NOMS
botaniques.
llex europæus. . . .
Aloès Succotrina. . .
Anthylis vulneraria .
Cambogia gutta . . .
Prunus mahaleb. . .
Hippophæ rhamnoïdes.
Artemisiajudaïca. . .
Mespilus oxicantha. .
Inula helenium. . . .
Berberis vulgaris. . .
Betula alnus. . .
Atropabelladona. .
Verbascum tapsus .
Erica vulgaris ....
Galium verum. ( Un grand nombre d’espèces.) x
Anthémis tinctoria. .
Baphia nitida (F). . .
Centaurea jacea . . .
Chelidonium majus. .
Curcuma longa. . . .
Acer campestris. . .
Genista tinctoria. . . de plusieurs Lichens.
Peganum hermala . .
Æsculus hypocasta -
Hypericumperforatum Nymphéa lutea et alba J uglans regia ....
Bignonia chica. . . .
Populus nigra, alba. .
Plataneus occidentalis Pvrus malus. . . . .
Serratula tinctoria . .
Solarium nigrum. . .
Trifolium pratense. .
Ligustrum vulgare. .
Solidago verga aurea.
Licoperdon bovista
Berberine .
Érythrolit. K.
Harmaline. G.
Jaune
Jaune orangé.
Jaune et rouge.
Jaune.
Jaune nankin.
Jaune.
Jaune-brunâtre.
Jaune.
Bleue et rouge. Jaune.
Jaune orangé.
Bleu.
Jaune.
Jaune.
Rouge.
Jaune solide.
Rouge.
Jaune solide.
Jaune.
Jaune.
Jaune-brunâtre.
Jaune.
Bleu.
Rouge.
Jaune-brun solide.
Jaune et rouge.
Jaune et noir.
Brun.
Rouge.
Rouge.
Jaune.
Brun et noir.
Jauns citron.
Jaune-brunâtre Violet.
Jaune.
Violet.
Jaune, remplace la gaude.
Brun.
§ 371. Extractions. Il suffit de jeter un coup d’œil sur le tableau qui précède pour juger du petit nombre de matières colorantes qui ont été isolées. Toutes, à l’exception de l’indigotine, que l’on retire d’une certaine plante par des procédés spéciaux, sont extraites à l’aide de méthodes à peu près semblables , dont ladifFérence ne tient qu’à l’inégale solubilité des matières colorantes dans l’eau.
Ces méthodes sont de deux espèces :
Les unes, a , s’appliquent aux substances peu solubles dans l’eau; les autres, ô, à celles qui y sont plus solubles.
a. Après avoir préalablement divisé avec soin la matière tinctoriale , on la traite par l’alcool jusqu’à ce que ce véhicule lui ait enlevé la totalité de ses parties solubles ; alors on abandonne au refroidissement la solution alcoolique qu’on obtient ainsi , afin d’en séparer par une filtration la matière colorante qui peut se déposer ; on soumet ensuite la partie liquide à une distillation au bain-marie pour en retirer l’alcool , et l’on a pour résidu un extrait plus ou moins souillé de sucre et de matière grasse , qu’on enlève par des lavages successifs à l’éther et à l’eau ; mais la matière colorante d’un tel extrait ne sera complètement pure qu’ autant qu’on l’aura fait dissoudre et cristalliser à plusieurs reprises dans l’alcool , ou qu’on l’aura sublimée , si elle est de nature à supporter l’action de la chaleur. Au lieu de purifier l’extrait alcoolique par l’éther et par l’eau , des chimistes , avant de faire usage d’alcool , commencent par épuiser la matière tinctoriale par ces deux véhicules. MM. Pelletier et Caventou ont suivi cette marche pour opérer l’extraction de la carminé. Cette méthode permet, dans plusieurs cas , de substituer à l’alcool l’esprit de bois , l’acétone , l’acide acétique ou le chloride hydrique. De tous ces véhicules , celui qui offre le plus d’avantages est sans contredit l’acide acétique, pourvu qu’on l’emploie à un degré de concentration tel qu’il puisse à chaud opérer la dissolution de la matière colorante , et l’abandonner en grande partie en se refroidissant. Comme le pouvoir dissolvant de cet
acide croît avec son état de concentration , celui qui est cristallis able à 1 équivalent d’eau dissout toujours le mieux les matières colorantes ; ce n’est cependant pas celui que l’on doit employer de préférence , vu son prix élevé et la grande quantité de matière colorante qu’il retient à froid en dissolution.
b. Ce procédé consiste à épuiser par l’eau froide ou tiède les matières tinctoriales convenablement divisées, et à plonger dans la liqueur, conservée à l’abri du contact de l’air, une peau verte , gonflée , qui absorbe le tannin que renferment presque toutes les infusions de cette nature. Quand on la croit débarrassée de ce corps astringent , on y ajoute de l’acétate tri-plombique ou un mélange formé de 1 équivalent de nitrate plombique et de 1 équivalent d’oxide ammonique, ou enfin du chlorure, et même de l’acétate stanneux. Il se forme dans tous les cas un précipité qu’on recueille et qu’on lave avec grand soin pour le traiter ensuite par le sulfide hydrique, qui , s’emparant du métal , le précipite à 1; état de sulfure plombique ou stanneux insoluble; alors on sépare ces derniers au moyen d’un filtre, et l’on évapore la liqueur au bain-marie ou dans le vide pour en retirer la matière colorante. En faisant usage de sulfide hydrique, on ne doit pas perdre de vue que cet agent réduit les matières colorantes , ou forme avec elles des combinaisons particulières. (Yoy.p. 385.)
En 1832 , nous avons déposé à l’ Académie un procédé pour l’extraction des matières colorantes , qui consiste à traiter à froid les substances qui les renferment après qu’elles ont été préalablement plus ou moinspurifiéespar un mélange formé de h volumes d’acide sulfurique concentré et de 1 volume d’alcool. Une fois que la matière colorante a été attaquée par ce mélange , on exprime le tout au moyen d’une presse, et l’on étend d’eau la partie liquide, qui se trouble en donnant naissance à un précipité floconneux insoluble ou peu soluble dans l’eau acidulée , mais qui se dissout plus ou moins dansl’eaupure, selon la nature de la matière colorante. En opérant avec précaution, c’est-à-dire en ne prolongeant pas trop longtemps l’action du mélange acide , surtout quand il
‘s’agit de l’indigo , on obtient une matière colorante qui possède toutes les propriétés tinctoriales de la matière première dont elle a été extraite. Nous avons appliqué avec succès ce procédé à un grand nombre de matières tinctoriales , telles que l’indigo, la garance , la gaude , le quercitron , la cochenille , le kermès , les bois d’Inde et de Brésil, le carthame , etc. Il est basé sur le pouvoir dissolvant et en même temps réducteur du mélange composé d’acide sulfurique et d’alcool, et sur l’insolubilité des matières colorantes dans l’eau chargée de matières salines. Dans quelques circonstances , nous avons remplacé l’alcool par l’esprit de bois ou par l’acétone , qui jouissent d’un pouvoir dissolvant beaucoup plus énergique , mais qui ont l’inconvénient d’altérer certaines matières colorantes en raison de leur puissante action réductrice. Quelle que soit, du reste, celle de ces méthodes d’extraction qu’on emploie, aucune ne fournit des produits homogènes , attendu que l’extrait obtenu renferme toujours des principes colorables et colorés .
§ 372. Depuis quelques années, on extrait les matières colorantes par d’autres procédés qui ont rendu déjà et qui rendront sans doute encore de grands services à la toile peinte : nous voulons parler de ceux au moyen desquels on prépare , pour les livrer au commerce , les différents extraits dits de teinture ou de bois. C’est à Paris qu’on a commencé à présenter sous cette forme la matière colorante, et à l’appliquer ainsi préparée aux genres couleurs d’application. Ces extraits ne se retirent avec, avantage que des matières colorantes très solubles. Tous les procédés qui les fournissent se divisent en deux opérations distinctes. La première consiste à épuiser par l’eau le bois , l’écorce, les feuilles ou la graine dont on veut extraire la matière colorante. A cet effet , on introduit les matières tinctoriales avec une quantité déterminée d’eau chaude dans un appareil du genre de celui qui a été employé pour l’extraction de la gélatine , et décrit par M. Darcet; et moyennant le concours de la vapeur d’eau et d’une certaine pression , on forme des solutions plus ou moins
concentrées. Quand on opère, au contraire, à l’eau froide, la' matière colorante doit être finement pulvérisée et introduite dans un cylindre mis en communication avec un réservoir d’eau et avec un corps de pompe ; alors , à l’aide de cet appareil , on force de petites masses d’eau à traverser successivement une couche plus ou moins grande de matière tinctoriale , et à se saturer durant leur passage des principes colorants qu’elle renferme, jusqu’à ce quelle soit épuisée.
