MARTEAU-PILON
243. Notice historique. — ^ L'idée du marteau-pilon remonte à la fin du dernier siècle. Le père de l'industrie moderne, James Watt, dès 1784, avait pris un brevet pour un instrument de ce genre, mais son génie pratique dévança cette fois son époque, et prit rang parmi les incompris de la mécanique.
En 1806, William Deverell fit reparaître l'idée de Watt et sollicita une patente qui lui fut accordée, pour un système de marteau mû par l'action directe de la vapeur, sans aucun intermédiaire de rotation quelconque ; mais c'était encore trop tôt.
L'utilité du marteau-pilon ne fut appréciée qii'après 1830, lorsque Nasmytlî et Condie, en Angleterre, Gavé et Schneider, en France, l'eurent mis à même de répondre à tous les besoins de l'époque.
Le brevet de Nasmyth pour l'invention du marteau-pilon est daté de juin IS^O, mais ce n'est qu'en 1842 que cette machine a reçu une forme pratique.
L'emploie de cette machine au martelage des pièces de fer aussi bien qu'au soudage des paquets et au cinglage des loupes, a été le signal d'une révolution dans la construction mécanique et cette révolution s'est étendue avec une rapidité que peuvent seuls expliquer les besoins impérieux du moment.
L'effet énergique de cet outil, la perfection de son travail, l'étonnante docilité avec laquelle il se manœuvre et laisse proportionner sa force aux besoins les plus variés, ne tardèrent pas à le propager dans les forges et dans les ateliers de construction.
244. Avantages et inconvénients du marteau-pilon. — Le marteaupilon réalise au plus haut point les effets utiles du marteau. Ses coups, toujours droits et non obliques, comme ceux des marteaux ordinaires, exercent leur action toute entière sur la masse à comprimer, tandis que le mouvement des marteaux ordinaires se décompose en une partie horizontale que l'on perd et en une partie verticale qui est seule utilisée. Toutefois le principal avantage de cette machine consiste dans sa course variable. Soient P le poids du marteau, h sa levée ou la hauteur de sa chute, S la surface de réaction ou de contact entre la masse à battre et la panne du marteau, et T la quantité de travail elTectuée sur l'unité de surface : le travail à chaque coup sera ¥h = TS, d'oii T = P/t : S. Il suit de là que T croît en raison inverse de S. Dans les marteaux ordinaires, la quantité P/i est constante, ce qui exige ou d'avoir des marteaux différents, non-seulement pour chaque espèce de fer à battre, mais encore pour les différents travaux à effectuer sur la même pièce de fer. On sait.
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en effet, qu'une loupe de fer tendre, par exemple, exige plus de ménagements qu'une loupe de fer fort, que dans le cinglage d'une même loupe, les premiers coups de marteau devraient être plus faibles que les derniers, et que, lors du paragc des pièces de fer à forger, la force de percussion doit également être diminuée. Si cependant on n'a qu'un seul marteau ordinaire pour tous ces travaux divers, il faut se résigner à faire des travaux imparfaits ou, ce qui est impossible dans la pratique, changer la panne ou la base S du marteau chaque fois que la quantité de travail à effectuer sur l'unité de surface vient à se modifier. On conçoit qu'au moyen de pièces de rechange on peut faire varier la hauteur de la chute et par conséquent l'intensité des chocs^ en modifiant la distance entre la panne du marteau et la table de l'enclume. Dans le marteau-pilon, c'est la hauteur h de la chute qui peut varier à volonté, de sorte que cet appareil convient seul et sans changement pour tous les fers durs ou tendres qui peuvent se présenter, pour tout battage à intensité croissante ou décroissante qu'une même pièce de fer peut exiger. Et comme le marteau-pilon exécute toutes les manœuvres à l'instant et avec une facilité comparable à une sorte de docilité, on comprend que les travaux qui lui ont été soumis doivent porter un cachet de perfection hors de la portée des appareils ordinaires.
