LA POMME DE TERRE ( PATATE
On s^est assuré que la pomme de terre est native de l'Amérique du Sud, ayant été trouvée sauvage à Buenos-Ayres et au Chili ; quoique Humboldt n'était pas bien certain qu'on pourrait le prouver, il admet cependant qu'elle y est naturalisée dans certaines situations. Sir J.
Banks croit que la pomme de terre fut d'abord introduite des parties montagneuses de l'Amérique du Sud dans le voisinage de Quito, où on les nommait papas ; ce fut delà qu'elles furent introduites en Espagne au commencement du seizième siècle.
On importa la pomme de terre do la Virginie en Angleterre par les colons y envoyés en 1584 par Sir Waiter Raleigh qui retourna en 1586 et emporta ce*^ fruit. La patate douce ( la patate proprement dite ) fut en usage en Angleterre comme une douceur longtemps avant l'introduction de la pomme de terre commune, importée de l'Espagne et des Canaries, et qu'on supposait posséder la vertu de restaurer la vigueur ruinée. Sir Waiter llaleigh planta d'abord la pomme de terre dans sa terre de Yougbal, près île Cork en Irlande ; elle y fut cultivée comme aliment dans ce pays, avant que son prix ne fût connu en Angleterre, 011 pendant une longue période elle fut mangée comme un plat délicieux. Parkinson dit que les patates furent quelquefois frites et trempées dans du sel et du sucre, ou cuites avec de la moelle et des épices, et même contites par les confiseurs. Dans le comté de Gahvay il y a une tradition parmi les pays m?, que la pomme de terre y fut introduite avant qu'elle ne fût connue dans aucune partie de l'Irlande, par un vaisseau qui avait fait naufr age sur cette côte, où des enfans avaient fait cuire quelques-uns de ces fruits ; on les trouva si bons qu'on se mit à planter ce qui en resta. Cependant elles ne furent généralement connues et cultivées dans les Iles Britanniques que vers le milieu du I8me. siècle. En Irlande elles sont la nourriture de la grande majorité du peuple. Quoique la pomme de terre soit un aliment nourrissant et salutaire, au goût de presque tout le monde, il n'ost pourtant pas à désirer qu'elle devienne la nourriture principale du peuple d'auccn pays, et j'espère qu'elle ne le deviendra jamais en Canada. Elles sont un excellent légume avec du bœuf, du m.outon, du lard et d'autres bonnes choses, mais elles ne sont bonnes de même que lorsqu'on ne peut pas se procurer du pain.
La valeur des pommes de terre comme une récolte préparatoire et comme nourriture des animaux, comparées aux navets peut être considérée comme il suit : — Les pommes de terre sont plus nourrissantes et engraissent les animaux mieux qu'aucune autre racine, surtout lors* qu'elles sont cuites : au moins c'est l'opinion de ceux qui s'en sont servis. On peut protéger les pommes de terre contre la sévérité des hivers plus aisément que les navets, les choux et autres racines, et elles se conserveront mieux. 11 en faudra une quantité bien moindre pour engraisser les animaux qu'il n'en fiudrait de tout autre légume. En Canada elles donnent une récolte plus sûre et plus précieuse qu'aucune autre racine.
Un acre de pommes de terre produira de 10 à 12 tonnes ou de 240 à 360 bushels à 701b. le bushel et quelquefois plus. Les navets, même lorsqu'elles donnent une bonne récolte ne produiront pas souvent un tel poids de racines, et à poids égaux ils ne produisent qu'un sixième de3 matières nutritives de la pomme de terre.
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11 y a plusieurs variétés de pommes de terre, dont la plupart peut j servir de nourriture aux hommes, et quelques-unes seulement d'aliment j aux animaux exclusivement. Pour choisir une ou plusieurs parmi le | grand nombre de sortes qu'on trouve partout, le meilleur moyen est j peut-être de prendre une montre et de l'ess;iycr, se décidant pour celle i qui convient le mieux. L'œil de rose du Lincolnshire est la pomme de terre hâtive la plus estimée en Angleterre. On l'a cultivée en Ca- | nada. Le rognon est encore une variété hâtive qu'on cultive ici. Les variétés hâtives cependant ne sont pas les plus productives, et ne de- j vraient être plantées que pour en avoir de bonne heure sur la table. La I pomme de terre rouge commune, qui est bien connue ici, est produc- jl tive, a un bon goût et se conserve bien, si on l'encave bien, jusqu'à ce j que les pommes de terre nouvelles soient assez avancées pour l'usage.
