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AGE DES ANIMAUX

Les marques de l'âge d'un cheval se déterminent d'après l'apparence des dents. Suivant La Fosse, le jeune, ces apparences sont : — Le cheval naît avec six dents molaires (mâchelières) dans chaque mâchoire ; le dixième ou le douzième jour après, les dents incisives paraissent en bas et en haut, et quatorze ou quinze jours après cette époque, les deux intermédiaires surgissent ; celles du coin ne percent que trois mois après. A dix mois les dents incisives sont de niveau, devant moins qu'au milieu, et celles-ci moins que celles de derrière ; alors elles oni une cavité bien sensible. A douze mois cotte cavité devient plus petite, et l'animal fait voir quatre dents molaires de chaque côté, en haut et en bas, dont trois temporaires ou dents de poulin, puis une dent permanente, ou de cheval. A dix-huit mois la cavité des iccisires est remplie, et il y a cinq mâchelières, dont deux de cheval et trois temporaires ; à deux ans, les premières dents molaires du poulin dans chaque mâchoire, en haut et en bas, sont déplacées ; à deux ans et demi, ou trois ans, les dents incisives de devant tombent et font place t des dents permanentes ; à trois ans et demi celles du milieu se déplacement également, et c'est à cette époque que les secondes dents de lait molaires tombent ; à quatre ans le cheval présente six molaires, dont cinq de sa nouvelle dentition et une de sa dernière ; à quatre ans et demi les incisives du coin du poulin tombent et font place aux permanentes, et la dernière dent molaire temporaire disparaît ; à cinq ans les crocs du cheval se présentent ordinairement ; à cinq ans et demi ils sont complètement sortis et la paroi mtérieure des dents incisives supérieures, qui était auparavant imparfaitement formée, est à présent de niveau avec les autres ; à cette époque il se forme dans les dents incisives une cavité dans la substanee entre les parois intérieures et

extérieures, et c'est la disparition de ceci qui marque l'âge ; à six ans les parois des incisives de devant, en bas, sont remplies, lers crocs sont aussi légèrement émoussés ; à sept ans la marque, ou cavité, aux incisives du milieu se remplit et les défenses sont un peu plus usées ; à huit ans les incisives du coin sont également unies, et les crocs sont arrondis et raccourcis. Dans les jumens les dents incisives n'ont qu'un signe ; à cette époque on dit que le cheval est âgé et qu'il a perdu sa marque ; mais aux yeux de bons connaisseurs les dents présentent encore une indication suffisante. A neuf ans la rainure des défenses est presque usée, et les dents incisives deviennent un peu arrondies ; à dix ans les apparences sont encore plus fortes ; à douze ans les crocs ne présentent plus qu'un chicot arrondi, les dents incisives penchent en avant, deviennent jaunes, et à mesure que h vieillesse avance, paraissent triangulaires et ordinairement inégales.

Pour faire paraître les chevaux plus jeunes qu'ils ne le sont réellement les maquillons exécutent des opérations sur les dents, dites k la Bishop, d'après le nom d'un fameux opérateur, et qui consiste à pratiquer une cavité (creux) artificielle dans les incisives après que la cavité naturelle a disparu sous la main de l'âge, au moyen d'un outil dur et aigu, cette cavité est ensuite brûlée à noir avec un instrument chaud. Mais il n'est aucun art au moyen duquel on puisse rendre aux crocs leur forme et leur longueur non plus que leurs rainures intérieures. C'est pourquoi l'on voit communément les meilleurs connaisseurs mettre le doigt dans la bouche d'un cheval, se contentant de tâter le croc. Aux connaisseurs de moins d'expérience d'autres apparences se présentent en aide.

Les chevaux, lorsqu'ils sont vieux, présentent ordinairement un creux au-dessus des yeux, ks sabots paraissent raboteux, la lèvre inférieure pent, et s'ils sont gris ils deviennent blancs. Dans ce pays où l'on fait travailler les chevaux si de bonne heure avant que leur structure ne soit consolidée, et où on les exerce constamment ensuite et souvent sur de mauvais chemins, il n'est pas rare de voir un cheval faible, débile et montrant tous les symptômes de la vieillesse à huit ans excepté à sa bouche. Au contraire lorsque l'animal tombe en d'autres mains, à dix ou douze ans il a toute la vigueur de la jeunesse, et ses dents sont les seules parties qui présentent quelque indication de la vieillesse. Il est donc plus utile d'examiner l'apparence générale de l'animal que de se guider entièrement d'après les marques des dents, une adhésion trop stricte à celles-ci peut conduire à une grave erreur sous le rapport de l'âge des chevaux. Les marques communément reçues ne donnent pas le signe d'un troisième de la vie naturelle de l'animal, ni de la moitié du temps pendant lequel il sera parfaitement utile. Beaucoup de bons connaisseurs en Angleterre ne veulent pas acheter de chevaux pour la chasse avant l'âge de huit ans, et ne les regardent dans la force de l'âge qu'à douze ans. Un monsieur à Dalwich a érigé un monument à la mémoire de trois chevaux morts en sa possession à l'âge de 35, 37 et 39 ans, le dernier desquels fut emporté par une attaque de colique, et il n'y avait que quelques heures qu'il avait été attelé. Culley signale un cheval de 45 ans ; et il €«t arrivé une instance récente d'un cheval qui avait vécu jusqu'à 50

