ROUGE-COCHENILLE
§ 725. On obtient les rouges et roses-cochenille delà meme manière que les roses aux bois , et comme ces derniers , ils sont toujours plus vifs et plus solides lorsqu’on les imprime sur des toiles préparées. On forme donc des bains de cochenille en faisant cuire à plusieurs reprises cette substance dans l’eau seulement ou dans ce véhicule légèrement acidulé d’acide acétique, et en ajoutant au produit de ces décoctions une certaine quantité d’acétate aluminique , qui sert de base ou de mordant, ainsi qu’une proportion convenable d’acide oxalique , qui a pour effet de combattre l’affinité de la matière colorante pour le mordant, jusqu’à ce que , soumis lui-même à l’action de la vapeur, il perde sa tendance pour cette base.
M-â. Rose vapeur à la cochenille N° 1.
A 10 litres bain de cochenille à lx° A B, on ajoute :
P, 45 mordant rouge A ,
0k,350 acide oxalique , et l’on épaissit avec 5 kil. gomme Sénégal.
Pour former des teintes plus claires et obtenir les roses
§14. Rose vapeur à la cochenille imprimé sur toile préparée.
n “2, 3, Zi, etc., on étend cette couleur d’une eau de gomme composée, que l’on forme à raison de 750 gr. de gomme, Zi8 à 50 gr. acétate aluminique , et 20 à 25 gr. acide oxalique par litre. C’est en imprimant et fixant une couleur de cette espèce qu’on a obtenu l’éch. 21 Zi.
§ 726. Rouges di application solides [rouges vapeur garance ). Dès 1826 on cherchait à appliquer directement la matière colorante de la garance. A cette époque déjà, un nommé Gaudin proposait à des fabricants un procédé d’application du rose de cette rubiacée , qui consistait à en faire une décoction alunée , et à ajouter à la partie claire et filtrée une proportion convenable d’acétate plombique , à l’effet de former du sulfate plombique, et une proportion correspondante d’acétate aluminique , qui se chargeait du principe colorant. On imprimait cette couleur après l’avoir épaissie à la gomme adragante; malheureusement il suffisait d’un simple passage en savon pour la faire disparaître.
MM. Robiquet et Colin , M. Lagier , et enfin nous-même , nous avons produit , en 1827 , des rouges d’ application solides ; mais tous ces travaux se bornèrent à des essais de laboratoire , et ce ne fut que vers le milieu de l’année 1837 que M. Gastard, de Colmar , alors chimiste dans la fabrique d’indiennes de M. Stackler , de Rouen , parvint à imprimer et à fixer directement en grand cette matière colorante , en lui donnant tout l’éclat et toute la solidité possibles. Nous pouvons ajouter, d’après les échantillons que nous avons sous les yeiux , que M. Gastard a obtenu des- nuances que la teinture ne saurait donner, du moins à un tel degré de pureté. Ce résultat cessera d’étonner , si l’on considère que son procédé d’application est basé sur l’emploi d’une matière colorante pure ou à peu près. D’après la teneur même du brevet qu’a pris ce chimiste , sous la date du 2Zi novembre 1837 , on pourrait réaliser ces impressions rouges de deux manières , soit en appliquant directement sur toile ordinaire la matière colorante ( colorine ) avec le mordant qui lui est propre , soit en recouvrant uniformément la toile du mor-
dant en rapport avec la nuance que l’on veut produire , et en y imprimant ensuite la colorine convenablement épaissie.
Quoique la première de ces marches ne soit pas celle quait suivie M. Gastard, nous croyons devoir la faire connaître en quelques mots. 11 conseille d’incorporer à l’eau de gomme ou à l’empois d’amidon , ou enfin à un mucilage de gomme adragante, une certaine quantité de colorine avec les doses d’alumine ou d’acétate aluminique nécessaires à la fixation de la matière colorante , et , pour déterminer la fixation , de vaporiser les étoffes imprimées. Nous ignorons jusqu’à quel point réussirait cette manière de procéder, mais nous aurions de la peine à concevoir que l’alumine libre pût contracter une union intime avec la matière colorante et le tissu. La seconde marche qu’a toujours suivie ce chimiste consiste à foularder d’abord les toiles , huilées ou non , selon le genre de nuances que l’on désire , tantôt dans une solution d’acétate aluminique à 6 ou 7° AB, pour les dessécher ensuite , les laisser reposer durant trois jours à l’air libre à l’étuve , et les faire passer alors dans un bain de craie chauffé à 50°; tantôt dans une dissolution de chlorure stannique à h° AB , pour les passer directement dans une solution de soude à 3° AB , et , après les avoir rincées et battues , les foularder dans une solution d’acétate aluminique à6"^4B, et les passer en bain de craie comme ci-dessus. Sur ces toiles ainsi préparées, il imprimait la colorine à la manière ordinaire, soit au rouleau, soit à la planche, en l’épaississant à la gomme adragante pour les rouges , et à la gomme arabique pour les roses. Voici du reste quelle était la composition de la couleur. Il bassinait avec le plus grand soin , dans la machine à broyer, 2k,5 colorine avec 10 litres eau de gomme , à lk,250 par litre; il ajoutait au tout 10 litres eau distillée , et passait au tamis fin. L’impression était suivie d’un vaporisage d’une heure , soit à la colonne , soit à la guérite , soit au tonneau , soit à la boîte , et il ne restait plus qu’à aviver. Cet avivage se composait de cinq opérations ayant la plus grande ressemblance avec celles de
l’avi^age des roses ordinaires et huilées. Pour quatre pièces de /jO à A 5 mètres, soit 180 mètres , le'bain était formé comme suit. Dans 600 litres eau on faisait dissoudre :
0k,400 carbonate sodique cristallisé (cristaux de soude) , l kil. savon,
0k,625 chlorure de soude , à 8° dB.
