‹ Traité théorique et pratique de l'impression des tissus (volume 4)Chapitre 19 sur 92 · CHAPITRE · texte numérisé non relu

CHAPITRE

DES GENRES QUE FORMENT LES COULEURS QUI N'ADHERENT AUX TISSUS QUE PAR L* INTERMEDIAIRE D'AUXILIAIRES OU DE MOR- DANTS. GENRES QUI DERIVENT DE l'aRSENITE CUIVRIQUE, DES

CHROMATES, DES IODURES, DES SULFIDES, DES CYANURES, DE LA GARANCE ET DE SES DERIVES, DE LA COCHENILLE, DES BOIS ROUGE, BLEU ET JAUNE, ET ENFIN DE L APPLICATION DES COULEURS DITES COMPLEXES.

GENRES DÉRIVANT DE l'aRSENITE CUIVRIQUE.

§592. Cette couleur sert particulièrement à la fabrication des fonds unis d'un vert généralement connu sous le nom de vert de

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cuivre \ vert de Scheele et vert de Schweinfurt. Pour la fixer, tantôt on combine à l'étoffe une certaine quantité d'oxide cuivrique qu'on sature de la proportion d'acide nécessaire pour transformer cet oxide en arsénite ; tantôt, au contraire , on dépose sur le tissu l'acide arsénieux, et, à l'aide d'une préparation cuivrique, on y réalise une double décomposition qui a encore pour résultat la formation de l'arsénite.

§ 593. Fond vert à l'arsénite cuivrique. On commence par

plaquer les pièces dans une dissolution contenant une préparation cuivrique convenable, du sulfate, du nitrate, ou un mélange des divers sels cuivriques solubles. Voici une de ces pré parations :

Dans 10 lit. d'eau on fait dissoudre :

lk,250 crème de tartre , 5k,750 acétate cuivrique, 10 lit. nitrate cuivrique à 56°.

On étend cette dissolution , qui , en définitive, n'est qu'un mélange d'acétate , de tartrate et de nitrate, d'une fois son volume d'eau, pour y mettre les pièces , et quand on tient à obtenir un fond parfaitement uni , on ne doit pas négliger la précaution de l'épaissir avec une petite quantité de gomme.

Aussitôt après l'impression ou le placage, on dessèche promptement , puis on procède au déplacement de l'oxide cuivrique à l'aide dune base salifiable puissante , la potasse ou la soude. On introduit dans le bassin de la machine à foularder une solution faite avec l'une ou l'autre de ces bases marquant 12° -4B, et l'on y plonge les pièces qu'on exprime avec soin à leur sortie du bain , pour les faire passer à l'eau courante, les rincer et les nettoyer; elles ont alors la couleur de l'hydrate cuivrique. Pour leur donner la teinte verte qui est propre à l'arsénite , on monte un bain composé d'eau pure et d'acide arsénieux, et on les y fait passer à chaud. L'oxide cuivrique se combine dans cette circonstance à l'acide arsénieux, et la nuance, de bleue qu'elle était d'abord, devient insensible-

GENRES DERIVES DE L ARSENITE CUIVRIQUE.

ment d'un vert dont l'intensité est proportionnelle à la quantité d'acide arsénieux qui se fixe. On ajoute quelquefois du biarséniate potassique au bain d'acide arsénieux ; mais il ne faut faire cette addition qu'avec réserve, attendu que l'arséniate, par sa nuance d'un blanc bleuâtre , s'oppose au développement du vert. En outre, dans cette dissolution, l'acide arsénieux est sans effet, déplacé qu'il est par l'acide arsénique.

L'arsénite cuivrique est fixé sur la toile par une opération inverse de celle que nous venons d'indiquer. On se procure une solution à'arsênite sodique contenant, avec la quantité de soude nécessaire , 120 à \ 50 gr. d'acide arsénieux par litre. C'est avec cette solution d'arsénite qu'on plaque les pièces, en ayant soin de les dessécher fortement à l'étendage chaud lorsqu'elles sortent de la machine à matter. Une fois les pièces bien sèches, on les imprègne ou plaque d une dissolution de nitrate cuivrique contenant 0\250 par litre d'eau , et légèrement épaissie à la gomme adragante. Enfin, au lieu de ce nitrate, on fait quelquefois usage d'un mélange de nitrate et de sulfate ou même d'un sel cuivrique ammoniacal. .