Les chocs toujours droits du marteau-pilon sont surtout avantageux pour le battage des brammcs et permettent d'économiser un corroyage dans la fabrication de la tôle. La hauteur de levée et l'intensité des chocs pouvant être réglées à volonté, le marteau-pilon offre les moyens de parer avec la plus grande précision les barres qu'on étire ou qu'on façonne dans les ateliers. Enfin, le marteau-pilon s'emploie avec les mêmes avantages pour cingler les loupes, lorsqu'on veut obtenir un fer de qualité supérieure, tel qu'il le faut, par exemple, pour feuillards, tringles, tôles, etc. ; et on réserve le marteau ordinaire, dont les chocs obliques ont moins de puissance et d'efficacité, aux loupes pour fers marchands. Quant au squeezer et aux machines rotatives, on ne les emploie que pour les fers qui n'ont besoin ni d'une grande densité, ni d'un haut degré d'épuration, tels que les rails, les fers de fenderie, etc. Néanmoins, pour ces fers comme pour les fers d'élite, le marteau-pilon employé comme machine à cingler les loupes, procurerait des avantages incontestables sous le rapport de la qualité des produits, et mieux que le squeezer, il ménagerait les loupes de fers médiocres ou mauvais au commencement du cinglage. En effet, un des grands avantages du marteau-pilon sur les marteaux ordinaires consiste en ce qu'il permet de régler le nombre et l'intensité des coups d'après la qualité du fer à travailler, avantage précieux lorsqu'il s'agit de cingler des balles de fer
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tendre ou de qualité inférieure : il cingle ces balles sans difficulté, tandis qu'avec les anciens marteaux on les ferait tomber en morceaux, ces marteaux ne pouvant fournir, dans un temps donné, un nombre suffisant de coups assez souples, et le fer devant être de bonne qualité pour pouvoir en supporter d'emblée les chocs, toujours pleins, lourds et secs.
Indépendamment des avantages qui viennent d'être indiqués et qui sont les principaux, le marteau-pilon en présente plusieurs autres, d'un intérêt secondaire, il est vrai, mais non dépourvus d'importance. Ces avantages consistent en ce que : 1° le marteau-pilon peut-être installé avec la plus grande facilité partout oîi l'on veut ; 2° il occupe peu de place et n'exige pas de fondations dispendieuses ; 3" il n'occasionne jamais de consommation inutile de vapeur ; 4° il nécessite peu de réparations, épargne entre autres les ruptures d'enclumes et de têtes de marteau si fréquentes dans les appareils ordinaires, principalement dans ceux que le moteur soulève par-dessous, et par conséquent ne donne guère lieu à des chômages, à des frais et à des pertes causées par des fractures ; S" sa panne reste toujours horizontale, ce qui n'a pas lieu pour les marteaux ordinaii-es; 6» les changements de panne et de table s'y font avec la plus grande facilité, ce qui est très-utile pour la confection des pièces façonnées ; 7» le peu de main-d'œuvre nécessaire pour le desservir fait économiser des salaires d'ouvriers.
Les inconvénients que présente le marteau-pilon sont: 1» il ne permet pas à l'ouvrier de tourner à l'entour de l'enclume ni, par conséquent, d'effectuer sans gêne les divers mouvements que les manutentions peuvent rendre nécessaires ; 2" de tous les marteaux, il est celui qui, à levée égale, donne le moins de coups par minute : il est lent, ce qui l'exclut des applications qui exigent un travail accéléré.
Ce dernier inconvénient explique la conservation du marteau frontal dans la plupart des forges anglaises, principalement comme moyen de cingler les loupes, en présence des avantages incontestables que le marteau-pilon a sur cet appareil. En effet, le marteau frontal fait presqu'autant de travail que trois marteaux-pilons, car il cingle sans difficulté les loupes de 14 fours à puddler, tandis que le marteau-pilon dessert péniblement 5 de ces fours. Il résulte de là que le marteau frontal qui, du reste, ne coûte pas plus qu'un marteau-pilon, savoir 10 à 12000 fr., doit être conservé dans les forges, à moins qu'on n'y multiplie outre mesure le nombre des marteaux-pilons. En effet, si le service se faisait exclusivement au moyen de ces derniers marteaux, comme cela s'observe, par exemple, au Creuset, en France, il faudrait un de ces appareils pour 5 ou 6 fours à puddler et un pour 2 ou 3 fours
CHAP. III. DES MACHINES
à réchauffer, et il serait bon d'avoir des marteaux-pilons de 2000 k. pour les paquets au sortir des fours à réchauffer et des marteaux de 3000 k. pour les paquets déjà un peu refroidis.