Cette première opération terminée , on procède à la seconde , en concentrant l’infusion ou la décoction obtenue , avec la précaution de la débarrasser préalablement du tannin qu’elle peut renfermer, au moyen d’une quantité convenable de colle-forte. Cette concentration se fait rarement à feu nu ; elle a plus souvent lieu à la vapeur, et même dans le vide , ce qui est tout-àfait rationnel , puisque , exposée à l’air, une infusion de matière colorante se trouble toujours et devient en partie insoluble. Comme les appareils employés pour l’évaporation de ces bains colorés sont les mêmes que ceux dont on fait usage pour l’extraction et le raffinage du sucre , nous renvoyons ceux de nos lecteurs qui auraient intérêt à les étudier, aux diverses publications qui ont trait à la fabrication du sucre.
Essais des matières tinctoriales.
§ 373 . Tous les jours le fabricant se voit obligé de demander au commerce ou à l’industrie les produits qui lui sont nécessaires, et tous les jours aussi il est entravé dans ses opérations , tant par les altérations que ces produits éprouvent à la longue que par les mélanges dont ils sont quelquefois souillés. De toutes les matières premières qu’il emploie , il n’en est pas qui se prêtent mieux à la fraude que les matières tinctoriales ; il est donc pour lui de la plus grande importance de s’assurer d’avance de leur degré de pureté , et pour satisfaire à ce besoin généralement senti, la science lui offre divers procédés. D’après les uns, on
évalue, par un moyen physique ou chimique, la proportion de matière colorante qui existe dans une substance ; d’après les autres , au contraire , on fait une application en petit de la substance tinctoriale, pour juger sur une pareille échelle delà valeur de cette dernière, considérée sous le triple rapport delà richesse de la matière colorante, de l’éclat de sa nuance et de sa solidité.
Nous allons exposer ces divers procédés , et discuter sous un point de vue général les avantages ou les inconvénients qu’ils présentent dans leur application.
Dosage de la matière colorante.
§ 37/j. Procède physique . Ce procédé, qui est dû à M. Houtou- Labillardière, est basé sur ce principe, que deux substances tinctoriales de même espèce , mais inégalement riches en matière colorante , donnent, si elles sont employées à poids égal et dissoutes dans les mêmes volumes d’eau ou de tout autre liquide, des dissolutions, colorées d’une intensité de nuance proportionnelle à la quantité de matière colorante qu’elles renferment, ou, ce qui revient au même , que des poids inégaux d’une même substance tinctoriale , dissous respectivement dans des volumes égaux d’eau , donnent des dissolutions d’une intensité de nuance proportionnelle à la quantité de matière colorante employée.
Pour apprécier la différence qui existe dans l’intensité de ces liqueurs colorées , M. H. Labillardière introduit ces liqueurs dans des tubes gradués sur la même échelle, les place dans un appareil convenable qu’il nomme colorimètre , étend d’eau la liqueur la plus forte jusqu’à ce quelle soit ramenée au ton delà liqueur la plus faible, et connaît ainsi le rapport qui existe entre les matières colorantes qu’il essaie.
Pour la description du colorimètre et la manière de s’en servir, nous ne croyons pouvoir mieux faire que de laisser parler M. H. Labillardière lui- même. ( Annales de T industrie , t. I, p. 169.)
hlh
Desçript i on du colorim être .
§ 375 . « Cet instrument se compose de deux tubes de verre bien cylindriques, de là à 15 millimètres de diamètre , et de 33 centimètres de longueur environ , bouchés à une extrémité , égaux en diamètre et en épaisseur de verre (1) , divisés dans les cinq sixièmes de leur longueur, à partir de l’extrémité bouchée, en deux parties égales en capacité, et la seconde portant une échelle ascendante divisée en 100 parties. Ces deux tubes se placent, dans une petite boîte de bois (2), ' par deux ouvertures pratiquées l’une à côté de l’autre à la partie supérieure, et près d’une des extrémités, à laquelle se trouvent deux ouvertures carrées du diamètre des tubes , pratiquées en
as
regard de leur partie inférieure, tandis qu’à l’autre extrémité est un trou par lequel on peut voir la partie inférieure des tubes en plaçant la boîte entre son œil et la lumière , et juger très facilement , par cette disposition , la différence ou l’identité de nuance de deux liqueurs colorées introduites dans ces tubes. »
Notes et observations sur le colorimètre .
(1 ), « On se procure facilement deux tubes de diamètres égaux, en coupant à la lampe un tubede longueur convenable, et en bouchant les deux extrémités qui se touchaient; vers ces parties , le diamètre des tubes et l'épaisseur du verre sont sensiblement égaux . et cela suffit , puisque c’est dans ces parties que se fait l’appréciation de l’identité de nuance des liqueurs colorées. »
(2) « La boîte de bois dans laquelle on place les tubes doit avoir \ 4 pouces de longueur, 5 pouces de hauteur et 3 pouces de largeur, et ne laisser pénétrer la lumière que par les ouvertures pratiquées aux extrémités. Pour la rendre plus convenable , il est bon de la noircir
MATIÈRES COLORANTES ORGANIQUES. /|f5
Maniéré ' de se servir du calorimètre .