Le sol dans lequel la pomme de terre vient le mieux est une terre grasse légère, qui n'est ni trop sèche ni trop humide ; s'il est riche il vaut mieux encore. Elle peut pourtant être produite dans toute autre sorte de terre, surtout une terre sableuse, ou moussue, marécageuse ou autre, pourvu qu'elle ne retienne pas d'eau stagnante, que ses parties soient bien a neublies et que le fumier n'y soit pas épargné. La pomme de terre de table qui a le meilleur goût vient presque toujours dans les pâturages nouvellement levés, non fumés, et dans des terres neuves. Souvent répétée dans le même terrain excepté dans une terre neuve, elle perd ordinairement son bon goût.
En préparant la terre pour les pommes de terre, il est important de la nettoyer autant que possible des racines de m<iuvaises herbes, qui ne peuvent pas être si bien extirpées après comme dans quelques autres végétaux cultivés en sillon, parceque dans aucune période de sa vf'gétation il n'est bon de travailler si près des plantes, surtout lorsqu'elle est un peu avancée. Le premier labour devrait se faire après la récolte le plutôt possible ; le second (et ordinairement il sera nécessaire d'en faira un troisième) de bonne heure en printemps : le champ est en-^uite mis en sillons de 27 à 30 pouces de largeur, et ensuite le fumier y est déposé. De la terre qui a élé quelque temps en paccage et qui est essez fertile, si on la laboure de bonne heure en automne, labourée sur le travers de bonne heure le printemps suivant, bien ameublie au moyen de la herse, et encore une fois labourée et hersée, produira une tièi belle récolte de pommes de terre d'un excellent goût, et sans qu'on ait besoin de la fumer ; et en la fumant légèrement ou même sans faire cela, elle donnera encore une bonne récolte l'année suivante, si on choisit une espèce convenable au sol. Quelle qu'en soit la cause, la pomme de terre, plantée dans un sol qui lui convient ( en effet d-ius toute espèce de sol excepté l'argile forte ) est une excellente préparation pour la culture de toute sorte de grains, et n'épuisera pas le sol autant qu'on serait porté à le croire à en juger par son grand volume.
Le temps de planter des pommes de terre dépend beaucoup du sol. On devrait les planter dès que la terre est préparée. Des pommes de terre plantées tard au mois de juin produisent souvent abondammen
lorsque la saison est favorable ; mais dans ce climat, c'est risquer beaucoup que de les planter dans une saison avancée, 1®. lorsque le temps en juin et juillet est sec et chaud, ou si le temps est très mouilleux ; et 2°. lorsqu'il y a des gelées de bonne heure en automne. Dans aucun de ces cas on ne doit espérer une bonne récolte. A la fin de mai ou dans la première semaine de juin on devrait, s'il est possible, achever de planter les pommes de terre.
Le meilleur climat pour la pomme de terre est plutôt humide que sec, et tempéré ou frais plutôt que bien chaud. Delà la snpéi iorité de la pomme de terre d'Irlande qui vient dans un sol sec, gras, calcaire et dans un climat humide et tempéré. On adm^t que nulle part dans le monde la pomme de terre atteint un si haut degré de perfection qu'en Irlande et dans le Lincolnshire en Angleterre. J'ai vu en Canada des retours de pommes de terre tout aussi, au moins presqu'aussi abondants qu'en Irlande, lorsque la saison était passablement humide et le sol convenable ; et dans ces cas la qualité est ordinairement bonne ; cependant ce fruit ne doit pas être tant cultivé pour la nourriture humaine dans ce pays qu'ailleurs ; et pour les bestiaux on peut cultiver des récoltes abondantes.
Q,uant aux germes pour planter, quelques-uns recommandent de gros morce;mx, d'autres de petitespommes de terre entières, d'autres même de grandespoujmes de terre en entier;d'autres encore veulent, fondes sur l'expérience, de petits morceaux, des jets, des bourgeons ou simplement les germes. Le fermier trouvera le plus avantageux de couper des morceaux assez grand?, pris sur des grandes pommes de terre, avec deux ou trois germes dans chaque. La force du plant dès le commencement dépend absolument de la vigueur du morceau planté, qui doit donc être gr;md, et rarement plus petit que le quart d'une pomme de terre d'une bonne grandeur ; une récolte faible et tardive est souvent la conséquence de petits morceaux. On s'est assuré que le germe pris de la tête ou du bout aqueux de la pomme de terre, planté en même temps que celui qui est pris de la racine ou du bout farineux, aura des bulbes mûres quinze jours avant l'autre. On devrait toujours couper les germes quelques jours avant de les planter, afin que le bout coupé sèche ; mais il n'y aura pas de risque non plus en faisant cette ojiération quelques semaines avant, pourvu que les germes ne soient pas exposés à sécher jusqu'à perdre leur humidité naturelle. La qantité des morceaux à planter dépend de la grandeur de la pomme de terre ; en général il faudra 16 bushels par acre si les morceaux sont assez grands ; quelques fermiers plantent moins.