Dans les ateliers de construction, on préfère le marteau frontal au marteau-pilon pour le dégrossissage des arbres droits, des essieux, des bielles, etc., parce qu'il travaille plus vite et plus régulièrement que ce dernier ; car il est important d'accélérer le battage lorsque le fer est chaud. Nous avons vu plus haut que le finissage et le parage de ces pièces s'exécutent, au contraire, le mieux à l'aide du marteau-pilon.
24S. Système de marteau-pilon qu'il faut préférer. — Dans les grosses forges et dans les laminoirs, le marteau le moins compliqué est toujours le meilleur, et sous ce rapport aucun ne remplit mieux le but proposé que celui de Nasmyth mû à la main et à simple effet. Toutes les tentatives faites dans les grosses forges pour tirer parti des marteaux dits perfectionnés ont échoué, et c'est principalement avec le marteau Condie que les essais ont donné des résultats défavorables, entr'autres à Seraing, où ce marteau, tout en consommant presque deux fois autant de vapeur qu'un marteau Nasmyth, a exigé de nombreuses réparations et occasionné des chômages onéreux.
Deux leviers placés, l'un d'un côté et l'autre de l'autre côté du support, suffisent pour gouverner le marteau : l'un fait mouvoir la glissière qui ouvre ou qui ferme l'accès de la vapeur, l'autre permet de faire descendre le bloc à volonté, lorsqu'on veut donner de petits coups avant la levée complète.
Nous donnons ci-dessous la description d'un marteau Nasmyth du système récemment adopté à Seraing. Il est à soupapes, et non à glissière, comme les marteaux primitifs, et il suffit d'en diminuer le poids pour l'approprier au service des laminoirs, ce marteau étant de 15 tonnes, tandis que, dans les laminoirs, des marteaux de 2 ou 3 tonnes suffisent.
Dans le Traité de la fabrication de la fonte, p. 683, nous avons étudié avec soin un marteau Nasmyth dit automateur ou du système appelé Self-acting et monté dans le laminoir à tôles de Seraing pour cingler les loupes et battre les paquets pour brammes. Les marteaux de ce système travaillent avec précision et avec une vitesse que la main de l'homme communiquerait difficilement aux appareils. Aussi conviennent-ils pour la préparation des petits fers à profil ouvragé, qui exigent de la rapidité dans la succession des coups et une certaine gradation dans l'intensité des chocs; mais ils sont moins avantageux que les autres marteaux pour le cinglage et le corroyage ordinaires, dans lesquels une grande précision est inutile, et ils ne conviennent guère
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mieux aux fabrications spéciales qui demandent un martelage lent et énergique ; car les organes nombreux et compliqués, dont ils se composent se dérangent facilement et nécessitent un entretien dispendieux, ces marteaux exigent un certain temps, perdu en tâtonnements, pour battre à pleine volée, et ils ne frappent pas toujours au maximum d'intensité quand il le faut. Enfin la conduite de ces marteaux n'exige guère moins de main-d'œuvre que le service des marteaux ordinaires, car il faut toujours un homme pour régler les coups et manoeuvrer les encliquetages.
Les principes que nous venons d'exposer ne s'appliquent pas aux marteaux légers et à mouvement accéléré des petites forges d'acier. Ceux-ci doivent, au contraire, être à double effet et automoteurs, comme le sont ceux de Naylor, dont nous donnons une description dans la Section consacrée à l'acier Bessemer.
246. Marteaii-pilon à soupapes de Seraing. — Les fig. 1 à 4, pl. 35, représentent le marteau-pilon de quinze tonnes récemment établi à Seraing. Fig. 1 , élévation vue de face ; fig. 2, coupe suivant l'axe du tuyau d'admission de la vapeur, pour montrer le jeu de la glissière, et la position de la soupape d'admission. Fig. 3, coupe suivant 4/? de fig. 1 , pour montrer la disposition des deux mannettes à l'aide desquelles ont fait fonctionner l'appareil. Ces trois figures sont à l'échelle de 1/40. La fig. i, à l'échelle de i/io, indique la construction des soupapes d'admission et de décharge.