§ 376. « Après avoir traité ou dissous comparativement dans l’eau, ou tout autreliquide convenable (1), des quantités égales de matières tinctoriales , on introduit de ces dissolutions dans les tubes colorimétriques jusqu’au zéro de l’échelle supérieure ; on les place (2) ensuite dans la boîte par les deux ouvertures pratiquées à cet effet , et , après avoir comparé leur nuance , si on trouve unedifférence, on ajoute de l’eau à la plus foncée , et l’on agite ensuite le tube (3), après avoir bouché l’extrémité avec le doigt ; si, après cette addition d’eau, ôn remarque encore une différence , on continue d’en ajouter jusqu’à ce que les tubes paraissent de la même nuance. On lit ensuite sur le tube dans lequel on ajoute l’eau le nombre de parties de liqueur qu’il contient ; ce nombre , comparé au volume de la liqueur contenue dans l’autre tube (qui est égal à 100), indique le rapport entre le pouvoir colorant ou la qualité relative de deux matières tinctoriales ; et si, par exemple , il faut ajouter à la liqueur la plus intense 25 parties d’eau pour l’amener à la même nuance que
intérieurement ou d’y coller du papier noir, et de donner une épaisseur de \ pouce | à la partie supérieure où se trouvent les trous par lesquels on introduit les tubes, pour éviter qu’il ne pénètre de lumière par ces ouvertures. »
(1) «Toutes les matières colorantes ne se dissolvent pas dans l’eau ; il est nécessaire , selon leurs propriétés , d’employer les agents chimiques convenables pour les dissoudre , tels que les acides , les alcalis , l'alcool , etc. »
(2) «Il faut bien essuyer les tubes avant de les introduire dans la boîte, et les tenir par la partie supérieure , pour éviter que les mains y déposent de l’humidité, qui ternirait le tube et augmenterait l’intensité de la liqueur dans les parties qui en seraient recouvertes. »
(3) « Pour éviter la mousse qui se formerait en agitant rapidement le tube, pour mélanger l’eau avec la liqueur colorée , il faut l'incliner lentement à plusieurs reprises. »
l’autre , le rapport en volume de liqueurs contenues clans les tubes sera dans ce cas comme 125 : 100 , et la qualité relative des matières colorantes sera représentée par le même rapport , puisque la quotité de ces matières est proportionnelle à leur pouvoir colorant. Les matières tinctoriales donnant des dissotions diversement colorées , il est utile , pour bien apprécier l’identité de nuance avec cet instrument, de choisir une lumière convenable pour chaque couleur (les unes en exigent une intense, les autres une faible, ou par réflexion sur un corps blanc), et de se placer de manière qu’elle arrive régulièrement sur l’extrémité de la boîte vers laquelle se trouvent les tubes (1). Pour les liqueurs bleues , il faut se placer à une fenêtre ou dehors , et regarder les tubes au travers de la boîte, en la tenant sous un angle de 45 degrés , en se tournant du côté opposé au soleil (2). L’appréciation se fait ainsi, pour cette couleur, avec assez d’exactitude pour ne pas commettre une erreur de plus de deux centièmes ; ce dont il est facile de se convaincre avec une liqueur colorée en bleu , dont une partie est affaiblie avec une quantité connue d’eau, et établissant, comme je viens de l’exposer, l’identité de nuance entre ces deux liqueurs (3) ; il est même indispensable de répéter deux ou trois fois cet essai avant
(4) « Si la lumière arrivait obliquement sur l’extrémité de la boîte , le tube opposé , se trouvant plus éclairé, paraîtrait moins intense que l’autre, et , avant de conclure , il faut vérifier l’identité , en changeant les tubes de place , pour éviter les erreurs que la lumière pourrait occasionner. »
(2) « On peut apprécier l’identité de nuance des liqueurs bleues aussi bien quand le ciel est couvert que lorsque le soleil paraît; dans ce dernier cas , il est bon, s’il y a des nuages isolés, de s’arranger de manière que l’extrémité de la boîte soit dirigée vers une partie du ciel qui représente de l’uniformité. »
(3) « Cela se fait très facilement en introduisant de là meme liqueur dans les tubes jusqu'au zéro de l’échelle , et en ajoutant dans un des tubes une quantité quelconque d’eau. »
MATIERES COLORANTES ORGANIQUES. !yï7
de se livrer à ce genre d’épreuve , afin de bien saisir l’identité de nuance des deux liqueurs sur laquelle repose ce moyen métrique. ”
Ce procédé si simple et en même temps si expéditif peut être de quelque utilité, non pour déterminer directement la richesse absolue des matières colorantes, mais pour contrôler d’autres procédés de dosage qui , employés isolément , offrent trop peu de garanties ; toutefois exige-t-il encore dans celui qui en fait usage une certaine expérience , et dans les matières bolorantes un état constant et une grande pureté, pour donner des résultats sur lesquels on puisse compter. Il est évident , en effet , que si l’on essaie ainsi comparativement deux substances tinctoriales de même espèce, mais d’âge ou d’origine différents, les deux liqueurs obtenues pourront être également colorées et renfermer des proportions différentes de principes colorants , et vice versa. Ainsi une garance d’Avignon différera d’une garance d’Alsace, comme une garance traitée parles acides différera de celle qui n’a point été soumise à leur action , sans qu’on puisse le constater par ce procédé métrique (1).
(I) En Angleterre , M. Walter Crum a appliqué dernièrement le principe de M. Labillardière au dosage du chlore et de ses préparations. L’acétate ferrique, ainsi que nous l’avons constaté § 270, donne des dissolutions de couleurs très intenses et qu’on n’obtient pas des autres sels ferriques. Une dissolution d’acétate ferreux mise en contact avec le chlore ou un de ses composés change de nuance , et l’intensité de celle-ci croît avec la quantité d’acétate ferrique qui est produite , et partant avec celle du chlore qui est absorbé. On remplace avec avantage l’acétate, qui est difficile à doser et qui rte se conserve qu’avec peine, par le sulfate ou le chlorure ferreux ; et quand ces sels ont été mélangés au chlore et que ce dernier a fait passer des quantités proportionnelles d’oxide ferreux à l’état d’oxide ferrique, on ajoute un poids d’acétate sodique équivalent à celui du sulfate ou du chlorure ferreux employé , et par double décomposition il se produit sur-le-champ de l'acétate ferrique, dont il ne reste plus qu’à évaluer l’intensité de la nuance.
Les difficultés seront encore plus grandes si la substance tinctoriale cpie l’on essaie est mélangée d’une autre matière colorante, car il n’existe aucun moyen de démêler avec certitude, dans une dissolution de cette nature , les couleurs propres à telle ou telle substance.
A l’appui de ces remarques , nous croyons devoir citer le rapport publié par la Société industrielle de Mulhouse à la suite d’expériences faites en vue d’apprécier la valeur du procédé métrique proposé par M. H. Labillardière. Ce rapport est de M. D. Kœchlin. (Bull, de la Soc. indust. de Mulhouse , t. I, p. 159.)
« La lettre de M. H. Labillardière a rapport aux dissolutions d’indigo et de garance que nous lui avons envoyées à examiner.
» Dans les dissolutions d’indigo, il indique h p. 0/0 d’eau. Il n’y en avait que 2 | p. 0/0.
» Dans les dissolutions de garance , il a trouvé 9 p. 0/0 d’eau, et il n’y en avait que 3 p. 0/0. Il est vrai qu’il a été obligé de filtrer les dissolutions parce qu’elles s’étaient troublées par le voyage.
» Dans les trois échantillons de garance en poudre , il en a trouvé deux identiques en qualité , et le troisième altéré par un corps étranger de 12 p. 0/0. Il y avait effectivement deux garances de même qualité; la troisième contenait 10 p. 0/0 de sciure de bois , et 1 p. 0/0 de bois de campêche.
» On voit par laque l’examen des dissolutions d’indigo et de garance n’est pas très juste; que celui des garances en poudre est assez exact , excepté qu’il ne fait point mention du bois de campêche.
» Nous convenons que M. LI. Labillardière doit avoir une très grande habitude pour ces sortes d’examens; car, comme nous l’avons déjà dit dans notre rapport du mois de février, nous avons à peine pu distinguer une addition de 15 p. 0/0 d’eau avec les moyens qu’il indique. De plus, l’auteur dit lui-même que des
corps étrangers , mélangés à la garance , en absorbent les parties colorantes , et peuvent influer sur l’exactitude du coloriai être. ”
§ 377. Procèdes chimiques Ces procédés sont ou directs ou indirects. Les premiers, qui sont fort nombreux, peuvent tous cependant se résumer en deux principaux , qui consistent , les uns à traiter les substances tinctoriales dans leur état brut ou préalablement purifiées par l’eau ou par des acides, à l’aide d’un véhicule convenablement choisi pour en opérer la dissolution à froid ou à chaud , et dans ce cas , ce véhicule , qui est ordinairement l’alcool , l’éther ou l’acide acétique , séparé par la distillation , laisse un résidu dont le poids représente la quantité de matière colorante que renferme la substance tinctoriale soumise à l’essai ; les autres à dissoudre la substance tinctoriale dans l’eau pour en précipiter ensuite , au moyen d’un sel d’alumine, d’étain ou de plomb , toute la matière colorante sous forme de laque , et alors il suffit, pour connaître la quantité de cette matière colorante, de laver la laque ainsi obtenue, de la dessécher, de la peser, enfin de la brûler, et d’en défalquer le poids de l’oxide métallique qui la constitue. Mais on verra, si l’on veut se reporter à ce que nous avons dit p. 409, que le premier de ces deuxprocédés estsans valeur dans le plus grandnombre des cas; quant au second, il est d’une application d’autant plus délicate que les matières colorantes dont il exige la précipitation se trouvent presque toujours mélangées de substances étrangères qui , dans les mêmes circonstances , entrent , comme elles , en combinaison avec les oxides métalliques. Ainsi le tannin , les acides sulfurique et phosphorique qui s’y rencontrent à l’état salin , et les matières colorantes qui ont pu y être introduites frauduleusement , auront pour effet de doubler l’erreur en augmentant la dose du précipité.
