EMPLOI DU VENT FORCÉ DANS LES FOURS A RÉVERBÈRE
77. Notice historique. — L'application du vent forcé aux fourneaux à grille vient, à ce qu'il paraît, du Creusot, où l'on a un charbon trop maigre et trop mauvais pour l'alimentation des fourneaux à l'air libre arrivant directement (Armengaud, Pub. ind., t. 2, p. 423, année 1842). Quoiqu'il en soit, déjà en 1842 (voir la première édition de ce Traité, p. 120), on a alimenté la combustion dans le fourneau d'une chaudière à vapeur qui activait la soufflerie du haut fourneau de M. Orban, à Grivegnée-lez-Liége, au moyen d'un courant d'air lancé sous la grille par un ventilateur, et on a constaté que le jet d'air forcé permettait de brûler des houilles sèches et terreuses, au lieu des houilles pures et chères employées jusque là.
Depuis cette époque, la ventilation a été essayée dans les fours à puddler et dans les fours à réchauffer, mais on ne l'a conservée que pour le réchauffage des gros paquets, tels''que ceux à rails, par exemple. On a fait diverses tentatives en vue de réaliser, dans les fours à puddler et dans les fours à réchauffer les paquets pour fers de petit échantillon, les avantages promis par le tirage artificiel, mais aucune ne réussit, à cause des embarras dus à la sortie de la flamme, et on a également renoncé à
ce tirage dans les fourneaux des chaudières à vapeur, parce que la flamme soufflée, faisant chalumeau, attaquait trop celles-ci.
78. Installation. — L'air est introduit dans le cendrier qui, à cet effet, se trouve fermé sur le devant par une porte en tôle à deux battants dont on lute les bords avec soin ; il devrait arriver par le mur du côté opposé aux portes du four, si les circonstances locales le permettaient, mais le plus souvent il arrive par le mur du côté des portes, en contrebas du tisard, au moyen d'un canal de 10 pouces anglais sur 9 ; l'ouverture se trouve à quelques pouces au-dessus du niveau que les cendres et les escarbilles peuvent atteindre dans le cendrier. Une conduite principale souterraine en maçonnerie reçoit le vent de la soufflerie, longe la ligne des fours à activer et se subdivise en autant d'embranchements qu'il y a de fours. L'air est ordinairement lancé sous une pression de 0™,04à 0",06 d'eau, de la manière qui sera indiquée plus loin. L'ouvrier peut augmenter, diminuer ou arrêter le vent, au moyen d'un modérateur à clef, qui se trouve à sa portée près du tisard.
On arrête le vent : 1° pendant le nettoyage de la grille, 2" pendant le chargement du four et 3° pendant le forgeage des paquets.
79. Nécessité de conserver la cheminée. — Malgré la pression sous laquelle le ventilateur lance l'air dans le four, il se fait toujours une forte aspiration par la cheminée, dans laquelle le manomètre accuse une raréfaction qui dépasserait même celle due au seul tirage naturel. Aussi a-t-on trouvé nécessaire de conserver les cheminées, même dans les fours pourvus d'une soufflerie. Elles rejettent les produits de la combustion au loin dans l'atmosphère, servent pendant que le ventilateur est en repos, et peuvent encore être utiles pour divers autres emplois durant le travail. Voir § 87.
80. Formules. — La vitesses, avec laquelle l'air s'échappe du ventilateur est donnée par la formule :
V* = 2gh. 1000 : 1,293 = 1232 h,
h étant la hauteur en centimètres de la colonne d'eau qui égale l'excès de pression de l'air dans la buse soufflante sur la pression de l'air extérieur supposée égale à une colonne de mercure de 0™,76. En admettant que le travail réellement emmagasiné par l'air égale celui qui correspond à la vitesse due à la hauteur h, on trouve une mesure de ce travail par la formule :
M __ sv (1,293) P j
M étant la masse de l'air lancé en une seconde, s la section de l'orifice soufflant, P la pression de l'air lancé ou intérieur, p la pression de l'air
72 SECTION I. NOTIONS CONCEUN.VNT PLUSIEURS DIVISIONS DE l'uSINE.
extérieur égale à 0™,76 de mercure ou à une colonnne d'eau de 10", 53, g la gravité; de sorte que le facteur de dans le second membre est le poids de l'air divisé par "ig.
