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DU LIN

En Zélande, province de la Hollande, qui est remarquable pour la finesse de sa filasse, le sol est profond et un peu roide, ayant de l'eau presque partout à un pied ou un pied et demi de sa surface. En Irlande le sol le plus roide produit de plus grandes quantités de lin et une meilleure semence, qu'on ne peut obtenir de terres légères. Ces faits pourraient guider les fermiers ici.

Le lin, s'il doit être arraché vert, pourrait entrer dans le système d'assolement comme un légume, et remplacer en partie le guérêt d'été. Dans ce cas on labourerait la terre de bonne heure en automne, de sorte que le roi puisse être bien ameubli par les gelées de l'hiver. S'il est nécessaire elle devrait être relabourée en printemps, et la surface être par-

taiteinent réduite, les pierres, racines &c. qui restent sur la surface, entièrement enlevées. La graine devrait être semée en printemps aussitôt que la terre puisse être préparée. La quantité de la graine dépend de l'objet de la récolte. Si l'on veut récolter la graine, la semence devrait être légère, afin que la plante puisse faire des branches latérales, et être accessibles à l'air pendant la fleui aison et en formant les graines. Mais lorsqu'on arrache le plant vert pour en faire de la tilasse, la semence ne devrait pas être légère, car le retour sera alors grossier et peu productif. En Irlande on sème ordinairement 18 à 20 gallons par acre anglais, ici il faudrait une bien moindre quantité. La graine hollandaise qu'on importe en Llande produit mieux que la graine importée d'Amérique. Je crois que cela doit surtout provenir du climat différent des deux pays ; celui de la Hollande ressemblant plus au climat de l'L'lande que ne fait celui de l'Amérique. Lorsque le sol est parfaitement ameubli, on sème la graine, on la herse et on fait bien d'y appliquer le rouleau.

Lorsqu'en Irlande on destine la récolte à faire de la filasse, on l'arrache pendant qu'il est vert, immédiatement après que la graine est formée, et lorsque le bas de la tige commence à jaunir, parcequ'alors la filasse devient plus fine et de meilleure qualité, que lorsqu'on lui permet de plus avancer vers la maturité. Arraché on le met en gerbes comme le grain, on l'enlève sur le champ pour être mis dans les fondrières d'où on a retiré de la tourbe. Dans ce pays où il peut ne pas convenir de tremper le lin dans l'eau, on peut y appliquer ce qu'en Angleterre on nomme rouir à l'aide de la rosée. Ceci ne consiste qu'à étendre le lin sur le champ, et à l'exposer à l'influence du temps jusqu'à ce que les tiges parviennent à cet état dans lequel les parties boiseuses se séparent très aisément de la fibre. Cependant partout où l'on peut le tremper dans l'eau, on trouvera cela une méthode préférable, et on peut tremper le lin dans des étangs, ou des trous faits exprès, dans des marais ou des fondrières, en plaçant des poids sur les planches qui doivent tenir le lin fermément sous l'eau. De l'eau claire et douce est la meilleure pour tremper le lin. Le temps pendant lequel on doit laisser le lin sous l'eau dépend de diflTérentes circonstances, p. e. de l'état de mûraison dans lequel il fut arraché, de la qualité et de la température de l'eau, &c. La meilleure règle pour juger si le lin est suffisamment trempé, c'est lorsque la fibre devient friable, et que les parties dûres ou boiseuses s'en séparent aisément. Par un temps chaud six ou sept jours suffiront pour le tremper à l'eau. Il vaut mieux de lui donner trop peu que trop d'eau, parce que au défaut d'eau on peut remédier en le laissant plus longtemps sur l'herbe, pendant qu'on ne peut pas remédier à un excès d'eau. — L'opération suivante consiste à rouir le lin ; son objet est de rectifier tout défaut dans le procédé de tremper, et de continuer la putréfaction au point que l'écorce ou la partie boiseuse de la tige se sépare de la fibre le plus aisément possible. A cet effet le lin est très mincement étendu sur l'herbe, en rangs réguliers, l'un un peu excédant l'autre afin que le vent ne puisse pas l'éparpiller. Le temps pour rouir se règle d'après l'état du lin, et excède rarement en Irlande 12 à 14 jours ; mais il n'en faudra pas autant en Canada. Ou doit continuellement l'examiner, et lors-

qu'étant cassé et broyé entre les mains, la fibre se sépare facilement des parties boiseuses, on peut le mettre en bottes, et le sauver pour les opérations ultérieures et la manufacture.