Quelquefois aussi on se contente d’épuiser la substance tinctoriale par un véhicule convenable , et comparant alors le poids de cette substance lorsqu’elle est épuisée avec celui qu’elle avait
h 20 MATIÈRES PREMIÈRES ORGANIQUES.
précédemment , on en déduit la quantité de matière colorante; mais un pareil procédé , qui confond avec la matière colorante toutes les matières qui sont solubles dans le véhicule employé à sa dissolution, ne peut évidemment conduire, dans le plus grand nombre des cas , qu’à des résultats erronés.
Les méthodes indirectes d’évaluation sont également de deux espèces.
Ou l’on fait passer à l’état soluble le principe colorant d’une substance tinctoriale , pour le détruire ensuite au moyen d’une liqueur titrée de chlore ou de chlorure de /diaux. Connaissant alors , d’une part , le volume de chlore nécessaire pour détruire un poids donné de matière colorante pure ; d’une autre , le volume de ce même agent , qu’il a fallu pour décolorer la solution d’un poids déterminé de la substance soumise à l’essai , on a tous les éléments désirables pour déterminer la proportion de matière colorante qui existe dans cette solution.
Ou , partant de cette supposition que , récoltées dans le même terrain et préparées de la même manière, toutes les substances tinctyriales de même espèce doivent renfermer la même quantité de matière inorganique, on détermine la quantité de cendre fournie par une substance normale , et l’on y compare le poids du résidu de la calcination et de l’incinération de la substance tinctoriale dont on veut estimer la quantité.
Quoique le premier de ces procédés paraisse au premier abord à l’abri de toute objection, l’expérience en a démontré toutes les imperfections. Nous les ferons ressortir en traitant des indigos du commerce, à l’essai desquels il a été spécialement appliqué. Quant au deuxième, il peut donner quelquefois d’utiles indications ; mais il est évident que, pris isolément, il ne saurait être considéré comme un moyen sérieux de doser les matières colorantes.
§ 378. Dosage des matières tinctoriales 'par leur application sur une petite échelle. Cette méthode est sans contredit celle qui , appliquée avec discernement , doit inspirer le plus de- confiance
au fabricant , car si l’on a soigneusement écarté toutes les causes d’erreur, les résultats obtenus en petit d une substance tinctoriale doivent être une image fidèle de ceux que l’on obtiendra d’une application en grand. Comme ce procédé est sensiblement le même pour toutes les matières colorantes , et que nous serons dans le cas de l’étudier au long en parlant des moyens d’évaluer la richesse tinctoriale des garances, nous n’en dirons rien de plus ici.
Indigo.
§379. L’indigo paraît nous avoir été apporté de l’Inde vers la fin du xvie siècle. Cette espèce de fécule est, ainsi que nous l’avons déjà dit, le produit d’un traitement que l’on fait subir à plusieurs plantes de genres et d’espèces différents , mais particulièrement du genre Indigofera (1).
Ceux qui voudraient connaître les procédés d’extraction de l’indigo doivent consulter les divers ouvrages qui traitent de cette matière et notamment ceux de Plagne ( Annales maritimes , 1825), de Vilmorin [Journal d’agriculture pratique , t. I, p. M9) , de Hervy ( Journal de Pharmacie , t. XXVI, p. 290) et enfin de Baudrimont ( Comptes-rendus de l’Académie).
Dqs noms^ spécifiques servent , les uns , à distinguer les indigos des différents pays qui nous les envoient, les autres, à les classer d’après leur aspect physique , qui est toujours supposé en relation avec leur état de pureté.
Les indigos dits de Bengale , de Manille , de Madras , de Coromandel, de Java, de Bombay, sont ceux qu’on retire de l’Inde ; le Caraque et le Brésil, de l’Amérique du Sud ; le Caroline et le^Guatimala , de l’Amérique du Nord ; enfin , on connaît
( l) Indigofera tinctoria , I. disperma , I. ami, I. coerulea, I. argenta, I. pseudo-argenta et I. hirsuta ; nerium tinctorium ; isatis tinctoria et lusitania ; ivrittria tinctoria ; asclepias tingens; polygonum tinctorium et chineuse ; galega tinctoria ; spilanthus tinctoria ; amorpha fructicosa, etc.
l’indigo d’Égypte, de l’Ile de France et du Sénégal , qui nous viennent d’Afrique.
De ces divers indigos les plus répandus sont le Bengale , le Java et le Guatimala. Tous se subdivisent en sous-variétés désignées par des épithètes , et dont l’indigo Bengale présente le plus grand nombre ; ce sont :
Les indigos surfin bleu ou bleu flottant.
— surfin violet.
— fin violet.
— fin violet pourpre.
— bon violet.
— fin et bon rouge.
— i fin cuivré.
— cuivré ordinaire et bon.
Le Caraque et le Guatimala seuls reçoivent les épithètes suivantes :
Indigos bleu flor..
— sobre supérieur.
— sobre bon.
— ordinaire.
— corte supérieur.
— corte bon.
— corte ordinaire.
Ces variétés ont été établies d’une manière assez arbitraire, attendu que les caisses et surons d’indigo renferment des morceaux de nuances différentes bien tranchées , et que l’expert appelé à échantillonner des parties d’indigo ne tient pas toujours compte, quand il s’agit des nuances intermédiaires, des effets du contraste des couleurs.
Les indigos reçoivent aussi des dénominations qui indiquent, ou qu’ils renferment des corps étrangers, ou qu’ils ont été inégalement desséchés , ou enfin qu’ils ont subi une préparation particulière.
Ainsi l’on appelle indigo sablé celui qui contient des matières terreuses ou sablonneuses.
Rabanne, celai qui présente des bandes plus rouges ou plus pâles que la masse.
Piqueté, celui dont la nuance . au lieu d’être uniforme , est inégale et poin.tillée.
Eventé, celui dont la dessiccation n’a pas été poussée assez loin ? et dont les carreaux se délitent et présentent dans leur intérieur un commencement de moisissure.
Bridé, celui qui, serré dans la main, tombe en fragments plus ou moins noirs .
Grand carré, celui dont les carreaux ont été par accident réduits en morceaux plus ou moins gros.
Demi-pierré, celui dont les carreaux sont cassés en deux.
En grabaux, celui dont ces mêmes carreaux ont été réduits en fragments assez petits pour passer à travers un crible.
Enfin froid, l’indigo qui , par suite d’une dessiccation imparfaite ou par une autre cause , ne jouit qu’à un faible degré de la propriété de happer à la langue ou d’absorber la salive.
Il y a aussi les indigos robes, dont la surface est recouverte d’une couleur qui n’est point celle de la masse, et qui provient du frottement de la substance dans les caisses et dans les surons, ou des matières étrangères qu’on y a introduites
G indigo Bengale est ordinairement livré au commerce sous forme de cubes , appelé^ pierres ou carreaux , légers , tendres et plus ou moins happants , d’une cassure nette et dont les faces deviennent facilement cuivreuses par le frottement de l’ongle. Cet indigo est celui qui présente le plus de variétés et que l’on prend généralement pour terme de comparaison.
L’ indigo de Coromandel , quoique toujours inférieur , est celui qui se rapproche le plus du précédent par l’aspect. Souvent ses qualités fines sont vendues pour les qualités ordinaires bon violet Bengale. Ses carreaux , recouverts ordinairement d’une légère croûte verdâtre , présentent une cassure nette , avec des arêtes quelquefois arrondies sur un des côtés .
L 'indigo Madras , quoique voisin de l’indigo de Coroman-
del , lui est très supérieur en qualité ; il correspond au fin violet Bengale; ses carreaux à cassure grumeleuse, au lieu d’être recouverts d’une couche verdâtre ou grisâtre , offrent une teinte rosée.
L 'indigo Manille est moins estimé que l’indigo Madras , quoique sa pâte soit plus fine. Ses carreaux sont ordinairement allongés et d’une dimension bien inférieure à celle des carreaux Bengale. On remarque presque toujours sur l’indigo Manille l’empreinte des nattes de joncs sur lesquelles il a été recueilli et desséché, tandis que les qualités inférieures de l’indigo Bengale conservent l’empreinte de la toile employée au même usage.
U indigo Brésil se présente sous forme de pains parallélipipèdes rectangulaires , d’un gris verdâtre à l’extérieur , d’une pâte ferme avec cassure nette, d’un rouge cuivré plus ou moins vif.
