Lilas à la cochenille
A 10 litres décoction de cochenille , à 100 gr. par litre , on ajoute :
1 0 lit. eau , tenant en dissolution 2k,500 alun,
0,7 sulfate ferreux, à 20° AB, et l’on épaissit avec 40 lit. eau de gomme , à 750 gr. par litre.
§ 730. Les seuls bleus qui jusqu’ici aient été fixés par la vapeur sont les bleus de Prusse , purs ou mélangés d’oxide ou de cyanure stannique. L’indigotine n’a pu encore être appliquée par cette voie, par la raison que sa fixation n’est possible qu’autant qu’on lui fait éprouver, en présence d’une base salifiable, une réduction qui , en la rendant soluble , lui donne la faculté de se juxtaposer.
Nous avons vu , § 603 , que depuis longtemps on dissout le bleu de Prusse dans les acides ou dans le chloride stannique , pour l’appliquer directement sur les étoffes; mais on conçoit que des préparations de cette espèce ne peuvent être que difficilement employées dans le vaporisage, en raison de l’action destructive qu’ elles exercent sur les fibres végétales : on a donc dû chercher à former le bleu de Prusse sur l’étoffe. A cet effet, après y avoir déposé l’acide hydro-ferro-cyanique de Porret , on procède à la décomposition de cet acide, qui se résume en cyanid'e hydrique et qui se dégage en cyanure ferreux , qui , oxidé peu à peu à l’air ou par l’intervention d’un corps oxidant, engendre du bleu de Prusse. D’après des renseignements puisés à une source digne de toute notre confiance , ce serait la maison Hargreaves et Dugdale qui, en l’hiver de 1825 à 1826, aurait la première produit du bleu vapeur.
Quand une solution de cyanure jaune, épaissie et additionnée d’acide tartrique, est imprimée sur un tissu que l’on soumet au vaporisage , elle abandonne à ce dernier , en perdant du cyauide hydrique , un composé insoluble, le cyanure ferreux ,
h(i DE LA FABRICATION EN PARTICULIER.
qui est blanc-bleuâtre , mais passe au bleu dès qu’il est oxidé par une solution faible d’acide chromique ou de chlorure de chaux, ou même par l’air. Tel a été le procédé primitivement employé pour la formation de ce bleu , dont l’application s’est considérablement modifiée dans ces derniers temps par l’intervention d’autres acides plus puissants ou des préparations stannifères.
L’impression de cette couleur se fait aujourd’hui sur toile préparée ou non; dans le dernier cas , le bleu n’n ni la même intensité ni le même éclat que dans le premier.
Il y a dans cette fabrication plusieurs points auxquels on ne saurait être trop attentif , pour obtenir de la régularité dans les produits ; ce sont . 1° le déplacement dp l’acide cyano-ferrique ; 2° sa décomposition ; 3° son oxidation.
lu Déplacement. Le cyanure ferroso -potassique , imprimé et vaporisé, ne cède rien à l’étoffe, puisqu’il suffit du plus léger lavage pour le faire disparaître complètement ; il est démontré , au contraire , que dans les mêmes conditions , lorsque ce sel est additionné d’un Rcide assez énergique pour s’emparer de la potasse et mettre en liberté le cyanide ferrique, il fixe sur la toile des quantités de cyanure ferreux , et par suite de bleu de Prusse , qui correspondent jusqu’à certaines limites aux proportions d’acide ajoutées au cyanure. La formation et la fixation du bleu sont donc subordonnées à un déplacement. Cette question , si simple en apparence , ne laisse pas de présenter assez de difficultés . En effet , si ce déplacement pouvait avoir lieu'durant l’acte même du vaporisage, il suffirait d’ajouter au cyanure la quantité d’acide sulfurique ou d’acide tartrique nécessaire pour former un sel neutre potassique ; mais l’expérience prouve qu’il est indispensable que ce phénomène ait lieu à froid , et que l’acide ferro-cyanique soit mis en liberté avant d’avoir été déposé sur l’étoffe. Or , si ce cyano-ferride était à base calcique , par exemple , l’addition d’un équivalent d’acide sulfurique suffirait pour effectuer un
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déplacement que favoriserait l’insolubilité du sulfate calcique ; ce sel au contraire étant à base potassique , le déplacement est subordonné aux proportions d’eau sous l’influence desquelles on opère, au degré de température, et à la quantité d’acide En ajoutant de l’acide tartrique à une solution de cyanure ferrosopotassique , la base de ce composé salin n’en peut être enlevée à la température ordinaire qu’à l’état de bitartrate peu soluble qui se précipite. Une proportion double d’acide est donc indispensable quand on opère avec l’acide tartrique ; mais il n’en est plus ainsi lorsqu’on lui substitue l’acide sulfurique qui , employé dans cette proportion , attaque plus ou moins la fibre du tissu ; les limites dans lesquelles il faut se renfermer sont de 1,226 d’acide sulfurique du commerce pour 2,6Zi6 de cyanure. Il n’en est pas moins essentiel de trouver les proportions d’eau et le degré de chaleur les plus convenables à la réaction mutuelle de ces corps et à la production de sulfate potassique. La réaction a-t-elle lieu à une température trop élevée , il se dégage du cyanide hydrique en abondance , en même temps qu’il se précipite du cyanure ferreux tout- à-fait impropre à s’unir à l’étoffe; se fait-elle à une température très basse, le déplacement imparfait ne peut se compléter que très irrégulièrement, durant le. vaporisage, yu l’absence de l’eau indispensable à la double décomposition qui devrait s’effectuer. Si donc on employait un cyano-ferride dont la base pût être immédiatement précipitée en vertu de l’insolubilité du nouveau sel auquel elle donne lieu , rien de semblable n’arriverait , et la fixa* tion de ce bleu serait très facile. Il en serait encore de même si aux acides sulfurique , tartrique et oxalique dont on se sert , et qui ne s’emparent de la potasse qu’à des conditions déterminées , on pouvait substituer un acide , comme le fluoride silicique , qui enlevât immédiatement la potasse à la température ordinaire.
