‹ Traité théorique et pratique de la goutteChapitre 178 sur 226 · VICHY SUR LES BASES DE L’URINE · texte numérisé non relu

VICHY SUR LES BASES DE L’URINE

DATES

CHAUX

MAGNÉSIE

POTASSE

28 nov.

Avant le traitement.

7 déc.

Après 8 bouteilles d’eau de vichy, une par jour.

Peut-être y aurait-il lieu, pour être complet, de signaler la pro-

TIIAITÉ TIIKOUIQUI': ET

l'IÎATlOUE DE LA GOUTTE.

pi'ioU; (jiie possèdcnl les alcalins de modifier, en agissant sans nul doute sur la crase sanguine, certains états morbides locaux qui n’apparaissent (jue comme des manil'estations de la diathèse goutteuse. Tels sont les catarrhes de l’estomac, de l’intestin, du foie, certains catarrhes génito-urinaires ou hronchiques. Nous aurons à en parler plus loin à propos des eaux minérales, de leurs indications et de leurs effets curatifs. C’est <â propos des dangers que peuvent faiie courir aux malades des cures inconsidérément pre.s- ^ crites, que nous aurons à nous étendre sur les dangers qu’on a w attribués à 1 usage de ces eaux, dangers qui le plus souvent sont ■ tout à fait chimériques. ■

Il nous resterait à parler du benzoate et du salicylate de soude, 1 car nous ne ferons que mentionner les tentatives malheureuses I qu on a faites du silicate. Heyfelder * a vu, sous l’influence de ce sel, || s’exaspérer les manifestations de la diathèse goutteuse. Aussi 1 n’hésite-t-il pas à en condamner l’emploi. Du salicylate nous ne I dirons rien actuellement, nous réservant de l’étudier en même I temps que le colchique et d’en comparer les effets avec ceux que i donne ce médicament, puisqu’on a voulu en faire un spécifique de ^ la goutte. î

Le benzoale de soude, préconisé par Ure, Simonet et Chalvet, t- Bence Jones, R. Brian - et Bukeii''’, serait très efficace dans le trai- 1 tement de la diathèse goutteuse et de ses manifestaiions. Nous l’avons souvent employé ainsi que le henzoate de lithine, et nous devons dire que nous avons toujours constaté que ces sels faisaient baisser le chiffre de l’acide urique contenu dans les urines. Ainsi dans deux de nos cas nous avons vu l’acide urique tomber de 0,70 à 0,30 et de 0,00 à 0,28. Ces sels agiraient par leur acide. Sous l’influence de l’acide benzoïque, l’acide urique contenu dans le sang ou constituant les concrétions se transformerait en acide hippurique plus soluble et l’urate de soude passerait dans les urines à l’état d’hippurate. Ce que nous pouvons dire, c’est que nous 4 avons constaté dans l’iirine des malades qui étaient soumis à l’ac- | tion du henzoate, les cristaux caractéristiques de l’acide hippu- I

1. Heyfetder, Sanilàlsbericht über clas Fürstenthum IlohenaoUern. Sigma-' -

ringen walirend 1834, 1835. -T

2. René Brian, Traitement de la goutte par les benaoales alcalins- Gaz. des hôpitaux, 1856.

3. Ruken, Ueber einige nette in der Thérapie eingeführte ArzneimilteL Schmidt's Jahresbericht, Bd CVII, n“ 7, S. 21, 1860.

TUAIT RMENT DE LA GOUTTE

ru|ue; c’osi que l’étal de ces malades nous a paru s’améliorer.' Les attaques de goutte nous ont semblé moins fréquentes et moins intenses et les urines ont repris leur limpidité.

2'^ Sels de lühine. — La lilhine ou oxyde de lithium est une substance blancbe, cristallisée, d’une saveur caustique, offrant, comme la potasse et la soude, une réaction alcaline très prononcée. A poids égal, elle salure une plus grande quantité d’acide que ces deux bases. Le carbonate de lilhine est plus difficilement soluble (|ue celui dépotasse ou de soude; par contre le bicarbonate de litbine est très soluble.

C’est Lipowitz qui attira le premier l’attention sur la propriété Idont jouissent les sels de litbine de dissoudre les concrétions urimaires. D’après cet auteur, l’affinité de l’acide urique pour la lihine est telle que lorsque le minéral appqlé lépidolithe, préalablenent réduit en poudre, est soumis à l’ébullition en présence de 'acide urique, il se forme de l’urate de litbine, l’acide urique déiplaçant. l’acide silicique. L’urate de litbine est le plus soluble des lurates.

Lipowitz a montré qu’une partie de carbonate de litbine dans quatrevingt-dix parties d’eau bouillante dissout quatre parties d’acide uiâque, et le sel ainsi formé est soluble dans soixante parties d’eau. IDe meme, d’après Biswanger, une partie de carbonate de litbine idans cent vingt parties d’eau, à la température du sang, dissout unie partie d’acide urique.