L 'indigo Caroline affecte la forme de petits cubes robés gris. Sa première qualité correspond au violet bleu (indigo Bengale).
L’ indigo Java est en carreaux de formes tantôt aplaties, tantôt cubiques, et qui par leur aspect pourraient être confondus avec ceux de l’indigo Bengale , dont ils se rapprochent aussi quant à la qualité, quoiqu’ils soient moins estimés.
Les indigos Guatimala et Caraque sont en carreaux de la grosseur de ceux du Bengale , et tous deux ordinairement en grabaux provenant de la finesse de leur pâte ; ils ne diffèrent l’un de l’autre qu’en ce que la pâte du dernier est spongieuse et remplie de cavités qui ont beaucoup d’analogie avec celles du pain. Leurs qualités les plus estimées sont celles qu’on désigne sous le nom d’indigo flor ; viennent ensuite les indigos cortes , qui correspondent aux violets Bengale.
Quant aux autres variétés d’indigos , comme elles sont peu répandues dans le commerce, nous nous abstiendrons d’en parler.
, Les indigos de même provenance, comme ceux de provenances différentes , ne renferment jamais la même quantité de principes colorants , car dans la même caisse ou dans le même suron on trouve des carreaux d’indigo qui diffèrent entre eux de 15, 20 à 30 p. 0/0.
On peut rapporter à plusieurs causes ces différences de qualité ; d’abord au genre de culture auquel est soumis l’indigotier, puis à la nature du terrain , au climat , à l’époque de la récolte, enfin , surtout, au mode de fabrication, car une fermentation trop brusque ou trop prolongée doit avoir, selon nous , pour effet de l’amener à un état de déshydrogénation qui lui fait perdre la propriété de • teindre ^(1). La fraude aussi contribue à changer la qualité des indigos en les souillant trop souvent , soit au moment de leur fabrication , soit à leur arrivée dans nos ports, par un mélange d’alumine ou de tout autre sel coloré par le campêche , et cela pour leur donner plus de poids, et pour rendre plus intenses leurs nuances inférieures. Si donc le fabricant n’est pas en mesure d’apprécier par des moyens chimiques la pureté de ce produit , il est exposé non seulement à payer cher un indigo peu riche, mais encore à compromettre ses opérations, si cette substance en renferme quelque autre qui soit incompatible avec les agents employés à la fixer sur les tissus.
Pour estimer la qualité des indigos , on se contente quelquefois de prendre en considération leur pesanteur spécifique , le pouvoir plus ou moins grand qu’ils ont de happer à la langue , la ténacité et l’uniformité de leur masse , leur plus ou moins grande facilité à se cuivrer au frottement de l’ongle , et autres propriétés du même genre dont les indications, aussi peu rationnelles les unes que les autres, ont déjà entraîné à de grandes pertes ceux qui leur avaient accordé trop de confiance, attendu que tel indigo, jugé, par de semblables données, de qualité supé-
( I ) Pour arrêter cette fermentation , il suffit d'ajouter au suc d’indigo une certaine quantité d’acide.
rieure et estimé en conséquence, s’est trouvé souvent moins avantageux pour le fabricant que tel autre coté plus bas, comme ayant moins d’apparence, et réciproquement. C’est ainsi qu’en tenant compte à la fois du prix d’achat de plusieurs espèces d’indigos et de la quantité de matières colorantes qu elles renferment , on a été à même de constater des différences de 40 à 50 p. 100.
§ 380. Les indigos du commerce renferment toujours :
1° Une plus ou moins grande quantité d 1 eau d’hydratation , qu’il est facile de déterminer en réduisant en poudre fine 2 à 3 grammes d’indigo qu’on expose dans une étuve à la température de 100°, jusqu’à ce que cette poudre ne puisse plus perdre de son poids. 100 parties d’indigo de bonne qualité desséchées de cette manière ne doivent pas perdre au-delà de 3 à 0 p. 100 d’eau.
2° Des quantités variables de matières salines ou terreuses , qui proviennent, soit delà plante même qui a fourni l’indigo, soit de la nature du procédé d’extraction, soit de celle des eaux qui ont été employées pour cette extraction , soit enfin de la fraude. Pour déceler laprésence desmatières terreuses, on traite à chaud l’indigo réduit en poudre', par le chloride hydrique étendu d’eau, qui dissout les matières salines en provoquant une effervescence etun dégagement d’acide carbonique, lorsque cet indigo, comme, quelques sortes de Manille , renferme du carbonate calcique, Après un contact suffisamment prolongé , on filtre le tout , et le résidu que laisse la liqueur évaporée à siccité représente les matières salines solubles, naturelles ou étrangères , qui se trouvaient dans l’indigo. Ce résidu dissous dans l’eau, on obtient uue liqueur qui , traitée par l’ammoniaque , donne un précipité blanc, gélatineux , soluble dans l’hydrate potassique si l’indigo renferme de l’alumine, et qui, traitée par l’acide oxalique, précipite fortement s’il renferme de la chaux. Enfin , les sels barytiques déterminent dans cette liqueur un précipité abondant et insoluble dans l’acidle nitrique, si Cétte base s’y trouve ,,
MATIÈRES COLORANTES ORGANIQUES. Zj 27
comme il arrive souvent, à l’état de sulfate calcique. Dans le même but aussi on détruit la matière organique par la calcination et l’incinération, et la matière inorganique qui reste est examinée par les procédés analytiques ordinaires. 100 parties d’indigo de bonne qualité , préalablement desséchées , calcinées , puis incinérées dans un vase de platine , donnent en moyenne un résidu d’environ 7 p. 0/0. M. Chevreul a expérimenté sur un indigo dont le résidu n’a été que de 3 p. 0/0. Ainsi soumis à l’action delà chaleur, un indigo pur entre en fusion en exhalant une belle vapeur d’un pourpre très intense , tandis que quand il est mélangé de matières salines , il brûle sans se fondre , et se décompose en conservant sa forme.
3° Des matières organiques et étrangères telles que la fécule, les résines, le campêche , et enfin le bleu de Prusse; ces deux derniers ajoutés dans le but de colorer la base inorganique. On décèle ces corps dans l’indigo , savoir :
La fécule , par les mêmes opérations qui la font découvrir dans le bleu de Prusse , c’est-à-dire qu’on fait agir l’acide sulfurique faible sur l’indigo et qu’on porte le tout à l’ ébullition pour transformer la fécule en sucre que l’on soumet ensuite à une fermentation ;
La résine , en employant l’alcool , qui la dissout : la proportion de résine que renferme naturellement l’indigo, et qui se dissout en même temps, est trop faible pour qu’on en tienne compte-;
Le campêche , en humectant l’indigo en poudre d’un peu d’acide oxalique, et en appliquant sur cette pâte un morceau de papier blanc qui se colore aussitôt en rouge quand la matière colorante du campêche en fait partie ;
Le bleu cle Prusse , en faisant bouillir pendant un certain temps une dissolution d’hydrate potassique avec l’indigo réduit en poudre. La liqueur filtrée, puis saturée par un acide, est mise alors en contact avec un sel ferrique , et il se développe une belle couleur bleue inattaquable par le chlore quand elle est due au bleu de Prusse.
h° Des matières organiques inhérentes à l'indigo , et qui sont :
Une résine rouge ( Bergmann , Chevreul et Berzélius ) , soluble dans l’alcool, dans l’éther, dans l’esprit de bois, dans l’acétone et dans l’acide sulfurique concentré , qu’elle colore en rouge; dans l’acide nitrique fumant, quelle colore en pourpre, et qui , au contraire , est insoluble dans l’eau, dans les acides et dans les alcalis faibles. Cette résine, chauffée, se sublime partiellement sous forme de cristaux incolores ;
Du gluten (Berzélius) , qui se dissout quand on traite l’indigo par l’acide sulfurique , ou par le chloride hydrique étendu d’eau , ou par l’acide acétique. Quand on. se sert de l’acide sulfurique et qu’on sature la dissolution par le marbre, il y a production de sulfate calcique peu soluble , et la liqueur qui reste, convenablement évaporée, donne le gluten pour résidu ;
Du brun d'indigo (Berzélius), qu’on isole en traitant par une dissolution concentrée de potasse et de soude l’indigo déjà épuisé par les acides. La liqueur alcaline obtenue de la sorte est saturée par un acide qui précipite la matière brune.