La meilleure méthode de planter dans des terres propices c'est en sillons faits a des distances égales, et assez profonds et larges pour contenir le fumier. La distance d'un sillon à l'autre est telle que le cheval qui amène le fumier marche dans le sillon, et chaque roue dans un autre. Le fumier est également distribué dans les trois sillons moyennant une fourche crochue à 2 ou dents. La distance des sillons est ordinairement de 27 à 30 ou 33 pouces ; les terrains les plus riches et les plus fertiles exigent le plus d'espace. On place les germes sur le
fumier à une distance de 4 h. 8 pouces, et la charrue marche de chaque côté, sépare les sillons et couvre la semence. Dans des terres sableuses ou graveleuses on met souvent les germes au-dessous du fumier dans les sillons, et dans une saison sèche cela vaut mieux. Dans les terres argileuses, le fumier vert qui n'a pas fermenté est décidemment préférable pour les pommes de terre au fumier court et bien mêlé ; on doit peut être attribuer cela a son influence mécanique en tenant le sol ouvert. Dans tout sol une quantité de fumier non fermenté, convenablement appliquée à la graine, en l'enterrant, aura beaucoup plus de résultats avantageux, que ne ferait la même quantité a])rês la fermentation et lorsqu'elle se trouve en état de pourriture. ^ En Irlande on plante les pommes de terre d'une manière qui convient très hït-n à un climat ou dans un sol très humide. On prép ire alors le terrain par un guérêt d'automne si les pommes de terre doivent suivre un retour de grain. Le fumier est étendu sur les planches qui ont 5 pieds de large, et l'espace de deux pieds et demi reste au bout pour faire des fossés ou tranchées. Les germes placés sur le tumier L des distances convenables sont couvertes à la hauteur de 4 ou 3 pouces du terreau sorti des fossés avec la bêche. Dès que les {)lantes se montrent au-dessus de la surface de la terre on y met plus de terreau pris des rigoles, et l'on ôte les mauvaises herbes qui peuvent être levées. En Canada j'ai vu des terres basses et marécageuses plantées de pommes de terre de cette manière, et produire bien ; mais cette méthode ne fera pas dans les terres sèches.
L'abondance des pommes de terre dépend grandement de l'attention et de l'industrie qu'on met dans le sarclage et le battage. Quelques-uns recommandent de herser le champ dès que le plant se montre sur terre à la hauteur d'un pouce, ce dont on peut se convaincre en l'examinant. Par cette opération le sol n'est pas seulement nettoyé de mauvaises herbes, mais ameubli, de sorte à permettre aux tendres germes de pousser librement. Une herse à buisson suffit pour un sol léger, mais pour les terres fortes une petite herse pliante est recommandée à cet effet, pour détruire les mauvaises herbes et le terreau est appliqué aux côtés opposés des sillons voisins. Lorsque les pommes de terre sont entièrement levées, on peut en ôter la terre et les mauvaises her* bes, en faisant un petit sillon avec la charrue, qu'on fait marcher aussi près des plantes que possible et des deux côtés^ sans pourtant leur faire dommage. Lorsque la terre est éloignée des plantes on sarcle les sillons à la main et on les pioche pour achever l'opération imparfaite de la charrue. Une petite herse triangulaire à peu près 20 pouces de large dans sa plus grande largeur, avec neuf dents de fer et deux petits manches pour guider celui qui herse, est tirée par un cheval à travers les sillons et sur la terre qui a été ôtée par la charrue des deux côtés du sillon planté ; en y passant deux ou trois fois on hersera assez. Depuis le temps qu'on a enlevé la terre des plantes on laisse passer ordinairement une senaaine pour l'y remettre avec la charrue, ce qm se fait en séparant la terre entre les sillons et la remettant contre le plant de chaque côté, mais sans le couvrir. Si après cela on a l'occasion on peut y
passer encore une fois la charrue pour élever encore la terre près des plantes ; mais la végétation est si rapide ici, qu'on n'a pas souvent le temps de le fliire. Dans une saison mouilleuse, on risque beaucoup en hersnnt à travers les pommes de terre plantées dans un sol fort, et en les laissant dafts cet état seulement pour un jour. Dans de pareilles saisons on doit les labourer immédiatement après les avoir hersées dans un sol argileux, autrement toute la récolte pourrait être perdue. On trouvera encore avantageux de faire le fond du sillon entre les plantes plus oreux que celui dans lequel se trouvent les germes, et d'ouvrir de petites rigoles partout où il y a des trous ou bas-fonds, et de taire des sillons de travers de sorte que l'eau ne puisse p:is y rester. On doit faire cela après chaque labour ; le succès de la récolte en dépend.