Si l'on voulait obtenir un vert plus foncé , il faudrait mettre en contact à chaud de l'acide arsénieux et de l'acétate cuivrique ; l'acide acétique étant expulsé par l'acide arsénieux, on se trouverait dans les conditions où le vert de Schweinfurt prend naissance.

Enfin on obtient encore d'autres nuances en mélangeant au sel cuivrique dont on fait usage une certaine quantité de sel ferreux ou ferrique. Comme l'oxide ferrique se fixe aux mêmes conditions que l'oxide cuivrique, la couleur du premier, en s'ajoutant à celle de l'arsénite cuivrique, donne des nuances cuir-bottes. Ce seul fait justifie la nécessité où l'on est de n'employer que des sels cuivriques exempts de fer , quand on veut obtenir de beaux fonds vert bleu , dits verts de

Schweinfurt.

Application. Cette couleur ne s'emploie que dans les genres

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soubassements et clans les fonds verts rentrés. (Voyez à l'article Couleur conversion un vert de cette espèce qui fait le fond d'une bordure.)

GENRES DÉRIVANT DE l' ACIDE CHROMIQUE.

§ 594. C'est M. Lassaigne qui, en 1819, fit pour la première fois l'application aux tissus de la matière colorante si riche de l'acide chromique. Ayant imprégné des échantillons de toile de coton d'acétate plombique , il vit que leur passage dans une solution de chromate potassique donnait naissance à du chromate plombique jouissant d'une grande fixité sur l'étoffe : ce fut le premier jaune solide produit en teinture.

Cette expérience de laboratoire ne tarda pas à porter des fruits, car , peu de temps après qu'elle fut connue , les plus heureuses applications en furent faites à l'impression. C'est ainsi qu'on l'employa pour produire des enlevages jaunes sur une foule de couleurs solides , et qu'on l'associa au bleu d'indigo pour obtenir un vert solide dit vert au chromate. Walter- Crum l'introduisit comme réserve dans la fabrication des bleus, et dès lors attacha son nom à ce genre de fabrication , qui a eu un succès si bien mérité.

L'application du jaune de chrome est donc un de ces faits à enregistrer et qui fera toujours époque dans l'histoire de l'art de la toile peinte ; alors même qu'on trouverait une substance capable de le remplacer comme couleur jaune , il est douteux qu'elle se prêtât aussi facilement à tant de combinaisons intéressantes.

L'acide chromique transmet à tous les oxides sa couleur, mais plus ou moins modifiée , tant par celle des oxides auxquels on la combine que par la proportion relative de ces deux corps et par le volume de la combinaison solide qu'ils engendrent. Des combinaisons qui résultent de cette association, les unes sont solubles, et par cela même impropres à se fixer sur l'étoffe ; les autres insolubles , mais incapables aussi , en raison de leur nature ,

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GENRES DÉRIVÉS DE l/ ACIDE CHROMIQUE. 155

d'adhérer d'une manière intime et durable au tissu. Le chromate argentique, qui est insoluble ou peu solubie, affecte une fort belle couleur rouge pourpre qui serait sans aucun doute appliquée en teinture , si les sels d'argent n'étaient pas tous détruits au contact des matières organiques. Les chromâtes mercurique et mercureux surtout donnent une nuance orange qui aurait déjà été utilisée , si de semblables motifs ne s'y opposaient , et si des réductions plus ou moins profondes n'altéraient pas toujours les composés de cette nature.

Lorsqu'on passe en revue les combinaisons stables que l'acide chromique peut produire, on voit que l'oxide plombique et l'oxide bismutique seuls ont la propriété de fixer cette matière colorante à l' étoffe. Examinons d'abord les couleurs qu'il forme avec le premier , puisque ce sont les seules qu'on ait employées jusqu'à ce jour.

L'oxide plombique engendre, comme on le sait, deux combinaisons bien distinctes avec l'acide chromique, le chromate plombique, qui est jaune, et le chromate biplombique, qui est orangé omj aune orange, selon les conditions de sa formation. Le premier de ces composés prend naissance toutes les fois que de l'acide chromique libre ou combiné, mais en état de dissolution , se trouve en contact avec un sel plombique , solubie ou insoluble; le second se produit, au contraire, chaque fois que les mêmes éléments réunis se rencontrent en présence d'un excès d'une base plus puissante que l'oxide plombique. Le fabricant réalise à volonté sur la toile ces deux ordres de composés , et peut , quand bon lui semble , passer de l'une à l'autre ; il suffit donc d'examiner comment Tune ou l'autre se forme , pour connaître le procédé qui convient à tous1 deux.