M. Chevreul, en traitant les indigos du commerce par l’eau, par l’alcool, par le chloride hydrique, et en les reprenant ensuite par l’alcool, en a retiré, mais toujours accompagnés d’une petite quantité d’indigotine qui se dissolvait :
Un produit très ammoniacal et très odorant (gluten de Berzélius) ;
Une matière jaune combinée à un principe colorant de même couleur ;
Un acide organique ;
Une résine rouge ;
Un principe odorant ;
Des phosphates calcique et magnésique ;
Du sulfate et du chlorure potassique ;
Des acétates calcique , magnésique et potassique ;
Du fer.
5° Enfin , les indigos renfermant de Yindigotine en propor-
tions diverses , il nous reste à examiner quels sont les procédés au moyen desquels on peut faire rigoureusement l’évaluation de ce principe colorant.
§ 381. Quelques chimistes soumettent dans ce but l’indigo à l’action successive et combinée de l’eau, des acides et des alcalis affaiblis. Lerésidulavé , desséché et pesé, représente le poids de la matière colorante; mais il convient d’en retrancher celui des matières terreuses ou sablonneuses qui n’ont point été attaquées par ces divers véhicules, et à cet effet on incinère un poids déterminé du résidu, dont on soustrait celui de la cendre que l’on obtient ; on connaît ainsi indirectement le poids de l’indigotine. Ce procédé , qui a l’inconvénient d’être très long , fournit , lorsqu’il est exécuté avec soin , des résultats assez certains.
§ 382. Comme Pungh l’a proposé (1), on détermine aussi par une dessiccation convenable la quantité d’eau que renferme l’indigo , puis on en prend 30 grammes qu’on pulvérise et qu’on broie à la molette , pour les introduire , avec 60 grammes de sulfate ferreux et 5 litres d’eau , dans un vase de fonte ou de tôle de 8 à 10 litres de capacité. On fait alors bouillir le tout pendant quelques minutes , puis on y ajoute peu à peu , et en remuant avec précaution au moyen d’une spatule de fer, 120 à 150 grammes d’hydrate calcique. L’indigo ne tarde pas à entrer en dissolution ; on le reconnaît à la pellicule irisée qui se forme à la surface du liquide. Quand ce phénomène est bien caractérisé, on retire le vase du feu et l’on abandonne le liquide au repos pendant 1Ô minutes environ , afin de laisser au sulfate calcique qui s’est formé , ainsi qu’à la chaux , à la résine et à toutes les matières insolubles, le temps de se reposer. Lorsque la liqueur est tout- à-fait claire , on la décante dans un vase de verre ou de grès , avec assez de précaution pour ne
(1) Dans un mémoire, qui a paru au commencement de ce siècle, Annales des arts et manufactures , t. Vf, p. 2 ! 4, 239.
laisser passer aucune partie du dépôt; on verse sur celui-ci k litres d’eau , qu’on fait bouillir pendant 10 minutes pour les laisser reposer ensuite et les décanter de nouveau. Au dépôt qui provient de cette deuxième décantation on mélange 30 grammes de sulfate ferreux , et 60 grammes de chaux que l’on soumet à leur tour à l’ébullition avec la quantité d’eau nécessaire , et l’on répète cette série d’opérations tant que la liqueur décantée se colore en bleu au contact de l’air en présence d’un acide. Dès que ce phénomène n’a plus lieu, réunissant toütes les eaux des diverses décantations , on les sature de chloride hydrique jusqu’à ce qu’ elles rougissent le papier réactif. Par suite de la réaction qui s’établit, l’indigo , qui s’était d’abord dissous au contact de la chaux, se précipite. Ce précipité, séparé par décantation du liquide au sein duquel il est déposé, est jeté sur un filtre pesé d’avance , et sur lequel il est lavé à l’eau distillée juscpi’à ce que les eaux de lavage ne laissent plus aucun résidu sur une lame de platine; desséché alors à la vapeur d’eau bouillante, il est pesé avec attention , et en retranchant de son poids le poids du filtre , on a celui de la matière colorante que contient l’indigo essayé.
Cev procédé , outre qu’il est un peu long, n’est pas toujours fidèle , et nous aurons occasion de voir, en nous occupant des propriétés de l’indigotine colorable , qu’elle peut former avec la chaux deux combinaisons distinctes , l’une soluble, l’autre insoluble quand il y a excès de cette base. Pungh , quoique ignorant cette propriété delà chaux , a pourtant pressenti l’influence que les proportions de cette base exercent dans l’application de son procédé, puisqu’il dit que les quantités de sulfate de fer et de chaux varient suivant les espèces d’indigos. D’ailleurs la grande quantité d’eau qu’il employait prouve suffisamment que la difficulté de faire passer la totalité de l’indigo à l’état soluble ne lui a point échappé.
En vue de diminuer le nombre des lavages, on a modifié le procédé1 de Pungh de la manière suivante :
On traite l’indigo, préalablement bien brojœ et délayé dans une quantité d’eau suffisante qu’on mesure exactement, d’abord par la chaux à la température de 90° * puis par une certaine quantité de sulfate ferreux à la même température. L’opération doit se faire dans un flacon bouché à l’émeri , tout-à-fait rempli de ce liquide et chauffé au bain-marie pendant plusieurs heures. Quand on juge que le contact de l’indigo avec les agents désoxidants a été suffisamment prolongé , on retire le flacon et on laisse à la liqueur le temps de s’éclaircir ; on la décante alors au moyen d’un siphon dans un vase gradué , afin de connaître exactement le volume du liquide qu’on y introduit, et l’on sature ce liquide par un excès de chloride hydrique , qui précipite l’indigo et en favorise l’oxidation. Le résidu, recueilli sur un filtre dont on connaît le poids, est lavé et desséché comme dans le procédé précédemment décrit. En supposant qu’en opérant de cette manière sur 1 gramme d’indigo et sur 2 litres d’eau, on ait retiré 0SI ,6 d’indigo de lm,,5 de dissolution , il est évident qu’en établissant laproportion 1,5 : 0,6 : : 2 : x, on trouvera que ce gramme d’indigo renfermait 0,8 d’indigo ou 80 p. 100. Four faire des essais de ce genre nous avons soin de prendre un terme de comparaison en opérant en même temps et dans les mêmes conditions sur un indigo pur, et sur l’indigo dont nous voulons connaître le titre. Afin de diminuer les chances d’erreur, nous employons des flacons de 2 ~ litres de capacité , pour pouvoir précipiter au moins 2 litres de liquide que nous mesurons toujours dans un flacon à col étroit. Les résultats que nous obtenons ainsi offrent nécessairement plus de garantie , contrôlés qu’ils sont l’un par l’autre.
§ 383. Après avoir dissous l’indigo, comme nous venons de le dire , au lieu de précipiter et de peser la matière colorante , on en évalue la quantité et la qualité en y teignant à froid un poids déterminé d’étoffe quelconque. L’intensité de la couleur de l’étoffe au sortir du bain devrait sans doute être proportionnelle à la richesse de l’indigo ; mais il n’en est pas toujours
ainsi. On verra, par ce que nous dirons de la teinture en bleu de cuve, que ce procédé ne peut fournir d’indication précise qu’en ce qui concerne la couleur.
§ 384. Les procédés qui nous restent à examiner sont ceux qu’on emploie le plus généralement. Ils sont tous basés sur une préparation préalable qu’on fait subir à f indigo, et qui le trans- # forme en acide sulfo-indigotique. La quantité de matière colorante que renferme l’acide sulfo-indigotique est’ déterminée par trois méthodes différentes m , n , o. Avant de passer à l’exposition de ces trois méthodes, il nous paraît indispensable de faire connaître les précautions à prendre , soit pour prélever des échantillons d’indigo , soit pour opérer convenablement la dissolution de cette substance dans l’acide sulfurique.