ans. Blain fait la comparaison suivante entre la situation relative de l'état tle la constitution du ciieval et de l'homme, dans les circonstances ordinaires des soins à l'égard de chaque :

Les premiers cinq ans du cheval peut être considérés? comme équivalens aux premiers vingt années d'un homme ; un cheval de 10 ans à un homme de 40 ans ; de 15 à un homme de 50 ans ; de 20 à un homme de 60 ans ; de 25 à un homme de 70 ; de 30 à un homme de 80 ; et de 35 ans à un homme de 90 ans.

Les symptômes de l'âge dans les bêtes à cornes se manifestent par les dents. Au bout d'environ deux ans, elles se dépouillent de leurs premières quatre dents qui se remplacent par d'autres plus grosses, mais pas si blanches ; et avant cinq ans toutes les dents incisives se renouvellent. Ces dents sont d'abord égales, longues et assez blanches, mais à mesure que l'animal vieillit, elles s'usent, deviennent inégales et se noircissent.

La croissance des cornes n'est pas uniforme, ni leur pousse égale. La première année, c'est-à-dire la quatrième de l'animal, deux petites cornes pointues paraissent, bien formées, unies et se terminant vers la tête par une espèce de bouton. L'année suivante ce bouton s'éloigne de la tête, poussé qu'il est par un cylindre calleux qui, s'alongeant de la même manière, se termine également par un bouton, et ainsi de suite, car les cornes continuent de croître tant que l'animal vit. Ces boutons se forment en jointures annulaires ou nœuds, qui se distinguent facilement dans les cornes, et au moyen desquelles on peut deviner aisément l'âge de la bête, en comptant trois ans pour le haut de la corne, puis un an pour chaque anneau ou nœud. La vache continue à être utile pour plus de vingt ans, mais le taureau perd sa vigueur bien plus vite.

Il arrive souvent que les maquillons effacent ces nœuds en râpant les cornes, afin de cacher l'âge de l'annnal. On désigne par les termes suivans les ditférends âges : — Un jeune mâle coupé, après la première année, se nomme bouveau ; âgé d'un an de plus, bouvillon ; à quatre ans bœuf. Une femelle après la première année, se nomme génisse ; lorsqu'elle est sur le point de produire, elle se nomme jeune vache. Une femelle châtrée se nomme taure affranchie. Certain bétail du Pays-de- Galles et d'Ecosse, d'une espèce assez grossière et robuste est désigné sous la dénoramation de ruiit (animal petit.) Taureau est le mot général qui convient à un mâle parfaitement développé, gras ou maigre.

La longivité naturelle du taureau et de la vache peut être estimée à plus de vingt ans, et cette dernière est utile par son lait presque jusqu'à l'extrémité de cette période, mais le taureau perd généralement sa vigueur, et par conséquent son utilité, plusieurs années auparavant, et on ne devrait pas le garder au-delà de dix ans.

Les signes d'un mouton sain et de santé sont : — une certaine vivacité animée ou sauvage, une netteté brillante dans l'œil, une rougeur vermeille à l'intérieur des paupières et dans les fibres de l'œil, ainsi que dans les gencive»; de la solidité dans les dents, de la suavité dans l'haleine, delà siccité dans le nez et les yeux, respiration facile et régulière, une fraîcheur aux pieds, fumier formé convenablement, toisin bien attachée à la

peau et entière, une apparence d'un rou^e vermeil dans la peau, surtout au bréchet. Quand il se fait des écoulemens du nez et des yeux cette circonstance indique que Tanimal a pris froid, et on doit le soigner en le mettant dans un endroit chaud et abrité.