On ramasse ordinairement les pommes de terre lorsque la récolte est petite, avec la bêche, mais sur une ferme judicieusement conduite et dans la culture par sillons on les arrache à la charrue, dont on ôte le coutre. La charrue marche d'abord le long d'un côté des sillons d'une largeur convenable, et lorsque la pomme de terre est mise à jour et ramassée par des femmes placées à dps distances convenables ; elle retourne et fait la même opération de l'autre côté. Lorsque la terre est un peu moite ou tenace, le sillon ne fait pas aisément sortir les pommes de terre, et on se sert communément d'une herse pour la rompre et les sép;irerdu terreau. A cet eflét on a fait différentes inventions. On attache une herse circulaire après la charrue, et on a trouvé que cette invention récente fait bien l'alTaire, en épargnant beaucoup d'ouvrage.
On dit que les pommes de terre destinées à être semées doivent être arrachées quinze jours avant qu'elles ne soient mûres, et que cela préviendrait la maladie nommée la perlure. On recommande d'empêcher les plants de pommes de terre destinées à la semence de l'année prochaine, de produire des fleurs et des graines, en les coupant dans l'embryon, et ayant soin de n'ôter que les bouts, vu qu'en coupant plus la récolte en souffrirait.
Dans ce pays les pommes de terre ne fleurissent pas tant qu'en Angleterre ; et en effet quelques Viiriéiés ne fleurissent presque jamais. On prétend que les pommes de terre qui fleurissent et produisent le fruit ou la pommette en perfection ne rapportent pas si abondamment que celles qui ne fleuri.>^sent pas, et je crois que l'expérience prouvera qu'il en est de même dans tous ks cas. On en a fait des expériences dans la Grande-Bretagne ; les pommes de terre dont on avait ôté les fleurs rapportèrent un produit de bulbes double de celui des plants qui avaient fleuri et produit des pommettes ; il est certain qu'il y a une différence d'aumoins 10 ou 16 pour cent. Je n'aimerais pas k voir beaucoup de fleurs après mes pommes de terre, ni à cultiver de préférence celles qui fleurissent beaucoup.
On conserve les pommes de terre en Canada dans des caves et quelquefois dans des caveaux. Quelle que soit la manière adoptée il est essentiel que les bulbes soient parfaitement sèches, autrement elles pourriront certainement ; et quelques pommes de terre pourries attaqueront
toute la masse. C'est un grand avantage que de pouvoir faire cet ouvrage dans une saison sèche, car les pommes de terre se conservent rarement bien lorsqu'elles sont arrachées moites. Si elles ne sont pas parfaitement sèches, on pourrait les mettre dans des tas longs et étroits dans le champ, couvertes de terteau. Ces tas ont ordinairement trois pieds de laro-e, posés à la surface et élevés de 2 pieds et demi à 3 pieds, dans la forme d'un toît, et couverts de terre de 9 à 12 pouces d'épaisseur. En peu de jours les pommes de terre sécheront dans ces tas et peuvent alors être encavées pour l'hiver. On devrait mettre ces tas en ligne droite pour interrompre l'ouvrage de la charrue aussi peu que possible, si les labours commencent avant que les pommes de terre sont ôtées.