La préparation de la filasse consiste en différentes opérations, telles que broyer, par laquelle les parties boiseuses sont rompues, et peigner, par laquelle la fibre est séparée de la partie boiseuse. Ces opérations doivent se faire à la" main, lorsqu'on n'a pas de moulins à filasse.

La méthode de rouir le lin sans le secours de la rosée et de l'eau fut inventée par Mr. Lee en 1810. J'ai vu quelques unes de ses montres soumises à la société des fermiers en Irlande ; elles furent bien belles et soyeuses à les voir, et plus fortes que le lin roui à l'eau. L'mvention de Mr. Lee a été perfectionnée par une nouvelle machine faite par Messrs. Hill et Bundy. Ces machines sont portatives et peuvent être employées dans les granges ou dans aucun édifice; une grande partie de l'ouvrage est si facile que des enfans ou des infirmes peuvent le faire; et la machine est tellement simple dans sa construction, qu'on n'a pas besoin d'instruction ni de pratique antérieure. Son introduction en Canada serait très à détsirer, et elle serait très propre à être employée dans les maisons d'industrie. La partie boiseuse de la tige est enlevée par une machine très simple ; et passant par une machine également simple, la filasse peut parvenir à un degré de finesse qui l'égale à celle dont on se sert en France et dans les Pays-Bas pour faire les plus belles dentelles et la batiste. La longueur originaire et la force de la fibre ne souffre nullement ; et on dit que la différence du produit est immense, étant presque de deux tiers ; une tonne de filasse serait produite de quatre tonnes de tiges. La dépense de l'ouvrage n'est que de cinq louis par tonne. La matière glutineuse peut être enlevée à l'aide du savon et de l'eau seulement, ce qui blanchira la filasse si parfaitement, qu'un autre blanchissage n'est plus nécessaire, même après que la filasse est tissée ; et tout le procède pour préparer la filasse peut se faire en six jours. Le produit du lin en filasse varie beaucoup. Avant d'être assorti, le produit brut de la fibre est depuis 300 à une demie tonne par acre anglais.

Lorsque le retour du lin doit être en graines, on ne doit l'arracher qu'après qu'il est mûr. Les cosses à graines sont séparées des tiges par un procédé nommé le couîement, et on pense qu'on fait le mieux cette opération immédiatement après que le lin est arraché, comme étant le temps le plus propice pour le faire- On sèche la graine ensuite. Cette opération est faite en ôtant les cosses de la tige moyennant un peigne de fer appelé com/oîV, qui est attaché à une pièce de bois à travers lesquels le lin est passé jusqu'à ce que la graine est séparée de la tige. On étend ordinairement un grand hnge sous le couloir pour recevoir la semence, qui doit être parfaitement séchée au soleil avant d'être battue. Lorsque la graine est battue et vannée, on doit la remuer fréquemment afin d'empêcher qu'elle ne chauffe.

Comme la fabrication delà gelée de graine de lin est une opération agricole, je m'en vais la décrire ici. La proportion de l'eau à la graine est près de 7 à 1. La graine ayant été trempée en une partie de l'eau pen-

dant 48 heures avant de la faire bouillir, le reste de l'eau est ajouté ' froid, et le tout mis à bouillir doucement pendant deux heures, étant mu pendant l'opération, pour qu'il ne brûle pas dans la chaudière. Par là le tout est réduit à une substance ressemblant à la gelée ou plutôt à une substance collante et glutineuse. Après avoir été refroidie dans dea cuves, on la donne avec un mélange de farine d'orge, de son et de paille hachée ; on donne à un jeune bœuf à peu près deux quarts do la gelée par jour, ou un peu plus d'un quart de graine en 4 jours, c'est-àdire, à peu près une seizième partie d'allouance moyenne d'un gâteau d'huile.

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