Les signes de Page des moutons sont l'état de leurs dents, et la seconde année ils en ont deux grosses, la troisième quatre grosses dents ; la quatrième année, six grosses dents, et la cinquième année huit grosses dents devant, après quoi personne ne peut dire l'âge d'un mouton tant que ses dents restent, excepté lorsqu'elles viennent à s'user. Vers la fin d'une année les béliers et tous les jeunes moutons perdent les deux dents de devant de la mâchoire inférieure, et on sait qu'il leur manque les dents incisives dans la mâchoire supérieure. A dix-huii mois les deux dents qui joignent les précédentes tombent de môme ; à trois ans, étant toutes repoussées, elles sont égales et assez blanches. Mais à mesure que ces animaux avancent en âge, leurs dents deviennent lâches, émoussées et ensuite noires. L'âge des moutons cornus s'indique aussi par les cornes, qui paraissent dès la première année et souvent à la naissance, et continuent à pousser un nœud tous les ans jusqu'à la dernière période de leur vie.

Les difFérens âges et conditions des moutons ont différens noms dans différentes contrées ou districts. En Irlande, les agneaux se nommaient généralement brebis ou mâles, selon le cas, jusqu'à l'âge d'un an ; alors on les nommait brebis ou mâles d'une tonte ; âgés de deux ans on les nommait brebis ou mâles de deux tontes, et ainsi de suite des années subséquentes, en les désignant soit par leur âge ou par le nombre de tontes qu'ils avaient produites. Les béliers étaient désignés sous le nom de béliers d'un an, ou d'une tonte, de deux ans, ou de deux tontes, etc. Les vieilles brebis, et toutes les brebis considérées comme inaptes à la reproduction, lorsqu'engraissées pour la boucherie, se nommaient culs, ( mot irlandais. )

Maintenant je puis dire que j'ai donné une description aussi correcte des animaux qui servent et qui peuvent servir à l'agriculture en Canada, qu'il m'était possible, j'ai aussi indiqué l'objet et les moyens de l'amélioration des races^ et fait quelques remarques sur le choix des troupeaux pour le travail, la multiplication et l'alimentation, et les signes de l'âge des animaux. L'économie des troupeaux, et la laiterie seront examinées l'une après l'autre, après qu'on aura traité du système général de la culture arable et du système des récoltes.

Dans la partie précédente de cet ouvrage, j'ai essayé d'esquisser un tableau fidèle de l'état de l'agriculture dans plusieurs pays, particulièrement dans les possessions britanniques, afin d'intéresser le lecteur sur le sujet des perfectionnemens agricoles. J'ai aussi donné un aperçu très succinct de la science de l'agriculture, mais seulement ce qui en fallait pour induire les fermiers à se mettre plus parfaitement au fait des princi-

pes élémentaires de l'art qu'ils professent. Les observations que je eouniets relativement à l'amélioration des races d'animaux domestiques dont ont se sert en agriculture, et au choix de ces animaux pour Falimentation, le travail, etc., se rattachent principalement k la science de l'agriculture.

Avant d'entrer dans le domaine qui est plus particulièrement du ressort de l'agriculture pratique, je dirai quelques mots sur le caractère personnel qu'un fermier doit avoir, et des espérances qu'il doit nourrir en embrassant cette profession, afin de le mettre en état de pouvoir juger de ce qui le fera réussir et le rendra heureux comme agriculteur. C'est ce qui peut être d'autant plus nécessaire en ce pays, qu'on s'y fait continuellement fermier sans avoir été élevé en agriculteur. Ceux qui appartiennent à cette classe, il serait à propos qu'avant de se décider à embrasser l'état d'agriculteur, ils consultassent un peu leurs dispositions ei leurs talens, leur patience et leur persévérance, afin qu'ils pussent juger franchement de leur capacité pour la profession qu'ils se proposent de suivre.

CARACTÈRE ET ESPERANCES d'uN PERMIER.

Le professeur Thaér observe que tous ceux oui se proposent de cultiver la terre avec succès, doivent joindre l'énergie et l'activité à la réflexion, à l'expéiience et à tout le savoir nécessaire. Il est vrai, ditii, que l'agriculture a longtemps été considérée comme un étr.t convenable pour un jeune homme incapable d'aucun autre ; et de semblables personnes y ont quelquefois réussi ; mais ceci a dû toujours être attribué à un concours d'heureuses circonstances, qui ne se rencontrent pas très facilement à présent.

La pratique de l'agriculture consiste en une infinité d'opérations particulières, chacune desquelles paraît facile en elle-noême, mais elle est souvent, par cette raison là même, plus difficile «, exécuter jusqu'à l'extention précisément requise, une opération se rattachant si souvent à une autre. Pour les régler coniormément au temps et à la solidité donnée et de façon qu'aucune ne soit négligée, ni ne puisse faire négliger les autres, il faut à la fois beaucoup d'attention et d'activité sans inquiétude, de promptitude sans précipitation, de vues générales et, cependant, une extrême attention quant aux détails.

