‹ Traité théorique et pratique de l'impression des tissusChapitre 281 sur 291 · DES NOIRS · texte numérisé non relu

DES NOIRS

et par le chlorure stanneux ; mais, appliquées sur lepapier blanc, les parties rougies par le chloride hydrique le tachent d'un beau rouge-cerise , les parties soumises à l'influence du sel stanneux le colorent en une belle nuance plus ou moins violacée.

Noirs obtenus par la noix de galle et autres substances «s-

tringcntcs. Il est facile de reconnaître physiquement ces noirs à leur ton olivâtre; quant à leurs caractères chimiques, ils ont tous pour base un mordant de fer que l'on retrouve, soit en les incinérant, soit en les traitant par le chlore ou par l'acide hypochloreux. En présence du chloride hydrique, ils prennent une légère nuance jaune-orangé sale; au contact du chlorure stanneux le mordant de fer en disparaît en grande partie ; et le mordant d'alumine , en s'y substituant, les fait passer à l'olive ou au jaune olivâtre. Le noir de grenade jaunit par le chloride hydrique, passe au gris assez foncé par le chlorure- stanneux et brunit par l'acide nitrique,

Noirs d'application ordinaire. Ces noirs , formés d'illl

mélange de campêche et de sels de fer, offrent tous les mêmes caractères que les noirs à base de fer teints en campêche : ainsi ils laissent du rouille pour résidu , qu'on incinère l'étoffe qui en est recouverte ou qu'on la traite par le chlore ou par l'acide hypochloreux , et rougissent par le chloride hydrique et par le chlorure stanneux. Les propriétés qui les différencient sont de décharger toujours plus ou moins , lorsqu'on frotte en présence de l'eau le tissu qui en est recouvert, et de céder également à ce liquide, quand on les y maintient en ébullition , surtout quand on y ajoute un peu de savon.

Noirs vapeur. Ces noirs sont identiquesavec les noirs teints au campêche ou d'application, et possèdent les mêmes caractères chimiques : seulement , comme la laque a été fixée par un vaporisage , elle décharge infiniment moins à l'eau chaude ; ou même elle ne lui cède rien. Quand ils sont fortement chargés de corps gras , de blanc de baleine , de suif, d'essence de térébenthine, on les reconnaît à la difficulté avec laquelle ils se

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laissent mouiller par l'eau et attaquer par le chlore , ainsi qu'à la flamme qu'ils donnent lorsqu'on les brûle.

Noir d'application n*é à la chaux. Ce noir ayant pour base un mordant de fer, donne du rouille pour résidu, soit qu'on incinère l'étoffe qui en est recouverte, soit qu'on la traite par le chlore ou par l'acide hypochloreux. Il se distingue des précédents en ce qu'attaqué par le chloride hydrique, il donne une encre qui tache le papier d'un rouge qui vire à la teinte brique, et par le chlorure stanneux une encre qui lui donne une teinte mauve lie de vin.

Noir fixé au chromate. Ce noir est extrêmement facile à reconnaître par la résistance qu'il oppose au chlorure de chaux , qui le fait virer au marron, au lieu de le détruire, comme tous les autres noirs au campêehe. La cendre verte d'oxide chromique qu'il laisse à l'incinération est un caractère qui , à lui seul, suffit pour le spécifier.

Noir formé par la superposition du Meu de cuve sur le

rouge garance. Par l'incinération et par la décoloration au moyen du chlore et de l'acide hypochloreux, on en obtient un résidu blanc -grisâtre d'oxide aluminique ; il ne rougit point par le chloride hydrique, qui ne l'altère pas sensiblement. L'acide nitrique, en détruisant le bleu sur tous les points qu'il touche , les fait apparaître avec une nuance orange pur, qu'un -passage en chaux, ou en alcali, ou en savon , ramène au violet ou au rouge,

Noir formé par la superposition du bleu de Prusse sur le

rouge garance. Ce noir incinéré laisse un résidu d'oxide ferrique proportionnel à la quantité de bleu de Prusse qu'il renferme. Traité par le chlore et par l'acide hypochloreux , il passe au bleu; par la potasse , et lavé à l'eau, puis à l'acide et de nouveau à l'eau , il devient rouge , plus ou moins violacé.

Noir résultant de la superposition du bleu sur le bistre.

Ce qui caractérise ce noir, c'est qu'il passe au blanc parle chloride hydrique , au bleu par le chlorure stanneux j qu'il est inattaquable par la potasse, et que l'acide nitrique , par la cles-

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traction du bleu , laisse apparaître momentanément le bistre , qui finit par disparaître à son tour.