Les caisses ou les surons d’indigo contiennent toujours des indigos de nuances et de qualités diverses , qui s’y trouvent en carreaux et en fragments ; quand donc on veut les essayer, il importe, pour opérer avec exactitude, d’en prendre un échantillon moyen, c’est-à-dire un. échantillon qui représente aussi approximativement qu'il est possible les différentes qualités que renferme chaque caisse ou suron , et le rapport dans lequel ces qualités s’y trouvent. Il faut en outre , au moment où l’on prend cet échantillon , ou le dessécher complètement , ou le conserver dans un flacon bouché à l’éméri : autrement il pourrait, s’il était poreux, céder de l’eau à l’air et devenir plus riche en ; matière colorante, ou emprunter de l’humidité à l’atmosphère et diminuer ainsi de titre. D’autre part, on doit non seulement réduire en poudre fine , mais encore broyer avec soin dans un mortier de porcelaine, l’indigo que l’on veut essayer. Ces précau* | tions observées, on en prend un poids déterminé, et on l’introduit dans de petits matras ou dans des capsules de porcelaine, j pour l’y soumettre à l’action de l’acide sulfurique concentré, j dans une proportion qui varie de 6 à 20 fois le poids de la I poudre mise en expérience. Cette quantité d’acide, loin de nuire à la dissolution de l’indigo, la favorise et prévient la formation |
de la phénicine , qui est insoluble. Quand la dissolution est effectuée dans des matras, on ajoute à l’indigo quelques fragments de verre, afin de pouvoir mettre par l’agitation en contact immédiat l’indigo et l’acide sulfurique. Quand elle est faite dans des capsules de porcelaine , on se sert d’un petit pilon de verre ou de porcelaine pour mélanger intimement une portion de l’acide à l’indigo ; l’autre portion sert à nettoyer le pilon , et est ensuite réunie au tout. On aide encore à la dissolution en exposant pendant quelques heures le mélange au bain-marie à une température de 40 à 60°. Quelquefois on se contente de l’abandonner à une température de 20 à 25° pendant un jour. Une fois l’indigo dissous dans l’acide sulfurique , on étend d’eau la liqueur pour l’amener au degré de concentration le plus favorable au dosage qu’on se propose d’employer.
m. § 385. On dissout avec les précautions que nous venons d’indiquer, 1 gr. d’indigo dans 6 à J2gr. d’acide sulfurique ; on étend d’eau la dissolution de manière à former 2 litres de liquide , et l’on obtient un bain dont on connaît la quantité de matière colorante en y teignant des écheveaux de laine ou de soie. Dans 20rc d’une dissolution de 0,s'01 d’indigotine pure ainsi formée, M. Chevreul a pu teindre successivement, en prolongeant chaque immersion pendant 2.4 heures , et en rapportant toutes les nuances à une gamme formée de 28 tons à partir du blanc ,
\ 0 \ gramme de laine au ton de I 8 .
2° 1 gramme de laine au ton de 7.
3° \ gramme de laine au ton de \ .
Le bain était donc épuisé après l’immersion de ces trois grammes de laine.
En expérimentant une deuxième fois sur l’indigotine, le même chimiste a teint :
\ 0 4 gramme de soie au ton de \ 6 .
2° \ gramme de soie au ton de 9.
3° \ gramme de soie au ton de ^5.
&§k MATIÈRES PREMIÈRES ORGANIQUES.
Yeut-on connaître la valeur relative d’un indigo du .commerce , on le traite de la même manière et F on compare les résultats de l’opération à ceux • qu’on obtient en traitant l’indigotine.
Du reste , ce procédé , qui a l’inconvénient d’être long , exige en outre des précautions sans lesquelles on serait induit en erreur sur la valeur de l’indigo en même temps que sur sa nuance.
n. § 386. Le second procédé de dosage est dû à M. Houtou- Labillardière. Il consiste à dissoudre , à la température de 40°, 1 gramme d’indigo dans 20 gr. d’acide sulfurique, et à étendre d’eau cette dissolution jusqu’à 3 litres. Pour plus d’exactitude on doit faire ce mélange clans un flacon à col étroit , de la capacité de 3 litres à un trait gravé sur le col. On laisse reposer la liqueur, et comme il importe qu’elle soit bien claire, on la filtre au besoin au travers d’une couche de verre pilé. Si l’on était obligé d’employer un filtre de papier, qui naturellement absorbe la matière colorante, il faudrait filtrer des volumes égaux de liqueurs au moyen de filtres de mêmes dimensions. Une dissolution d'indigo pur introduite dans le colorimètre en même temps que la dissolution d’indigo dont on veut connaître le titre, permettra d’établir entre ces liqueurs le rapport qui existe dans l’intensité de leur nuance et d’où l’on conclura à la valeur relative de l’indigo dont on cherche le titre.
o. § 387. L’indigo étant dissous comme dans les procédés m, n , on détermine la proportion de principe colorant que renferme fa dissolution par la quantité de chlore qu’en exige un volume déterminé pour être décoloré. Ce procédé , proposé d’abord par Berthollet et employé ensuite par plusieurs chimistes et manufacturiers , a été tour à tour adopté et repoussé , parce qu’aux avantages qu’en présente l’application il ne joint pas toujours toute l’exactitude désirée.
Quand, par exemple, l’acide employé à la dissolution de l’indigo renfermera de l’acide sulfureux, ou que celui-ci se formera accidentellement par l’altération de l’acide sulfurique . en
présence de l’indigo ou des matières qui l’accompagnent , il y aura absorption d’une certaine quantité de chlore qui fera admettre dans l’indigo une quantité de matière colorante plus grande que celle qu’il contiendra réellement , attendu que le chlore n’agit sur l’indigo mélangé à l’acide sulfureux qu’après que cet acide a été transformé en acide sulfurique. Les matières qui accompagnent quelquefois l’indigo peuvent aussi , quand elles sont en certaine quantité , absorber du chlore et devenir ainsi une nouvelle cause d’erreur. Enfin la manière inégale dont se décolore l’indigo, suivant qu’il est mélangé au chlore brusquement ou peu à peu et par petites portions , la manière plus ou moins parfaite avec laquelle se sera opérée la dissolution de l’indigo dans l’acide S , et les variations qui surviennent souvent dans la composition de la liqueur titrée de chlore, sont autant de causes qui peuvent fausser les résultats de ce procédé , sans parler de l’influence qu’exercerait encore sur ces résultats l’introduction dans l’indigo de quelques centièmes d’arsénite calcique ou de tout autre corps de cette espèce, car nous avons vu que l’indigo n’est décoloré par le chlore en présence de l’acide arsénieux qu’ autant que cet acide est préalablement passé à l’état d’acide arsénique, § 36.
Dans l’intention de parer à quelques uns des inconvénients de ce procédé, M. Henri Schlumberger y a introduit les modifications suivantes : pour n’avoir point à titrer la dissolution de chlorure de chaux dans tous ses essais d’indigos du commerce, il opère toujours en même temps et comparativement sur l’indigo pur. Il se procure ce dernier en recueillant l’écume (la fleuréej qui se forme continuellement à la surface des cuves de bleu d’indigo, et en traitant cette écume par le ehloride hydrique étendu d’eau, qui en enlève toutes les substances étrangères. Le résidu de cette opération , lavé sur un filtre et avec beaucoup de soin, est desséché et introduit ensuite dans des flacons bouchés à T émeri où il est conservé à l’abri de l’humidité. A défaut de ces écumes, on monte une petite cuve d’indigo en
mélangeant dans 50 parties d’eau 3 parties de chaux vive préalablement hydratée , 3 parties de sulfate ferreux et' une partie d’indigo bien broyé à l’eau. Après avoir remué ce mélange pendant quelques heures , on l’abandonne au repos. La partie* cl aire, décantée dans un vase quelconque, est exposée au contact de l’air, où on l’agite avec un balai pour mieux favoriser l’oxidation et la précipitation de l’indigo. Le dépôt qui se forme dans cette circonstance est alors traité par le chloride hydrique comme la fleurée. Pesant 1 gramme de son indigo normal et 1 gramme de chacun des indigos dont il veut connaître la richesse , M. Schlumberger les introduit séparément avec 12 grammes d’acide sulfurique de Saxe (1) , en prenant toutes les précautions indiquées précédemment , p. 4 32, dans des capsules de porcelaine de 8 à 10 centimètres de diamètre qu’il recouvre de lames de verre. Après un contact de 24 heures à la température de 50 à 60° centigrades, ou de 12 heures à la température de 20 à 22° , il délaie peu à peu la solution sulfurique que renferme chaque capsule dans un litre d’eau mesuré d’avance dans autant de vases de verre qu’il y a de capsules employées à l’essai; alors arrive l’instant du dosage, pour lequel deux marches peuvent être suivies : ou l’on prend un volume constant de la dissolution d’indigo , 100 0 par exemple, et l’on recherche le nombre de centimètres cubes d’une dissolution de chlorure de chaux nécessaire à la décoloration ; dans ce premier cas , la richesse du principe colorant de la dissolution d’indigo est proportionnelle au nombre de centimètres cubes de la dissolution de chlore absorbé ; ou , comme le fait M. Schlumberger, on prend un volume constant delà dissolution de chlorure de chaux , 5<c par exemple , et l’on recherche le volume d’indigo quelle décolore; dans ce deuxième cas, le pouvoir colorant d’un indigo est en raison inverse du volume
('I ) Au lieu de peser ces 1 2 grammes / M. Schlumberger se sert d’une pipette , qui , à un trait x . contient exactement 12 grammes de liquide.