Nulles opérations ne sont autant exposées aux casualités et aux accidens que les opérations agricoles ; il est donc essentiel que le. fermier possède une certaine tranquillité d'esprit pour qu'il puisse jouir de quelque bonheur. Ceci peut être le résultai ou d'une habitude de corps naturellement flegmatique, ou de sentimens élevés de religion ou de philosophie. Voila ce qui peut le mettre en état de supporter toutes les adversités provenant de mauvaises saisons ou de la perte de troupeaux, et ce qui le fera, regretter les accidens résultant de sa propre négligence.

Une bonne éducation est essentiellemeiit nécessaire pour faire un bon li^rmier. Ou n'entend pas par éducation ceite portion de savoir qu'en ac-

quiert aux écoles seulement, mais tout ce qui peut affecter le corps otï l'esprit depuis les premiers momens de notre existence.

Outre la lecture, l'écriture et l'arithmétique, un fermier doit avoir quelques connaissances de l'histoire, de géographie, des arts, des sciences et de litérature générale, afin qu'il soit non seulement digne de la bonne société et pourvu des éiémens des jouissances intélectuelles, mais encore afin que ses vues aient de l'extention et qu'il puisse acquérir l'habitude de juger sainement des pratiques de sa profession. Une personne lourde et stupide, avec un peu d'activité naturelle, jamais ne désirera en connaître plus que ce qu'il lui faut pour pouvoir exécuter la routine ordinaire des affaires. Son esprit se rétrécit, elle devient jalouse et ne parviendra jamais à se faire respecter ni à grossir son capital par l'exercice des talens et de l'industrie. Enfin son ignorance et son égoïsme la rendent incapable de diriger profitablement les opérations d'autrui.

Il ne faut pas qu'un jeune homme se décourage parce qu'il n'a pas appris à l'école les éiémens des connaissances scientifiques. On peut faire d'étonnans progrès en consacrant régulièrement une partie de son temps à l'étude. L'assistance d'un maitre n'est pas non plus nécessaire quand on désire ardemment de s'instruire. II n'est à peine rien qu'une personne rationelle ne puisse obtenir si elle le désire, en se pénétrant fortement de la nécessité de l'acqaérir. Tous ne peuvent faire des progrès égaux ; quelques-uns apprennent avec moins de pei«e que d'autres, mais chacun peut, sur un sujet utile, acquérir par l'application un degré raisonnable de connaissances.

Celui qui veut faire un habile fermier doit faire servir toutes ses autres connaissances à l'acquis de sa profession. La connaissance de l'agriculture comprend une telle étendue et une telle variété de particularités, qu'elle exige tout ce qu'on a de temps de disponible, en permettant un relâchement suffisant à l'esprit. La connaissance qu'il faut pour garnir une terre est une partie très importante de l'éducation d'un fermier. Cette connaissance est difficile et fastidueuse à acquérir, et demande une grande exactitude d'observation et d'expérience pratiques.

On ne peut pas espérer que tous les agriculteurs, lors même qu'ils seraient propriétaires, puissent obtenir tous ces avantages ; cependant beaucoup de ces choses peuvent s'accomplir par les jeunes gens industrieux, persévérans et qui sentent que l'acquis des connaissances les mettraient en état de remplir les devoirs de cette vie avec satisfaction,, pour eux et pour les autres. Dans toutes les positions de la vie, les connaissances sont toujours utiles ; l'ignorance toujours un mal et doit être considérée ainsi par tous les hommes.

La perspective d'un fermier comprend l'indépendance qui doit toujours être le grand but de ceux qui sont destinés à vivre de l'exercice de leur travail et de leurs talens. Celui qui est habile et qui poursuit sa profession avec persévérance est assuré d'un assez grand succès. Ce n'est pas qu'un agriculteur, lors même qu'il serait propriétaire, doive espérer de se faire une fortune en Canada, dans les circonstances