C, fig. 1, cylindre à vapeur, dans lequel se meut le piston dont la tige soulève le marteau-pilon M. Celui-ci est guidé par des coulisses ménagées dans les deux jambes du bâti en fonte B de l'appareil et par deux plaques de tôle boulonnées sur le bâti à hauteur convenable. M', marteau; E, enclume; C, chabotte.
La vapeur, à 3 atmosphères de pression, arrive dans la boîte de dis-' tribution V par le tuyau 0 ; la glissière G règle l'admission. A cet effet, l'ouvrier qui fait marcher le marteau, la soulève plus ou moins au moyen de la mannette m' qu'il tient de la main gauche et qui est en communication avec la tige de la glissière au moyen de l'arbre a et de la manivelle / (fig. 3). Lorsqu'on veut ralentir la marche du marteau, on soulève la mannette m' ; on l'abaisse, au contraire, lorsqu'on veut accélérer la marche.
S, fig. 4, soupape d'admission; 5', soupape de décharge. Ces soupapes sont à double siège, et, la pression qu'elles supportent étant trèsfaible, elles se manœuvrent sans grande dépense de force. Leurs tiges sont fixées dans des manchons que le levier L soulève ou abaisse, suivant le sens dans lequel on le fait tourner. Lorsque 5 est ouvert, la
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vapeur passe par le tuyau T, au-dessous du piston et le soulève. Lorsqu'il est parvenu à la hauteur voulue, l'ouvrier, en élevant la mannette m, fuj. 3, qu'il tient de la main droite, ferme 5 et ouvre S'. La vapeur qui a travaillé revient alors par le tuyau T, passe par l'ouverture que l'ascension de 5' a rendue libre et s'échappe ensuite par le tuyau de décharge />. Le marteau retombe, et pour le soulever de nouveau, il suffît d'abaisser la mannette m, afin d'ouvrir 5 et de fermer S'. Dans la position horizontale du levier L, les deux soupapes sont fermées et le marteau, s'il a été soulevé par la vapeur, reste suspendu. P, supports ou paliers du levier L.
Voici à l'aide de quel mécanisme on obtient ces mouvements de 5 et S', au moyen de la mannette m. Le levier de m, mobile autour de l'axe r, fig. 3, fait tourner par l'intermédiaire de la tige f, fig. \, le levier à contre-poids ab, fixé sur l'axe du levier X des soupapes {fig. 4). Le levier ab est vu en coupe, fig. 3 et désigné par la lettre Q. Des ressorts à boudin, qui se compriment lorsque S et S' sont soulevés, se détendent lorsque les soupapes doivent s'abaisser et accélèrent la fermeture qui s'effectue pour ainsi dire instantanément.
0, 0, ouvertures percées dans la partie supérieure du cylindre à vapeur, pour laisser échapper la vapeur lorsque, par suite de la négligence de l'ouvrier, le piston dépasserait, en s'élevant, la course voulue, li, prolongement du cylindre C, fig. 1, pour laisser échapper la vapeur provenant de fuites du piston. N, nervures destinées à renforcer le cylindre à vapeur.
Le marteau-pilon à soupapes présente sur l'ancien système à glissière plusieurs avantages : 1° les mouvements des soupapes exigent une dépense de travail beaucoup moindre que le mouvement du tiroir dans les marteaux-pilons ordinaires; 2° leur fermeture et leur ouverture s'effectuent instantanément. La fermeture est rendue instantanée par les ressorts à boudins dont les tiges sont munies ; 5" le mécanisme des leviers est plus simple. H. V.
b) CISAlltES.
Les cisailles sont de forts ciseaux à deux lames dont on se sert pour découper le fer, tant à froid qu'à chaud.
247. Cisaille de l'ancien système. — Une cisaille de ce système appelée cisaille à queue se trouve figurée en plan et en élévation sur les pl. \ et 2, fig. 4, et seulement en élévation /f*/. 17, pl. 10. Elle se compose d'une partie mobile que l'on nomme bras de cisaille et d'une partie fixe ou d'un support, solidement boulonné sur une charpente de fondation, et portant l'axe de rotation du bras de cisaille.