Prenant P : p égal à l'unité, nous aurons
Mt)^ 1,239 ^
(Ordinaire de Lacolonge, Recherches théoriques et expérimentales sur le ventilateur à force centrifuge, Paris et Liège; Ding., t. 179, p. 270).
81. Ventilateurs de Seraing. — Au laminoir à rails de Seraing, pris pour exemple, six fours à réchauffer sont desservis par un grand ventilateur qu'active une machine à vapeur de la force de 6 à 8 chevaux. En marche ordinaire le ventilateur fait 200 tours par minute et donne, à quelques mètres de distance, une pression de 0"',0S d'eau, aux premiers fours une pression de O^jOi et aux derniers une pression de 0™,03S. Lorsqu'on fait faire au ventilateur 300 tours, on obtient 0™,09 de pression et l'on peut activer une forge maréchale, indépendamment des fours. On conçoit que le même appareil, activé à raison de 5 à 600 tours, suffirait pour 10 à 12 fours à réchauffer. Néanmoins, la difficulté de conduire le feu ou plutôt de changer la routine des ouvriers a empêché de dépasser une pression de 0™,0S d'eau dans les fours. Au moyen de pressions plus fortes, les paquets, chauffés trop brusquement, se brûlaient à la surface, tandis que l'intérieur était encore froid. L'essentiel est que la chaleur soit graduée, et il n'y a pas de doute qu'à la fin de la chaude, une pression, élevée même à O^jl d'eau, ne soit profitable dans les appareils actuellement employés (§ 87).
L'air arrive dans le cendrier du côté du tisard par une ouverture carrée de 6 pouces ou O^jlS de côté. 'L'ouvrier a à sa portée un papillon qui lui permet de gouverner le courant d'air.
La disposition générale est à peu près celle qui se trouve représentée pour un four à puddler, pl. 5, fig. 1, en coupe-élévation, fig. 2, en coupe horizontale et fig. 3, en élévation vue par bout. E, entrée de l'air lancé par le ventilateur ; M, maître-canal ; C, embranchements avec des sous-embranchements. Les seules différences consistent en ce que les embranchements, au lieu de former un angle vif et droit avec le maître-canal, s'adaptent à ce dernier par des coudes arrondis, présentent des courbures et prennent une direction oblique, pour diminuer les pertes de vitesse.
Dans un four à rails on charge, par 12 heures, 6 fois 142S k. de fer (à raison de 3 paquets de 285 k.), soit 86S0 k., et l'on brûle M pour 100 ou 3460 k. de charbon. La section du canal près du ventilateur est
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de 1 m. de hauteur sur 0™90 de large. — Si nous comptons 10 k. d'air par 1 k. de houille brûlée, chaque four recevra 34600 k. d'air. — On trouve pour la vitesse de l'air 26'",60 ; d'où volume par seconde 26,60. 0,0225 = 0«",S99, par heure 3600. 0,60 = 2160'"% par 12 heures 26000"" = 34000 k. et pour double dose 68000 k.
