IX. XIV. XVII
La discussion des faits de folie aiguë se manifestant par l’état maniaque et par l’état mélancolique , a amené cette conclusion, que ni l’un ni l’autre de ces états, ne peut être considéré comme essentiellement et exclusivement dépendant d’une altération encéphalique particulière déterminée.
U a, de plus, été facile de reconnaître qu’il y a analogie aussi grande que possible , sinon parfaite, entre les altérations cérébrales constatées dans ces deux états sous le double point de vue de la nature et de la fréquence relative.
La distinction de la folie aiguë en maniaque et mé ancolique, n’est donc pas légitimée par l’anatomie pathologique.
OBSERVATIONS DE FOLIE
11 reste maintenant à rechercher s’il y a, pour la folie aiguë considérée en général , et indépendamment de la forme du délire , une altération cérébrale unique , constante et essentielle. Les faits répondent négativement.
Si l’on résume, en les classant, lesdocumens nécroscopiques fournis parles trente-huit observations de folie aiguë, on arrive aux résultats suivans :
Une fois l’altération unique a été une hypérémie simple de tout l’encéphale.
Quatre fois cette altération s’est trouvée associée, ou à l’épaississement des méninges, ou à l’inftltration sousarachnoïdienne , ou à la coloration rouge de la couche corticale.
- Deux fois, l’hypérémie bornée à la pie-mère, était associée , ou à l’épaississement des méninges, ou à l’induration des deux substances cérébrales.
Six fois, l’hypérémie existait sous la forme d’ecchymoses sous-arachnoïdiennes , et était associée à une ou à plusieurs des altérations suivantes : épaississement des méninges , infdtration sous-arachnoïdienne, dureté ou mollesse des deux substances cérébrales , induration de la surface cérébrale. Trois fois il y- avait coloration rouge de la couche corticale.
Vingt-trois fois il y avait, entre autres altérations cérébrales, celle qui est désignée sous le nom d’ecchymoses sousarachnoïdiennes, avec injection pointilléede la surface cérébrale, dix-sept fois ramollie. Douze fois la couche corticale était rouge.
Une fois il y a eu absence complète d’hypérémie , et existence des altérations suivantes : Épaississement considérable des méninges, infdtration sous-arachnoïdienne, et induration générale très prononcée de l’encéphale.
Une fois il y a eu absence complète de toute altération.
FOLIE AIGUE
En résumé, trente-six fois sur trente-huit, le cerveau a été à sa périphérie dans ses membranes, ou, dans sa substance , le siège d’une hypérémie: sept fois sous la forme simple ; vingt-neuf fois sous la forme d’ecchymoses sousarachnoïdiennes ; vingt-trois fois sous la forme d’ecchymoses sous-arachnoïdiennes, avec injection pointillée de la surface cérébrale ; dix-sept fois sous cette dernière forme, avec ramollissement de cette surface. Seize fois la couche corticale était colorée en rouge.
Ainsi, non-seulement il ne s’est pas rencontré une altération encéphalique constante et caractéristique commune à tous les cas, qui puisse être considérée comme la condition organique matérielle de l’existence de la folie aiguë ; mais^encore, il s’est trouvé un cas où n’existait aucune altération encéphalique quelconque , et plusieurs cas où les altérations constatées étaient sans valeur spéciale.
Il faut donc conclure que l’état pathologique de l’encéphale qui correspond pendant la vie aux manifestations symptomatiques de la folie aiguë , est de nature à ce qu’il soit possible qu’aucune trace matérielle de cet état ne subsiste après la mort.
Quelle valeur, dès-lors, assigner aux altérations encéphaliques constatées?
A la vérité , aucune de ces altérations, prise isolément , ne peut être considérée comme exprimant l’état pathologique de l’encéphale, qui correspond aux manifestations psychiques anormales ; mais, examinées dans leur ensemble , ces altérations peuvent donner une idée du caractère pathologique qui doit être assigné à cet état.
En effet, la fréquence des altérations hypérérniques de la périphérie cérébrale dans la folie aiguë, fréquence telle que, sous une forme ou sous une autre, cette altération n’a manqué que deux fois sur trente-huit cas, ne permet pas de douter que l’état de l’encéphale qui correspond à la folie
OBSERVATIONS DE FOLIE
aiguë , ne soit étroitement lié avec Thypérémie , et cela d’autant mieux , qu’il est permis de supposer, avec toute vraisemblance , que l’hypérémie existait pendant la vie même dans les deux cas où il n’en subsistait aucune trace après la mort.
Cette hypérémie , en raison de sa forme la plus habituelle, l’ecchymose, qui représente une injection sanguine des vaisseaux non apparens dans l’état normal et même dans l’état de congestion simple , et en raison de son association très fréquente, d’une part, avec l’épaississement des méninges ; d’autre part , avec le ramollissement superficiel de la couche corticale , se rapproche autant que possible de celle qui caractérise pendant la vie et après la mort les congestions sanguines actives.