La partie mobile présente une tête /), une mâchoire itf et une queue C Elle est en fonte forte, mais on commence à la faire en fer battu. La tête en est percée d'un trou, nommé œil, qui livre passage à un boulon b, autour duquel s'opère le mouvement de rotation. Ce boulon est retenu par une clavette d, et une contre-clavette. La mâchoire de la cisaille porte une entaille rectangulaire M, dans laquelle s'adapte un couteau en acier a, fixé par des boulons à tète fraisée.
4, 6/oc ou support de cisaille coulé d'une seule pièce avec sa semelle 5. Il s'y trouve une entaille dans laquelle on fixe, par des boulons à tète fraisée e, un couteau en acier pour former la mâchoire inférieure de la cisaille. On a fixé à ce support une barre dite de retient pour empêcher le fer qu'on coupe de se relever par le mouvement de la lame supérieure.
Dans la semelle est réservée une ouverture pour le passage et le mouvement de la queue de la cisaille.
Le deuxième support de l'arbre de rotation se fixe par des cales en fer et en bois sur la semelle du bloc, entre des ergots. Ce support s'appelle poupée de support.
La semelle du bloc étant posée sur une fondation en charpente à fleur de sol, la queue de la cisaille descend entre les deux parois de cette fondation. A son extrémité est adaptée une bielle ou une barre de fer articulée qui communique avec la machine motrice et donne à la cisaille un mouvement de va-et-vient.
Comme la force qui agit à l'extrémité de la queue tend à soulever le support de la cisaille, il est nécessaire que les boulons qui fixent la partie postérieure de ce support sur la charpente de fondation soient très-long et très-solides. En général, toutes les pièces des cisailles doivent être faites avec les meilleures matières, parce qu'elles ont souvent à supporter des efforts considérables.
!248. Vitesse des cisailles. — Elle varie de 16 à 40 coups par minute suivant qu'elles sont destinées à couper de gros ou de petits fers.
249. Garde et arrêt de la cisaille. — Les cisailles à gros fers sont munies, du côté oîi se place l'ouvrier, d'une garde en fer fixée à la semelle, pour empêcher la barre de se renverser sur les lames, au lieu de se laisser trancher. Afin de pouvoir toujours couper les fers à la longueur voulue, on adapte au support, au moyen de trous qui y sont réservés, un arrêt contre lequel on pousse les barres à mesure qu'on les coupe. Cet arrêt peut aussi être indépendant du support.
230. Manière de se servir de la cisaille. — Pour engager le fer dans les cisailles, on le présente par l'extérieur du support, dont le dessus forme un point d'appui invariable. La barre étant engagée entre la garde et la mâchoire inférieure, le cisailleur la pousse rapidement jusqu'à
CHAP. m. DES MACIimES.
l'arrêt, et la maintient en position jusqu'à ce que la section soit opérée.
251. Avantages et inconvénients des cisailles à queue. — Les cisailles à queue occupent peu de place, on peut leur communiquer le mouvement à une grande distance avec ou sans changement de direction, ce qui permet d'en établir plusieurs sur une ligne et de les placer là où elles sont immédiatement nécessaires, ou de les éloigner d'un atelier dont elles gêneraient le service. Un autre avantage des cisailles à queue consiste en ce que le poids de l'outil étant détruit par l'axe de rotation, le moteur n'a pas à lutter contre ce poids durant le travail.
Le prix d'une grosse cisaille de ce système en y comprenant la fondation s'élève au moins à bOOO fr.
Outre son prix élevé, cette cisaille présente l'inconvénient de marcher, même lorsqu'on n'y travaille pas. A la vérité, elle ne consomme guère de force lorsqu'elle oscille à vide, mais elle s'use et occasionne des frais de graissage. Aussi la remplace-t-on par une espèce de cisaille à guillotine pourvue d'un moteur particulier. Voici la description d'une cisaille de ce système.