82. Disposition de la soufflerie à Hermannskûtte, près de Hoerde. — Dans cette usine, il y a 14 fours à rails, dont 10, groupés deux à deux, sont alignés et 4, également jumelés, se trouvent sur une ligne parallèle à celle des 10 autres, ha figure S, pl. 4, est une coupe par l'axe de deux fours placés vis-à-vis l'un de l'autre. Entre les deux lignes de fours se trouve le canal-cendrier B, servant en même temps de conduite principale du vent. Deux chemins en rails de fonte, a,a, servent à transporter les cendres au moyen de waggons en fer c. L'une des extrémités du canal se subdivise en deux branches, dont l'une sert à l'introduction du vent dans le canal B au moyen d'un ventilateur et dont l'autre, fermée par deux portes à la manière d'une écluse d'eau, offre une entrée et une sortie. L'air lancé par la soufflerie arrive par les passages latéraux d sous la grille des fours. Les passages d sont pourvus d'un modérateur ou papillon e, que l'on peut manœuvrer aussi bien dans le canal que par en haut au moyen de la poignée f et qui permet de régler le vent d'après l'exigence du four ou aussi de l'arrêter complètement. On arrête le vent pour nettoyer la grille, ce qui exige qu'on ouvre la porte E. L'extraction des cendres, qui se fait au moyen d'un crochet, exige qu'on ouvre complètement le modérateur e. Le vent qui afflue librement garantit l'ouvrier de la chaleur et de la poussière, celle-ci étant ramenée en majeure partie au cendrier. De même, le modérateur e étant fermé, on peut nettoyer la grille sans être incommodé par la chaleur ni par la poussière. (MiUheilungen des technischen Vereins fûr Eisenhûttenwezen, 1861, Cologne.)
La disposition adoptée à Hermannshûtte est susceptible de trois perfectionnements. Le premier consiste à incliner le cendrier vers les vi'aggons et à n'employer le modérateur e que pour l'enlèvement des cendres. Le second a pour objet la conservation des escarbilles laquelle se ferait en amenant le vent du conduit B sous la grille par un canal distinct du passage ed, mais placé à côté de celui-ci et pourvu d'un modérateur particulier. Enfin, pour le troisième, on entretiendrait en a,a, une mare d'eau, afin d'éteindre les escarbilles et de les empêcher de brûler les galiots.
83. Usine de Fourchambault, près de Nèvres (France). — Le vent, lancé par une machine particulière à trois ventilateurs, arrive aux fours à réchauffer par des tuyaux en tôle d'un mètre de diamètre dirigés
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au-dessus du comble. La pression du vent est de 1,S à 2 pouces d'eau.
84. Ventilateur double de Perrigault (An. du Conserv. des arts et métiers, 186S, t. VI, p. 162). — Cette soufflerie se compose de deux ventilateurs simples placés sur le même axe et de telle manière que l'air lancé par le premier serve à alimenter le second, qui, n'agissant que sur de l'air déjà comprime, augmente considérablement la pression. Voici les moyennes des résultats de trois expériences faites avec ce ventilateur, la buse soufflante ayant O^jlO^ de diamètre. Nombre de tours par minute du ventilateur l^Sl. Vitesse à la circonférence 44'»,94. Hauteur h de la colonne d'eau O^jSSS. Vitesse correspondante calculée 69'", 72. Ordonnée moyenne des diagrammes 10"™, 62. Pression correspondante 30'', 78. Travail mécanique mesuré 371''-'n, 09. Valeur de mv^ : 2 = 167,76. Valeur de P : = 1,028. Eff'et utile 0,48S.
83. Avantages du tirage par insufflation : 1) Tirage moins limité. — Le tirage par une cheminée est limité. Comme il est proportionnel à la racine carrée de la hauteur de la cheminée, il s'ensuit que pour doubler l'effet d'une cheminée de 20 mètres de hauteur, par exemple, il faut porter cette hauteur à 80 mètres. Le tirage forcé n'est pas à beaucoup près aussi limité.
2) Tirage moins dispendieux. Pour donner une idée de la perte de chaleur due à l'action des cheminées, admettons que la température de l'air dans le foyer ne soit que de 1200° C. (dans les fourneaux des forges elle est plus élevée) et que celle des gaz dans la cheminée ne soit que de 300° C. (elle est généralement supérieure à ce chiffre, même lorsqu'on fait usage des flammes perdues). La chaleur contenue dans un kilogr. de gaz à 300" C. étant égale au quart de celle que renferme le kilogr. du même gaz à 1200° C, on voit que le gaz à 300° emporte un quart de la chaleur développée par la combustion sur la grille ou, en d'autres termes, que le tirage par la cheminée coûte 2S pour 100 du combustible dépensé, soit pour un four à rails consommant par heure 230 k. de houille, 62S30 par heure.