Dans des situations convenables, des collines sèches, où l'on n'a pas à craindre l'eau, les pommes de terre se conserveront bien dans des fosses, qu'on peut creuser a la profondeur de 5 pieds, de 4 ou 5 pieds de large et d'une longueur quelconque. On y peut mettre les pommes de terre jusqu'à un pied de la surface. Cet espnce devrait être rempli de paille ou de foin ; on met ensuite des pièces de bois assez fortes pour pouvoir soutenir le poids de terre, et à égalité de la surface. On mettra de petites branches au-dessus du bois pour empêcher la terre de passer à travers. La terre qu'on a enlevée de la fosse est ensuite jetée par dessus et on lui donne la forme d'un toît bien lissé avec la bêche. Quelques charges de fumier d'étable répandu par dessus, les assurerait encore plus. J'ai conservé de cette manière des pommes de terre mieux que dans une cave ou un caveau ; on les conserve mieux de même pour la semence. Une situation sèche est nécessaire, autrement les pommes de terre ne peuvent pas être bien conservées dans des fosses, quelque soigneux qu'on soit de les rendre impénétrables. Un lit de paille sèche ou de copeaux ferait bien au fond de la fosse, excepté si on peut y avoir du sable sec. L''argile qui couvre la fosse doit être soigneusement éloignée des pommes de terre, autrement elle ne se conserveront pas.
La saison, la fertilité du sol et la culture plus ou moins parfaite doivent nécessairement produire une grande diversité dans le retour des pommes de terre. Le produit obtenu en Canada est entre 150 et 400 bushels de l'arpent. On peut obtenir presqu'assurément 200 et 300 bushels de l'acre, si le sol est convenable ainsi que la culture, et un plus grand produit de la plus grande espèce de pommes de terre pour les animaux.
On se sert des pommes de terre à différens usages. Elle contiennentà peu près 25 pour cent de leur poids de matière nutritive, le seigle 70 par cent et le blé 950 en 1000. Un acre de pommes de terre fournira plus de nourriture que 2 acres de blé. Le Docteur Tissot fut d'opinion que l'usage continuel de la pomme de, terre n'était pas nuisible à la santé, mais qu'il diminue les facultés intellectuelles. Il convient que ceux qui mangent du maïs, des pommes de terre ou même du millet peuvent de- ] venir grands et même gros ; mais il doute si jamais ils ont produit aucun 1 ouvrage littéraire de mérite.
De 7000 parties de la variété de pommes de terre connue sous le nom de rognons, 970 furent du mucilage soluble 5 700 de l'amidon pur ; 620
des fibres et 4710 de l'eau ; ce qui prouve l'utilité de les faire cuire avant de les donner aux animaux.
La manufacture de fleur de pommes déterre se fait considérablement dans le voisinage de Paris ; et cette fleur est vendue à un prix plus élevé que celui de la fleur de blé, à l'usage des confiseurs et des boulangers qui en font les sortes plus délicates de' pain. On lave et rape la pomme de terre, et l'on sépare l'amidon de la poulpe ainsi obtenue par la filtration ; on le sèche sur des tablettes dans des chambres chaufTpes
par un poêle ; et on le réduit en fleur sur le plancher en y passant un rouleau de fer. On le passe ensuite à travers un bluteau, et on le met en sacs pour la vente. La manufacture la plus complète dans le voisinage de Paris en 1829 fut celle de Mr. Dell.sle à Bondy. La plupart des opérations s'y font au moyen de l'engin à vapeur, servi par des enfans. Le comte Chabrol dans son retour statistique de Paris rapporte que 40000 tonnes de pommes déterre sont annuellement manufacturées en farine dans un rayon de 8 lieues autour de la cité.
La quantité de farine produite par les pommes de terre varie noa seulement selon l'espèce, mais selon l'époque où l'extraction a lieu. Les variations qui sont le résultat de cette dernière cause sont à peu près les suivantes : — 240 livres de pommes de terre produisent de farine ou fleur de pommes de terre au mois ^
d'Août, de 23 à 25 livres ; au mois de Mars, de 45 k 38 livres,
de Sept. de 32 à 38 livres ; d'Avril, de 38 à 28 livres.
d'Octobre, de 32 à 44 livrres,; de Mai, de 28 a 20 livres.
L'extraction de la farine devrait être discontinuée k l'époque où les pommes de terre commencent à pousser, parceque la farine est détruite par la germination. Les pommes de terre rouges produisent une plus petite quantité de farine. La meilleure de toutes est celle d'une couleur blanche jaunâtre, car sa farine est très bonne et très abondante. On prétend que la farine de pommes de terre mêlée à la fleur de blé fait un excellent pain, et même sans mélange on en fait d'excellentes galettes qu'on mange chaudes. Les pommes de terre donnent un bon amidon ; et leur rejet dont on fait de l'amidon, possède la qualité de nettoyer les vêternens sans endommager leur couleur ; et l'e^u transvasée de l'amidon en poudre, est supérieure, pour nettoyer les soieries sans le moindrement endommager leur couleur.