252. Cisaille à vapeur avec cylindre oscillant. — Les fig. 1, 2 et 3, pl. 13, représentent cette cisaille à l'échelle de i/i8 pour fig. 1 et de i/i2 pour fig. 2 et 3. Fig. 1, plan suivant EEEF, fig. 2 ; fig. 2, élévation en coupe suivant AB, fig. 1 ; fig. 3, coupe transversale suivant CD, fig. 1.
m, manivelle commandée par la tige du cylindre à vapeur oscillant. V, volant, p, pignon, e, grand engrenage, a, arbre coudé mû pare, b, bielle agissant sur la glissière g. x, clef qui fixe cette bielle dans sa chape, c, couteau supérieur de la cisaille fixé à la même glissière, g', pièces qui ferment les rainures dans lesquelles se meut la glissière d'une pièce g. t, poutrelle à couper, j, jour entre le couteau susdit et la poutrelle. c', couteau inférieur, s, assise ou support de ce couteau. La descente de la glissière est limitée par un arrêt ou appui du côté de la sortie des barres.
l, levier coudé au moyen duquel on fait monter la bielle lorsque, pour mettre au trait l'objet à couper, on veut l'empêcher d'agir sur la glissière g. n, manotte destinée à arrêter ou à fixer le levier dans une position voulue, f, ferrure servant à fixer cette manotte.
r, barre qui permet de remonter la glissière g au moyen du contrepoids P suspendu au levier /'. Bien que ce mécanisme soulage la machine motrice, cependant il arrive souvent qu'on le supprime pour simplifier l'appareil, mais alors, au lieu de laisser du jeu entre les deux parties g et g', fig. 1, de la glissière, on doit, au contraire, les serrer l'une contre l'autre.
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Q, cage boulonnée et calée sur la taque d'assise 4, qui, elle-même, se boulonne à la fondation, comme on le voit fig. 2 et 3.
B, pierres de taille. M, maçonnerie. D, trous de boulons. C, canal.
a', support du cylindre oscillant à vapeur : il est composé de trois parties. 0, prise de vapeur, z, décbarge.
6', excentrique qui permet d'ouvrir l'entrée de la vapeur dans le cylindre oscillant.
Le croquis flg. h, sans échelle, est destiné à montrer plus clairement et à part la construction de la bielle h. h, hacon pour faire remonter la glissière ; o, trou pour l'échappement de la bielle ; e, étrier ; x, clef.
Une cisaille pareille à celle que nous venons de décrire coûte SOOO fr.
Cette cisaille olfre sur la cisaille ordinaire à queue les avantages suivants, savoir : 1° on peut l'activer et l'arrêter à volonté, tandis que la cisaille à queue qui oscille sans interruption s'use, consomme de la vapeur et doit être graissée, que l'on travaille ou non ; 2° elle n'exige pas le concours d'un moteur puissant, comme cela est nécessaire pour l'autre cisaille, toujours annexée à une forte machine.
Par contre, les cisailles à queue sont plus puissantes, de sorte que l'on en doit toujours conserver quelques unes dans les grands établissements. Elles reviennent aussi à un prix beaucoup moins élevé.
c) DES SCIES .
253. Scies circulaires à bâti oscillant d'Aaron Bonehill, à Maubeuge (Nord). Description. — Ces scies sont représentées pl. 14, fig. 1 et 2.
Fig. 1, élévation latérale du côté de la machine représentant l'appareil en marche. Les pointillés indiquent la scie dans la position qu'elle occupe en repos. Fig. 2, élévation de face prise du côté de la scie. Les figures 1 et 2 représentent chacune une barre de fer dite poutrelle de 0'",30 de largeur, dans la position du sciage. Ces scies, y compris leur moteur à vapeur jusqu'au robinet d'admission, pèsent :
Fonte b032 k.
Fer 421 »
Cuivre 47 »
Total. . . fr. bSOO k.
Le prix en est de 47S0 francs net, une fois payés, mises à wagon ; il reste à la charge de l'acquéreur, le transport, les tuyaux indistinctement, deux courroies simples de 7™, 50 de longeur chacune et de 0",18 de largeur, le montage et les fondations.
La valeur des fondations est estimée, en moyenne, à la somme de six cents francs, suivant le prix des matériaux dans chaque localité; elles comprennent :
CILVP. II!. DES MACHINES
SS"' de maçonneries, à raison de 12 fr 264 00
0"'^,6 de bois de chêne, à raison de 180 fr. mis en place. 108 00 3 plaques de fondation en fonte, coulées à découvert et pesant ensemble 900 kilog., à raison de 15 francs. . . . 135 00 6 boulons de fondation ayant 0™,035 de diamètre et pesant
ensemble 195 kilog., à raison de 40 francs 78 00
Total. . . . fr. 585~0Ô 254. Marche de Vappareil. — La position la plus convenable pour la scie (surtout quand il s'agit de rails ou de fers spéciaux) est transversalement derrière le train, la dernière cannelure ayant le prolongement de son axe à 0">45 en dedans du creux des fondations (voir les figures 1 et 2) et se trouvant elle-même à une distance supérieure de 2'"00 aux plus longues barres à affranchir. De cette façon la barre n'a aucunement à souffrir dans son trajet du train à la scie.