Pour activer le même fourneau au moyen d'un ventilateur, il faut 3/4 de cheval-vapeur, ce qui, à raison de 3 k. de houille par cheval et par heure, fait par heure 2^,23, soit 0,9 pour 100 de la consommation sur la grille.
3) Allure plus stable. — Le tirage naturel est soumis à diverses causes de variation, car il dépend : a) de la hauteur et de la section de la cheminée; 6) du nombre et de l'allure des fours activés par une même cheminée : parmi les fours d'un groupe, il peut y en avoir un ou plusieurs en chômage ou en réparation, le nombre des fours desservis par une cheminée peut être trop grand ou trop petit, etc. ; c) de la manière
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dont on utilise les flammes perdues des fours, la disposition de la chaudière pouvant occasionner des pertes de tirage plus ou moins considérables ; d) des circonstances atmosphériques et de la position des fours par rapport à la direction du vent dominant : les cheminées en tôle sont trèssensibles aux grands froids, aux tempêtes, etc.
Le tirage au moyen du ventilateur est indépendant de ces causes de perturbation, partant plus uniforme et plus facile à gouverner : il en résulte plus de stabilité dans l'allure des fours et plus de régularité dans la qualité des produits.
4) Le vent forcé remédie aux imperfections qtce peut présenter le tirage d'une cheminée. — A Couillet, un four à rails qui, activé seulement par une cheminée, tirait mal, parce que le canal conduisant du four à la cheminée était trop étroit, fonctionne parfaitement depuis l'adjonction que l'on a faite du vent forcé au tirage ordinaire.
5) Obstacle aux entrées d'air. — Avec le tirage par aspiration, une grande quantité d'air froid se précipite dans le four chaque fois qu'on charge la grille ou qu'on ouvre la porte de travail. Il résulte de là : a) une perte de charbon, une distribution inégale de la chaleur ou un obstacle au chauffage uniforme des paquets ; b) le contact de l'air extérieur avec les paquets au blanc soudant occasionne un déchet sensible; c) dans les parties voisines de la porte de sole, les paquets volumineux pour tôles, rails, bandages, essieux, etc., présentent assez souvent des soufflures et des places oîi le fer est brûlé, et l'on remarque souvent à la surface des tôles, et même des autres fers finis, des soudures défectueuses indiquant un manque d'homogénéité des produits fabriqués. — Rien de semblable n'a lieu dans les fours soufflés : les gaz se trouvant dans ces fours à une tension qui dépasse celle de l'air extérieur, l'ouverture de la porte ne donne plus lieu à une affluence de cet air nuisible, mais à une élimination partielle des gaz intérieurs ; il en résulte, cà la vérité, une perte de chaleur, mais cette perte est peu sensible et le trouble qu'elle occasionne momentanément dans la marche de l'appareil ne peut nuire à la qualité du fer et n'influe guère sur la température des paquets. Par conséquent , l'on obtiendra une chaleur suante plus uniforme, les produits seront plus réguliers, plus homogènes, mieux réussis, la fabrication sera plus sûre et meilleure, enfin, le déchet pourra se trouver diminué.
6) Flamme moins oxydante. — Comme le vent forcé pénètre et traverse mieux le combustible que ne le fait l'air simplement aspiré, il permet de tenir les charges de combustible ou le feu très-haut sur la grille : la couche de charbon doit avoir au moins un quart de plus en épaisseur qu'au tirage naturel, savoir de O-^.SS à 0"',35, au lieu de
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0™,19 à 0"»,26 environ. Il en résulte une flamme plus carburce qui nourrit le fer, au lieu que la flamme des fours sans ventilation oxyde les paquets, augmente le déchet et rend moins soudable le fer qui reste.