■îictuelles cela est presque impossible. Les capitaux employés judicieusement à la culture, quoiqu'ils puissent ne pas produire autant de profit que des capitaux employés au commerce, cependant ils ont cet avantage qu'ils sont accompagnés de moins de risque. Les produits du fermier sont l'objet de demandes universelles, à quelque prix raisonnable, ce dont les commerçans ne sont pas toujours sûrs. Un fermier est assuré d'un logis, des choses nécessaires à la vie et, en général, d'une santé robuste. Il est le seigneur du sol, possède des chevaux, du bétail, des moutons et autres animaux domestiques, puis la solitude champêtre, objet de l'ambition de tous les hommes du commerce. Beaucoup de métiers et de professions (suivant les préjugés généraux) excluent ceux qui les pratiquent du titre de gentilhomme ; tandisque, bien que lous les fermiers ne soient pas des gentilshommes, cependant tout gentilhomme peut devenir fermier sans ravaler le moindrement son rang, ni sa réputation ; un fermier peut donc, s'il désire adopter les habitudes et les manières d'un gentilhomme, être réputé tel, bien que vêtu tout uniment du drap de manufacture nationale et fait de la laine de ses propres moutons.

Les profits des fermiers sont très exagérés par la généralité des personnes, surtout par ceux qui ont décrit la perspective qui s'offre aux açrriculteura qui veulent s'établir en Canada ou dans les Etats-Unis. Les calculs qu'on a publiés des profits que peut retirer l'habitant qui s'établit dans les forêts incultes de l'Amérique du Nord, sont si excessivement chimériques et excèdent tellement tout ce qu'on a pu ou pourra jamais réaliser, qu'il est difficile de rendre compte des motifs qui ont induit ces auteurs à faire de semblables allégués. L'un d'eux, en 1834, s'efforce de faire croire qu'un émigrant venant en ce pays avec 600/., eu les employant à acheter et à défricher des terres incultes dans le Haut-Canada, pourrait réaliser environ 300 pour cent en quatre ans. Ces avancés, lus et accrédités dans les Iles Britanniques, sont sufïisans pour engager tous les fermiers là à émigrer au Canada. De pareils avancés sont peut-être faits dans le but d'encourager l'émigration, mais je crois qu'ils sont calculés à produire en définitive un effet contraire. Lorsque des personnes viennent ici pour acheter, et s'y établir sur la foi de ces représentations, et s'aperçoivent par la réalité, combien étaient exagérées les espérances qu'on leur offrait, elles abandonneront à jamais le pays, dégoûtées qu'elles en seront, et préviendront la future émigration de la classe la plus utile des émigrans. Des espérances modérées chez eux seraient probablement plus heureuses, en créant des ^tablissemens utiles et fructueux, que des espérances absurdes, chimé- Tiques et contraires a toute expérience pratique. Les provinces britanniques de l'Amérique septentrionale offrent aux personnes industrieuses et de bonne conduite toutes espérances raisonnables de succès, et ceux qui ne pensent pas que ces motifs soient suffisans feront mieux de rester dans les vieux pays.

Soit par habitude ou non, personne plus que moi ne peut être attaché à la profession d'agriculteur ; mais, néanmoins, je sents qu'il est de mon devoir de tracer un tableau correct de la perspective qu'elle offre

à ceux qui vcnlent. l'embrasser comme une profession sans y avoir 6i6 clevé. Beaucoup de personnes, lasses des villes, s'iraaginrnt qu'elles trouveront du profit à se retirer à la campagne, et commencer à cultiver. Pour la généralité des liommos un tel changement sera probablement puivi de désappointement et assez souvent de pertes pécuniaires. L'activité nécessaire et (du moins ces personnes les prendront ainsi) les privations qu'il faut endurer sont trop pénibles pour que ceux qui ne sont pas accoutumés à ce genre de vie, puissent s'y soumettre patiemment. Cependant il peut se trouver quelques exceptions ; les hommes doués d'un esprit fort et qui savent se conformer aux èirconstances et qui trouvent du plaisir et le bonheur dans la tâche laborieuse du fermier, puis une ample compensation pour le remûment et la société des villes, dans les beautés de la nature et les ressources de leurs foyers domestiques. Si on connaît les difficultés qui sont inséparables de la profession qu'on se choisit avant de fixer son choix, alors on ne peut plus raisonnablement se plaindre de son sort. Il est puérile et plus que puérile si on ne s'efforce d'agir avec énergie et de s'acquitter en homme des devoirs de la profession qu'on s'est volontairement imposés.

Les personnes qui sont le plus aptes h suivre l'état de fermier avec succès sont les fils de fermiers, et tous ceux qui ont été réguli('rement élevés dans la pratique de toutes les parties de l'agriculture. Il faut en outre qu'ils aient un penchant pour cette profession, ainsi qu'une connaissance compétente de sa théorie ou de ses principes. On se procure les livres qui enseignent cette science, dont la connaissance ne doit pas être méprisée, ni négligée par les jeunes fermiers.

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