2° Décomposition de l'acide hydro-f erro-cyanique . Cette décomposition doit s’accomplir 'sur la toile; si elle s’effectue
kS DE LA FABRICATION EN PARTICULIER.
avant que la fibre du tissu ait été imprégnée , le cyanure ferreux ne contracte aucune adhérence à l’étoffe : il faut donc prévenir, autant que possible , cette décomposition avant l’impression , et , au contraire , la favoriser apres ; on y parvient surtout en exposant les pièces dans un air humide et chauffé à une température qui détermine l’expulsion du cyanide hydrique.
3° Oxidation. Pour oxider le cyanure ferreux qui a été j formé sur l’étoffe et le faire passer à l’état de bleu de Prusse, S on expose à l’eau courante les pièces qui en sont recouvertes , ou on les passe dans un bain faible de chlorure de chaux ou de chromate potassique ; mais si ces deux derniers agents ont des avantages , ils offrent aussi des inconvénients, car s’ils ' accélèrent l’oxidation d’autre part, il est rare qu’en présence du ; chromate le bleu conserve toute sa pureté et que le blanc de l’étoffe ne soit pas un peu sali. En outre , avec le chlorure de chaux il faut prendre les plus grandes précautions pour que la liqueur ne soit pas alcaline , puisque dans ce cas le bleu est toujours un peu attaqué ; cependant il ne convient pas non plus qu’elle soit acide, parce qu’alors le bleu tournerait au vert, en raison de la modification que le chlore et les agents oxidants lui font éprouver. Quelquefois on favorise l’oxidation durant l’acte même du vaporisage par des préparations qui mettent directement ou indirectement de l’oxigène en liberté ; c’est ainsi, du moins, qu’on peut envisager l’action du chlorure stannique et celle d’un mélange de chlorate potassique.
Dans tout ce que nous avons dit jusqu’ici du bleu vapeur nous n’avons eu en vue que celui qu’on retire du cyanure ferroso -potassique pur ; on peut modifier ce dernier en y ajoutant soit des composés aluminiques [acétate aluminique et alun) , qui lui donnent une teinte plus claire virant davantage au bleu d’azur, soit du cyanure ferroso-stanneux , qui y développe un ton pourpre d’indigo des plus nourris , généralement connu sous le nom de bleu de France.
Pour préparer le cyanure ferroso-stanneux , dans 100 litres
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d’eau chaude, on fait dissoudre /tu,5 chlorure stanneux ; une double décomposition s’effectue , et il se produit du cyanure ferroso-stanneux qu’on lave avec le plus grand soin , d’abord par décantation , puis §ur une chausse , et qu’on conserve toujours humide, attendu que c’est dans cet état qu’on l’emploie. Les proportions qu’on en introduit dans la couleur varient selon la nuance que l’on veut réaliser , mais on doit les accompagner d’une certaine quantité d’acides tartrique et oxalique qui en favorisent la dissolution , et partant l’adhérence au tissu.
Avant de donner la composition de différents bleus de cette espèce, voici deux échant. 218, 219, qui représentent, l’un une
$fl§. Bleu vapeur sur toile non préparée.
S fi®. Bleu vapeur sur toile préparée ( Bleu de France j.
impression bleue au prussiate sur toile ordinaire, l’autre une impression bleue de France sur toile préparée.
2®. Bleu vapeur N° 1.
On fait dissoudre d’une part , dans 10 litres eau :
6k, 4 cyanure ferroso-potassique.
D’une autre , dans 10 litres eau :
3k,350 alun,
2k,500 acide oxalique ,
2k,500 acide tartrique.
On mélange ces deux liqueurs, qu’on colore par quelques grammes de nitrate ferreux , et l’on épaissit le tout avec :
20 lit. eau de gomme, à 1 kil. par litre.
S® . Bleu vapeur N° 2 .
On fait dissoudre d’une part , dans 10 litres eau :
4k,270 cyanure ferroso-potassique.
D’une autre , dans 10 litres eau :
2k.500 alun,
0k,840 acide oxalique ,
1k,680 acide tartrique.
On mélange ces deux liqueurs , qu’on colore par quelques grammes de nitrate ferreux , et l’on épaissit le tout avec :
20 lit. eau de gomme, à 1 kil. par litre.
Ces deux préparations , coupées par différentes proportions d’eau de gomme et acidulées chaque fois d’un peu d’acide tartrique , donnent naissance à des bleus plus ou moins clairs.
SI. Bleu vapeur N° 3.
On fait dissoudre d’une part, dans 10 litres eau :
4k,2 cyanure ferroso-potassique.
D’autre part , dans 10 litres eau :
2k,500 alun, auxquels on ajoute
4k,340 acide sulfurique ; puis on mélange le tout, qu’on colore légèrement par un peu de nitrate ferreux, et l’on épaissit avec
20 lit. eau de gomme, à 1 kil. par litre.
Au lieu de composer un bleu pour chaque nuance , on peut préparer une solution d’acide ferro-cyanique impur et l’étendre d’eau de gomme convenablement acidulée, de manière à produire les bleus Nos 2, 3 et h , etc.; mais des bleus de cette espèce ne sont jamais aussi foncés que ceux que l’on a épaissis à l’amidon.