7) Déviation de la flamme. — Lorsque Taérage se fait par une cheminée, on peut considérer le chemin parcouru par la flamme comme une droite menée du sommet de l'autel au rampant, tandis qu'au moyen du tirage par insufflation, la flamme s'élève verticalement jusqu'à la voûte de la chauffe et se meut ensuite parallèlement à la voûte au-dessus de la sole jusqu'à l'échappement. En d'autres termes, la flamme rase la sole dans un cas et longe la voûte dans l'autre. Enfin lorsque les deux systèmes de tirage sont combinés, la flamme prend une direction intermédiaire, en se rapprochant de celle des deux directions extrêmes qui résulte de la plus grande énergie. Cette déviation opérée par le vent forcé dérobe le fer au contact immédiat de la flamme qui est toujours nuisible, mais elle donne aussi lieu à de graves inconvénients, comme nous le verrons plus loin, p. 78.
8) Combustion plus efficace. — Dans les fours qui marchent avec pression, l'air qui alimente la combustion est condensé, au lieu que, dans les fours ordinaires, l'air qui afflue sous la grille se trouve dilaté. Il suit de là que les fours nouveaux permettent de réaliser mieux que les autres les circonstances favorables au développement des affinités chimiques, savoir la pression, la température et le renouvellement des surfaces de contact. Par conséquent il s'y fera une combustion plus rapide et plus complète, il se produira à la fois une température plus élevée et une plus grande somme de chaleur, on fera une économie de temps et de combustible, les produits seront mieux soudés, mieux réussis, etc.
Par suite de ces avantages, il y aura sans doute lieu d'augmenter la pression du vent dans les fours à réverbère, ainsi que Bessemer a proposé de le faire dans le cubilot. Cet appareil reçoit ordinairement le vent sous une pression de 0™,15 d'eau, mais, selon Bessemer, il conviendrait d'élever la pression jusqu'à deux pouces de mercure.
Trois fours à rails avec cheminées ont consommé à Seraing, en .21 jours de 24 heures, 1S66 hectolitres de houille à 1 fr., 60 et 1782 hectolitres de houille menue à 1 fr., 10, soit en tout '5MS hectolitres de combustible revenant à 4287 fr., 60. Les mêmes fours activés par un ventilateur ont exigé seulement 36 hectolitres du premier charbon et 3506 hectolitres du second, soit en tout 3342 hectolitres de combustible revenant à 3363 fr., 60. Par conséquent on a économisé au moyen des fours soufflés une somme de 924 fr., ou par four et par jour 14 fr., 75, abstraction faite des frais occasionnés par le moteur. En outre,
les produits étaient meilleurs, mieux soudés, etc., que dans le travail sans le concours du ventilateur.
9) Production de vapeur augmentée. — On signale encore comme une conséquence de l'état comprimé de l'air fourni par le ventilateur la possibilité d'augmenter la surface de chauffe des chaudières à flammes perdues, les gaz produits dans les fours nouveaux étant assez chauds et animés d'une vitesse assez grande pour pouvoir subir sans inconvénient les pertes et les retards dus à une prolongation des carneaux.
10) Travail facilité. — Le tirage artificiel, en rendant la réussite du chauffage plus sûre et en diminuant les causes de perturbation à combattre, facilite le travail de l'ouvrier, ce qui a sans doute contribué plus que tout autre avantage au succès de l'innovation dont il s'agit.