Quand on recouvre une étoffe de chromate plombique tout formé, le moindre lavage fait disparaître cette couleur. Lorsqu'on imprègne un tissu de chromate potassique et qu'on le recouvre ensuite d'un sel plombique , le sel qui prend naissance par double décomposition contracte une cohésion si forte , qu'il

n'adhère que faiblement à l'étoffe; au contraire, si le tissu est imprégné de sel plombique et qu'on y fixe l'oxide , en le passant dans un chromate soluble, on a du chromate plombique parfaitement adhérent. Ainsi fixer du jaune de chrome sur une étoffe , ce n'est autre chose que fixer préalablement de l'oxide plombique , puisque l'action ultérieure est purement chimique et indépendante de l'étoffe.

Il est cependant une circonstance particulière où le jaune de chrome tout formé s'unit intimement au tissu : ainsi , lorsqu'on épaissit , d une part , une solution de chromate potassique , et d'une autre, une solution de nitrate ou d'acétate plombique, et qu'on les mélange , il se produit par double décomposition , en présence de l'empois , du chromate plombique qui adhère au tissu. Les mêmes dissolutions, mélangées sans être préalablement épaissies , donnent naissance à du chromate plombique insoluble qui, recueilli, lavé, et mêlé au même épaississant, ne donne plus qu'une couleur incapable de se combiner à l'étoffe. On ne peut s'expliquer cette propriété qu'en admettant que le précipité qui se forme a un volume ou des dimensions autres que celles du précipité qui se serait formé en l'absence de l'empois.

Les sels plombiques dont on fait usage dans ce cas sont le nitrate , Y acétate neutre ou basique , ou un mélange de ces deux sels, le sulfate qu'on fixe en faisant passer l'étoffe sur laquelle il est déposé dans un lait de chaux ; enfin les dissolutions d'oxide plombique dans les alcalis (le plornbaté calcique, par exemple ) .

§ 595. Fond uni au cliromate plombique. L'étoffe qu'on

veut teindre en chromate plombique est le plus souvent foulardée dans une dissolution d'acétate plombique d'une force en rapport avec l'intensité de la nuance que l'on désire, dans laquelle , pour obtenir un fond plus uni et moins sujet à se racler, on introduit ordinairement , ou environ 30 gr. de colle par litre d'eau , ou 2 à 3 gr. de gomme adragante. Au sortir du foulard,

GEMBÊS DÉRIVÉS DE L ACIDE CllHOMIQUE. 157

les pièces sont desséchées, puis fourlardées derechef dans un bain de bichromate potassique formé de 3k,250 bichromate par hectolitre d'eau. Si, après cette première opération, la nuance n'a pas toute l'intensité qu'elle doit avoir , on foularde une seconde fois, d'abord, avec les mêmes précautions , dans le bain d'acétate plombique , puis dans celui de bichromate. En passant les pièces en bichromate, on leur donne une couleur jaune clair et serein si l'on a soin de rendre le bain légèrement acide, et au contraire jaune virant à l'orangé s'il est alcalin.

Quelquefois on encadre les pièces au Champagne, et on les plonge dans une cuve semblable à celle où l'on teint les bleus, où l'on mélange à 3,500 litres d'eau :

32 kil. chaux vive,

16 kil. acétate plombique, que l'on peut remplacer par des proportions correspondantes de sulfate plombique (résidu de la fabrication du mordant rouge).

C'est cette cuve qu'on appelle dans les fabriques cuve au plombaie de chaux. En les retirant de ce bain, on les expose quelques instants à l'air, et on les fait passer dans une dissolution de chromate potassique , comme clans l'exemple précédent. Dans ce cas, la combinaison est aussi jaune ; lorsqu'on veut l'avoir orangée, il faut passer les pièces teintes en jaune dans un bain bouillant de lait de chaux, dont la base, s'emparant d'une portion de l'acide chromique, déplace une quantité correspondante d'oxide plombique, qui forme, avec la partie non décomposée , le chromate biplombique [orange de chrome), ou bien, à l'aide d'une solution de chromate calcico-potassique , monter une cuve de fonte en saturant par la chaux une solution de bichromate potassique. On prépare toujours à l'avance une certaine quantité de ce sel double , afin de pouvoir entretenir la cuve au fur et à mesure qu'elle s'affaiblit par le passage des pièces. Cette cuve est disposée d'une manière telle qu'on peut en chauffer le liquide jusqu'à l'ébullition. On y fait descendre les pièces encadrées et préalablement imprimées d a-

