‹ Traité théorique et pratique de la construction des batteries [Textbd.] [...]Chapitre 1 sur 50 · AVERTISSEMENT · texte numérisé non relu

AVERTISSEMENT

Dan s une note de la traduction du *

Traité élémentaire d’artillerie de Decker y publiée en 182 5, nous avons eu occasion de faire observer que, quoique la construction des l^tteries fût une des parties les plus intéressantes du service de l’artillerie , il n’avait encore été publié sur ce sujet important aucun ouvrage complet et nous nous sommes engagés,

1. Daâs la longne carrière militaire que j’ai parconrue, j’ai eu lieu , plus d’une fois , de remarquer et de regretter la lacune qui existait, à cet égard, dans les livres consacrés à l’instruction spéciale de notre arme.

Entré fort jeune an service du roi de Sardaigne, comme élève d’artillerie , et après avoir rempli , comme premier lieutenant , les fonctions de professeur d’artillerie pratique et de dessin, à l’école militaire d’artillerie de, Turin, je me trouvais empldjé, avec le grade de capitaine, au corps d’armée austro-sarde, dans le comté de Nice, en 1792. Au Commencement de cette campagne je fus occupé à la construction d’un grand nombre de batterie», destinées à la défense du

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en conséquéhcé, à trâduiré iin manuscrit allemand, dont il existe des copies parmi

liloral de Nice, depuis le Pont du Var jusqu’à Villefranthe. II. fallut établir, sur ce développement de côtes, des batteries de toutes sortes. Les plus rapprochées du Var se trouvaient sur un terrain montueux ; d’autres, sur la rive gauche et à l’embouchure de œ fleuve, devaient être établies dans des prairies boisées; venaient ensuite des batteries qu’il fallait construire sur une plage sablonneuse , s’étendant depuis l’embouchure du Var jusqu’à celle du torrent nommé la Paillou, qui baigne les murs de Nice : on dut également eu établir d^nne terrasse, pavée à ciment, qui forme l’enceinte de ceîwKille; et, enfin, les dernières furent établies sur les bords e.Starpés de la hauteur de Mont- Alhan , et sur un des côtés du port de Villefranche.

Une très -grande variété de terrains et la plus grande partie des dilEcultés qu’ils peuvent oflVir, se trouvaient donc réunies, daûs cette circonstance, comme si on les eût choisies à dessein pour un exercice pratique sur la construction des batterîM. Mais il n’existaSt encore sur cette partie du scn'ice aucun ouvrage spécial , et les notions qu’on en donnait dans les écoles étaient fort incomplètes ; aussi dois -je avouer que plusieurs fautes furent commises dans rétablissement de celles que l’on eut. à constniire alors; l’état des matériaux , outils et insirumens nécessaires , le nombre des travailleurs, leur distribution, les dispositions d’ordre^ etc. , étaient souvent l’objet de difficultés, d’incertitudes, de tafonnemens ; quelquefois l’emplacement le plus convenable à l’établissement des batteries était manqué; leur profil était trop fort ou trop faible, la direction de leur

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les officiers de l’artillerie autrichienne , et dans lequel nous avions cru trouver la des-

feu était vicieuse ; ce qui obligeait à de fréquentes rectifications, après même que le parapet était déjà parvenu à une certaine hauteur. Les matériaux employés , tels que fascines, saucissons, gabions, claies, gazons, sacs à terre, etc. , n’étaient pas toujours employés de la manière la p^s convenable, et leur consommation n’était pas réglée^vec l’économie nécessaire , attendu que leurs dimensions n’étaient pas celles qu’il aurait fallu leur donner; enfin, le temps, qu’on ne saurait trop ménager à la guerre, se perdait souvent, soit parce qu’on avait adopté une mauvaise distribution du travail , soit parce qu’il fallait fréquemment défaire et recommencer ce qui avait été mal fait dans le principe.

Sans doute , une partie de ces inconvéniens tenaient au défaut d’expérience ; mais ils venaient aussi du manque absolu de notions positives sur la constniction des batteries. Plus de vingt ans après, me trouvant, avec le grade de lieutenant-colonel, chef d’état-major d’artillerie de l’armée du prince Eugène, je vis des officiers d’artillerie français, pleins de bravoure et de zèle, et possédant tontes les connaissances qu’on acquiert dans les écoles, aussi embarrassés pour faire construire des batteries que je l’avais été moimême dans ma. jeunesse t or, ni eux ni moi ne nous fussions trouvés dans cette pénible situation, si nous eussions pu puiser, dans un Traité spécial , des connaissances qu’oh ne trouve que bien rarement l’occasion d’acquérir par l’expérience , et qu’on ii’acquiert alors qu’à ses dépens. ( Noie du général Ravichio. )

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cription détaillée et les procédés de construction de toutes les espèces de batteries qu’on peut avoir à construire. Mais , lorsqu’encouragés par l’accueil qu’a reçu notre traduction de Decker, nous avons voulu remplir notre engagement , en publiant celle de ce manuscrit, nous nous sommes convaincus , en soumettant ce dernier ouvrage à une révision sévère , qu’il s’en fallait encore beaucoup qu’il fût tel que nous l’aurions désiré, pour le présenter au corps royal d’artillerie de France.