La fréquence de la coloration rouge de la couche corticale, altération réellement différente de l’hypérémie simple , vient encore confirmer cette vue.
Une légitime induction peut donc faire sortir des faits cette autre conclusion ; qu’il y a en général, pendant la vie, coexistence d’une congestion sanguine active à la surface du cerveau, avec les phénomènes symptomatiques de la folie aiguë ; et cet enseignement fourni par l’anatomie pathologique du cerveau dans la folie aiguë , n’est ni sans valeur , ni sans importance, sous le double point de vue de la théorie et de la pratique.
En comparant les différences offertes par les altérations avec les diverses circonstances qui ont précédé la mort , on arrive à reconnaître qu’il y a eu, jusqu’à un certain point, rapport d’intensité et d'étendue , entre les symptômes pendant la vie , et les altérations après la mort. Ainsi , dans les observations 36 , 38 , le délire était partiel, fondé sur le phénomène de l’hallucination, et aurait pu être considéré comme caractérisant une monomanie. Les altérations étaient nulles, car l’hypérémie , dans l’observa-
FOLIE AIGUE
tion 38 , peut être en grande partie attribuée à l’asphyxie qui a causé la mort.
Au contraire , dans les observations 27 , 29 , 30 , 33 , 37 , pour l’état mélancolique ; 6 , 7 , 9 , 11 , 12 , 14 , 15 , 16 , 18 , 19 , 23, 25, pour l’état maniaque, à un désordre très profond et très étendu de la vie psychique correspondaient des altérations encéphaliques très caractérisées.
Il faut toutefois reconnaître que l’état maniaque et l’état mélancolique avaient existé dans toute leur intensité, chez des malades dont le cerveau a été trouvé, ou parfaitement sain , ou très légèrement altéré ( obs. 4 , 36 , 38 ).
Indépendamment de ces résultats généraux , les observalions de folie aiguë ont fourni quelques particularités qui méritent d’être remarquées.
Obs. 16. Le délire prend, vers les derniers temps de la maladie, le caractère du délire de la méningite ; il y a décollement de la pie-mère ecchymosée , en même temps qu’injection pointillée et ramollissement superficiel de la couche corticale.
Obs. 5. Il y a délire fébrile symptomaticjue d’un érysipèle phlegmoneux de la peau de la face et du crâne , perte de la parole et coma. On ne trouve, pour expliquer cet état, qu’une hypérémie considérable.
Obs. 27. Parmi les symptômes apparaît un embarras léger et fugitif de la parole. Le séjour du malade à l’Asile n’a été que de treize jours. Il y a ramollissement superficiel de la couche corticale dans un petit nombre de circonvolutions des lobes antérieurs.
Obs. 29. Plusieurs fois on a constaté de la rigidité dans les membres, et la parole a paru quelquefois embarrassée. Mollesse de la surface cérébrale, de la voûte, de la cloison, de la surface cérébelleuse.
Obs. 21. La femme qui est le sujet de cette observation
OBSERVATIONS DE FOLIE
avait oiTert, dans une première attaque, un léger embarras de ia parole, et néanmoins avait guéri. Pcfndant une courte période, elle a éprouvé quatre accès de folie maniaque. L’embarras de la parole ne se manifeste pas durant l’agitation excessive du dernier accès : mais la malade succombe en offrant les symptômes d’une congestion cérébrale, dont on retrouve les traces après la mort, et de plus on constate le décollement de la pie-mère ecchymosée.
Obs. 8 et il. Altération très profonde de l’intelligence ; mollesse de la couche corticale.
Obs. 22. La femme qui est le sujet de cette observation était atteinte pour la quatrième fois de folie ; le premier accès, qui remontait à l’âge de 22 ans, avait été séparé du dernier par un intervalle de 28 ans ; il y avait atrophie du cerveau.
Obs. 18 et 33. Odeur putride de l’encéphale à sa surface et dans sa profondeur, coïncidant avec la gangrène de diverses parties du corps.
Obs. 38. Délire érotique partiel ; érotomanie ; monomanie érotique. Point d’altérations encéphaliques. Cervelet très volumineux , 189 grammes ; l’encéphale pesant 1.331.
Obs. 32. Le délire n’est pas général. Les idées de famille et de mariage sont celles qui ont la plus grande part dans le délire. Le malade est très circonspect dans ses paroles et dans ses actions. Cervelet très petit, 136 grammes ; l’encéphale pesant 1.632. Régions pariétales du cerveau très développées.
Obs. 30. Aversion extraordinaire pour la vie. Obstination désespérée dans les efforts pour se faire du mal et se suicider. Intégrité de la faculté de raisonner et des facultés affectives. Altérations très prononcées à la surface des régions moyennes supérieures et latérales des hémisphères. Intégrité des lobes antérieurs et postérieurs.
FOLIE CHRONIQUE