86. Avantages réalisés dans la pratique. — On cite des usines où l'on croit avoir réalisé tous les avantages indiqués plus haut et déduits de considérations théoriques. Dans d'autres usines, notamment dans celles de la Belgique, la durée des chaudes ainsi que le déchet n'ont pas été diminués et la consommation absolue de combustible est aussi restée la même que dans les fours à cheminée ordinaires, mais la fabrication est devenue meilleure, et, ce qui constitue une économie, on a pu substituer des charbons médiocres et peu coûteux, au charbon de forge ordinaire qui revient toujours à un prix élevé, par exemple, un charbon de troisième qualité et menu, au charbon de première qualité avec gaillettes. Si les résultats obtenus dans la plupart des usines au moyen du vent forcé laissent encore beaucoup à désirer, il faut en chercher la cause dans les difficultés que présente l'application de ce vent aux fours à réchauffer, difficultés que nous développerons plus loin et qui n'ont pas encore été surmontées. En effet, on ne connaît encore ni la pression la plus avantageuse à donner au vent, ni les variations qu'il convient de faire éprouver à cette pression dans les diverses périodes du réchauffage, ni la forme la plus appropriée des fours, ni les moyens de diriger et de gouverner la flamme, etc.
87. Inconvénients du vent forcé : 1) Déviation de la flamme. — Par suite de cette déviation signalée plus haut, p. 76, le tirage forcé accumule la chaleur dans les régions supérieures du four en laissant la sole froide, et le même effet doit se produire, quoique à un degré un peu moindre, lorsqu'on emploie simultanément les deux modes de tirage.
Il suit de là : a) que les cheminées sont nécessaires pour diriger la flamme, tandis que la soufflerie développe dans le four une quantité de chaleur que les cheminées seules ne sauraient produire; 6) que l'emploi du vent forcé rend indispensable de retourner les paquets volumineux en temps opportun : c'est faute d'avoir eu égard à cette
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action du vent forcé qu'au train à tôles de Couillet, lors de l'installation du nouveau régime dans les fours, on a d'abord fabriqué des tôles dont la face correspondante à la base des paquets était défectueuse, puis on a cassé successivement les moufflettes et les cylindres du train : cependant les paquets n'avaient pas reposé entièrement sur la sole, puisqu'au laminoir à tôles de cette usine, on avait l'habitude de les appuyer par un bout sur une brique pour pouvoir se dispenser de les retourner, et ce moyen avait été trouvé suffisant lorsqu'on travaillait au tirage naturel; c) la flamme au vent forcé, tout en laissant la sole froide, attaque rapidement la tète des paquets : lorsque ceux-ci sont considérables, ce qui nécessite pour le chauffage à cœur une longue exposition au feu, il peut en résulter un grand déchet et une altération des barres supérieures ou des couvertures ; de là viennent les reproches : le soudage des paquets n'a lieu qu'à la curface, les fers éprouvent de grands déchets, les ouvriers brûlent souvent leurs paquets, etc. ; si on laminait les paquets dans cet état, on n'obtiendrait que des fers défectueux, tout en exposant le train à des ruptures, et si on prolongeait la chaude jusqu'à ce que tout le paquet eût atteint la température nécessaire, celui-ci se brûlerait à la tète ou à la surface, on subirait un grand déchet et l'on n'aurait que des produits mauvais.
Pour éviter ces inconvénients, il ne faut pas seulement faire reposer les paquets par un bout sur une brique et les retourner en temps opportun, mais encore employer au besoin un des moyens suivants : 1° on commence le chauffage en donnant un vent faible de manière à ne produire que des gaz carburants qui ne puissent énerver le fer, et dès que la base des paquets a atteint le rouge cerise, on donne le vent en plein; 2° durant la première période du chauffage, on ferme en partie le registre de la cheminée pour que la flamme n'atteigne pas les paquets : pendant la seconde période, qui commence lorsque la base des paquets se trouve au rouge cerise, on ouvre tout-à-fait le registre pour développer rapidement la plus haute température ; 5° on modifie la construction des fours, notamment à la voûte, du côté du rampant, pour rabattre la flamme sur la sole.