Telles sont en abrégé les réactions des diverses couleurs ; il ne sera pas difficile d'en faire application aux échantillons que l'enferme cet ouvrage, et le lecteur pourra toujours s'exercer à cet égard en opérant sur des étoffes plus ou moins analogues. Nous allons lui tracer la marche à suivre en procédant à l'analyse des échantillons proprement dits, laquelle est étroitement liée à l'étude des caractères des couleurs.

Comme il est essentiel d'être fixé avant tout sur la nature des différentes fibres , nous ne croyons pouvoir mieux faire que de renvoyer aux propriétés chimiques qui les distinguent.

Les fibres ligneuses (coton, lin , chanvre, etc.), comme on le sait, résistent à l'action des alcalis puissants , tandis que les fibres animales (soie et laine j se dissolvent facilement à chaud dans leurs solutions. Les premières brûlent facilement sans se fondre et sans dégager d'odeur ; les secondes , au contraire , se fondent et brûlent difficilement, en développant une forte odeur empyreumatique ; la partie voisine de la flamme fond et se charbonne. D'après ces caractères, il n'est point possible de confondre la fibre des tissus formés d'une seule matière textile ; quant à ceux qui en renferment un mélange , on démontre la présence de la fibre ligneuse dans la laine et dans la soie , par l'intervention de la potasse caustique, qui dissout ces deux dernières ; et pour constater celle de la soie , de la laine , il suffit de consulter le Manuel du micrographe ; un examen physique permet de résoudre nettement la question. Au reste, on peut aussi avoir recours à des mordants ou à des couleurs qui , dans certaines conditions, adhèrent à l'une et non à l'autre de ces fibres : ainsi la laine se mordance moins bien à froid que la

soie.

Maintenant supposons qu'il s'agisse de déterminer à la simple

vue les genres auxquels appartiennent individuellement les

quatre éch. 261, 262, 274, 275, et les moyens qu'on aemployés

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bllll ANALYSE DE LA FABRICATION ET DES COULEURS.

pour les produire, ou devra d'abord rechercher le procédé d'impression employé. La forme grossière des dessins fait préjuger qu'ils ont été exécutés au moyen d'une gravure en relief; toutefois devons-nous ajouter que si l'on peut toujours reconnaître à l'œil que tel ou tel sujet en traits fins et déliés est dû à l'impression d'une gravure en creux , il n'est pas aussi facile de se prononcer sur les impressions en relief, dont tous les sujets sont exécutables par la gravure en creux.

Du reste , il n'y a pas à hésiter sur le genre auquel appartiennent ces quatre échantillons , ce sont des fonds blancs sur lesquels on a imprimé diverses couleurs. Si le rouge , le rose et le violet sont garances , il est assez probable que le bleu et le vert sont solides, et il ne reste plus alors qu'à constater si l'on a teint en premier lieu les couleurs garancées et rentré ensuite les couleurs d'enluminage, § 791, ou si toutes ces couleurs ont été imprimées en même temps, § 795 ; dans le premier cas, les rapports doivent nécessairement être inexacts ; dans le second, ils offriront , au contraire , la plus grande exactitude. Si le rouge , le rose et le violet ne sont pas garances, le bleu et le vert seront nécessairement faux teint, attendu que le fabricant n'a aucun intérêt à associer des couleurs solides à des couleurs faux teint. Il y a donc ici deux suppositions à faire , toutes deux indépendantes des moyens d'exécution qui peuvent être les mêmes, puisque les couleurs dont il s'agit sont ou d'application ou vapeur ; pour les résoudre, il ne faut que mettre en évidence les caractères chimiques propres à chacune de ces impressions.

Ech. 274. Le rouge, le rose, le violet et le noir, touchés chacun par une goutte d'acide hypochloreux, sont détruits et passent, les deux premiers, à un blanc légèrement jaunâtre, les deux derniers à une teinte chamois ou rouille sale. Les mêmes couleurs, touchées par le chloride hydrique , ne rougissent pas, mais passent, les deux premières, à l'orange foncé et clair, les deux autres à une espèce de rouille ou cachou, et plongées en présence de l'acide dans un lait de chaux , elles virent, les deux premières , au lilas et au pourpre , les deux autres au violet

ANALYSE DE LA FABRICATION ET DES COULEURS. 5 /j 5

bleuté et au noir violacé. Ces faits démontrent incontestablement des couleurs garancées ou bon teint.

Le bleu touché par une goutte d'acide hypochloreux disparaît, et par une goutte de potasse caustique résiste parfaitement. Ces caractères appartiennent au bleu cT application solide.