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cétate ou de nitrate plombique, ou d'un mélange de ces deux sels , ou enfin du plombate calcique , et Ton arrive ainsi directement à produire une teinte orangée par le chromate biplombique. On est obligé d'encadrer les pièces , parce que la portion de chromate qui est attaquée et dissoute pourrait se répandre inégalement et occasionner des taches. Ces fonds jaune et orange ne s'emploient que dans des genres composés.

§ 596. Fond jaune et orange de chrome, impression blanc

réserve. L'oxide plombique étant la base de ce jaune, on peut, en imprimant une solution concentrée d'alcali caustique qui le dissout, en prévenir la fixation sur l'étoffe ; cependant , comme il est difficile de dégorger des impressions de ce genre sans avoir à craindre des coulages et l'altération de la couleur du fond , on préfère employer des réserves mécaniques. On se sert ordinairement d'une dissolution de savon vert, qu'on épaissit avec une certaine quantité de gomme et de terre de pipe , parce qu'une réserve de cette nature ne peut être recouverte d'un sel plombique sans qu'il se forme à la surface de l'étoffe un précipité poisseux qui abrite les parties de la fibre qu'il recouvre. Quand on a imprimé cette réserve , on foularde en sel plombique , on teint ensuite en chromate , et l'on ne nettoie qu'après la parfaite

S©. Fond orange de chrome avec dessin blanc réservé par la gravure.

GENRES DÉRIVÉS DE h ACIDE CHROMIQUE. 159

fixation de la couleur. On imprime quelquefois le fond clans lequel le dessin blanc se trouve réservé par la gravure, comme dans l'échantillon 86.

§ 597. Fonds jaune et orange de chrome , impression blanc

en levage. Le chromate plombique se dissout avec la plus grande facilité dans les bases alcalines puissantes : la potasse et la soude ; rien n'est donc plus facile que de réaliser à l'aide de ces agents des impressions enlevage , puisqu'il suffit d'imprimer sur l'étoffe une solution concentrée d'oxide sodique ou potassique , épaissie à l'amidon grillé et à la terre de pipe. Après l'impression les pièces sont pendues à l'eau courante , puis rincées et dégorgées.

§ 598. Fond orange de chrome, impression enlevage jaune.

Ce genre de fabrication se faisait particulièrement il y a dixhuit ans. A cette époque on préparait des fonds orange unis, sur lesquels on imprimait au rouleau , en dessins très fins , nids de guêpes, etc., une dissolution faible de nitrate aluni inique , convenablement épaissie , à la gomme et à la terre de pipe , qui transformait le chromate basique en chromate neutre ; on faisait aussi des fonds légers dans lesquels se trouvaient réservés, par la gravure, des fleurs ou autres objets qui étaient orangés.

§ 599. Fond blanc, impression jaune de chrome. Dans cette fabrication , la fixation du jaune se fait aux mêmes conditions que dans les fonds couverts ou unis , avec cette seule différence que la préparation plombique est épaissie au degré voulu pour l'impression. Ainsi :

Dans 10 litres solution d'amidon grillé, légèrement acidulée par l'acide acétique , on fait dissoudre : 2 kil. acétate plombique cristallisé.

Souvent on remplace en partie l'acétate par du nitrate , et nous aurons d'ailleurs occasion de voir, en faisant l'étude des genres composés où ce jaune intervient, que les proportions de ce sel et la nature de l'épaississant sont également sujettes à

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varier. L'impression terminée, les pièces desséchées, foulardées en chromate potassique, puis lavées et nettoyées, sont dans l'état ci-après , écriant. 87.

$ 9 . Fond blanc , impression jaune de chrome.

§ 000. Fond blanc, impression orange de chrome. De même que dans la fabrication des genres précédents, on commence par imprimer une solution épaisse d'acétate plombique ou d'un mélange d'acétate et de nitrate (ordinairement d'une densité plus grande), on dessèche fortement le tissu, et on le fait passer dans une solution de chromate calcico-potassique ; mais il est bon dans ce cas de mettre les pièces au Champagne

g §. Fond blanc, impression orange de chrome.

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