Dès 1843, lire a proposé de mettre à profit les propriétés dissolwanles de ce sel en injectant une solution de carbonate de litbine ddans la vessie comme moyen de dissoudre les calculs. Garrod, IFlechsig, Schilling, l’ont conseillé dans la goutte. Pour démontrer I l’action remarquable de la lilhine sur l’acide urique et en même t temps sa supériorité sur les sels de potasse et de soude, Garrod a institué l’expérience suivante. — Des solutions de sels de litbine, le potasse et de soude étant préparées avec de chaque sel et 30 grammes d’eau, on placé dans ces solutions de petits fragments le cartilage infiltré d’uratc de soude et on les y laisse pendant luarante-buit heures. Au bout de ce temps, le cartilage soumis à l’ac- ■ion de la solution de litbine était complètement débarrassé de ses incrustations uraliques; celui qu’on avait placé dans la solution de 'potasse présentait beaucoup moins d’urale de soude, mais celui qui avait été mis au contact de la solution de carbonate de sonde n’a- 'vail éprouvé aucun changement. Onesldoncen droit deycroire que

558 TRAIÏK TIIÉOniOUE ET IMIATIQUE DE LA GOUTTE.

le carljoiiale de lilliinc, introduit dans l’organisine et ariôvé au contact de l’iirate de soude qui intiltre les cartilages goutteux translbrine ce sel en urate de lithine plus soluble et par .suite plu.s l'acile <i résorber.

Les sels employés sont : le carbonate et le citrate de lithine. On a aussi conseillé (Lévy), le bromure de lithine à la dose de 0iî'-,50.

Garrod a préconisé les sels de lithine comme des médicaments doués d’une grande efficacité. Quand les malades rendent des graviers où du sable d’acide urique, le carbonate de lithine, à la > ' dose de 0s'',06 à 0s?'',30 donnée à deux ou trois reprises par jour, î diminuerait et arrêterait complètement l’excrétion des graviers. | Dans la goutte chronique, il éloignerait les accès et améliorerait I l’état général des malades. Garrod recommande d’administrer les | i sels de lithine étendus dans une grande quantité d’eau ordinaire * ou mieux d’eau gazeuse; c’est ce qu’il appelle Veciu de lithine. Il 5 associe parfois le carbonate de lithine au carbonate ou au citrate de j potasse. I

Nous sommes loin d’avoir obtenu des résultats aussi satisfaisants I que ceux de Garrod; et l’action de la lithine contre la diathèse f goutteuse ne nous paraît pas supérieure à celle des autres alcalins, ; si même elle égale celle des sels de soude et de potasse. î

Il n’en était pas moins intéressant de rechercher les modifications subies par l’urine sous l’influence de ce médicament. Garrod avait signalé deux choses seulement : une action diurétique et une action alcalinisante. « Chez certains malades, dit-il, le carbonate de lithine augmente la sécrétion urinaire d’une manière incommode. J’ai observé plusieurs cas dans lesquels une seule bouteille d’eau delitliine prise au moment où le malade se couchait, obligeait celui-ci à rester debout toute la nuit. » D’après le même auteur, 0s‘',30 de I carbonate de litliine dissous dans de l’eau gazeuse suffiraient pour ' rendre l’iirine très alcaline. '

Nous avons analysé les urines de deux malades, l'un atteint de goutte articulaire et viscérale, l’autre de rhumatisme noueux, aux- • quels le carbonate de lithine fut donné à la dose de 1 et de 2 grammes par jour. Nos recherches ont porté non seulement sur '* l’nrée, l’acide urique, l’acide phosphorique, mais aussi sur les bases, magnésie, chaux, potasse et soude.

Nous avons déjà indiqué, dans la première partie de ce livre, l’action de la lithine sur l’acide urique. Comme Garrod l’avait signalé, comme Bosse l’avait constaté, nous avons trouvé une dinii-

TRAITEMENT DE I.A GOUTTE

luitioii considérable cl imniédiale de l’acide urique, el cela chez le rluiuiatisaul comme chez le goutteux.