D’une part, on y trouvait une foule de détails, ou tout-à-fait particuliers à l’artillerie autrichienne ou fastidieux par leur prolixité J d’un autre côté, beaucoup de choses intéressantes , beaucoup de procédés employés par l’artillerie française y étaient omis; il n’y était fait aucune mention des batteries de place, des batteries de côte, des batteries Jlottantes , etc.

Nous pensâmes d’abord à suivre, pour cette nouvelle traduction, la marche que nous avons adoptée pour celle de Decker;

c’est-à-dire, à y faire un grand nombre de suppressions, et à suppléer par un nombre non moins grand de notes et d’additions aux lacunes de l’original. Mais des amis éclairés à qui nous fîmes part de ce dessein , nous représentèrent que nous ne produirions jamais, de cette manière, qu’un livre défectueux, manquant d’ordre, .d’ensemble et de régularité.

En conséquence, suivant avec docilité leurs avis, nous nous sommes décidés à refondre entièrement l’ouvrage , en ne conservant du manuscrit allemand qu’une partie du texte et les planches , auxquelles nous nous sommes bornés à en ajouter quelques-unes.

Ce n’est donc plus simplement une traduction que nous publions aujourd’hui , comme nous en avions d’abord eu l’intention, mais un Traité théorique et

PRATIQUE DE LA CONSTRUCTION DJES BATTE- RIES, entièrement nouveau, aussi détaillé et aussi complet qu’il nous a été possible de le composer, tant d’après notre propre

expérience et les conseils de nos amis , qu’en nous aidant de tout ce que nous avons pu nous procurer de meilleur, sur ce sujet , en manuscrits ou en ouvrages imprimés soit en France soit à l’étranger.* Notre ouvrage était déjà terminé et l’impression en était meme fort avancée , .

I. Parmi les oarrages dont nous nous sommes servis, pour rectifier le manuscrit allemand et remplir les lacunes qui s’j trouvaient , nous devons citer particulièrement rAide-incinoire à l’usage des officiers d’artillerie de France, du général Gassendi ; le Dictionnaire d’artillerie du général Cottj; celui de Hdycr (en allemand); le Manuel sur la construction des batteries , par Rouvroj ( dans la même langue); les leçons d’artillerie de Morla (en espagnol);"' l’Art militay"e de Gayvemon ; le Mémorial pour la défense des places de Cormontaingne ; et enfin , un Mémoire sur I l’armement des places, que M. le lieutenant-général Reliât a fait rédiger, d’après scs idées, par M. le capitaine du génie Villeneuve, son aide -de-camp, et qui a été inséré dans le liuitième numéro du .Mémorial de l’officier du génie.

Nous avons aussi consulté tous les manuscrits reiatils à ce sujet que nous avons pu nous procurer; plusieurs de nos camarades nous ont communiqué des notes, ou les sommaires des leçons qu’ils ont faites sur les batteries . dans diverses écoles d’artillerie où ils ont dii faire des cours sur cette partie du senice pour les jeunes officiers. M. le lieutenant-général baron Berge a bien voulu nous permettre

quand S. Exc. le Ministre de la guerre invita tous les officiers d’artillerie à s’occuper de la rédaction d’un ctfin^ de construction des batteries , d’après un Programme proposé par le Comité.

Privés, par cette circonstance, de l’honneur de concourir à cette rédaction, nous en sommes dédommagés par cette pensée

de tirer de nombreux extraits d’un travail complet qu’U a fait sur la défense des places, et c’est un devoir pour nous de lui en témoigner ici publiquement notre reconnaissance.

Nous en devons aussi beaucoup à plusieurs de nos camarades de l’artillerie et du génie, à qui nous avons communiqué notre ouvrage, et qui ont bien voulu nous donner des conseils et nous faire des observations dont nous avons profité avec empressement pour -rendre ce Traité moins imparfait. Qu’il nous soit permis de citer particulièrement, entre autres, M. le chef de bataillon du génie Augoyat , professeur à l’Ecole rojale d’état-major, qui, malgré ses nombreuses occupations , a eu la complaisance de nous donner tant sur la composition que sur la rédaction de cet ouvrage , qu’il a suivies avec le plus grand soin , ces avis multiplies et toujours motivés qu'on ne peut attendre que du zèle d’un ami véritable; et comme l’a dit un poète,

, D’un penseur solide et salutaire,

Que la raison conduise et le savoir eclairf, '

Et dont le crayon sûr d’alwrd aille rlicrcher L’endroit que l’on sent -faible et qu’on veut se cacher.