Des pommes de terre gelées, mais qui par là ne sont pas encore devenues acqueuses on fait du vin. On écrase les pommes de terre avec un marteau ou par une presse à cidre. Un bushel doit avoir dix gallons d'eau, préparée en étant bouillie, mêlée d'une demie livre de houblon et d'une demie livre de gingembre blanc commun Cette eau après avoir bouilli une demi-heure est versée sur les pommes de terre écrasées dans une cuve ou un vaisseau proportionné à la quantité qu'on veut faire. Après avoir reposé dans cet état de mélange pendant trois jours, on y ajoute de la levure pour faire fermenter la liqueur ; dès que la fermentation a cessé, la liqueur est décantée dans un baril aussi clairement que possible, et on ajoute pour chaque gallon une demi-livre de
Sticfe brut. Après avoir été pendant trois mois dans le baril, la liqueur peut servir.
Liqueurs spiritueuses. — Les pommes de terre qui ont souffert par la gelée, donnent une plus grande quantité d'esprit d une meilleure qualité, que celles qui sont fraîches ; elles ont besoin d'une proportion de levure de drêche pour produire la fermentation. A peu près un quart de levure ou moût de drêche doit avoir fermenté au moins pendant six heures avant que la levure de pommes de terre y soit ajoutée; autrement la dernière étant prédisposée à fermenter, sera parée a l'alembic avant la première, et le résultat serait de produire un acide qui rend l'esprit dvlr,et mêlé avec l'eau, lui donnera une couleur blanchâtre ou bleuâtre. Lorsque l'esprit est fort, l'acide reste en solution, mais il se montre, lorsqu'on le mêle avec de l'eau, tel qu'il a été dit plus haut.
Les pommes de terre cuites et mêlées avec de la farine de fèves ou d'orge et de la récoupe, engraissent les bestiaux, les moutons et les cochons en moins de temps qu'aucune autre nourriture. Les pommes de terre données crues ne payeront pas. Elles sont d'autant plus nutritives lorsqu'elles sont cuites que c'est un grand gaspillage que de les donner crues aux animaux, au lieu de les cuire. Thaër trouva que les pommes de terre données aux bestiaux produisent plus de fumier qu'aucun autre aliment ; 100 livres de pommes de terre donnèrent 66 livres de fumier de la meilleure qualité.
On peut se servir de nourriture de pommes de terre gelées en les dégelant dans de l'eau froide et les faisant cuire avec un peu de sel. Du sel ou du salpêtre, de la paille ou de la goudriole d'avoine, cuits avec elles, en feront une bonne nourriture pour les bestiaux ou les cochons. On peut en faire de l'amidon ou des liqueurs spiritueuses lorsqu'elles sont trop douces pour être palatables.
Le meilleur préservatif contre les maladies des pommes de terre, c'est d'en changer fréquemment la semence provenant d'un sol différent ; celles qui viennent d'un sol marécageux font la meilleure semence pour toute autre pièce de terre. On dit que la perlure est le résultat de ce qu'on plante trop souvent la même semence, et de ce que les têtes portent trop de pommettes. On prétend qu'avant les derniers 50 ou 60 ans le plant de pommes de terre ne mûrissait jamais les pommettes, et que la Suriname et d'autres espèces dernièrement introduites ne produisent pas encore des semences parfaites â la tête du plant. Ceci expliquera en quelque manière, pourquoi la pomme de terre rouge commune a si peu de fleurs et de pommettes ; et l'espèce Lankman que j'ai cultivée ici pendant deux ou trois ans ne produisit aucune fleur ni pommette, quoique le plant fût très fort. J'ai pourtant vu de nouvelles variétés dernièrement introduites, produisant des fleurs en abondance, mais les racines ne furent pas si nombreuses que celles qui n'avaient pas de fleurs.
Le fermier qui veut cultiver judicieusement et qui plante de bonnes pommes de terre de semence lisses réussira généralement à avoir une bonne récolte dans le sol le plus convenable ; et s'il n'a pas un tel sol, il devrait y substituer quelque autre légume p. e. des fèves, des vesces
ou du guérêt d'été. Une bonne distribution des semences doit être tout aussi strictement observée qu'aucune autre partie de l'économie rurale.