Mais pour ce qui est de l’action diurétique cl alcaliuisanle, les résultats obtenus ne sont pas aussi marqués que ceux de Garrod. Dans le cas de rhumatisme noueux, ou constate bien, après la première dose de grammes de carbonate de lilhiue, que la quantité des urines s’élève de 1400 à 2200 cc. Biais les jours suivants, bien, que le médicament continue à être administré à la dose de 1 el .2 grammes, la quantité de l’urine rendue redescend à 1400, 1600, :1500, 1500 cc. S’il semble y avoir eu un effet diurétique immédiat, cet effet ne s’est pas maintenu. Chez le goutteux, cet effet passager n’a même pas été observé. Le malade urinant 1600 cc., après Il gramme de lithine, la quantité reste la même; après 2 grammes relie descend tà 1000. On supprime le médicament, le chiffre des iinrines remonte à 1300 el 1500 cc. Nous n’avons pas vu non plus l’urine devenir alcaline sous l’influence de la lithine. De ls',50, :hez le goutteux, l’acidité est tombée k 1 gramme et de 2 grammes chez le rhumatisant à 0s'',50; il y a eu diminution de l’acidité, mais non alcalinisation de l’urine.

L’urée a suivi la même progression que l’acide urique, au moins chez le goutteux. La quantité d’urée étant de 28 grammes avant l’administration de la lithine descend à 24 et à 12 grammes sous ’influence de 1, puis de 2 grammes de carbonate. Elle remonte U 24 et à 30 grammes, après la suppression du médicament. Chez >e malade atteint de rhumatisme noueux, le chiffre de l’urée est ■'•esté stationnaire à 28 et 26 grammes; ce n’est qu’après dix-huit lours qu’il a baissé à 21 grammes.

L’acide phosphorique a baissé de même sous l’action de la lithine. Dans un cas, le taux abaissé de 2^',264 à ls>’,072, pour remontera ■s'',603 après suppression du médicament; dans l’autre, il a baissé Di'ogressi veinent de 2s'',703 à ls>',500, ls'',028, lsi',029, l8'',158.

L’étude des divers médicaments sur les bases de l’organisme brinerait un chapitre curieux que nous nous étions proposé d’érire; mais nos recherches ne sont pas assez nombreuses et les •ésultats ne sont pas assez nets pour nous permettre encore une “tude d’ensemble. Nous nous contenterons d’indiquer, à proposde la lithine, comme à propos du colchique et du salicylate de soude, les •ésultats de nos analyses; si incomplets qu’ils soient, ils pourront oujours servir de documents préparatoires pour un travail de plus ongne haleine.

5(10 TRAITÉ TIIÉOIIIOIJE ET l'RATlOUE DE LA GOUTTE.

Dans les deux cas, sous rinducncc de la lilhine, la quaiitilé de chaux a baissé d’iuie manière nolable. De 0s'>vl82, elle e.sUombéc après trois Jours de lilhine, à Ok'vHG pour remonter à On', 12üi dix Jours après la suppression du médicament. Dans le cas de rhumatisme noueux, la proportion étant de üg'’,19i., la lilhine l’a lait tomber en trois Jours à Os' , 090. Quinze Jours après, la lilhine ayant été continuée peudant tout ce temps, la quantité de chaux était toujours de 0n'',097.

L&magnésie a baissé de même, chez notre goutteux; de On'', 138, elle est descendue a On', 076, et tlix Jours après la suppression de la lilhine, elle était encore à 0g",057. Chez le rhumatisant, la proportion initiale étant de 0s'',086, il semble y avoir eu une légère hausse après les trois premiers Jours, à0s'', '106 ; mais à la fin du traitement la proportion de magnésie était seulement de 0i?'',052.

Même abaissement pour \a potasse chez le goutteux. De Is'VllO, la proportion tombe à 0n'',813, puis remonte cà ls'',373, le médicament étant suspendu depuis dix Jours. Chez le rhumatisant, il y a encore diminution après les trois premiers Jours de lilhine, de On', 678 à 0b'',435. Mais au bout de quinze Jours de carbonate de lilhine, la proportion de potasse s’était singulièrement accrue et dépassait du double la quantité initiale, atteignant ls',789.

La soude a été influencée dans le même sens, dans le cas de goutte; de 2n'yl22 elle est tombée à lg',568 et est restée à ls'-,r)00, dix Jours après suppression de tout traitement. Dans le cas de rhumatisme noueux, il n’y a pour ainsi dire pas eu de modification appréciable; les proportions sont restées sensiblement les mêmes, 1k'',624 au début, lg' ,515 au bout de trois Jours, lg'’,428 cà la fin du lr<‘ulenient.

Tout en reconnaissant que des recherches plus nombreuses sont nécessaires pour enlever tonte cause d’erreur, nous croyons pouvoir tirer de nos analyses les conclusions suivantes :

D’une lUcanière générale, l’effet du carbonate de litbine est de diminuer la proportion des principes contenus dans l’urine.

L’effet diurétique et alcalinisant signalé par Gcirrod n’est pas constant.

Le taux de l’acide urique, de l’urée et de l’acide phosphorique est constamment abaissé.

Il y a de même diminution de la proportion des hases de l’urine; l’effet est très net pour la chaux et la magnésie, il l’est moins pour la potasse et la soude.

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