2) Cheminées dans le combustible. — Le soufflage des fours occasionne plus souvent que l'autre mode do travail la formation de cheminées dans le combustible sans que le chauffeur s'en aperçoive : pour atténuer cet inconvénient, on donne à la couche de charbon sur la grille plus d'épaisseur qu'au tirage naturel (p. 75), après avoir abaissé, s'il y a lieu, la grille d'une quantité telle que la distance de la voûte à la surface du combustible reste la même que dans le chauffage par la cheminée seule, et on augmente en même temps le nombre des bar-
reaux de la grille dans le rapport de 13 à 16, ce qui revient à diminuer la surface de la grille dans ce rapport.
3) Usure j)hts rapide des fours. — Le travail avec pression use plus rapidement les fours, principalement à la voûte, du côté de la chauffe, que ne le fait le tirage par aspiration.
4) Frais d'installation et de service. — Le soufflage des fours donne lieu à des frais pour l'acquisition des ventilateurs, pour la construction des conduites souterraines en maçonnerie, etc., et il exige une force motrice et l'emploi d'un machiniste. Un ventilateur pour plusieurs fours peut coûter S à 600 fr. Les frais de construction d'un conduit d'air sont peu considérables et on estime la force motrice par four à 3/4 de chevalvapeur.
5) Décrassage de la grille plus long et plus pénible. — Dans les fours soufflés, cette opération n'a pas besoin d'être faite après chaque fournée, comme dans les fours ordinaires ; elle ne s'exécute qu'après deux fournées, mais elle exige au moins deux fois autant de temps que pour ceux-ci, savoir IS à 20 minutes, au lieu de 7 ou 8. Le nettoyage de la grille ne demande pas seulement un grand labeur, mais il occasionne, en outre, une perte considérable de charbon, l'ouvrier devant broyer le combustible et le faire tomber en pure perte dans le cendrier. Bien que cette opération ne doive pas se répéter aussi souvent que dans les autres fours, cependant elle donne lieu à une perte plus grande de charbon et à un surcroît de travail.
6) Perte des escarbilles. — On n'utilise pas les escarbilles ; elles se brûlent dans le cendrier, en chauffant l'air, mais cet effet peut être avantageux.
7) Fusion des grilles. — Les opinions sont partagées sur la durée des grilles dans les fours soufflés : tandis que beaucoup d'usines ont constaté une plus prompte usure des grilles que dans les autres fours, ailleurs ont croit avoir trouvé le contraire.
8) Combustion désavantageuse. — L'épaisseur de la couche de combustible sur la grille pourrait occasionner une production de gaz oxyde de carbone.
9) On ne peut arroser le cendrier pendant le travail, mais il ne serait pas impossible d'entretenir une mare d'eau dans cette partie des fours, comme cela se fait, entr 'autres, pour les générateurs Siemens.
10) Flamme moins pure. — Le vent très-comprimé projetterait sur les paquets de la poussière de charbon qui empêcherait la soudure des mises, de la silice à l'état de poussière impalpable qui rendrait le fer cristallin, etc.
88. Puddlage au ventilateur. — Le puddlage au vent forcé, avons-nous
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dit, n'a pas donné d'économie dans le travail en grand. La fusion et le bouillonnement se font, à la vérité, avec avantage, mais au moment où le fer commence à revenir, comme on dit, il rentre en fusion, et depuis ce moment jusqu'à l'extraction des loupes, il se fait un grand déchet; en outre, la chaleur trop forte due à la soufflerie retarde l'affinage et l'on n'obtient que des fers pailleux, mal soudés. Ne conviendrait-il pas, d'après ce résultat, de commencer le travail au vent forcé et de l'achever par la seule action de la cheminée ? Ne sait-on pas, en effet, que la réussite du puddlage dépend en grande partie du développement d'une haute température dans le four durant la période de la fusion ? Il semble que la ventilation rendrait des services, ne fût-ce qu'en assurant le succès du puddlage par une fusion rapide et par un grand développement de chaleur au commencement du travail.
ARTICLE QUATRIÈME