On y introduisait les pièces à la température de AO0, et om les retirait à 70°; après ce premier passage, on les rinçait, on les dégorgeait , puis on leur donnait un second bain composé de :
600 lit. d’eau, dans lesquels on faisait dissoudre 1k,250 crème de tartre, avec addition de l’oxide stannique précipité et lavé , provenant de la composition de 0k,500 chlorure stannique, par une quantité suffisante de carbonate sodique.
On passait les pièces dans ce bain à la température de 70°, qu’on élevait à l’ébullition durant l’espace de vingt minutes, pour l’y maintenir durant quinze minutes ; pn rinçait ensuite et l’on dégorgeait aux roues.
Le troisième bain était composé de :
600 lit. d’eau , dans lesquels on faisait dissoudre 0k,250 carbonate sodique cristallisé ,
\ kil. savon.
On y plongeait l’étoffe à la température de 50°, qu’on élevait progressivement jusqu’à 70°, puis on rinçait et on dégorgeait.
La quatrième opération était tout-à-fait semblable à la seconde.
La cinquième à la troisième.
G’est ainsi que M. Gastard réalisait ses belles impressions fond rouge et rose à la planche et au rouleau, et qu’il a obtenu ^échantillon 215 que nous devons à son obligeance, et qui faisait partie de la pièce qu’a fait figurer à l’exposition de 1839 la maison Stackler, qui s’était associée à ce chimiste-fabricant pour l’exploitation du rouge d’application solide.
Il va sans dire qu’en remplaçant dans la préparation des toiles le mordant d’alumine par un mordant de fer ou par un
$15. Rose d’application solide de M. Gastard, de Colmar, imprimé dans la maison Staekler, de Rotaen.
mélange de ces deux mordants , on devait arriver à former les nuances noir, puce, violet, etc., qu’on obtient de la garance, et c’est, en effet, à ce résultat qu’est parvenu M. Gastard , mais
non sans avoir surmonté de grandes difficultés. Quand il était question d’impression sur fond blanc , comme les toiles préparées étaient recouvertes uniformément de mordant de fer , on conçoit que , les couleurs une fois fixées, il fallait de toute nécessité faire disparaître l’oxide ferrique qui aurait altéré les parties blanches ; M. Gastard y parvenait en faisant passer les pièces , immédiatement après le vaporisage , dans une eau chauffée à 50° , tenant en dissolution une certaine quantité de bitartrate potassique destinée à faire disparaître l’oxide qui n’était point saturé de matière colorante. Pour rendre l’action de ce sel plus efficace quand elle n’était pas assez énergique, il y ajoutait une proportion convenable d’acide oxalique. On rinçait alors avec som , et l’on passait dans une eau légèrement alcoolisée par le carbonate sodique , puis on procédait aux opérations d’avivage indispensables à la purification et à la fixation de la nuance imprimée.
Tous ces résultats, auxquels sont venus se joindre ceux qu’ont obtenus postérieurement MM. Fauquet , Girardin , Grelley et
d’autres encore , dont il va être fait mention , établissent d’une manière incontestable que la matière colorante de la garance peut être rendue adhérente aux étoffes par une teinture sèche (vaporisage) : cependant, malgré toutes les ressources que présente aux fabricants ce mode d’application du rouge de garance , il n’est pas à notre connaissance qu’il ait été utilisé jusqu’à présent d’une manière régulière dans un établissement de toiles peintes , sans doute à cause du prix élevé de la matière première (la colorine). La même cause paraît avoir été le principal obstacle au développement de beaucoup de découverte s de la nature de celle qui nous occupe , et qui se présentaient sous un jour des plus favorables au pointde vue de l’exécution et de la beauté des produits. C’est du moins de cette manière que M. Girardin, qui s’est beaucoup occupé de cette question, explique comment les procédés de M. Gastard et de M. Fauquet n’ont pas eu plus de succès. Voici comment s’exprime au sujet de la colorine cet honorable chimiste dans sa Technologie de la garance (Paris, 18M) :
“ Dissoute dans de l’ammoniaque , et la liqueur étant épaissie avec de la gomme, la colorine fournit , en effet , par l’impression sur coton mordancé en alumine et le passage en vapeur, des couleurs rouges et roses qui ne le cèdent en rien aux rouges et roses garancés. Un brevet d’invention pour quinze ans fut pris , le novembre 1837 , par M. Stackler, pour l’exploitation des procédés d’application de M. Gastard; mais le haut prix de 1a; colorine de MM. Lagier et Thomas empêcha leur adoption dans les fabriques. Il en fut de même des procédés de M. D. Fauquet (1), qui obtint en grand des rouges plus intenses et plus riches que ceux de M. Gastard, Un autre avantage des procédés de M. Fauquet , c’est qu’il pouvait rentrer son rouge sur des fonds noirs , teints au cam-
(1) M. Daniel Fauquet a découvert aussi , en 1838 (voir la Technologie de la garance , p. 21 , 1. 6), un rouge d’application solide.
