‹ Traité théorique et pratique de l'impression des tissus (volume 5)Chapitre 37 sur 183 · CHAPITRE IL · texte numérisé non relu

CHAPITRE IL

DES COULEURS VAPEUR SUR LAINE

§ 738. La grande tendance qu’a la fibre de la laine pour les couleurs dispense le fabricant de lui faire subir un mordançage préalable ; mais, d’autre part, cette affinité rend fort délicates les opérations du blanchiment et surtout de Y azur âge, § p. 97, qui donne lieii, quand il n’est pas fait avec tous les soins que prescrit la science, aux accidents les plus graves. Il résulte , en effet , d’un travail très étendu de M. Chevreul :

1° Que les taches qu’on observe si souvent sur les étoffes

de laine, à la suite du vaporisage, sont généralement dues à la présence d’un composé de cuivre, ou, plus rarement, à celle d’un composé d’étain sulfuré par le soufre de la laine ;

2° Que ces taches se développent durant le vaporisage , par l’action mutuelle d’un sel de cuivre et de la laine , en présence de la vapeur d’eau.

Le composé auquel on peut rapporter ces taches semble être l’oxide cuivreux formé, soit par l’action directe et réductrice de la laine sur l’oxide cuivrique, soit par celle de l’acide sulfureux, dont la laine peut encore être chargée à la suite des opérations du blanchiment, et qui réduit les sels cuivriques.

L’alumine , qui est la base de beaucoup de couleurs vapeur, est employée, à l’état d’alun ordinaire, d’alun saturé (acétate d’alumine des fabriques), d’acétate aluminique provenant delà dissolution directe de l’hydrate aluminique dans l’acide acétique, d’oxalate aluminico -potassique et de tartrate même , dans les couleurs claires. Dans le choix de ces composés , on doit surtout avoir égard aux observations consignées § 47à, p. 160, ainsi qu’à la nature du tissu sur lequel on veut déposer les couleurs. Quand on imprime sur calicot, il importe peu que l’acétate aluminique ait été préparé directement ou par la double décomposition de l’alun et de l’acétate plombique ■ pour la laine , au contraire , cette circonstance est fort importante, car celui qui dérive de l’acétate plombique retient toujours une certaine quantité de sulfate de la même base, qui, selon la nature de la couleur, peut agir sur la laine et lui donner une teinte brune en raison du soufre quelle renferme. Les expériences que nous avons faites nous autorisent à conseiller au fabricant de ne se servir que d’alun pur, et d'ajouter à froid, à chaque couleur épaissie , la quantité d’acétate potassique, sodique ou ammonique , nécessaire pour le rendre cubique et capable de céder sa base à l’étoffe par l’effet seul de la température. On doit employer l’acétate ammonique dans tous les cas où la couleur n’est pas impressionnée par les sels ammoniacaux et les acétates potassique et sodique

COULEURS VAPEUR SUR LAINE

dans tous les autres ; cependant le premier donne toujours lieu, toutes circonstances égales d’ailleurs , à des impressions plus délicates.

Les couleurs qu’on imprime sur laine y sont déposées dans un autre état que sur le coton ; on fait ordinairement concourir les acides , dont la laine supporte assez bien l’action , à la dissolution de la laque , et l’on arrive ainsi à une fixation plus intime et plus uniforme , tout en donnant aux nuances un plus grand éclat.

M. Lefèbre a émis en principe que , contrairement à ce qui a lieu pour le calicot , les couleurs doivent être déposées sur laine à leur maximum d’oxidation. Cette théorie a quelque chose de spécieux , car la laine est un puissant agent réducteur dont on ne peut méconnaître les effets dans une foule de circonstances ; mais, malgré l’autorité d'un fabricant aussi expérimenté , nous ne saurions en admettre une application rigoureuse. Il n’est point, en effet, indifférent d’oxider une matière colorante avant ou après qu’elle a été déposée sur l’étoffe, car si l’on oxide, par exemple , des décoctions de bois par le chromate potassique avant de les déposer sur le tissu , il n’y aura fixation intime et régulière de la laque produite par l’action de l’oxide chromique sur la couleur qu’ autant qu’on fera intervenir des agents assez énergiques pour la dissoudre et la présenter à l’étoffe à l’état soluble, résultat qu’on n’obtient jamais sans peine et sans dépenses. Il est donc préférable, sous tous les rapports, d’imprimer une décoction de bois qui contient le principe colorant en grande partie à Y état Colombie , § Zi05, en ayant la précaution d’y associer un composé capable non seulement d’oxider la matière colorante , mais encore de neutraliser complètement 1 effet réducteur de la laine. Si l’on parcourt les formules des diverses couleurs , on voit qu’elles ont été composées , pour la plupart, d’après cette dernière manière de voir; elles ne présentent souvent que de très légères différences , nécessitées soit

par le système d’impression qu’on emploie , soit par la nature de la gravure et les formes dont se compose le dessin.

Cependant, dans la fixation de certaines couleurs sur laine, il y a des phénomènes d’un autre ordre que ceux que l’on remarque dans la fixation des couleurs sur coton. Des corps insolubles se juxtaposent et se fixent intimement sans avoir besoin de passer à l’état soluble , et même les couleurs en sont plus brillantes et plus stables. L’exemple le plus vulgaire qu’on en puisse présenter est fourni par les charbonniers de Paris. Pour se garantir la tête de la poussière de charbon, ils la couvrent d’un chapeau de feutre qui , de blanc qu’il est d’abord , passe peu à peu au gris de fer par suite d’une fixation intime des parcelles charbonneuses avec la laine, sans qu’aucune opération mécanique puisse faire disparaître cette teinte. Nous voyons un autre exemple de cette espèce de teinture sèche , dans la manière dont on colore les fourrures qu’on charge simplement d’une poudre colorante.

DES ROUGES , DANS LESQUELS RENTRENT LE PONCEAU , l’aMARANTE ET LES ROSES QUI EN DERIVENT.

§ 739. Ces couleurs ont toutes pour base la cochenille et les préparations d’étain , avec cette différence que , dans les ponceaux dont les roses turcs sont la dégradation, on n’emploie que la cochenille brute , en y associant quelquefois une matière colorante jaune qui lui donne un reflet plus orangé, tandis que pour les amarantes , les maures , et les roses qui en dérivent , on emploie toujours la cochenille ammoniacale et une proportion variable de sel aluminique.

La cochenille entre dans ces couleurs , tantôt en nature et finement pulvérisée, ou plutôt broyée au porphyre , tantôt en décoction dans l’eau ou dans le vinaigre. C’est sous cette dernière forme qu’on l’emploie de préférence, vu l’inconvénient d’introduire dans les couleurs sur laine des corps pulvérulents et insolubles. Ces étoffes , ainsi que nous le dirons plus loin, ne

COULEURS VAPEUR SUR LAINE

pouvant pas être dégorgées comme les calicots bon teint , les corps grossiers qui se logent dans leurs pores n’en sont jamais expulsés sans dégradation de la laque.

La laque qui se forme est à base d’étain ; on en favorise la dissolution par l’acide oxalique, qui peut être remplacé partiellement par l’oxalate potassique. Quelques fabricants même n’emploient que ce dernier composé salin ; mais s’il est rationnel d’ajouter à une couleur de cette nature la quantité d’oxalate potassique capable de saturer par sa base le chlore du chlorure stan nique , et de prévenir ainsi le dégagement inévitable d’une certaine quantité de chloride hydrique , il ne l’est pas de remplacer la totalité de l’acide oxalique , attendu qu’à l’état d’oxalate , cet acide n’a plus le même pouvoir dissolvant.

Page 1