Le vert touché par une goutte de chloride hydrique disparaît ; par une goutte d'acide hypochloreux passe au jaune ; par une goutte de potasse passe au bleu. Ces caractères sont ceux du vert d'application solide.

Nota. Les choses ne se passeront ainsi qu'autant qu'on n'aura pas substitué dans le collage, comme dans l'exemplaire que nous avons sous les yeux , l'éch. 275 à l'éch. 274.

Éch. 275. Les rouge, rose, violet et noir, qui possèdent les mêmes caractères que ceux de l'éch. 274 , sont encore des couleurs garancées.

Lebleu, inattaquable par l'acide hypochloreux, par l'acide nitrique, mais soluble dans l'hydrate potassique, est un bleu de Prusse.

Le vert, qui passe au bleu en présence de l'acide hypochloreux, et au jaune orange en présence de l'hydrate potassique, est un vert au bleu de Prusse et à la graine de Perse.

Éch. 261. En présence de l'acide hypochloreux, le rouge et le rose passent au blanc, le noir au rouille ; les mêmes couleurs et le violet rougissent par le chloride hydrique ; ce sont donc des rouge et rose , cochenille, des noir et violet aux bois.

Le bleu, inattaquable par l'acide hypochloreux et le chlore gazeux, soluble dans l'hydrate potassique et donnant d'ailleurs des cendres de couleur rouille à l'incinération , est un bleu de Prusse.

Le vert , attaqué par l'acide hypochloreux , qui le fait passer au bleu , et par l'hydrate potassique , qui le fait virer au jaune orangé , est un vert au bleu de Prusse et à la graine.

Ech. 262. Le rouge, le rose, le violet et le noir présentent les mêmes réactions chimiques que celles de l'éch. 261 ; le bleu et le vert également : ces couleurs sont donc de même nature chimique.

Pour ce qui est de la fabrication des éch. 275 et 274 , elle ne peut pas se confondre : le bleu et le vert du premier ayant pour

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base le bleu de Prusse , n'ont pu supporter la teinture et ravivage des couleurs garancées ; ils ont donc été rentrés après ces deux opérations. Dans le second , les rapports ne sont pas assez exacts pour que l'impression des couleurs d'enluminage ait eu lieu sur table en même temps que celle des mordants ; ces couleurs ont donc aussi été rentrées après le garançage.

La fabrication des deux échantillons suivants est plus difficile à établir ; bien que les couleurs soient les mêmes , elles ont pu être fixées dans l'un à la vapeur, dans l'autre par application , ou de la même manière dans les deux.

Les couleurs de l'éch. 261 supportent un lavage à l'eau chaude sans en être trop affaiblies ; elles ont donc été fixées à la vapeur ( couleurs mi-teint). Celles de l'éch. 262, que par une faute d'impression on a porté comme couleurs vapeur, ne peuvent être passées à l'eau et légèrement frottées sans disparaître en grande partie ; ce sont donc des couleurs d'application (couleurs faux teint). On reconnaît cette dernière espèce de couleurs en mâchant légèrement l'échantillon qui en est recouvert et qui se déteint au contact de la salive.

Quand on est certain que les couleurs ont été fixées à la vapeur, il faut encore s'assurer si le tissu a été ou non préparé. A cet effet, on le passe dans un bain de cochenille; s'il a été préa-

JLO1?* Couleurs superposées.

lablement mordancé , § 723 , le blanc se teint ; dans le cas contraire il reste intact.

Quand le fond est couvert, on doit examiner s'il y a eu superposition ou à la fois superposition et encadrement de ces mêmes couleurs comme dans l'éch. 408.

Au premier coup d'oeil, on décide s'il y superposition partielle ou totale. Quant à l'encadrement, il faut examiner s'il

4©S. Exemple de couleurs rentrées après la teinture

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l'étoffe, soit comme couleurs reserve, et ctans ce cas le ionu a été appliqué par- dessus ; soit comme couleurs enlevage , et alors elles ont été appliquées sur le fond ou juxtaposées mécaniquement à l'aide de machines à imprimer à plusieurs couleurs [rouleaux ou 'perrotine). Quelques signes font toujours reconnaître ce dernier mode d'impression : il est rare, en effet, qu'au point de contact une juxtaposition ne donne pas lieu à des traits plus clairs ou plus foncés , ou à de légères solutions de continuité. Quant à la question de savoir si les couleurs figurent comme enlevage ou comme réserve , on ne peut la trancher que par la connaissance préalable de leur nature chimique.

L'encadrement est-il , au contraire , imparfait , comme dans les éch. 296, 319 : ou l'on a d'abord appliqué les couleurs d'en-

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