pêche et antres , et ce rouge, pour être vif et brillant, n’exigeait pas les nombreux avivages que M. Gastard faisait subir au sien. M. Fauquet fit un assez grand nombre de pièces d’indiennes avec des rouges et des roses d’application, en Angleterre et en Ecosse ; mais il ne put donner aucune suite à cette fabrication , en raison du prix excessif de la matière première. La Société libre d’émulation dp Rouen décerna , en 1839, sur mon rapport, des médailles d’encouragement à MM. Gastard et Fauquet, pour avoir les premiers transformé un fait de laboratoire en une opération de fabrique, et démontré d’une manière incontestable la justesse des prévisions de MM. Robiquet et Colin , à savoir, quil y a possibilité et même avantage à obtenir en grand des couleurs solides par application immédiate delà matière colorante delà garance.
» En 1840, M. Grelley et moi nous nous entendîmes pour chercher à résoudre complètement le problème de l’emploi manufacturier de l’alizarine pure de Robiquet, problème bien important , puisque la Société industrielle de Mulhouse proposa , en 1834, un prix de 19,900 francs, fait par souscription entre les principaux indienneurs de France, pour la découverte d’un rouge d’application de garance dont le pot de couleur (2 litres) ne devait pas passer 10 francs. Ce prix , qui fut prorogé jusqu’en 1839, n’a point été remporté et a été retiré du concours. Ces faits démontrent combien cette question offrait de difficultés. M. Grelley et moi nous sommes enfin parvenus à la résoudre , en obtenait la colorine à un prix qui permet d’en faire usage dans les fabriques pour confectionner des rouges et des roses d’application bon teint. Nous avons décrit nos procédés dans deux paquets cachetés que nous avons déposés dans les archives de l’Académie des sciences (Institut), à la date du 21 juin 1841. Depuis ce dépôt, nous avons encore perfectionné nos procédés d’extraction de la colorine , si bien qu aujourd’hui nous pouvons la livrer au commerce à raison de 40 francs le kilogramme. Le prix de revient de chaque pot de
couleur ne dépasse pas 10 francs pour les rouges les plus forts, et 5 pour les rouges les plus faibles. Notre produit est aussi bon teint que les meilleurs rouges obtenus par la voie ordinaire de teinture : aussi peut-il supporter tous les avivages usités ordinairement ; et comme, à son état naturel, il a déjà une vivacité supérieure , il reçoit plus facilement l’action des avivages que les rouges ordinaires de garance Employé en très petite quantité, il résiste aux avivages les plus forts qu’on emploie pour le rouge des Indes, qui, d’ordinaire, nécessite un excès de matièrç colorante. Ce produit se travaille avec la plus grande facilité. On le délaie dans l’ammoniaque faible.; on l’y laisse gonfler, puis on l’y épaissit à l’eau de gomme ou avec de la gomme en poudre, et on l'applique sur le tissu mordancé. Les opérations qu’il nécessite après son application ne consistant qu’en un simple, vaporisage et des lavages à l’eau pure, il s’ensuit qu’on peut, dans tous les cas , l’imprimer avec toutes les autres couleurs vapeur ordinaires , pourvu toutefois qu’on ne soit pas dans l’intention de l’aviver. Les préparations préliminaires à son application sont de nature à permettre de l’appliquer sur des fonds noirs ou autres , obtenus avec des matières petit teint. Sur les mêmes étoffes, on peut l’employer à différents degrés de force , et obtenir ainsi depuis le petit rouge pâle jusqu’au rouge le plus foncé.
» L’emploi de notre colorine permettra de fabriquer des genres nouveaux qu’il serait impossible de faire économiquement par les procédés ordinaires. Ainsi nous l’avons appliquée sur des fonds noirs et blancs qui , jusqu’ici , se trouvaient endommagés dans les opérations ordinaires de teinture. Nous l’avons aussi appliquée de concert avec le cachou , lorsque les opérations d’avivage ne devaient consister qu’en un simple passage en savon. »
Pour compléter cette citation , nous donnons ici un échantillon d’impression rouge cT application solide sur fond noir au campêche , éch. 216, que M. Girardin , notre ami, a bien
voulu nous envoyer. Il sort des ateliers de MM. Fauquet et Keittinger, auxquels MM. Girardin et Grelley se sont associés pour la mise en grand de leur procédé d’application de la cq- Jorine.
fi S . Ilonge d’application solide sur fond noir campe che » «le MM. fRÎrardin et ©relley.