournant graduellement le sol nouveau ( lorsque sa profondeur est suffisante pour le permettre ) et en l'incorporant avec le sol cultivé antérieurement, on améliorera grandement les terres où on a depuis long-tems ou constamment récolté — quoique si on mettait ces terres en pâturage ce serait certainement le meilleur moyen de rétablir la fertilité et les ingrédients nécessaires à un sol pour produire des récoltes profitables.

On ne peut douter que nos cultivateurs ont encore à apprendre bien des choses qui contribueraient grandement à leur avantage — mais je connais les difficultés qu'on éprouve maintenant pour leur donner l'instruction convenable, ou pour effièctuer les améliorations qu'il est si désirable d'introduire dans l'agriculture. Les préjugés, qui sont parfaitement naturels, et dont sont imbus les agricujteurs a un plus haut degré que toute autre classe d'hommes dans l'univers, ne se déracinent pas facilement ; les nouvelles pratiques ne s'introduisent pas plus aisément — surtout dans les lieux où les cultivateurs sont peu dans l'habitude de lire la pratique ou les résultats de l'agriculture dans les autres pays. Dans la réalité on n'a publié en Canada, pour servir de lecture générale aux cultivateurs, aucuns ouvrages propres à les instruire dans la théorie ou la pratique d'un système d'agriculture amélioré et profitable, adapté au climat et aux circonstances du pays. Je me flatte qu'on me pardonnera d'avoir osé entreprendre de suppléer en partie à cette lacune, et que j'éprouverai l'indulgence de tous ceux qui pourront découvrir les erreurs et les inexactitudes qui se seront sans doute glissées dans ce traité.

Il faut être prudent lorsqu'on recommande aux cultivateurs des expériences nouvelles. Ils devraient en faire l'essai sur une petite échelle, à moins qu'elles n'aient réussi dans des circonstances semblables à celles où on propose de les introduire, et si, dans les pages suivantes, il m'arrivait de recommander aux cultivateurs des changemens qu'ils ne pourraient concilier avec la raison et l'expérience, qu'ils se gardent bien de les adopter sans les mettre d'abord à l'épreuve au moyen d'expériences sur un© petite échelle. Tous les cultivateurs expérimentés doivent convenir que le pouvoir et la capacité d'un sol pour produire, le meilleur mode de le travailler, et d'en retirer les plus grands profits avec le moins de frais possible, ne peuvent être connus d'une manière sure que par des épreuves suivies de plusieurs années ; et que l'apparence extérieure du sol, et même les moissons croissantes, ne peuvent être considérées comme des indices suffisans de la valeur de ce sol. Les étrangers qui viennent s'établir dans un pays doivent donc bien prendre garde de condamner la pratique du pays, suivie par des générations successives, et qui peut devoir son origine à. la nature du sol, au climat, ou à des circonstances locales ; et si les nouveaux venus rejettent en entier le système qu'ils trouvent en opération, et adoptent entièrement celui d'un autre pays, ils

commettront une aussi grande erreur que s'ils eussent adopté le système du pays oi^i ils sont venus.

Le climat, le 'caractère de la surface de la terre et la forme de gouvernement qui prévaut doivent toujours influer sur l'agriculture. Jusqu'à quel point le gouvernement peut affecter le perfectionnement de l'agriculture en Canada, est un sujet sur lequel je ne suis point appelé à prononcer ici mon opinion ; je dirai seulement que la sécurité et une liberté raisonnable, à un prix modéré, sont essentielles à la prospérité de l'agriculture dans ce pays comme dans tout autre pays ; mais le climat et le caractère de la surface de la terre ont sur la culture et la direction des terres un effet matériel qu'il est à peine au pouvoir de l'homme de contrôler.

Je m'' efforcerai de rendre ce traité utile aux cultivateurs du Canada, on au moins à cette partie d'entre eux qui peuvent avoir eu moins d'expérience que moi dans la théorie ou la pratique de l'agriculture ; et ceux qui penseront qu'il est possible qu'ils puissent encore apprendre quelque chose d'utile, quelque étendues que soient déjà leurs connaissances, pourront trouver de quoi les intéresser dans cet ouvrage.

Ayant cet objet en vue, je donnerai, dans la première partie, un court aperçu de l'origine, des progrès et de l'état actuel de l'agriculture chez plusieurs des peuples tant anciens que modernes, surtout en Bretagne, en France, dans la Flandre,les Etats-Unis, &c. Je sais que l'état passé de l'agriculture ne peut guère que gratifier la curiosité ; il n'en est pas ainsi de son état actuel qui est propre à exciter notre curiosité et à affecter nos intérêts. Il n'y a probablement aucun des pays au:^quels je ferai allusion qui ne possède quelque animal au production végétale, ou ne suive quelque mode d'agriculture qu'on pourrait introduire avec avantage en Canada ; mais à l'exception des pays que j'ai nommés, et quelques parties de l'Italie et de la Suisse, je ne connais dans ce moment aucun rapport bien intéressant d'Europe. I-ia seconde partie contiendra un tableau précis de la science de l'agriculture, et des principes qui sei*vent de base à ses opérations et à ses résultats. La troisième partie et les suivantes feront voir l'application de ces principes à la pratique de l'agriculture, en les adaptant au climat et aux circonstances locales du Canada, et se termineront par quelques observations sur cette partie du trafic et du commerce de ce pays, que je regarde comme intéressant nos cultivateurs directement ou indirectement.

On me pardonnera, j'espère, de m'être servi d'un langages meilleur que le mien en copiant des passages des auteurs que j'ai nommés. Quoique cet ouvrage soit en partie le fruit de mes propres observations et de mon expérience comme cultivateur pratique, il n'offre néanmoins en grande partie qu'une compilation d'autres livres, adaptée à la pratique de l'agriculture en Canada.

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