La fig. 1 représente le bâti oscillant à la fin de sa course d'affranchissement d'une poutrelle de 0",30 ; à ce point, l'ouvrier à l'aide de la manivelle A et des crémaillères B ramène le bâti oscillant X à son point de repos en XFet il ferme aussitôt le robinet d'admission presque complètement, c'est-à-dire de façon à entretenir la rotation lente de la scie, puis il introduit dans la douille C une broche en fer destinée à empêcher la manivelle de tourner. Lorsqu'il s'agit d'affranchir de nouveau, il ouvre le robinet au moment ou le fer s'engage dans la dernière cannelure, afin d'amener la scie à sa vitesse de régime; puis aussitôt que la barre a été déposée sur le sol et tout contre deux taquets fixés au pavement, il agit de rechef et dans le sens d'avant (après avoir ôté la broche C) sur la manivelle A qui sert à produire le mouvement d'oscillation, et ainsi indéfiniment.
F, tuyau d'arrivée de la vapeur. D, tuyau de décharge, s, soupape d'admission, k, g, l, m, tuyaux destinés à conduire l'eau de condensation dans la bâche b, remplie d'eau pour rafraîchir la scie. L, levier à contre-poids, relié au support de la scie, pour lui faire équilibre dans ses diverses positions.
255. Avantages de ces scies : 1° Ces scies occupent un espace beaucoup plus restreint que les autres scies : à peine deux mètres sur trois de superficie. 2° Elles portent leur moteur propre (à grande vitesse) et dispensent de toute espèce de transmissions ainsi que des dépenses de frottement que celles-ci nécessitent, môme dans les intervalles de repos. 5° Ce système permet d'affranchir, parfaitement d'équerre, sans aucun soin ; mais il permet aussi de donner tel angle de section qu'on juge convenable en disposant, à cet effet et suivant l'inclinaison qu'on veut obtenir, les taquets fixés sur le pavement et contre lesquels se pose la
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barre à affranchir. 4° On peut affranchir facilement avec cet appareil des largeurs jusqu'à soixante centimètres, dimension plus que suffisante pour les largeurs en usage dans les plus fortes usines, et on atteint ce but sans aucune espèce d'apprêt préalable : pour des largeurs dépassant soixante centimètres, il faudrait augmenter les dimensions de la scie. S" La facilité avec laquelle fonctionne cet outil a donné l'idée à plusieurs maîtres de forges, de remplacer les cisailles ordinaires par des scies oscillantes pour raccourcir à des longueurs déterminées les corroyés de grosses dimensions (nommés vulgairement couvertures) destinés à former des paquets pour rails, etc., etc., ainsi que pour réduire, au sortir des trousses, les fers fendus laminés à double longueur. Quant aux éclisses, c'est leur outil spécial. Ces différentes opérations se font du reste à l'aide de ces scies d'une façon beaucoup plus économique que par les cisailles et dans un laps de temps comparativement moins long. 6° Elles peuvent aussi être employées avec les mêmes avantages pour raccourcir les fers ébauchés sortant des cylindres et destinés à faire des paquets pour rails : on évite certainement par là, comme pour les couvertures dont il est parlé plus haut, l'entretien dispendieux des cisailles et des transmissions qu'elles nécessitent.
Ces fers peuvent alors être empilés immédiatement au lieu d'être traînés sur les places à refroidir, puis rentrés pour être cisaillés ; leur emmagasinage est aussi plus commode et d'un emplacement plus restreint que quand on les parque en barres.
L'emploi de ces scies (qui peuvent se placer à tout endroit convenable quelconque de l'usine) permet de supprimer les cisailles dont nous venons de parler, de gagner les espaces de circulation libres auprès des trains et d'employer l'ancien emplacement à tout autre usage.