MATIÈRES COLORANTES ORGANIQUES. /j37
de la dissolution d’indigo décolorée. La préférence que M. Schlumberger accorde à ce dernier mode est fondée sur l’avantage qu’il présente d’enlever aux erreurs de mesurage presque toute importance, en raison de la quantité d’eau dont la dissolution indigotique est étendue. Voici, du reste , le résumé de l’opération : on mesure avec la pipette/, fig. 1, p. 31, 2 |rc d’une dissolution de chlorure de chaux à 1°Æ, et on les verse dans un vase où l’on a déjà introduit, au moyen d’une burette divisée en 100 parties ou degrés , 50 e d’une dissolution sulfurique d’indigo. Si la teinte du liquide passe sur-lechamp au jaune , c’est qu’il y a excès de chlore ; dans le cas contraire l’indigo prédomine , et il faut ajouter une ou plusieurs pipettes de chlorure jusqu’à ce que celui-ci soit en excès ; alors, muni de la burette A remplie de dissolution sulfurique d’indigo, on recherche, par des additions successives, quel est approximativement le volume de cette dissolution qu’il convient d’ajouter à la liqueur pour la ramener de la couleur jaune à la teinte verdâtre qu’elle prend toujours quand l’indigo est en léger excès. Supposons qu’une pipette de chlorure de chaux ait décoloré 56cc d’une dissolution sulfurique d’indigo , on devra procéder, à la vérification de ce rapport en introduisant dans un vase 56ccde sulfate d’indigo , et en y versant à la fois une pipette remplie de chlorure de chaux. Si la liqueur devient jaune, le chlore y sera en excès; si elle devient bleuâtre, il y aura excès d’indigo ; on devra dans l’un et dans l’autre cas recommencer l’essai, et augmenter ou diminuer le volume du sulfate d’indigo jusqu’à ce qu’on ait trouvé un rapport tel que les deux volumes de liquide mélangés produisent une liqueur que l’addition d’une goutte d’indigo ferait passer au bleuâtre , ou celle d’une goutte de chlorure au jaune. On conçoit que les résultats d’une telle opération n’ont de valeur qu’ autant qu’on s’arrête à la limite des deux couleurs. Du reste le point d’arrêt, difficile à trouver dans les autres indigos , l’est peu quand on expérimente sur l’indigo pur, car alors la teinte bleue qui dé-
note un excès d’indigo n’est point altérée par la couleur jaune ou verdâtre que donnent aux indigos de qualités inférieures les substances étrangères qui les accompagnent.
Maintenant , que, par des essais réitérés tant sur l’indigo normal employé comme terme de comparaison que sur les indigos du commerce , on ait trouvé qu’un même volume de dissolution de chlorure de chaux (2 ~ 'c par exemple ) décolore,
48ee de la dissolution sulfurique d’indigo normal ,
57ee d’une dissolution sulfurique d’indigo du commerce A,
id.
id.
id.
id.
id.
id.
id.
il sera facile de calculer la quantité du principe colorant de ces divers indigos, puisqu’elle est en raison inverse du volume de la dissolution sulfurique décolorée.
P étant le nombre de centimètres cubes de la dissolution d’indigo normal, Q celui des indigos du commerce, on aura la proportion :
Q : P : : 100 : x, par conséquent,
pour 1 indigo A, 57 : 48 :: 100 : x — — — =3 84,21 p. 0/0.
Désirant être fixé sur le degré de précision du dosage des indigos par le chlorure, M. Schlumherger a dosé par deux autres méthodes un indigo Java dont il avait déterminé le titre
à . 84,3 en employant le chlorure
par le procédé bp 429 il a trouvé: . . . . 78,6 et par le procédé ap 429 il a trouvé. . . 86,2 (I).
(4) La différence entre ces deux nombres provient de ce que dans le deuxième cas M. Schlumbergcr a négligé de brûler le résidu de l’opération et d’en fôug'riïrc le poids des cendres.
MATIÈRES COLORANTES ORGANIQUES. /|o9
Au travail de ce chimiste (1) est joint un tableau que nous reproduisons ci- après , et dans lequel est représentée la quantité de matière colorante que renferment 100 parties d’indigo. Dans une colonne de ce tableau il indique le prix de vente des indigos, et dans un autre le prix de revient d’un degré ou d’un centième d’indigo , qu’il a calculé en divisant le nombre qui représente le prix d’achat d’un kilogramme d’indigo par celui qui exprime la quantité de matière colorante renfermée dans 100 parties de ce même indigo. Ainsi, en supposant que l’indigo B ci-dessus
ait coûté 2 4 fr. le kil. , - =0,32% qui est le prix de revient
de 1 degré de cet indigo ; que le prix d’achat de l’indigo D soit de
18 fr.— - = 0,45' sera le prix de revient d’un degré de cet
indigo. On voit par conséquent que, malgré la différence de 6 fr. , l’indigo B est encore plus avantageux que l’indigo D. La proportion suivante fait connaître ce qu’il faudrait payer l’indigo D pour qu’il fût d’un prix correspondant a celui de l’indigo 24 X 40
B, 75 : 24 : : 40: x = — — - - = 12, fr. 8.
11 y aurait toutefois encore à tenir compte de la dépréciation que lui donne son mélange avec 60 parties de matières étrangères plus ou moins nuisibles dans une opération de teinture.
(!) Tome XV, page 277, des Bulletins de la Société industrielle de. Mulhouse.
MO
DÉSIGNATION
DE LA QUANTITÉ ET DE l’eSPÈCE DES INDIGOS.
ix de vente d’un
dlogr. indigo (U.
si
rs „ fcc n S
xL «
Prix du degré
d’indigoline
jn kilogr. indigo.
Indigo de Java ,
beau violet .
fr. r.
fin violet .
fin violet .
surfin violet .
surfin violet .
pourpre .
surfin violet .
beau violet .
pourpre .
surfin pourpre .
surfin violet .
surfin pourpre .
beau bleu . . .
bleu-violet . . . J irnf(,,n,6s
bleu-violâtre . ( ,la,,\ «»«
bleu-violet foncé Unisse ‘"non
bleu-violet terne * “sso,t':>•
bleu -noir. . . .J
beau bleu . . .\ mi(VlWs
fin violet pourp. > tlaZn"ne
bleu noir. . . .; .«use.
Indigo de Bengale , fin violet ... . . .
fin violet .
fin violet .
fin violet .
surfin violet . .
fin violet . . „
fin violet .
surfin violet .
fin violet .
surfin violet. ......
surfin pourpre .
fin violet -rouge . . . .
bas cuivré ( très dur) .
violet .
fin violet-pourpre . . .
Indigo Caraque.
(l) Prix de vente à Mulhouse en mai 1841.
MATIÈRES COLORANTES ORGANIQUES. Ml
DÉSIGNATION