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que notre ouvrage , qui , pour l’ordre des matières qui y sont traitées , s’éloigne peu de la^marche tracée par le Programme , ne sera peut-être pas inutile 'tant à ceux de nos camarades qui voudront travailler à remplir les données de ce Programme, qu’à ceux qui, plus tard, seront chargés de professer, dans les écoles d’artillerie, * le cours définitivement rédigé.

‘ Nous n’avons pas vu , non plus , sans une vive satisfaction, l’utilité, la nécessité même de ce cours, reconnues et proclamées par la décision de S. Excellence. Persuadés que les commandans d’école, les chefs de corps, les officiers chargés de faire le cours et ceux qui devront le suivre, également convaincus de son importance, ne négligeront rien pour seconder à cet égard les intentions du Ministre, nous croyons aussi leur être agréables en leur faisant connaître un procédé qui nous paraît très-propre à fixer dans la mémoire des jeunes officiers les principes de l’art de construire les batteries, tout en exer-

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çant, à peu de frais, le plus grand nombre possible de sous - officiers et canonniers à ces sortes de travaux. ‘

A l’une des extrémités d’un grand hangar, on placerait une grande caisse, remplie de terre, dans laquelle on construirait, sur l’échelle de 6 lignes pour pied, ou de 4 centimètres pour mètre , un bastion ou une demi-lune , avec des embrasures ouvertes sur les faces et une barbette au saillant Cette portion d’ouvrage représenterait la place attaquée.

1 . Étant Capitaine d’artillerie au service d’Autriche , depuis ( i8oo jusqu’en 1811 , j’ai emplojé moi-méme ce procédé pour l’instruction de ma compagnie , et j’en ai obtenu les plus heureux résultats. Tous les sous-officiers, et même les simples soldats de cette compagnie, s’étaient si bien familiarisés, par ce mojen, avec tous les détails de la construction des batteries, que je n’aurais été nullement embarrassé avec eux pour construire quelque espèce de batteries que ce fût sur un terrain quelconque ; et ils avaient acquis cette instruction , non-seulement sans aucune peine , mais encore avec plus de plaisir qu’ils n’en auraient pu trodver à aucuns jeux, chacun d’eux ajant mis une sorte d’amourpropre à ce que la batterie à laquelle il travaillait fût plus promptement et mieux construite que celles de ses camarades. {Nott du général Ratithio.')

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Perpendiculairement au prolongement de la capitale , on disposerait une autre caisse , pour la construction des batteries de mortiers. Sur le prolongement d’une des faces, une troisième caisse serait destinée à l’établissement des batteries de ricochet ou d’enfilade; enfin, parallèlement à l’une des faces ou perpendiculairement à la directrice de l’une des embrasures on placerait une quatrième caisse , dans laquelle on construirait les batteries de plein-fouet. ^

Toutes ces batteries seraient tracées et construites par les sous - officiers et canonniers, sous la conduite de leurs officiers, suivant la direction et avec les * dimensions qu’elles doivent avoir réellement, en se conformant aux principes établis dans le cours : on en conkruirait de toutes les espèces, horizontales, encaissées, élevées, dans la parallèle, en avant ou en arrière de la tranchée, en supposant pu figurant toutes les’ variétés et inégalités de terrain qu’on peut ren-

contrer dans les environs d’une place forte. ’ '

Rien n’empêcherait même, qu’en disposant une de ces caisses de manière à ce qu’elle pût contenir de l’eau , on n’y construisît dift'érentes espèces de batteries flottantes.

• Quant aux matériaux, ils seraient également préparés aux dimensions exactes d’après l’échelle adoptée j les piquets se-r raient représentés par de petites chevilles ; les saucissons se feraient avec de la paille , en employant du gros fil au lieu de harts : les gabions et claies se construiraient avec de menus brins d’osier bien plians , etc.

Nous ne doutons point, qu’après avoir été exercés quelquefois de cette manière, les canonniers ne fussent beaucoup plus capables d’exécuter en grand tous les travaux de cette espèce; et, si on sait exciter à propos leiu émulation , ils se livreront avec plaisir à une occupation aussi agréable qu’utile, qu’on pourra même leur

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présenter comme une récréation, au milieu des études plus ' sérieuses et plus arides qui remplissent pour eux les mois d’hiver , pendant lesquels les travaux et les manœuvres du polygone sont forcément suspendus.

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