Lapis fond bistre
le commerce , n’est point de nature à donner une idée exacte de ce qu’a été cette fabrication; mais nous le présentons pour en mieux faire comprendre l’essence. On y remarque un fond noir, dans lequel se trouvent parsemés des sujets bistre, bleu et blanc. Ce qui a surtout fait distinguer les produits de M. Schlumberger- en ce genre , c’est l’exactitude avec laquelle il faisait rentrer toutes les figures les unes dans les autres : ainsi , dans les dessins qu’il imprima d’abord , on voyait des carreaux en lignes ondulées dont les bords étaient exactement contournés d’un filet blanc ou de picots. C’est à cette régularité dans la juxtaposition des couleurs qui caractérise les lapis et qu’on retrouve dans le genre bistre cuvé , que cet article a dû le nom de lapis fond bistre. Voici la méthode que suivait M. J. Schlumberger :
Il mattait d’abord les pièces dans une solution de chlorure manganeux à 13° AB , desséchait ensuite et passait le lendemain au foulard dans une solution de soude caustique à 16°.dB. Quand la suroxidation de l’oxide manganeux avait eu lieu, et
que le fond bistre uni apparaissait avec la nuance de celui de l’éch. 81 , on y effectuait les impressions ci- après :
1° Celle d’un blanc enlevage sur bistre faisant réserve sous bleu , et composé de l’agent essentiellement réducteur du bistre, § 587, le chlorure stanneux , auquel on associait les éléments d’un blanc réserve sous bleu. Ce blanc enlevage et réserve à la fois n’était autre que celui dont on se. sert pour la réserve gros bleu, § 549, avec addition de 2 kil. chlorure stanneux par litre.
2° Celle d’une réserve neutre, ayant pour objet de préserver certaines parties bistre des atteintes de la cuve. Cette réserve, dans le principe, n’était que celle qu’on emploie pour petit bleu, mais M. Schlumberger dut la modifier lorsqu’il eut constaté qu’elle altérait le fond bistre.
3° Enfin, celle d’une préparation blanc enlevage sur bistre susceptible de passer au bleu à la cuve, et qui , en conséquence, ne devait , tout en détruisant le suroxide manganique déposé sur la toile, ni faire réserve sous bleu, soit chimiquement, soit mécaniquement , ni s’infiltrer dans les parties du fond avec lesquelles elle se trouvait en contact. On formait ce blanc enlevage d’un mélange de chloride hydrique et de chlorure stanneux , épaissi à la gomme adragante et à l’amidon ainsi qu’il suit :
On épaississait 10 lit. eau de gomme adragante, à 96 gr. par litre , avec :
2k,500 amidon.
Puis, après avoir cuit à la vapeur durant une heure au moins le mucilage épais que l’on obtenait ainsi, on le passait au tamis, et l’on y ajoutait , à froid, pour chaque litre :
I k, i 50 chloride hydrique ,
0k,500 solution de chlorure stanneux , faite sous l’influence d’un excès d'étain.
Comme l’action de l’acide tend à liquéfier cette préparation , il convient de n’en préparer que très peu à l’avance. On la remplace, du reste, avec succès par un mélange de sel marin et d’acide tartrique épaissi à l’amidon ; l’essentiel est qu’au moment
FONDS BISTRE ENLUMINES.
du passage en cuve il ne se forme pas , sur le point rongé qui doit passer au bleu , un précipité dont l’action mécanique abriterait l'étoffe des atteintes du liquide colorant.
Une heure après que toutes ces préparations avaient été imprimées avec la précaution indispensable, pour la dernière, d’exposer dans une salle saturée d’humid té et où la couleur ne se desséchât que difficilement , on passait dans une cuve montée à raison de 12 kil. indigo, /jS kil. sulfate ferreux, et 96 kil. chaux. On y laissait séjourner les quinze premières pièces deux minutes et demie , les quinze suivantes plus longtemps , et ainsi de suite, mais sans dépasser sept à huit minutes ; on rétablissait alors la cuve au degré d’intensité quelle possédait d’abord. Durant les trempes , on devait avoir soin de remonter une ou deux fois le cadre , afin d’éviter les inégalités qu’auraient pu déterminer les bulles d’air. Le cuvage effectué, on laissait égoutter quelques instants , on passait dans une cuve acidulée d’acide sulfurique , marquant 1/2° AB, on. exposait durant cinq minutes à l’eau courante et l’on desséchait.
D’autres établissements ont exécuté cette fabrication par une marche qui ne comportait point une aussi rigoureuse exactitude dans les rapports : ainsi , pour réaliser l’échantillon ci-dessus , on aurait imprimé sur le fond bistre un blanc enlevage sur bistre, correspondant à toutes les parties destinées à passer au bleu , rincé, desséché , calandré , puis appliqué un blanc enlevage sur bistre faisant réserve sous bleu , un blanc réserve sous bleu ne portant aucune atteinte au bistre ( réserve neutre ) , enfin teint en cuve , pour faire passer au bleu les parties préalablement rongées. La fabrication se serait, du reste, terminée comme dans l’exemple précédent; mais on conçoit que l’application de toutes les couleurs du dessin ne se faisant pas sur table , les rapports de juxtaposition n’auraient été observés qu’entre les deux impressions qui s’effectuent immédiatement avant le cuvage.
Ces effets ne sont pas les seuls que l’on puisse produire dans ce genre ; on peut encore ajouter aux couleurs précédentes , du
h 10 DE LA FABRICATION EN PARTICULIER.
rouille et du jaune ; l’éch. 341, que nous devons à l’obligeance
3 4 1 • lapis fond bistre avec enluminage bistre blanc , rouille et jaune.
de M. G. Steinbach , de Mulhouse , en fournit un exemple. Sur un fond bistre d une nuance semblable à celle qui paraît encore sur l’échantillon , on a imprimé :
\ 0 Un blanc réserve sous bleu n’attaquant pas le bistre;
2° Un blanc enlevage sur bistre faisant réserve sous bleu;
3° Un rouille enlevage sur bistre faisant réserve sous bleu;
4° Un jaune enlevage sur bistre faisant réserve sous bleu.
On a cuvé alors , et toutes les parties bistre libres ayant provoqué la précipitation d’une grande quantité d’indigo, ont formé un fond noir au milieu duquel ressortent les impressions d’enluminage bleu, bistre, rouille et jaune. On aurait pu y ajouter du blanc si le dessin l’eût comporté.
Si dans cette fabrication on remplace le suroxide manganique par le suroxide plombique , on obtient de la superposition du bleu sur le suroxide un fond brun , sur lequel on réalise facilement des enlevages vert , bleu, jaune et blanc, en détruisant le suroxide dans un cas sans attaquer le bleu ; dans un autre , au contraire , en l’attaquant et en teignant en chromate potassique ; dans un troisième , enfin , en faisant disparaître , en même temps que le bleu , l’oxide plombique , base du jaune.
FONDS JAUNE ET ORANGE DE CHROME ENLUMINES. 411 FONDS GRIS DE CHROME ENLUMINES.
* § 847. La difficulté d’enlever l’oxide chromique une fois qu’il est fixé au tissu , les circonstances particulières dans lesquelles cette fixation a lieu , enfin le pouvoir qu’a cet oxide de jouer le rôle de mordant, font qu’on ne Ta employé jusqu’ à présent qu’en fonds rentrés, § 819. On peut cependant produire sur des fonds gris de chrome un enluminage en couleurs d’application enlevage ; mais alors il convient de réaliser ces impressions avant le fixage de l’oxide chromique sur la toile.