‹ Traité théorique et pratique de la dissertation philosophiqueChapitre 133 sur 189 · HYPOTHÈSE · texte numérisé non relu

HYPOTHÈSE

oomènes de l'optique. 2° On déduit les conséquences de l'hypothèse par le raisonnement ou par le calcul, et l'on examine si elles sont confirmées par les observations ou les expériences qu'indique la théorie : p. ex., l'hypothèse des lois de la gravititiou est admise aujourd'hui comme une vérité scientifique parce qu'elle explique tous les mouvements des planètes; on a au contraire abandouné l'hypothèse d'après laquelle la chaleur, la lumière et l'électricité seraient des fluides, parce que de nombreuses expériences ont démontré que ce sont de simples mouvements de la matière (cf. 216).

L'hypothèse a son utilité et ses dangers. Elle est stérile quand, ainsi qu'on l'a fait dans l'antiquité et surtout au moyen âge, on se contente de la vraisemblance sans avoir recours à l'observation. Au contraire, elle est très-féconde en découvertes quand on la vérifie au moyen des expériences qu'elle suggère. Pour interroger la nature, pour interpréter les faits qu'elle nous offre, il faut être guidé par des idées préconçues, c'est-à-dire par des hypothèses auxquelles on est conduit par quelqu'une des notions rationnelles de cause efficiente, de cause finale, de substance et d'essence (cf. 208). « Le savant complet est celui qui embrasse à la fois la théorie et la pratique expérimentale : 1° il constate un fait; 2° à propos de ce fait une idée naît dans son esprit ; 3° en vue de cette idée, il raisonne, il institue une expérience, en imagine et en réalise les conditions matérielles; 4° de cette expérience résultent de nouveaux phénomènes qu'il faut observer et ainsi de suite... Une idée anticipée ou une hypothèse est donc le point de départ nécessaire de tout raisonnement expérimental ; sans cela, on ne saurait faire aucune investigation ni s'instruire; on ne pourrait qu'entasser des observations stériles. Si l'on expérimentait sans idée préconçue, on irait à l'aventure; mais d'un autre côté si l'on observait avec des idées préconçues, ou ferait de mauvaises observations et l'on serait exposé à prendre des conceptions de son esprit pour la réalité (Cl. Bernard). » C'est l'emploi de ces procédés qui a conduit à de grandes découvertes Archimède, Kepler, Galilée, Descartes. Huyghens, Leibniz, Cuvier, et tant de savants contemporains. L'école de Bacon a donc eu tort de condamner l'usage des hypothèses, et Newton a eu tort de dire : Hypothèses non fingo; car son principal titre de gloire est d'avoir appliqué le calcul à l'hypothèse de la gravitation.

Lire Charles, Lect. dephil., II, p. 94-98.

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